Course en snowboard au Rorspitzli. Un bijou discret dans les uranaises

Course en snowboard au Rorspitzli

Dans une vallée latérale du Göschenertal, entre le Vortal et le Meiental, se trouve une montagne qui n' a, a priori, rien de remarquable. Ni particulièrement haute, ni spécialement exposée, son nom est Rorspitzli. La descente de sa vaste face nord, elle, est mythique. Mais pour profiter de la poudre dans ce versant escarpé de 800 m environ, il faut bénéficier d' ex conditions et savoir parfaitement ce qu' on fait.

Pour faire l' ascension du Rorspitzli à raquettes puis redescendre à snowboard ou à ski, deux options sont possibles: la première consiste à monter en un jour depuis le Meiental – 1900 mètres de dénivelé sur l' itinéraire de descente, une montée longue mais peu exigeante techniquement. L' avantage est qu' elle permet d' évaluer les conditions pour la descente, l' inconvénient, que l' effet de surprise est gâché... La seconde variante consiste à rejoindre la Salbithütte depuis le Göschenertal. Le deuxième jour, on franchira un passage technique à la Bandlücke avant d' entamer une dernière montée raide qui débouche sur l' arête nord-est. En débouchant à l' aplomb de l' immense versant nord, aux lignes élégantes, on restera abasourdi, oubliant pour un instant tous les efforts consentis. Mais la descente ne constitue pas le seul attrait du Rorspitzli. Les forêts, les tours de granit, la Salbithütte, le calme ambiant, la grimpette dans le passage clé sont autant d' éléments qui feront de cette course un moment inoubliable.

Prudence à la montée à la Salbithütte

Le chauffeur referme brusquement le coffre de son taxi alpin. Il lance le moteur; au premier virage, le véhicule disparaît dans les brumes matinales. A cinq minutes de Göschenen en voiture, nous arrimons nos snowboards et nos raquettes sur nos sacs. Pas à pas, nous nous élevons dans les rochers. L' air est frais et sent l' herbe humide et le bois – nous nous réveillons gentiment. Ça sent le printemps! Le chemin s' élève sur le versant nord du Göschenertal. Il traverse des couloirs raides et des passages boisés, dépasse une ferme vers Regliberg et aborde les premiers névés.

Les pentes sud qu' on traverse à la montée sont raides et il faut être bien conscient du risque d' avalanches. La nuit dernière, un couvercle de nuages masquait les étoiles, faisant obstacle au rayonnement nocturne. Heureusement, nous sommes partis de bonne heure et tout semble se passer au mieux: en boots de snowboard, nous surmontons des tas de neige gelée, évitant d' anciennes traces trop profondes. Enfin, le manteau neigeux devient continu: nous chaussons nos raquettes.

Une sieste dans l' herbe à 2105 m

La pente s' adoucit et la vue s' ouvre sur les parois de rocher qui nous surplombent. Des tours de granit compact sur- Vue du sommet sur la magnifique face nord. La descente par une arête rocheuse exige une très grande prudence Photo: Nicolas F ojtu 1 1 2

Salbithütte CAS

montent tous les versants, commençant à quelques centaines de mètres audessus de nous. Dire qu' il va falloir trouver un passage vers le haut demain matin... Mais pour l' instant, cette pensée nous occupe assez peu: la cabane est en vue et ces deux heures et demie de marche nous ont ouvert l' appétit.

C' est l' heure du brunch! Nous passons le restant de la journée couchés dans l' herbe, tout près de la cabane. Celle-ci est très confortable et dispose même d' eau courante – un vrai bonheur dans cet environnement sauvage. C' est le week-end de Pâques et pourtant, seuls deux Allemands nous rejoignent à ski. Le Göschenertal et sa nature intacte s' éta à nos pieds alors qu' au fond de la vallée, on discerne les traces de descente venues du Lochberg. En face, au-delà d' Andermatt, nous voyons la vallée d' Unteralp et à sa gauche, la magnifique face ouest du Rossbodenstock.

Un passage technique à ne pas sous-estimer

Au petit matin, lorsque les premiers rayons du soleil éclairent la pente adjacente d' une lumière orangée, nous empruntons un étroit couloir de neige. A cinq minutes de la cabane, on accède Repos dans l' herbe en contre -bas de la Salbithütte, par une magnifique après-midi de printemps Plus que quelques centaines de mètres avant la Salbithütte Photos: Nicolas F ojtu 1 1 2

Salbithütte CAS

directement à ce passage qui monte à la Bandlücke. Ce couloir de granit à 35–45° se franchit à quatre pattes, avec crampons et piolet, à condition qu' il y ait suffi samment de neige. Mais chaque pas doit être contrôlé! Nous avons de la chance: les conditions sont idéales, nos pointes frontales s' enfoncent facilement de quelques centimètres dans la neige dure. Nos piolets vont s' ancrer bien en profondeur; à la dernière marche, il faut faire un grand pas et je sens la montée d' adrénaline. Le soleil du matin réchauffe doucement les versants escarpés des Alpes uranaises. A travers la brume, nous reconnaissons les silhouettes du Bristen, du Piz Giuv et, plus loin, de l' Oberalp.

Une descente qui fait chauffer les cuisses

Après la Bandlücke, la pente est d' abord peu inclinée; elle redevient de plus en plus raide avant de déboucher sur l' arête Après la Bandlücke, la pente s' adoucit jusqu' au pied de l' arête nord-est A l' assaut de la Bandlücke avec crampons et piolets Vue sur la terrasse de la Salbit hütte et le Göschenertal Reproduit avec l' autorisation de swisstopo ( BA 071774 ) nord-est du Rorspitzli. A la première ouverture sur la face nord, c' est le choc! Des caravanes de randonneurs s' élèvent à qui mieux mieux. De nombreuses traces de descente attestent d' une neige excellente – manifestement, beaucoup de gens se sont fait plaisir ici ces derniers jours! Malgré la trentaine de traces existantes, il reste assez de neige vierge pour tout le monde. Par principe, nous grimpons jusqu' au sommet, mais nous sommes tous impatients d' attaquer la descente.

L' enneigement doit être exceptionnel pour qu' on puisse chausser dès le dépôt de skis, sur l' arête nord-est. Nous descendons d' environ 50 m à pied dans un terrain très raide pour rejoindre le Karti-gelfi rn. Finie, la marche! Premier arrivé, premier servi: nous nous dépêchons d' attacher nos fi xations pour nous lancer à l' assaut de la pente. Quelles que soient les joies de la descente, il ne faut pas oublier de revenir assez tôt sur le bord est du glacier. En effet, côté ouest, il y a quelques zones de crevasses; par ailleurs, il faut traverser vers la droite au pied du glacier. Nous débouchons rapidement sur une nouvelle pente nord, aussi belle que la précédente. Malheureusement, en dessous de 2000 m la neige devient d' abord très dure, puis terriblement collante. Le dernier tronçon, Regard en arrière, sommet et itinéraire de descente. Comme on aurait aimé être les premiersSur l' arête nord-est du Ror spitzli, peu avant de chausser pour la descente Renseignements généraux Meilleure période de l' année: mars/avril Difficulté: TD ( jusqu' à 45° ) Dénivelé/Horaires: montée à la Salbithütte ( itinéraire 19 ): 1000 m, 2 h 1 ⁄ 2 –3 h, Salbithütte–Rorspitzli ( itinéraire 257a ): 1150 m, 3 h 1 ⁄ 2 –4 h, descente dans le Meiental ( itinéraire 257b ): 1900 m Départ/Arrivée: départ du P. 1195 dans le Göschenertal/arrivée à Dörfli dans le Meiental, taxi alpin pour revenir à Göschenen Accès: en train et taxi alpin. Alpentaxi Göschenen, tél. 041 885 10 86, à réserver à l' avance Cartes/Guide: CN 1: 50 000, feuille 255 S Sustenpass; CN 1: 25 000, feuille 1211 Meiental et feuille 1231 Urseren pour la montée en cabane/Willy auf der Mauer, Alpine Skitouren. Zentralschweiz-Tessin, éd. du CAS, 1999 Matériel: de randonnée ( raquettes et snowboard ). Piolet et crampons indispensables de Brunni à Stäfeli, est presque plus ardu que la montée. J' ai les jambes qui fatiguent, le soleil tape fort et la neige fond à vue d' œil... Pour finir, un chemin nous mène à travers une belle forêt de conifères. Le vert du Meiental succède aux teintes de blanc et de gris. La course se termine comme elle a commencé: au milieu d' une forêt printanière odorante. a Nicolas Fojtu, Zurich ( trad. ) Photos: Nicolas F ojtu

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