Assurage: l’appareil ne fait pas tout

La sécurité est une question centrale en escalade. Toutefois, la discussion tourne trop autour des dispositifs d’assurage, selon la Communauté d’intérêts murs d’escalade (CIME). Elle plaide pour une approche plus large.

«La cause de la plupart des accidents d’escalade est due à une erreur humaine, pas au dispositif d’assurage», observe Thomas Georg. Il est responsable du domaine de la formation à la CIME et gérant de la salle d’escalade de Lenzbourg. Il en va ainsi de même en escalade que dans la vie professionnelle, où l’erreur humaine constitue également la première cause d’accidents. La CIME voit donc d’un mauvais œil le fait que le débat sécuritaire en escalade tourne essentiellement autour des dispositifs et pas assez autour du comportement.

Thomas Georg trouve douteux de juger de la sécurité d’un dispositif spécifique selon le nombre d’accidents qui se sont produits avec celui-ci. En effet, pour pouvoir établir un lien, on devrait par exemple connaître la fréquence d’utilisation des différents dispositifs. Andrea Lerch, ancien président de la CIME, complète: «Il est très difficile de mesurer cela de manière fiable. Il faut donc interpréter avec une extrême prudence les données de statistiques thématiques.» De plus, il est souvent difficile de savoir, après un accident, si le dispositif d’assurage a été manipulé correctement.

Maîtrise du maniement

Andrea Lerch et Thomas Georg concèdent un gain de sécurité aux dispositifs qui permettent un blocage spontané, comme le Click up, le Smart ou le Grigri. Mais on ne peut jamais complètement exclure que l’assureur perde le contrôle de la corde de freinage, que ce soit en raison d’une influence externe ou d’une inattention. Thomas Georg met aussi en garde sur les attentes trop élevées placées sur ces dispositifs d’assistance au blocage: «En matière de sécurité, il est bien plus important de maîtriser l’utilisation de son dispositif que de recourir à un appareil à blocage spontané.»

Pas trop de mou

Pour la CIME, la formation est essentielle à la sécurité en escalade. Mais, outre le maniement correct d’un dispositif spécifique, à quoi devrait-on avant tout faire attention? «Ne pas donner trop de mou», répond d’emblée Thomas Georg. Selon lui, on a évi

Positionnement décalé

L’endroit où se poste la personne qui assure est généralement un facteur-clé de sécurité. Elle devrait veiller à être près de la paroi, mais pas directement sous le grimpeur. On évite ainsi que ce dernier ne chute sur son partenaire. «On privilégiera une position légèrement décalée sur le côté», conseille Thomas Georg. Autre point important: les autres personnes proches de la paroi doivent aussi éviter la zone dangereuse.

La sécurité peut déjà être contrôlée avant même de s’élancer dans une voie (voir encadré ci-contre). Le poids du grimpeur est aussi un facteur important. Si la différence de poids est élevée, il faut prendre des mesures de précaution. Dans les moulinettes, on recommande de faire passer la corde dans le premier point d’assurage de la voie voisine. Le premier de cordée devrait également être assuré au premier point d’assurage de la voie d’à côté, il s’agit d’une manipulation appelée «méthode de Lenzbourg» ou «méthode L».

Contrôle par le gérant de la salle

Toutes ces règles de comportement sont faciles à mettre en œuvre. Une question se pose cependant: comment les faire connaître et appliquer? Thomas Georg explique la procédure suivie par la salle d’escalade de Lenzbourg: «Lors du contrôle à l’entrée, les nouveaux visiteurs sont d’abord questionnés sur leur formation et sur l’assurage. Si l’on a encore des doutes quant à leurs compétences, on effectue un contrôle pratique. Si ces personnes se montrent incapables de corriger toute erreur de procédure dans les cinq minutes, elles doivent se limiter aux moulinettes ou au bloc.» Cette manière de faire a fait ses preuves.

Comme il existe des salles dépourvues de contrôle, ce n’est, toujours selon Thomas Georg, pas celui-ci qui doit être mis en avant, mais la formation. «C’est pourquoi nous rendons également les visiteurs de notre salle attentifs à notre offre de formation conforme aux exigences de la CIME», déclare-t-il.

Se mettre à jour

Il arrive régulièrement que des grimpeurs bien intentionnés veuillent former des amis à l’assurage et à l’escalade, mais qu’ils se surestiment largement. Andrea Lerch met en garde: «Il leur manque souvent la vue d’ensemble des dangers qui surviennent durant le processus d’apprentissage.»

Et de poursuivre: «Les grimpeurs nouvellement formés connaissent les standards appris durant leur formation. Avec les anciens, c’est déjà plus difficile, car ils partent du principe qu’ils maîtrisent tout parfaitement, ce qui est compréhensible.» Mais comme l’escalade évolue, chaque grimpeur devrait également se préoccuper d’une mise à jour de ses connaissances. «En fait, ce n’est pas soi-même que l’on assure, mais son compagnon de cordée!», insiste Andrea Lerch.

Nouvelle brochure

La CIME et le CAS publient conjointement la brochure Grimper en sécurité indoor. Elle sera disponible dès décembre 2016. Infos et commandes sur www.sac-cas.ch/grimperensecurite

Contrôle du partenaire

– Contrôle du matériel: Le dispositif d’assurage correspond-il par exemple au diamètre de la corde?

– Contrôle mutuel: harnais bien bouclé, nœud correct et maniement du dispositif d’assurage ok?

– Prendre garde aux différences de niveau de chacun: «Une personne formée uniquement aux moulinettes ne peut grimper que des moulinettes, peu importe si elle a déjà eu d’autres expériences en premier de cordée», affirme Thomas Georg.

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