Blocs tessinois contre fraîcheur automnale Nouveaux secteurs de bloc au Tessin

Pour les amateurs de bloc en hiver, Chironico et Cresciano sont des destinations connues de longue date. Il en résulte une inévitable ruée lors de la haute saison qui s' étend de novembre à mars. Ceux qui préfèrent le calme poursuivront leur route jusqu' à Locarno, où de nouveaux secteurs de bloc les attendent. Un tour d' horizon.

Un jour chaud et lourd de juin, Niccolo Dietrich, Sergio Pantellini et moi-même errons dans la forêt près d' Avegno, essayant de venir à bout de quelques blocs. Nous nous rendons vers l' un deux, long de dix mètres et pas très haut, posé au beau milieu de la forêt. Ce bloc se prête idéalement à une traversée, avec un passage-clé après sept mètres de progression environ, qu' il faut franchir en s' aidant de petites prises situées au-dessous de l' arête du bloc, ma…sotto, comme l' indique le nom de la voie ?! Cependant, l' adhérence y laisse à désirer. J' ai beau essayer de me convaincre que cette situation est propice à un entraînement de qualité en raison de la force que cela nécessite, ma…sottoB6+ ) se transforme pour moi en acte de désespoir. Je me souviens pourtant encore très bien de quelle manière je l' avais vaincue par bonnes conditions hivernales ?: en agrippant avec la main droite une petite réglette, en croisant ensuite les mains pour atteindre une autre petite réglette avec la main droite, puis en déplaçant les pieds et en saisissant de manière légèrement dynamique une bonne prise sur la droite, c' est tout ?! Toutefois, dans la lourdeur du mois de juin, le croisement de mains devient un véritable jeu d' équilibriste sur terrain glissant, même au dixième essai ?! Vivement l' hiver prochain ?!

L' histoire du secteur d' Avegno a commencé durant l' hiver 2009, tandis que Mima, une chienne âgée de trois mois, venait chambouler les habitudes de Consuelo et Sergio Pantellini. lls n' eurent pas le choix en effet de se plier d' un jour à l' autre aux balades quotidiennes en forêt. Comme Sergio était un grimpeur talentueux, il choisit comme cadre de ces promenades les environs d' Avegno, près de Locarno. Ce n' était pas un hasard, puisque le coin regorgeait de blocs qu' il s' était juré de venir visiter un jour. Mima dut très vite se faire à l' idée d' une pause devant chaque bloc qu' ils rencontraient sur leur chemin.

Les premières promenades furent l' occasion pour Sergio de se créer un aperçu enthousiasmant. Bientôt, crash pad et brosses devinrent indissociables des promenades avec Mima. C' était le début d' un travail de longue haleine qui devint même une tâche quotidienne. Sergio parvint à me convaincre de l' accompagner durant ses balades en forêt. Je fus tout de suite fasciné par la diversité de possibilités offertes par les blocs. Dès lors, nous nous attelâmes tous les deux, dès que le temps le permettait, à dégager les blocs d' Avegno à coups de brosse. Nous fîmes la découverte de blocs de toutes les difficultés, que nous marquâmes tous d' une flèche blanche. Si les noms de voies et les cotations étaient secondaires au début, nous allons y remédier au sein du prochain topo qui doit paraître à la fin de l' automne.

Au printemps, la chaleur fit son brusque retour. Mais comme je n' avais pas envie d' abandonner le bloc à cause des températures trop élevées et d' attendre l' automne, nous fîmes un pied de nez à la météo en nous retrouvant tous les soirs à Avegno. A côté des outils habituels qu' étaient le crash pad et la brosse, nous étions désormais équipés de lampes frontales et d' une lampe à gaz. Vers minuit, un agréable courant se mettait à souffler, permettant entre autres la première de Midnight Ghost ( B7 c).

Torbecchio, autre site logé dans la Valle Maggia, est pour beaucoup synonyme d' escalade. En revanche, rares sont les grimpeurs qui ont connaissance de blocs adaptés à l' escalade aux abords de la Maggia. Sans cesse à la recherche de nouvelles possibilités d' entraînement, je me souvenais que Jürg von Känel parlait il y a longtemps d' un problème de bloc qui le hantait dans la région et qu' il y était venu quelquefois. En 2003, je me mis à la recherche de ce rocher et je pense l' avoir trouvé ?: l' énorme bloc se situe un peu plus loin en direction de Ponte Brolla, sur la rive droite de la Maggia. J' y vins à bout d' une traversée cotée ( B7+ ). Depuis ce moment, je n' ai jamais cessé de scruter les blocs de la région et j' en ai découvert de toutes sortes, y compris des problèmes plus faciles, tous marqués entre temps avec des flèches. C' est ainsi que s' est développé un secteur très charmant, composé de blocs de taille plutôt importante. J' ai été fasciné dès le début par une ligne qui traversait une grotte sous un énorme bloc. Le sol sablonneux s' y avéra très vite idéal pour absorber les chutes. Je vins relativement vite à bout des pas dans le toit de la grotte, mais la transition resta longtemps un mystère pour moi. Au printemps 2010, la réussite fut enfin au rendez-vous grâce à un nouveau départ assis tout au fond de la grotte. Je cotai ( B8+ ) ce problème que je nommai Des Rätsels Lösung. Il s' agit jusqu' à aujourd'hui du bloc le plus difficile de tout le secteur.

Le troisième bijou hivernal tessinois se situe au-dessus de Losone, dans la forêt d' Arcegno, où l'on pratique le bloc depuis longtemps déjà, bien que de manière moins intensive. C' est à Stefan Schibli, grimpeur de haut niveau, que l'on doit l' existence d' un secteur de bloc à Arcegno. Gagné par la fièvre du bloc, contractée lors d' un voyage à Fontainebleau, il se rendait à l' école d' escalade d' Arcegno. Tandis qu' il avait pris l' habitude dans ses jeunes années de gagner directement les très jolies voies de grimpe, il commença à regarder de plus près les blocs de rocher qui se dressaient sur son chemin. C' est alors qu' il découvrit toutes sortes de lignes magnifiques. Quelques années et bien d' autres découvertes plus tard, Arcegno est devenu un véritable terrain de jeu avec de jolis problèmes de bloc pour tous les niveaux. Seul bémol ?: les cristaux de quartz dans le gneiss y étant beaucoup plus tranchants qu' ailleurs, il ne faut pas avoir peur d' y laisser quelques lambeaux de peau. On y grimpe idéalement à la fin de l' automne et en hiver.

Le secteur «Galileo», avec ses surplombs en forme de grottes, est particulièrement imposant. De grandes prises y permettent aussi des traversées plus faciles, à l' instar de Galileo der Querer, offrant un terrain d' entraînement idéal pour ceux qui n' ont pas l' habitude du surplombant. Pour les gens dotés de bons biceps, je recommande Magic Roof ( B8a ), qui offre une grande diversité de pas. Tout compte fait, les blocs tessinois permettent de grimper sur les traces des ouvreurs. Dans de nombreux cas, de petites flèches aident à l' orientation, mais il reste encore beaucoup de place pour les esprits créatifs à qui le nettoyage des pierres ne fait pas peur.

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