Ruée vers l’or en pays chablaisien Des airs de Klondike au col de Cou

Entre vallée d’Aulps et val d’Illiez, sur la frontière franco-suisse, le col de Cou a vu passer chercheurs d’or, contrebandiers et autres réfugiés en quête de salut. Bien connu des Champérolains, il se laisse aussi conquérir au départ de la très secrète vallée de la Manche, raquettes aux pieds.

Des chalets d’alpage de Fréterolle, côté français, on l’aperçoit presque à portée de main. Le col de Cou «fume» sans discontinuer sous l’action d’un vent déchaîné. Ce tempétueux transport de neige a sculpté les pentes qui descendent du col en formant des vagues s’entrelaçant dans d’étranges dessins. Plus loin sur la droite, le regard s’arrête sur la formidable masse rocheuse des «Terres Maudites», en contrebas de la Tête de Bossetan. Elles doivent leur nom à une triste légende qui rapporte le destin funeste des vaches s’aventurant trop près des dalles inclinées, alors qu’elles pâturaient le long de la crête de Bossetan. C’est dans les vertigineux couloirs parcourant cette immense paroi que le guide morzinois Anselme Baud commença sa longue liste d’innombrables premières à skis dans les années 1970. Parmi elles, le Grand couloir et le couloir de la Virgule à la Tête de Bossetan.

Parvenus à l’extrémité de l’étroite vallée de la Manche, encaissée entre deux versants escarpés, les randonneurs goûtent à la solitude de ces lieux restés vierges de toute remontée mécanique. Ayant laissé derrière eux le couvert protecteur de la forêt, ils évoluent lentement, bravant les assauts d’un vent qui ne les lâchera plus jusqu’au col.

 

Traces perdues et histoires d’autrefois

Sans le savoir, ils marchent dans les traces des chercheurs d’or. Entre 1850 et 1895, ces derniers creusèrent une mine juste sous le col, côté savoyard. Ainsi, le col de Cou fut durant quelques années presque à l’égal du Klondike lors de la légendaire ruée vers l’or. Mais il semble que les précieuses pépites ne furent pas vraiment au rendez-vous. La légende voudrait pourtant que deux riches filons partant, d’un côté, de la Dent de Bonavau et, de l’autre, du vallon de Fréterolle, se rejoindraient juste au niveau du col. Certains disent même que ce fabuleux filon pourrait être le même que celui que cherchait Jacques Balmat, premier vainqueur du Mont Blanc, qui disparut lors de sa quête effrénée – peut-être avait-il attrapé la fièvre de l’or – sur les vires escarpées du Grand Mont Ruan.

Au col, la neige recouvre presque entièrement l’ancienne cabane des gardes-frontières, vestige d’un passé où douaniers et contrebandiers jouaient au chat et à la souris. Plus tragiquement, le salut de nombreux réfugiés juifs et autres résistants passa par là durant la dernière Guerre mondiale. Le souffle coupé par les rafales, le visage pétrifié par la morsure d’un froid intense digne du Klondike, quelques randonneurs d’un jour essaient de profiter durant quelques instants de la beauté du lieu. Un pied en Suisse, l’autre en France. Devant eux, le panorama s’ouvre «plein cadre» sur les Dents Blanches, puis sur la chaîne des Dents du Midi.

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