Cônes de sable sur les glaciers. Phé-nomènes localisés de courte durée

Phénomènes localisés de courte durée

Cônes de sable sur les glaciers

Il est passionnant d' observer les glaciers et les phénomènes qui s' y produisent 1. On y trouve des formations permanentes, telles les moraines médianes, mais aussi d' autres, de courte durée, comme les tables glaciaires et les cônes d' érosion. Notre expérience montre à quelle vitesse ce type de phénomène peut apparaître.

Les moraines médianes sont à l' origine de l' aspect caractéristique de certains glaciers. L' exemple type en est le Grand Glacier d' Aletsch avec les deux bandes sombres qui le coupent dans sa largeur. Parce que les glaciers avancent constamment, ces couches de gravats finissent par atteindre les rives du glacier et y sont déposées. La couche de débris sur la glace n' a que peu d' épaisseur; cependant, durant les phases stationnaires, lorsque le glacier n' avance pas et ne fond pas, des accumulations caractéristiques se forment à l' embouchure des moraines médianes. Pendant les glaciations, chaque phase étant particulièrement longue, ces accumulations atteignaient des volumes considérables.

Cônes d' érosion

Les cônes d' érosion, constitués de sable, sont localisés et ne persistent pas longtemps. Ils attirent l' attention par leurs formes géométriques surprenantes, circulaires ou ovales, avec une pointe parfaite. Comment s' expliquer une telle 1 Dans Les Alpes 7/2005 ( pp. 30–32 ), Reto Florin et Andreas Bauder ont montré avec des illustrations frappantes des phénomènes qui apparaissent sur les glaciers en raison de la fonte irrégulière de la surface de la glace: tables glaciaires, cônes d' éro sion, moraines médianes, socles sous les tentes mais aussi cailloux ou grains de sable qui s' enfon dans la glace. Nous fournissons ici à titre de complément un certain nombre d' observations sur l' apparition de cônes d' érosion régularité? Ces formations résultent de creux dans la glace que l' eau de fonte remplit de sable, provoquant leur agrandissement. Lorsque la cavité atteint une certaine profondeur, un tourbillon se forme et le sable en mouvement travaille la glace pour creuser un trou cylindrique ( semblable aux marmites de géant, formées dans la pierre par les glaciers ). Le sable reste emprisonné dans le trou alors que l' eau en ressortparfois pour s' en dans le prochain creux. En été, la glace à la surface du glacier fond et s' évapore, entraînant une baisse du niveau général du glacier. En conséquence, le parcours de l' eau de fonte se modifie, si bien que les trous ne s' appro plus. A l' inverse, le terrain qui les entoure s' abaisse jusqu' à atteindre le niveau du fond du creux, où se trouve le sable. Dans la phase suivante, ce rond de sable se trouve plus haut que la glace qui l' entoure. Le sable glisse vers le côté, agrandissant peu à peu le cercle. Ce dernier devient une colline aplatie, puis un cône pointu, toujours couvert d' une fine couche de sable. Dans les endroits où l' eau de fonte ruisselle, de nombreux trous peuvent se former, chacun d' eux étant tapissé de sable. Par la suite, cela signifie qu' on trouvera plusieurs cônes d' érosion proches les uns des autres. Dans les phases suivantes, à mesure que la glace fond, la Des dépressions creusées par l' eau de fonte sur le Gornergletscher. Photos prises pendant l' été 2001 Photos: Gerhar t W agner couche de sable devient plus fine jusqu' à la disparition complète du cône.

Une formation rapide

Combien de temps dure ce processus? Des années, des mois ou des semaines? Pendant l' été 2002, sur la langue du glacier de Steinlimi, au col du Susten, à 2120 m d' altitude et non loin de la moraine latérale, riche en sable, nous avons découvert un beau cône d' érosion de près de 1 m de haut. Nous avons tenté l' expérience suivante: le 2 août, nous avons déposé du sable à proximité, formant deux cercles d' un diamètre de 50 cm avec une couche de sable de 5 à 10 cm. Nous avons également creusé un cercle d' une profondeur de 10 cm, que nous avons rempli de sable pour atteindre le niveau de la glace alentour. Quarante-cinq jours plus tard, nous avons trouvé trois cônes magnifiques, d' une hauteur d' environ 50 cm, qui dépassaient de la glace. Le premier cône, lui, était en train de disparaître. Le diamètre à la base des cônes était d' environ 85 cm et la couche de sable sur la glace n' atteignait plus que 1 à 2 cm d' épaisseur. Depuis le début de notre expérience, l' ablation de surface avait donc atteint plus d' un centimètre par jour. Le temps, signalons-le, avait été instable, avec beaucoup de pluie et peu de soleil, mais sans grands froids puisque la limite du 0° C était restée presque constamment au-dessus de 3000 m. De nouvelles expériences en 2004 et 2005 ont abouti à des résultats similaires. La documentation disponible à ce sujet 2 désigne ces phénomènes par les termes cônes d' érosion, cônes de sable, cônes de poussière ou cônes à cœur de glace. En allemand, on parle de Sand-kegel, de Schneeschmelzkegel ou de Kryokonitkegel. Les termes anglais sont ice pyramids et dirt cones. Selon les conditions, leurs dimensions peuvent varier de dix centimètres à plusieurs mètres. Les observations publiées sur l' ap et la disparition de dirt cones de cendre volcanique sur le glacier de Whakapapa en Nouvelle-Zélande 3 sont conformes à celles que nous avons faites en Suisse, même si nous n' avons pas pu suivre toutes les phases de manière aussi structurée. a Gerhar t Wagner, Stettlen Jakob Saurer, Inner tkirchen ( trad. ) 2 Les descriptions disponibles dans des publications sur papier ou sur Internet viennent d' Islande, du Groenland, de l' île norvégienne de Jan Mayen, des Andes, de l' Himalaya et de Nouvelle-Zélande. En Suisse, à notre connaissance, il n' y a pas eu d' étude systématique de ces structures à ce jour. 3 Dans le Journal of Glaciology 3/24 ( 1958 ), L. O. Krenek propose un schéma expliquant le développement et la disparition des cônes d' érosion.

Le 16 septembre 2002: l' un des trois cônes inclus dans notre expérience. Hauteur: 50 cm, diamètre au sol: 85 cm Apparition et décomposition d' un cône de sable Un cône de sable naturel se désintègre. Photo prise en 2001 sur le Gornergletscher Le 16 septembre 2002 sur le Steinlimigletscher: au premier plan, le cône naturel du 2 août se décompose; à l' arrière, les trois cônes de sable « expérimentaux » Croquis: Gerhart Wagner

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