Une Veillée de Noël particulière

Belle et rebelle, la montagne est un monde à part qui dégage une force extraordinaire. Elle stimule l' imagi, apaise l' âme, se rit des frontières, réunit ceux qui s' aiment et leur offre aussi parfois sa protection... Voici une étrange histoire de Noël, née de la magie des cimes.

« Il a toujours été un peu bizarre », chu-chotaient entre eux les villageois en parlant du vieux Peter. « Mais depuis qu' il a perdu sa femme... !» Dans sa petite maison située à la lisière de la forêt, Peter allumait une à une, en cette soirée du 24 décembre, les bougies du sapin de Noël. Il était fatigué. Il avait parcouru un très long chemin. Tôt le matin, il était parti en direction de la montagne. Il avait d' abord traversé la forêt, avançant péniblement dans l' épaisse couche de neige. Puis, après avoir laissé les derniers arbres derrière lui, il avait poursuivi son ascension et gravi le flanc escarpé de la montagne. La crête était gelée, mais Peter n' avait pas hésité une seconde. Il avait même accéléré le rythme et, lorsqu' il avait aperçu la croix plantée au sommet de la montagne, résistant solidement aux assauts de la tempête, c' est à peine s' il avait pu contenir plus longtemps son impatience.

Enfin, il avait atteint le sommet. Epuisé par l' effort, il avait déposé son sac à dos sur l' épaisse couche de glace qui recouvrait la roche au pied de la croix et s' était assis dessus, cherchant à reprendre son souffle. Alors, et alors seulement, Peter avait levé les yeux et regardé autour de lui. Ils étaient tous là. Son père d' abord qui lui offrait du thé qu' il avait apporté dans un thermos. Mais aussi sa mère qui l' exhortait à enrouler plus chaudement son écharpe autour de son cou. Ses camarades alpinistes qui lui racontaient des histoires sur tous les sommets alentour, sommets qu' ils connaissaient bien puisqu' ils les avaient escaladés ensemble. Enfin, un peu à l' écart, se tenait Anna, sa femme. Cela faisait plus de six mois qu' il ne l' avait pas revue, qu' il ne lui avait pas parlé et qu' il ne l' avait pas serrée contre lui. C' était l' occasion de lui dire à quel point il l' aimait et combien il avait été heureux avec elle durant toutes ces années. Peter avait fermé les yeux et pris doucement Anna dans ses bras. Mais il avait peu de temps. La nuit tombait très tôt et le trajet du retour était long. Peter avait jeté un dernier regard autour de lui. Après un adieu silencieux à chacun de ses amis, il avait remis son sac sur ses épaules et repris le chemin de la vallée. Il faisait déjà sombre lorsque Peter avait rejoint le village. Discrète-ment, il avait regagné sa modeste demeure située à la lisière de la forêt et s' était mis à allumer, une à une, les bougies de l' arbre de Noël. a

Gertraud Weis, Vienne ( trad. ) Bergwald, un lieu magique dégageant une force extraordinaire Pho to :K ur t S te rc hi

Hiver 1922: drame au Säntis

Feedback