Sommet, névés et glaces fraîches au val d'Anniviers Au Pigne de la Lé avec des enfants

Les parents et les enfants n' ont pas toujours les mêmes intérêts concernant l' occupation de leurs loisirs. Pour amener des enfants jusque sur les sommets, il faut surtout qu' ils soient motivés, car l' énergie et l' endurance leur manquent rarement. Récit d' une expérience vécue au val d' Anniviers.

Lorsque j' étais enfant, nous étions en montagne presque chaque fin de semaine. Je n' y allais pas toujours de bonne grâce. Dans les moments de liberté, la jeunesse peut aspirer à d' autres joies que celle de crapahuter sur les hauteurs. C' est pourquoi j' ai gardé en mémoire la crème glacée qui me récompensait au retour. C' était un plaisir bien plus grand que celui d' avoir trôné sur un sommet. Comme nous habitions en Valais, nous avions les montagnes à portée de main. A 5 ans, je fis connaissance avec les peaux de phoque à Bürchen; à 8 ans, ce furent les premières randonnées sur l' Ofenhorn dans le Binntal et à 12 ans, je gravis mon premier 4000, le Klein Fiescherhorn.

Bien que j' aie dû me faire violence pour quitter mes chers jouets et pour renoncer aux Pâques fleuries lorsque mes camarades paressaient sur l' herbe tendre, bien qu' il m' ait fallu chercher avec mon Barryvox le lapin et les œufs dans les hauteurs glacées, j' ai toujours vécu ces excursions alpines comme des moments forts, éblouissants. Et ce n' est pas seulement un souvenir édulcoré. Le goût de l' alpinisme m' est venu à 14 ans. Je n' y étais plus contrainte d' aucune manière. L' OJ m' a guidée vers les plus hauts sommets de notre pays, et entraînée dans de nombreuses autres courses. Mère de trois enfants, je me trouve aujourd'hui dans la même situation que mes parents dans mon jeune âge.

J' ai gardé de mon enfance un souvenir particulièrement marquant du Pigne de la Lé, un sommet situé au fond du val d' Anniviers. Du haut de mes 7 ans et de ses 3396 mètres d' altitude, je fêtai là mon premier 3000 de caractère alpin. Je n' ai pas voulu priver mes propres enfants d' une telle expérience. C' est ainsi que nous partîmes par un beau jour d' août vers Grimentz et de là au val de Moiry, avec nos deux fillettes âgées de 5 et 8 ans. La Cabane de Moiry était déjà bien en vue depuis la place de parc bordant le lac du même nom. La montée se fit sans peine, ce qui confirme que la vue du but contribue à motiver les enfants.

Nous avions à ce sujet un bon exemple fourni trois ans auparavant par notre aînée, âgée alors de 5 ans. C' était à St. Niklaus dans le Mattertal, un chaud jour de juillet à midi. Débarqués sur une place de parc, nous avions l' intention de gagner la Topalihütte. Notre petite leva les yeux au ciel où brillait très haut, minuscule, le reflet de la carapace de tôle de la cabane. Son expérience lui disait qu' en général, on ne voit pas dès le départ le but d' une excursion. « Maman, la cabane ne peut pas être loin puisqu' on la voit d' ici !», s' exclama. Elle n' avait heureusement pas la notion des distances et encore moins celle des altitudes. En effet, 1500 mètres de dénivelé nous séparaient de la cabane. A notre grand étonnement, notre fille fit la randonné sur ses propres jambes et sans difficulté. Pourtant, la montée à la Topalihütte n' est sûrement pas la meilleure excursion à proposer à des débutants aussi jeunes. Par contre, l' accès à la Cabane de Moiry est plus court, plus simple et idéal pour les enfants.

Le sentier est bordé de nombreux cairns, et les jeunes alpinistes se font un devoir de les rehausser de quelques pierres. Cela n' est pas sans prolonger la durée du trajet, qui peut facilement doubler à ce jeu. Mais la distance est courte et le temps ne presse pas. L' étroit sentier qui court sur la moraine fascine aussi les enfants lorsque nous leur racontons qu' au temps de leur bisaïeul encore, le glacier déposait à ses flancs les conglomérats sur lesquels nous marchons. La montée se termine par un raide parcours en zigzag et comme les petites ont le souffle court, nous comptons avec elles les « zigs » et les « zags » dont le défilement leur fait oublier toute fatigue.

La nuit en cabane est toujours un événement pour les enfants. Cela commence par le repas en commun, suivi du brossage des dents, puis de l' installation dans le dortoir à la lueur de la lampe de poche. Tout est un peu différent et naturellement beaucoup plus excitant qu' à la maison.

Le matin suivant, diane à 7 h. Le sentier conduisant au col du Pigne est d' abord bien marqué dans la caillasse. On accède ensuite au col en montant par un névé. Les enfants s' étonnent que la neige ait par endroit une couleur rouge intense, et se demandent comment les algues qui en sont responsables peuvent survivre dans un environnement aussi hostile.

Le col du Pigne, que nous avons atteint après une heure et demie, offre une vue magnifique sur le Weisshorn et sur le val de Zinal. En nous encordant, nous observons deux bouquetins tout proche. Le brouillard se lève alors que nous entamons l' escalade de l' arête nord du Pigne de la Lé. Pour les enfants, c' est un exercice particulièrement amusant et -varié, quant aux adultes, ils ne sont frustrés d' aucune manière: le panorama du point culminant s' étend de toutes parts sur les plus beaux sommets des Alpes valaisannes. Il surpasse presque celui dont on peut jouir du haut de nombreux 400O. Car on peut admirer d' ici tous les joyaux de la couronne impériale: le Bishorn, le Weisshorn, le Zinalrothorn, l' Ober Gabelhorn et la Dent Blanche forment une éblouissante arène au fond de laquelle les enfants cherchent la Cabane du Mountet. Une exploration aux jumelles leur permet de la distinguer, minuscule au milieu de ces géants. Pour déclarer aussitôt, d' une seule voix: « On voudrait bien aller une fois à cette cabane ».

La descente est rapide, les deux petites alpinistes glissent à grands cris sur les névés ramollis. A la cabane règne déjà une chaleur estivale, et nous apprécions une boisson fraîche. Au retour, nous repassons évidemment par le pittoresque village de Grimentz, où les enfants auront droit à une coupe Danemark bien méritée.

Randonner avec des enfants

On trouvera des informations sur le thème de la randonnée avec des enfants dansl’article « Randonnée en famille. Le tour du Sex Rouge », Les Alpes, 9/2008, pp. 19-23. La brochure « L’appel des cimes. 50 cabanes CAS convenant aux familles » peut être téléchargée sur le site internet du CAS.

 

Les Editions du CAS ont publié les livres suivants sur ce thème :

R. Meier, Enfants et alpinisme, Editions du CAS, Berne 1996R. Meier/J. von Känel, Verzeichnis Klettergebiete für Kinder/Liste des sites d’escalade pour enfants, Editions du CAS, Berne 1997

Autres ouvrages :

C. Destivelle/E. Décamp, Le petit alpiniste, Editions Guérin, Chamonix 2009M. Vincent-Fourrier, Guide de rando avec les enfants. Conseils pratiques pour les parents et les grands-parents, Editions Delachaux et Niestlé, 2008J. Ihle, Erlebniswanderungen mit Kindern. Höhlentouren, Wasserwege und Gipfelspass in den Schweizer Bergen, Werd Verlag, Zurich 2007

On trouvera également de nombreux conseils et une bibliographie étendue (en allemand) sur le site internet du Club alpin allemand (www.alpenverein.de), rubrique « Familie ».

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