William Brack

Remarque : Cet article est disponible dans une langue uniquement. Auparavant, les bulletins annuels n'étaient pas traduits.

Par B. Piccioni.

A l' exposition d' Art Alpin organisée par le C.A.S., à Zurich, en 1933, tous les alpinistes ont ressenti en face des toiles de Brack l' émotion que donne le rappel brusque de grandes impressions éprouvées en haute montagne.

La reproduction d' une de ces toiles, qui paraît aujourd'hui dans notre revue, le prouve. Au premier plan, la corniche et l' arête de neige sont construites dans l' espace car non seulement le vide apparaît sur le versant visible, mais il se devine d' une façon saississante de l' autre côté. Par opposition au fond tragique où se lit la trace des éléments déchaînés, la volute d' une brume transparente qui s' étire crée l' ambiance qui donne le titre du tableau.

En avançant dans sa carrière de peintre, Brack s' est rapidement mis en évidence en se spécialisant dans la reproduction des sites de haute montagne, car c' est dans ce domaine qu' il ne se sent pas contenu et peut donner libre cours à sa nature combattive. Il ne craint pas l' effort, et sur ses robustes épaules il emporte là-haut son attirail de peintre. Il affectionne la lutte avec les difficultés de la route, l' aléa du mauvais temps, le froid incisif qui engourdit les doigts et rend difficile le mélange des couleurs car il faut travailler aux premières ou aux dernières heures du jour, lorsque la neige n' est pas aveuglante et que se produisent les plus beaux effets de lumière.

Lorsque les lieux ou les intempéries empêchent l' exécution sur place, son étonnante mémoire visuelle, aidée par une rapide ébauche lui permet de réaliser à l' atelier les visions entrevues ne fût-ce qu' un fugitif instant.

Alpiniste passionné et exclusif, Brack s' enthousiasme aux paysages que le touriste moyen ne verra, ou même ne soupçonnera jamais. Il évoque ce qu' il aime avec fougue et de remarquables qualités constructives, restant toujours vrai, car la montagne ne peut être interprétée autrement qu' avec vérité. Où Brack excelle, c' est dans la présentation des effets extraordinairement changeants de la lumière aux grandes altitudes, ou encore lorsqu' il montre les Alpes par l' orage, l' ouragan, le froid.

Une revue parisienne faisait remarquer que Brack se ressentait fortement de l' œuvre d' Alexandre Calarne pour qui il a toujours eu une forte prédilection. On retrouve en effet chez Brack la sincérité et la puissance d' évocation, qualités qui lui ont permis de figurer avantageusement parmi la très petite phalange des peintres de la haute montagne.

Feedback