Une ascension décevante

Remarque : Cet article est disponible dans une langue uniquement. Auparavant, les bulletins annuels n'étaient pas traduits.

Une ascension décevante Le tableau VII récapitule les observations siBsses de 1937. Tableau VII.

Bassins Nombre de glaciers observés en crue stationnalres en décrue Rhône

27 16 12 1 8 4 1 2 3 1 2 0 2 0 0 1 4 4 0 0 0 0 0 0 20 11 10 1 6 4 1 1 Aar

Reuss..

Linth...

Rhin

Inn

Adda.., Tessin

Totaux.

71 9 8 54 % en 1937.

12 9 12 7 76 84 % en 1936

Différences en %

— 8 Conclusion: En 1937, de 100 glaciers des Alpes suisses, 12 étaient en crue, 12 étaient stationnaires et 76 étaient en décrue. La tendance à la décrue s' est donc atténuée sous l' influence des deux derniers hivers, très neigeux.

P.L. Mercanton.

Une ascension décevante.

Par G. L. Rossât.

... die Badile-Nordkante, « die gewaltigste Urgesteinskletterei der Alpen... ».

F. Beldl. ( Les Alpes, 1936. ) Notre après-midi du 4 août 1937 se passa à scruter, de la cabane Sdora, l' arête nord du Piz Badile.Vue de profil, elle paraissait moins redressée, moins « Himmelsleiter » que de la vallée. Je pris le temps d' aller reconnaître l' itinéraire jusqu' au Glacier du Cengalo, à travers le dédale des moraines et des crevasses du Glacier de Bondasca.

Le soir, autour du livre de cabane, nous faisons connaissance de deux Zurichois. Ils viennent de passer dix jours dans le Bergell. L' un d' eux, Gastricum, a déjà gravi, l' un des premiers, l' arête nord du Badile. Il ne veut à « aucun prix » y retourner, et son compagnon, Willy Hasenfratz, en pleure de dépit. Son argument: « Eine solche Tour macht man nicht zweimal in seinem Leben », nous pince un peu le cœur... Serait-ce donc si « dur » que ça?

Nous le verrons bienl Willy viendra avec nous. Il promet de ne pas nous gêner et de se borner seulement à nous suivre...

Nous ne prenons qu' un piolet, deux tout petits sacs, les espadrilles, quelques pitons et mousquetons. Il est 2 h. 50 quand nous quittons le refuge sous les étoiles scintillantes.

Nous traversons horizontalement le désert chaotique des moraines et des glaciers. La lanterne de Willy a disparu beaucoup plus bas, dans la région dallée, sous le glacier.

A 4 heures nous titubons parmi les gros blocs de l' alpe de Cengalo. L' un d' eux se lève; c' est Willy qui nous a précédé d' une minute...

Alors commence la recherche du passage, nommé « il Viale » sur les guides, qui nous permettra d' atteindre le sommet du Sassfura, à 200 m. au-dessus de nous, prolongation de l' arête nord du Badile. Suivant les renseignements de Gastricum, nous allons le chercher à l' aplomb du col, au-dessus des derniers pierriers.

Le jour pointe, nous soufflons les lanternes. Nous suivons une vire herbeuse qui s' élève à gauche, puis, tournant à droite, nous essayons de traverser en direction du col. Des dalles raides nous barrent la route. Nous redescendons et je vais essayer à droite une cheminée qui monte « au nord » ainsi que le dit le guide.

Je m' avance jusque sous un surplomb rébarbatif. J' essaye de le tourner dans la paroi de droite. Je vais jusqu' à la limite du possible, mais dois bientôt me résoudre à une difficile retraite. J' annonce ma défaite aux deux compagnons assis 100 m. plus bas.

Nous remontons à gauche. Cette fois Willy se déchausse et traverse les dalles à pieds nus. Il forcera le passage tout seul vers le col. Je préfère rejoindre mon camarade, Arnold Balissat, qui m' appelle plus haut à gauche. Il a bel et bien trouvé le sentier, il Viale, qui nous conduit en oblique au Sassfura.

Il est 5 h. 15. Un quart d' heure plus tard, Willy nous rejoint. Nous avons perdu une grande heure à découvrir ce coquin de passage.

Sur d' immenses plaques, ossature même du Badile, contournant des blocs gros comme des maisons, nous nous hâtons vers le point d' attaque. Il s' agit d' atteindre exactement la base de l' arête nord en remontant maintenant des névés raides et durs, où quelques marches sont nécessaires.

La petite selle rocheuse est atteinte à 6 h. 30. En silence, nous chaussons les espadrilles, insinuons les piolets dans les sacs, mangeons un morceau. Le ciel est couvert d' un voile légèrement pommelé qui nous cause quelques inquiétudes...

Le site est impressionnant. Nous touchons enfin cette prestigieuse arête qui, telle le dos d' un requin géant, nous invite à la chevaucher. A vrai dire, c' est plutôt, au départ, une sorte de bastion convexe, coupé à l' est par la chute sur le Glacier du Cengalo.

Un gros lichen grisâtre couvre les grandes dalles de protogine et, tout de suite, nous met mal à l' aise. Automatiquement, j' ai pris la tête. Je remonte les fentes, les failles, sans m' éloigner trop du fil de l' arête. Les pas- sages délicats font immédiatement leur apparition. La plus grande prudence s' impose. Nous n' avançons que l' un après l' autre, assurant « moralement » le compagnon, les pieds sur quelque rugosité plus ou moins arrondie, ou les doigts dans quelque fissure. A ce rythme, Willy, qui varappe en solitaire, prend un peu d' avance. Nous rencontrons, dans les parties redressées, quelques anciens pitons qui sont les bienvenus. J' y glisse un mousqueton et la corde; Arnold le décroche au fur et à mesure et me le renvoie par le filin.

A 7 h. 30 nous soufflons une minute, accroupis sur un ourlet minuscule. Nous soupirons après un replat, où nous asseoir confortablement et détendre nos muscles et nos esprits. Mais, « semblable à du béton » comme dit le guide, la pente est sans défaut. Nous commençons à la trouver décidément bien exposée, trop sévèrement et obstinément défendue.

Un peu plus tard, nous sommes engagés à la suite de Willy dans des sortes de cheneaux de la face est qui ont l' air de remonter à l' arête. Mais elles se terminent par un surplomb oblique qui nous barre la sortie par le haut. Sur mon conseil, Willy rétrograde, et nous reprenons l' arête. La ligne d' ascension se redresse encore. Nous redoublons de circonspection. On peut s' assurer par-ci par-là à quelques pitons rouilles. Mais les difficultés sont maintenant d' un ordre tel que le moindre faux mouvement aurait des conséquences fatales. C' est moins redressé mais plus aérien que la montée à l' Aiguille Ravanel. Nous remontons maintenant de petijts surplombs imbriqués où la légèreté du chat doit s' allier à la souplesse du reptile.

Willy nous précède. Il rit de toutes ses dents éclatantes. Il trouve cette montagne à son goût et n' a pas assez d' épithètes pour lui témoigner son admiration. Son vocabulaire français est pauvre, presque inexistant:

— Ha! un diable montagne... il est dur...

Nous sommes rejetés sur le versant ouest. Un replat, le premier que nous trouvons, nous permet de nous asseoir pour manger un morceau. Il est 8 h. 30. Nous sommes sur l' emplacement d' un ancien bivouac; l' altimètre indique 2840 m.

Nous avons vainement cherché le livre des ascensions qui doit se trouver quelque part dans les fissures à cette altitude. Je ressens de la fatigue et du découragement. Les difficultés sans cesse renaissantes soulèvent en nous une mauvaise humeur, une hargne compréhensible contre cette montagne qui se défend trop bien. Willy même semble impressionné:

— Charrette montagne! Il est difficile... Mais maintenant vient le passage « cochon »...!

Nous rejoignons l' arête par quelques nervures. Au-dessus de nous, à 50 m ., se dresse le premier gendarme, tour lisse et noire, qui barre le passage. Nous empruntons un instant le versant ouest. C' est par là que sont tombés, il y a cinq jours, J. Kremer de Zurich et son ami Weinsziehr de Berlin... Les paroles de Gastricum: « Niemals auf die Westseite... » et d' autres « impondérables » nous ramènent sur l' arête, sous le ressaut.

Il est 9 h. 30. Arnold, qui est maintenant chef de cordée, s' assied à côté du Zurichois, au début d' une petite vire qui s' engage en oblique sur le ver- sant est. Nous buvons un coup de thé, avalons péniblement quelques fruits secs. Nous avons le sentiment que la partie sérieuse est là, derrière ces dalles lisses et sauvages. C' est bien au-dessus de ce vide impressionnant ( 800 m. d' un seul jet ) que la partie se jouera.

Willy part en éclaireur sur le sentier aérien. L' ascension directe de la tour paraît tellement folle ( c' est pourtant le bon passage ) que nous ne l' étudions même pas. Nous suivons donc l' itinéraire du guide: « On suit l' arête jusqu' à ce qu' on soit repoussé dans une fissure sur le côté est. » Nous avançons, les mains collées à la paroi de droite, 20 m., 40 m 50 m Mes deux compagnons sont maintenant réunis au bas d' une fente qui s' élève verticalement de 60 m. et semble conduire à l' arête. Plus loin, c' est le miroir, la « Plattenflucht » fuyant vers le vide horrifique. Il faut s' élever dans cette raie noire, hallucinante, dont le fond moussu et suintant ( souvenir de la dernière neige ) semble défier toute attaque, ou s' avouer vaincu...

J' assure tant bien que mal Arnold qui rejoint Willy 5 m. plus haut. Celui-ci ne ménage plus ses expressions, et le nom du Badile se trouve maintenant régulièrement et énergiquement accompagné du vocable que Larousse réserve aux cadavres d' animaux en putréfaction. Il scande ses imprécations de coups de marteau frénétiques sur les pitons, trop rares, qui jalonnent cette diabolique fissure. Tous sont descellés et s' arrachent dès qu' il les touche.

Arnold a rejoint Willy là-haut, en pleine paroi. Je ne sais sur quoi ils s' appuient, et j' aimerais bien disposer d' un piton d' amarre. Mais notre Zurichois, qui semble avoir signé un pacte avec le diable, a disparu de mon champ visuel. J' entends seulement ses grognements et ses malédictions...

Mon compagnon a fait cordée avec le leader... Puis les ordres sont venus... J' ai peiné à mon tour dans l' affreuse rigole où, par oppositions, adhérences et contorsions, j' ai enfin atteint une cheville. Arnold marmonne plus haut d' incompréhensibles soliloques. La crampe me tord désespérément la cuisse, agrippé que je suis d' un orteil sur la fiche hasardeuse. Ma situation n' est guère enviable, car je suis absolument à la merci d' une faute ou d' une glissade de mes deux compagnons. Enfin, après des minutes qui m' ont semblé des siècles, l' ordre de monter m' arrive.

Je halette et m' escrime dans la faille finissante. Avant de rejoindre mes amis, il me faut encore surmonter un surplomb et traverser la dalle vers la droite.

Maintenant nous sommes réunis sur une vire minuscule. Nous paraissons frappés de mutisme... Willy a épuisé toutes les ressources de son français maladroit, Arnold ricane doucement; moi, je suis furieux de m' être laissé entraîner dans cette entreprise insensée. Il est plus de 11 heures, l' alti indique 3050 m. Nous avons encore 250 m. à gravir... Pourtant nous avons le sentiment que « le plus dur est fait », car un deuxième passage semblable rendrait l' ascension de l' arête nord impossible. L' effort physique, et, plus encore, la tension nerveuse ont une limite pour la machine humaine.

Nous attaquons maintenant la « gendarmerie » du Badile. A midi la bataille fait rage. Nous rampons sur des faces sauvages, contournons des dents aériennes sur des prises minuscules, usant nos ongles et nos semelles aux nodosités du granit et aux rugosités des lichens. Depuis les efforts de la fissure j' ai des crampes dans les jambes qui me donnent des inquiétudes graves.

Pour nous redonner du cœur au ventre, nous cassons une croûte, hâtivement, car nous sentons le sommet tout proche. Déjà Willy y parvient. Nous nous y traînons sans enthousiasme. A 13 heures nous nous agrippons au monolithe sommital ouest. Un quart d' heure plus tard, nous nous étendons au soleil sur les blocs du sommet central, à 3308 m.

Nous nous serrons la main avec gratitude... Mais nous avons mauvaise conscience...

Cette montagne, trop difficile, nous ne l' avons pas méritée; nous l' avons vaincue par surprise et presque malhonnêtement. Nous avions manqué au vrai jeu de la grimperie... et un peu triché... Le passage de la fissure nous restait dans la mémoire comme un reproche. Ce n' avait pas été du travail propre et probe... Nous avions joué avec nos vies... et gagné... par chance...

Nous avions mal jugé cette perfide montagne. Nous avions sur le cœur un péché de présomption et un faux jugement. Le Guide IV des Alpes grisonnes avait trompé notre bonne foi. Nous avions été séduits par sa description enthousiaste, un peu laconique, trop brève et trop simple surtout:

« Die Kletterei ist meist schwer... Rasch gehende Kletterer können den Grat in Auf- und Abstieg von der Capanna Sciora aus ohne Biwak bewältigen. » Un vieux guide du Bergell, Christian Klucker sauf erreur, prononça ces paroles à la parution du livre en 1935: « Jetzt kommt die Opferzeit. » Puisse notre récit mettre en garde les jeunes, avides de sensations fortes et d' ascensions difficiles:

« Admirez le Badile et son .échelle du ciel', photographiez-le, mais ne montez pas par la Nordkante sans vous être éprouvés sérieusement. Une ascension qu' on ne veut pas refaire deux fois dans sa vie est une assez sotte expérience et démontre la vanité d' une telle entreprise. Ne croyez pas la description du Guide IV des Alpes grisonnes. Elle est mensongère par omission et sous-estime gravement les difficultés réelles de l' entreprise. Elle causera encore bien des tragédies si personne ne signale aux alpinistes son véritable caractère. » Nous formons des vœux pour que notre avertissement rende nos collègues du C.A.S. attentifs à cette erreur d' appréciation d' un des guides les plus récents, et par ailleurs des mieux faits, publiés par le C. C, et contribue peut-être à éviter quelque malheur irréparable.

„ Die Wolke. "

Von Hermann Meier.

So nennt Eduard Senn sein Bild, das diesem Heft von « Die Alpen » beigegeben ist.

Eduard Senn ist in Zürich geboren und aufgewachsen. Angeregt durch die mannigfaltigen Ausstellungen im Kollergut am Zürichhorn, in dessen Nachbarschaft Eduard Senn seine Jugendzeit verlebte, erwachten in ihm Neigungen zur Malerei. Er hat in graphischen Werkstätten von Zürich gelernt und gearbeitet, später die Kunstgewerbeschule daselbst besucht.

Früh begannen seine Wanderungen, und es waren meist Berge und Täler, die dem jungen Malerauge das Gesuchte vermittelten. Der Weltkrieg gebot seinen Wünschen Halt. Aber auch als Soldat konnte er der Malerei nicht widerstehen. Durch die Grenzbesetzung wurde er mit dem Jura und Tessin bekannt; auch das Wallis und die Ostalpen zeigten ihm wunderbare Gestaltungsmöglichkeiten. Im Jahre 1922 besuchte er die Museen von Wien und Budapest, um dann in Jugoslawien dem Verdienste und einer neuen Landschaft nachzugehen. Nach zweijährigem Aufenthalt kam er wieder in seine Heimat zurück.

Seine geliebten Berge zogen ihn in nächste Nähe. Im Engelbergertal, das wie selten eines so viel Abwechslung an abstrakten Bergforma-tionen bietet, liess er sich nieder. Eine Stunde ob Engelberg, auf der Bord-terrasse in einem Gasthaus am Weg zur Ruckhubelhütte hat sich Eduard Senn eine dauernd wechselnde Gemäldeausstellung geschaffen. « Ein reizvolles Plätzchen haben Sie sich da gewählt », sagen ihm jeweilen die Gäste, die hier die Schönheiten des von Conrad Ferdinand Meyer besungenen Tales so nahe beisammen sehen. Es sind daher in seinen Motiven auch idyllisch ausgewertete Vordergründe zu finden, die nicht direkt am Wege liegen. Seine gut gesehenen Bilder mit abwechslungsreichen Stimmungen lassen auf einen längeren Aufenthalt in dieser Gegend schliessen. Die lebendige Darstellung der « Wolke an der Rigidalgruppe », das reichvariierende Grau der Kalkfelsen, die dem Auge so wohltuenden Herbstweiden, klare Winter-lüfte mit sonnigen Schneehalden, Obwaldner Berghäuser, aber auch Alpenblumen und Kinderbildnisse bringen Abwechslung in sein Werk. Wie es der Werdegang durch die Graphik erklären lässt, sind seine Bilder in Komposition und Zeichnung feinfühlig aufgebaut. Das vorherrschende Aquarell gibt das Äusserste an kraftvollen Farben her, so dass in seinen Bildern nicht nur Ober-flächenlicht zu sehen, sondern auch das Massiv darunter spürbar ist.

Freudig, ausdrucksvoll in seiner Arbeit, still in seinem Leben, so findet man Eduard Senn auf Bord ob Engelberg. Wanderungen mit diesem Gebirgsmaler und Gastwirt, der Berge und Täler, der vor allem aber seine engere Heimat liebt, bleiben unvergesslich.

Die Alpen — 1938 — Les Alpes.18

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