Une tentative au Weisshorn en 1860

Remarque : Cet article est disponible dans une langue uniquement. Auparavant, les bulletins annuels n'étaient pas traduits.

Avec 1 fac-similéPar C. Egmond d' Arcis

Un point d' histoire élucidé La découverte, voici tantôt deux ans, du « Livre des Visiteurs de l' hôtel du Mont Rose », à Zermatt, pour les années 1858 à 1865, égaré depuis longtemps et maintenant déposé au Musée du Cervin, a permis d' élucider un point intéressant de l' histoire de l' alpinisme.

Le journal d' Edward Whymper — partiellement reproduit par Frank Smythe dans le bel ouvrage qu' il a consacré au vainqueur du Cervin — porte cette mention, à la date du 13 août 1860: « J' ai vu dans le livre des voyageurs que Mr. Malkin a tenté cette année de gravir le Weisshorn, mais n' a pas réussi. Cet échec est dit à la quantité exceptionnelle de neige dont cette cime est recouverte cette année et qui la rend très dangereuse. » Ni Smythe ni son traducteur n' ont pu identifier cet énigmatique « Mr. Malkin », et pour cause: Whymper a mal lu ou bien mal transcrit le nom inscrit dans le livre des visiteurs et, par suite de la disparition de ce document, il avait été impossible jusqu' ici de faire une vérification; elle est faite maintenant et révèle que l' alpiniste auquel Whymper fait allusion n' est autre que C. E. Mathews, membre de l' Alpine Club. On peut lire son nom dans le livre, à la date du 23 juin, et, au-dessous, figure celui de son frère, E. A. Mathews, qui, on le sait, avait essayé de gravir le Weisshorn l' année précédente. Plus bas, c' est la note mentionnant la tentative à laquelle le journal de Whymper fait allusion. Or, ces quelque quinze lignes de texte ne signalent pas seulement la tentative de E. A. Mathews ( voir le texte ci-dessous ), mais leur écriture laisse apparaître les caractères distinctifs qu' on observe dans la signature de C. E. Mathews; enfin, au bas de la note, il devait y avoir la signature de l' auteur, mais la page a été rognée par la suite et l'on ne voit plus que le caractéristique de la griffe de Mathews.

Que dit la note? En voici la traduction: « Le 2 juillet j' ai tenté de gravir le Weisshorn. Cette montagne a été essayée Van dernier de Zinal, par mon frère, mais étant arrivés à 1000 pieds du sommet, ils l' ont trouvé impraticable et ont été obligés de descendre. Elle a été essayée par le Revd. Leslie Stephen dans la même année, à partir du chalet au-dessus de Tsesch, mais l' ascension ne fut pas menée à chef. Je dormis à ce même chalet et le quittai à 1 h. du matin. Après avoir marché 10 heures, je réussis seulement à parvenir au pied des rocs à la base du sommet. Mes guides étaient Melchior Anderegg et Jaun Kronig. L' ascension n' a pu être effectuée à cause de la grande quantité d' avalanches et de l' énorme masse de neige fraîche. Nous essayâmes de monter par la neige et la glace et taillâmes chacun des pas de cette ascension pendant 4 heures. En descendant, la neige nous venait presque toujours jusqu' aux genoux et souvent jusqu' à la taille. Melchior dit que cette montagne ne peut être gravie, si ce n' est tard dans la saison et que 4 guides sont indispensables. Il nous fallut 16 heures de marche pénible pour aller du chalet au point mentionné et pour revenir à Zermatt. 2 juillet I860. » Est-il besoin d' une autre preuve? On la trouvera dans le vol. I de Y Alpine Journal où, dans une lettre au rédacteur, C. E. Mathews revient sur cette tentative et fournit des détails qui ne manquent pas d' intérêt. Voici une partie de ce récit:

« II nous fallut enlever voiles et lunettes et nous servir à fond de nos yeux, les traces étaient si peu sûres et cela bien que le soleil fût extrêmement chaud et qu' on ne pût nulle part voir un nuage. Soudain, la chaleur du soleil détacha de la neige juste au-dessus de nous et une petite avalanche descendit juste assez près pour être excessivement déplaisante. C' en fut trop pour Kronig qui me pria de la façon la plus pitoyable de renoncer à l' expédition. Nous nous arrêtâmes et regardâmes autour de nous pour admirer le splendide UNE TENTATIVE AU WEISSHORN EN 1860 cercle de montagnes s' étendant devant nous des Mischabel, immédiatement à gauche, au Mont Blanc, à droite au loin... Avec un sourire sinistre, Melchior attira mon attention sur Kronig: ses genoux s' entrechoquaient positivement de terreur. Je n' ai aucun désir de lui faire du tort dans l' estime de mes amis, mais je me sens obligé de dire que, dans une situation dangereuse, il est plus qu' inutile comme guide. Je me rendis alors compte que la dernière chance de succès s' était évanouie. J' en appelai à Melchior et il dit qu' il essayerait de gagner le petit banc de rochers noirs à quelques 200 pieds au-dessus de nous et qu' il déciderait alors ce qu' il fallait faire. Nous parvînmes lentement à ce point, taillant chaque marche du parcours, mais les rochers ne nous offrirent ni la place pour nous asseoir ni pour rester debout et ils s' éboulaient au moindre contact. J' étais très peu enclin à faire demi-tour, car nous n' étions pas à plus d' une demi-heure de l' arête et, peut-être, à pas plus d' une heure et demie du sommet, mais j' avais le sentiment qu' il serait futile de poursuivre avec un seul guide, et l' état de Kronig était sans espoir. Tandis que nous examinions notre situation, une autre de ces désagréables petites avalanches de neige tomba et dévala près de nous sur le flanc de la montagne. Il était inutile de persister plus longtemps. Les batteries du Weisshorn étaient trop meurtrières pour être affrontées et nous fîmes demi-tour et nous enfuîmes. Pendant que nous descendions, de grandes plaques de neige se détachèrent de la montagne, nous-mêmes étant au centre, et deux ou trois fois nous perdîmes pied et fûmes couverts de neige fraîche jusqu' aux épaules. A huit heures du soir, nous arrivâmes à Zermatt, après environ dix-neuf heures de la marche la plus dure que j' aie jamais faite. Cinq jours après, ayant recouvré l' usage de mes yeux qui avaient été terriblement brûlés, j' eus la satisfaction de contempler, du sommet de la Jungfrau, les magnifiques proportions de mon ennemi victorieux. » Par la suite, Kronig accompagna d' autres ascensionnistes, et il est à supposer que sa défaillance momentanée au Weisshorn — quel alpiniste n' en a jamais eune s' est pas répétée. Pourtant, il n' était pas avec C. E. Mathews quand il fit, en 1867, la première ascension du Jägerhorn.

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