Séduction de l'Alpe

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rPar S.

Je ne sais trop pourquoi ses rocs vertigineux, Ses abîmes sans fond et ses couloirs neigeux Ont toujours eu sur moi si redoutable emprise! Le vent pur des sommets me transporte et me grise Et même dépourvus des grands prés et des bois Ses pics au gazon ras qui zèbrent leurs parois, Leurs longs déserts pierreux si pleines de solitude M' ont sans cesse attiré vers leur haute altitude! Parfois dans le pierrier voir courir prestement Quelque blanche perdrix surprise brusquement, Apercevoir là-bas sur la roche pointue La fière silhouette, à vos yeux si connue, Du chamois apeuré qui de loin vous devine Et d' un bond disparaît dans la proche ravine! Et l' aigle qui, planant, vous a bien repéré, Ses orbes s' éloignant tandis que sur roc, pré, Son coup d' œil si perçant scrute fissure et gîte Et que très faiblement sa grande aile palpite! Et puis, c' est le silence absolu, reposant, Imprégnant tous ces lieux où votre pas pesant Seul fait rouler un schiste en précaire équilibre Tandis qu' à son contact le léger piolet vibre! L' air est là plus limpide et le soleil plus chaud Et l'on s' attend parfois à voir surgir là-haut Des choses qui seraient très extraordinaires! Devant tant de beautés, souvent si singulières, Petits lacs de montagne au soleil miroitant, Blancs séracs de glaciers sur rochers cascadant, Tourelles s' élançant d' une arrête massive, L'on admire muet, l' âme toute pensive, Cherchant à définir ce qu' on éprouve ainsi En se sentant soi-même autre que jusqu' ici! Mais il faut redescendre en la basse vallée, Tournant hélas le dos à cette Alpe enchantée Dont le charme si plein de muette grandeur Avait depuis longtemps enchaîné votre cœur, Et c' est avec tristesse à la fin qu' on la quitte Lorsque le soleil d' or à son tour prend la fuite!

Die Alpen — 1942 — Les Alpes.

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