Villarrica | Club Alpin Suisse CAS

Villarrica Volcan préstigieux du chili

L'ascension du Villarrica, volcan culminant à 2840 mètres et situé dans la région des lacs du Chili, constitue certainement l' un des plus beaux souvenirs de voyage dans ce pays.

Le Villarrica, volcan de forme classique, encore actif, est situé dans la région des lacs, au sud-est de Temuco. C' est la montagne la plus fréquentée du Chili. Plusieurs voyagistes, plus ou moins sérieux des centres touristiques environnants, notamment la pittoresque Pucón, organisent des excursions sur le Villarrica. Ils fournissent l' équipe complet: souliers de marche, crampons, piolets, habits de protection contre les intempéries et même des masques à gaz, en raison des émanations sulfureuses qui s' échappent des profondeurs du cratère. Depuis quelque temps déjà, le règlement du parc national interdit l' as du Villarrica sans guide. Mais j' ignore si cette prescription est rigoureusement observée.

En règle générale, l' excursion du Villarrica démarre vers sept heures du matin à Pucón, à 227 mètres seulement au-dessus du niveau de la mer. Par une bonne route, on parvient à un domaine skiable aménagé sur les pentes du Villarrica, à environ 1500 m. C' est là que commence l' ascension proprement dite, d' une durée de quatre à cinq heures. Elle débute parmi des amas de lave et de débris, puis se poursuit sur un glacier assez pentu, mais peu crevassé. La fin du trajet, jusqu' au bord du cratère, s' effectue sur un sol caillouteux. On atteint le sommet entre 12 h et 15 h, selon sa condition physique, et il faut compter deux heures supplémentaires pour la descente.

Par beau temps, une foule de touristes, souvent jusqu' à cent personnes, se pressent sur les bords du cratère. Certaines sont totalement épuisées. Nombre d' autres, en revanche, ne parviennent pas jusqu' au sommet et sont parfois victimes de malaises. L' excursion sur le Villarrrica, unique en son genre, même pour les non-alpinistes, se termine vers dix-huit heures. Puis les pubs, les bars et les restaurants de Pucón se remplissent des vainqueurs de cette splendide montagne, fatigués mais heureux.

Le Villarrica n' est pas seulement le plus beau, mais aussi le plus actif des volcans du Chili. Des chroniques remontant jusqu' au XVI e siècle mentionnent de puissantes éruptions en 1558 et en 1575 déjà, qui avaient complètement détruit le village de Villarrica. Depuis le début de l' observation de l' activité de ce volcan, au XX e siècle, on a enregistré près de vingt éruptions plus ou moins importantes. La dernière date d' octobre 1984 et n' a causé aucun dommage. Les éruptions les plus graves se sont produites en 1948 ( 23 morts et 31 disparus ) et en 1964 ( 22 morts ). Depuis quinze ans, le Villarrica affiche une tranquillité apparente. Toutefois, ses entrailles bouillonnent et son panache de fumée est l' un des signes caractéristiques de la région des lacs chiliens.

Le Villarrica est l' un des nombreux volcans du Chili. Selon diverses sources bibliographiques, le pays en compte plus de mille, dont cinquante encore en activité. Cela représente environ 10% des volcans en activité sur la planète. Dans cet Etat andin de 4300 kilomètres de long sur 180 kilomètres de large, l' altitude des sommets décroît du nord vers le sud. Tandis que le plus haut volcan actif de la Terre, l' Ojos del Salado, au nord du pays, culmine à 6893 mètres, les montagnes du sud du Chili dépassent rarement 3000 mètres. La région des lacs offre ainsi un paradis incomparable pour s' adonner à des activités sportives: pas de problèmes liés à l' altitude, bonnes infrastructures, intéressants volcans recouverts de glace, beaucoup de lacs et de nombreux paysages presque in- tacts, avec, par endroits, une végétation encore vierge.

Jeudi 17 décembre, 11 h 3O. Nous sommes les premiers sur les bords du cratère du Villarrica. Des vapeurs de soufre s' échappent des profondeurs de cet abîme et leur puanteur est presque insupportable. Loin en contrebas, des colonnes de touristes s' approchent par la voie classique. La montagne et son cratère nous appartiennent.

Nous ajustons nos masques à gaz et commençons le tour de la bouche fumante du volcan. Le temps est radieux et la vue admirable. A nos pieds, nous distinguons sept lacs, dont ceux de Villarrica, de Calafquén et de Caburgua. Au loin se dressent pas moins de dix volcans, dont le Llaima au nord, le Lanin au sud-est, et le splendide Osorno, plus loin au sud. La chaleur est agréable et l' odeur de soufre varie en intensité selon la direction du vent. Au moment où les premiers touristes abordent le cratère, nous entamons notre descente sur les vastes étendues de glace et de neige, avec le bleu du Lago Villarrica devant les yeux.

Notre guide, un Allemand nommé Klaus, qui tient à Pucón une agence spécialisée dans l' alpinisme et les sports nautiques et qui a gravi le Villarrica quatre cents fois, nous avait proposé d' escalader sa montagne préférée, non pas par la route normale du nord, mais par un itinéraire de deux jours à travers les magnifiques paysages du versant est du volcan. La beauté de cet itinéraire nous récompensera du surcroît d' efforts dû à la plus grande dénivellation et au surplus de bagages pour le campement sous tente. La montée jusqu' au bivouac, à 1650 mètres, est à elle seule un souvenir inoubliable. L' aventu commence au départ de Pucón avec un véhicule tout-terrain. Nous empruntons des routes accidentées qui longent le Rio Turbo et qui ressemblent plus au lit d' un torrent qu' à des chemins. Puis vient la grimpée, par une vallée latérale, jusqu' à 1050 mètres. Lourdement chargés, nous commençons notre marche dans une claire forêt de feuillus, parsemée de buissons et de « notros », fleurs d' un rouge très vif. Ensuite, sans suivre de trace, nous montons par une chaleur accablante et à travers des coulées de lave jusqu' à l' emplacement prévu pour le campement, que nous atteignons en fin d' après. Nous passons une superbe nuit sous les étoiles du ciel austral. La température est idéale, ni trop froide, ni trop chaude. Pas âme qui vive aussi loin que notre regard peut porter; nous sommes absolument seuls, au sein de la nature originelle et des lacs chiliens.

Le lendemain, nous attaquons notre ascension à 6 h 45. De ce côté, le glacier est assez facile, ce qui nous permet de progresser sans être encordés. La monotonie de cette montée est largement compensée par le sublime panorama et la splendide vue plongeante sur le Lago Villarrica. Quant à la pente terminale, identique à celle de l' itinéraire classique, elle est effectivement très raide, trente-cinq degrés, et nous oblige à chausser nos crampons, en raison du névé fortement gelé et glissant. Après quatre heures et demie de rude effort, nous atteignons notre but, le rebord du cratère de l' un des volcans les plus fascinants du Chili, voire du monde entier. Deux personnes sur les sept que compte notre groupe étaient équipées de skis, en dépit de la saison estivale. Le transport fastidieux de leurs lattes est largement récompensé par une belle descente sur les pentes idéalement inclinées du Villarrica. L' équi assez désuet, des skis anciens et des fixations à câble, n' a en rien entamé leur plaisir.

Le Chili n' est pas seulement le pays des volcans, il est aussi celui des parcs nationaux. Il en compte trente-deux, administrés par une organisation étatique appelée CONAF ( Corporación nacional forestal ). D' une superficie de 63000 hectares, le parc national du Villarrica, l' un des plus célèbres du pays, s' étend jusqu' à la frontière argentine. Outre le Villarrica, il abrite le Lanin ( 3774 m ), point culminant de la région des lacs, le Quetrupillán ( 2360 m ), sommet moins connu, ainsi que deux autres volcans. A l' exception de la station de ski à la mode, aménagée sur les pentes du Villarrica ( cinq télésièges et téléskis ), ce parc national est resté dans son ensemble intact, probablement en raison du mauvais état de tous ses chemins d' ac. Ici, on ne profite guère des diverses possibilités de randonnée. Les Chiliens ne sont pas particulièrement sportifs. Ils préfèrent généralement le bon vin et les « asa-dos », ces grillades légendaires. Quant à celui qui prendra la peine d' explorer l' un des sept itinéraires proposés, il découvrira une flore très riche.

Pour notre promenade d' un jour au pied du Villarrica, nous avons choisi le secteur de Quetrupillán, la plus belle partie du parc national selon Turistel, le guide le plus complet et le meilleur du Chili. Notre périple débute à une altitude de 1200 mètres environ et nous mènera jusqu' au bord du glacier du Villarrica, au sud-est du volcan, à 1800 mètres. Le temps est frais et changeant, et le soleil se montre avare de ses rayons. Un bon chemin nous conduit d' abord à travers de denses forêts, presque vierges, dont la croissance des grands arbres est favorisée par le climat assez doux et très pluvieux. Un peu plus haut dominent les araucarias, végétaux gigantesques dont certains comptent jusqu' à deux mille ans d' âge. Cette essence très rare jouit ici d' une stricte protection. Les majestueuses silhouettes de ces conifères primitifs, aux troncs élancés et aux aiguilles formant un dais, se détachent nettement sur l' horizon. Nous franchissons la limite des arbres vers 1550 mètres et poursuivons notre course dans un décor impressionnant de coulées et de débris de lave. A de rares occasions, les nuages se déchirent et nous permettent d' apercevoir le sommet fumant du Villarica.

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