Via delle Bocchette hors saison. Attention, vertige! | Club Alpin Suisse CAS

Via delle Bocchette hors saison. Attention, vertige!

Attention, vertige!

La réputation de la via delle Bocchette n' est plus à faire. Située dans le groupe de la Brenta, c' est une des via ferrata les plus célèbres des Dolomites. Pourtant, pratiquée au mois d' octobre, c' est un tout nouveau visage qu' elle nous révèle ici. Et si sa difficulté est nettement augmentée en raison de l' enneigement, elle saura séduire plus d' un alpiniste avec le charme très particulier qu' elle dégage hors saison.

Après un long voyage, nous parvenons à Madonna di Campiglio. Une semaine durant, nous désirons sillonner les reliefs dolomitiques, à la recherche des plus belles via ferrata. Première halte sur le trajet, le groupe de la Brenta qui, de l' avis de nombreux connaisseurs, recèle l' un des parcours équipés les plus beaux qui soient: la via delle Bocchette.

Alors que nous comptions sur l' ac chaleureux des refuges italiens, nous ne tardons pas à apprendre que ceux-ci sont fermés en dehors de la saison de gardiennage. Surprenant pour des Suisses, habitués à leurs bonnes vieilles cabanes, toujours ouvertes. Je consulte notre carte et découvre que nous aurons ainsi une marche d' ap de 1100 m de dénivellation pour nous mettre en jambe. Rien de trop alarmant. N' ayant pas de matériel de bivouac, nous devrons scinder l' itinéraire en deux étapes et revenir à Madonna le premier soir. Nous déambulons dans les rues quasi désertes de la station, il pleut. Aux refuges inaccessibles s' ajoute donc un probable enneigement du parcours. Les inconvénients d' une venue tardive dans la région nous apparaissent rapidement. Les avantages, eux, vont se dévoiler lentement... La quiétude de l' hôtel Le lendemain, nous prenons la direction de la Bocca del Tuckett. La via delle Bocchette se divise en trois parties: le sentiero Benini, les Bocchette Alte et les Bocchette Centrali. Nous préférons ignorer la première, apparemment moins intéressante que les autres. La durée de la course se trouve ainsi écourtée de trois à quatre heures, gain qui pourrait s' avérer précieux selon les conditions que nous rencontrerons. Par un sentier forestier bien aménagé, nous atteignons les premiers blocs de rocher. La vue se dégage soudain et nous jouissons d' un coup d' œil prometteur pour la suite. Nous rejoignons le refuge del Tuckett, une superbe bâtisse de pierre, dans laquelle nous ne pouvons malheureusement pas pénétrer. A l' est, la brèche du même nom, où débute la via ferrata proprement dite. Parvenus au point de départ quelques dizaines de minutes plus tard, nous découvrons deux Hollandais qui ont passé la nuit sur place, sous tente. Ils nous décrivent brièvement la tourmente qu' ils ont essuyée et nous n' osons trop leur avouer que nous avons profité de la quiétude d' un hôtel...

Très vite, la neige fraîche fait son apparition, mais la couche n' est pas trop épaisse et ne nous ralentit pas. Par contre, nous rencontrons quelques difficultés d' orientation. Le terrain n' est pas équipé et les points de marquage disparaissent parfois sous le manteau blanc. Notre sens de l' itinéraire et un peu de chance nous permettront néanmoins d' atteindre les premières échelles.

Le charme de la solitude Sans vraiment nous en apercevoir, l' am des Dolomites nous enveloppe peu à peu. Ampleur des parois, teintes merveilleuses des rochers, verticalité. Enfermés dans le versant nord de la Cima Brenta, nous recevons bientôt avec bonheur les rayons du soleil qui dardent sa face est. La logique des ferrata dolomi-

Via delle Bocchette: ambiance automnale...

Pho to :S téph ane Ma ire

tiques appelle notre admiration, tant le terrain semble avoir été respecté. L' équi n' apparaît que lorsque cela s' avère nécessaire et nous suivons de longues portions sans assurage. Les conditions, que nous pouvions tantôt qualifier d' hivernales, se font moins inquiétantes et la tension se relâche un peu.

Nous débouchons, grâce à ces vires naturelles, sur une terrasse d' où nous pouvons embrasser du regard tout le versant sud de la Cima Brenta. Grandiose! Cette impression ne nous quittera pas avant longtemps.

Suit une traversée d' arête que notre topo qualifie d' épique, mais la ferraille en place et notre expérience nous permettent de l' aborder sans difficulté. Détail amusant, tous les tronçons de l' itiné portent un nom. Ainsi, nous parvenons bientôt à l' échelle « degli Amici », haute d' une trentaine de mètres. Sa remontée ne pose pas de problème, mais parvenir à son pied nous plonge momentanément dans un monde de glace. Il me faut, quelques mètres durant, sortir le câble de sa gangue de neige et nettoyer les rochers avant de pouvoir y poser les pieds.

Ce matin, engagés sur la via ferrata, nous avons rencontré des conditions bien différentes de ce qu' elles devaient être au cœur de l' été. Pourtant, au fil du temps, c' est une solitude, rarissime en pleine saison, que nous avons pu apprécier, les difficultés restant malgré tout abordables. La neige ne faisait que pimenter un peu plus l' aventure... De plus, le temps est beaucoup plus stable en automne, les lumières, magiques, et les

Des vires providentielles, pour admirer le Campanile Basso L' homme n' est tout de même pas allé jusqu' à relier les deux vires par une échelle...

L' échelle verticale « degli Amici » LES ALPES 11/2002

mélèzes des magnifiques forêts des Dolomites, en feu.

Prudence requise Atteignant le sommet de l' échelle, nous prenons pied sur le Spallone dei Massodi, couvert d' un manteau blanc, fraîchement déposé. Une longue descente par des vires et gradins – par chance exposés au sud et déneigés – nous amène à la ferrata Oliva Detassis, une série d' échelles verticales. Nous gagnons grâce à elles le Vedretta dei Brentei, un petit glacier relique, et prenons la direction du refuge du même nom avant de revenir à Madonna, gardant la suite de la Via delle Bocchette pour le lendemain.

Quittant notre hôtel de bon matin, nous devons tout d' abord effectuer une nouvelle marche d' approche d' environ mille mètres, avant d' attaquer la dernière partie de l' itinéraire entamé la veille. Peu nous importe finalement, tant le dépaysement et la beauté des lieux nous enchantent. Après le lever du soleil, nous parvenons à la Bocca degli Armi, où nous trouvons les premières échelles de la via delle Bocchette Centrali, réputée comme étant la plus belle.

Très vite, nous abordons la vire Figari. Clic! Clic! Me voilà assuré par deux mousquetons sur un câble qui me paraît d' une solidité à toute épreuve. La vire que nous suivons maintenant n' a guère plus de cinquante centimètres de large par endroits et la verticalité des lieux n' autorise pas à la rêverie, que l'on soit assuré à un câble ou non! De plus, les plaques de verglas nous poussent à redoubler de prudence et les stalactites qui pendent au-dessus de nos têtes nous contraignent à quelques acrobaties. On comprend sans mal que les grimpeurs locaux soient considérés comme les plus hardis des Alpes. Ah, que les Dolomites sont belles en cette fin octobre!

Alors que nous passons sur le versant est de la Torre di Brenta, une vue épous-touflante sur la Brenta Alta et le Campanile Basso, monolithe légendaire des Dolomites, se dévoile à nous. Nous poursuivons par une vire parfois très étroite, en contemplant ces décors féeriques. Parvenu au pied du Campanile, je préfère éviter des gradins en mauvaises

La descente du Spallone dei Massodi se fait par des vires, parfois délicates Fin de la première étape, non loin du refuge Alimonta Pho to s: St éph ane Ma ire LES ALPES 11/2002

conditions et sors pour la première fois ma corde du sac. Un rappel nous prému-nit des mauvaises surprises et nous pouvons continuer sans mal. Une autre vire et des échelles prennent en écharpe la Brenta Alta, pour nous conduire à la Bocca di Branta, où prend fin la via delle Bocchette. Les impressions – très fortes et envoûtantes – se bousculent dans notre tête et c' est l' esprit encore troublé que nous regagnons la vallée après cette visite à contre-courant. a

Stéphane Maire, Champex Vue époustouflante sur le versant sud de la Cima Brenta Pho to :S téph ane Ma ire

Informations pratiques

Accès: Madonna di Campiglio, à 120 km au nord de Brescia Période: de juin à fin octobre, selon les conditions Hébergement: Pendant la saison ( 20 juin–20 septembre ), refuges ouverts: refuge Graffer 0465/ 41358 refuge Brentei 0465/ 41244 refuge Alimonta 0465/ 40366 Hors saison: hôtels à Madonna di Campiglio Matériel: Equipement de haute montagne: crampons, corde, baudrier, casque, longe avec absorbeur d' énergie pour via ferrata ( indispensable pour la progression sur les échelles et les câbles ). La corde s' avérera utile pour assurer des personnes au pied peu sûr et sécuriser certains passages en conditions délicates Cartes, guides: De très nombreux ouvrages et sites Internet couvrant la via delle Bocchette sont disponibles. Voici une petite sélection: Carte Kompass au 1:30000 N° 073 Dolomiti di Brenta, disponible à Madonna Guide Dolomites – les plus belles Via Ferrata de Pascal Sombardier, éditions Glénat http://www.chez.com/lesviaferrata/via/ brenta/brenta1.htm ( contient entre autres une liste de tous les refuges du groupe de la Brenta ainsi que leurs coordonnées ) http://www.planetmountain.com/ trekking/ferrateen italien ) LES ALPES 11/2002 LES ALPES 11/2002

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