DAV sur le chemin de la continuité (Le -).

L' assemblée générale 2000 à Munich L' assemblée générale annuelle du Club alpin allemand ( DAV ) a été marquée par deux faits: le cinquantième anniversaire de la renaissance du DAV après la Seconde Guerre mondiale et l' ex de la confiance dans la direction et dans le secrétariat fédéral.

L' assemblée générale annuelle du grand club alpin voisin avait été précédée de nombreux commentaires. Il a été question de crises et de différends sur les objectifs. Mais le déroulement de l' assemblée a montré que la grande majorité des délégués apprécie le travail de la direction ainsi que celui du secrétariat central et entend faire revenir le calme au sein de l' association.

« DAVplus 2000 » Le nouveau second président, Klaus Strittmatter - que l'on rencontre souvent dans les Alpes suisses et qui est lié depuis longtemps au CAS - a souligné que les valeurs admises par le DAV devaient être représentées par chacun de ses membres. Le premier rapport sur le projet « DAV plus 2000 », par lequel le DAV fixe à nouveau ses buts, ses moyens et ses structures, confirme que la grande majorité des membres est satisfaite du fonctionnement actuel du club.

50 ans Au cours de la manifestation, dont les parties musicales ont été assurées par le « Trentiner Bergsteigerchor », le Père Anselm Bilgri, prieur du couvent d' Andech, a consacré son prêche au changement et à la continuité. Il a invité les participants à s' adapter constamment au changement sans pour autant oublier les valeurs traditionnelles comme l' humilité, l' écoute et l' amour du prochain. Le premier président du DAV, Josef Klenner, a présenté les excuses du DAV pour l' attitude et le comportement du club sous le régime nazi. Au cours de son allocution, il a rappelé qu' il était du devoir du DAV de s' adapter aux changements et de se consacrer à son objectif essentiel, l' alpinisme, tout en conservant les acquis, c'est-à-dire de faire cohabiter tradition et modernité dans la même association.

Bettina Geisseier, membre du CC ( trad. ) 4 La CAS est favorable aux nouveaux sports de montagne. Canyoning dans les gorges de la Massa Ouverture en faveur des nouveaux sports: au CAS, l' escalade sportive est devenue une activité importante et appréciée. Dans les falaises de Elsigenalp, entre Frutigen et Adelboden ( BO )

Science et montagne Scienza e mondo alpino

issenschaft nd Bergwelt

1998 Octobre Novembre Décembre Le cent vingtième rapport de la Commission glaciologique de l' Académie suisse des sciences naturelles ( CG/ASSN ) fera date en raison de l' enneigement extraordinaire observé dans les Alpes durant le semestre d' hiver 1998/99. D' incessantes chutes de neige ont provoqué de nombreuses avalanches dévastatrices. Le surplus de masse neigeuse a contribué à l' équilibre du bilan des glaciers, en dépit d' un été plus chaud que la moyenne. Comparées à celles du rapport précédent, les variations de longueur des langues glaciaires sont stables. La majorité des glaciers est toujours en phase de retrait prononcé.

Introduction En complément des observations sur les variations de longueur des glaciers effectuées sur de nombreuses années, les carottes de glace extraites des régions englacées de l' Arctique, de l' Antarctique et des chaînes de montagnes les plus élevées de la planète livrent de précieuses informations sur le climat et la composition de l' atmosphère à des époques antérieures. Les calottes de glace polaire reflètent surtout les modifications climatiques survenues à l' échelle du globe depuis deux cent mille à quatre cent mille ans, tandis que les prélèvements de glace provenant des Alpes ne couvrent, dans le meilleur des cas, que les dix mille dernières années de l' holocène. La proximité des régions de l' Europe centrale, fortement influencées par l' expansion de l' espèce humaine, leur confère cependant une signification toute particulière. Récemment, de nombreux groupes de scientifiques, issus de tous les pays alpins et participant à des projets de recherches interdisciplinaires, ont procédé à des carottages de glace. Ils ont minutieusement analysé leur composition chimique et procédé à des études glaciologiques approfondies sur les lieux de prélèvement 1999 Janvier Février Mars Avril Mai Juin Juillet Août Septembre Année ( cf. Oeschger et al., 1977, Haeberli et al., 1988, Wagenbach et al., 1988, Haeberli et Funk, 1991, Blunier et al., 1995, Döscher et al., 1995, notamment ). Citons, en particulier, quatre d' entre eux: les cols de Gnifetti ( 4450 m ) et de Lis ( 4240 m ), tous deux dans le massif du Mont-Rose, le Dôme du Goûter ( 4250 m ), dans le massif du Mont-Blanc, et le Fieschersattel ( 3850 m ), dans l' Oberland bernois. Ces échantillons de glace permettent de déterminer la composition de l' at durant les cent à mille dernières années, soit l' ère préindustriel-le et l' histoire récente de l' humanité.

Conditions météorologiques et climatiques Résumé de l' année hydrologique 1998/99 Selon les statistiques de l' Organi météorologique mondiale ( OMM ), l' année 1999 termine la décennie la plus chaude et, simultanément, le siècle le plus doux de ce millénaire. Depuis 1860, on enregistre les températures de manière systématique dans le monde entier et les sept années les plus chaudes tombent toutes sur la décennie des années nonante. Et 1999 se place au cinquième rang, avec un excédent thermique de 0,3 à 0,4°C au-dessus de la norme de la période climatologique 1961-1990. En Suisse aussi, l' exercice 1998/99 s' est distingué par une douceur inhabituelle et une humidité excédentaire, surtout dans le nord du pays. Quant aux extraordinaires chutes de neige et aux dégâts considérables causés par les avalanches, ils resteront longtemps gravés dans les mémoires ( cf. tab. 1 ).

Tableau 1 Titres des bulletins météorologiques mensuels de MétéoSuisse d' octobre 1998 à septembre 1999 Peu ensoleillé, pluvieux et tempétueux, surtout au nord des Alpes Sec et ensoleillé au sud, pluvieux au nord; frimas dès le milieu du mois Après un début hivernal, peu de précipitations en général et soleil généreux sur' le Plateau Chaude par ensoleillement prépondérant. Peu de dommages dus aux intempéries Temps extrêmement doux au début du mois, hivernal à la fin. Soleil abondant sur le Plateau Au nord, chutes de neige exceptionnelles et avalanches catastrophiques. Au sud, temps sec et ensoleillé Temps printanier et changeant. Jetstreams favorables à l' exploit de Breitling Orbiter 3 Pluvieux et orageux, peu ensoleillé, mais trop doux.

Nettement trop chaud. Pluies excessives en Suisse alémanique Temps très variable et humide. Activité orageuse fort prononcée par endroits Tantôt chaud, tantôt frais. Tragique accident de canyoning dans les gorges du Saxetbach Chaud, très humide et peu ensoleillé Temps magnifique au début, puis pluvieux et brumeux. Excédent thermique sur tout le mois Humide et assez chaude. Avalanches, inondations, grêle, ouragan Lothar Source: MétéoSuisse Température Seuls les mois de novembre et de février se distinguent par des moyennes thermiques trop basses. Mais ils sont largement compensés par les mois de janvier, mars, mai, juillet, août et septembre, tous trop chauds. Cette liste contient les mois d' été dont l' importance pour la fonte de la neige sur les glaciers est notoire. A cet égard, mai et septembre sortent du lot par leur température plus élevée que la normale ( 1,. " " .0 à 2,5°C au-dessus de la norme ). Par ailleurs, aucune invasion d' air froid n' a été enregistrée jusqu' à la fin d' octobre ( cf. fig. 1a ).

Le glacier du Gelten s' étend sur plus de trois kilomètres de largeur, entre l' Arpelistock, le Geltenhorn et le Wildhorn, dans l' Oberland bernois. La neige a tellement fondu qu' il est facile de distinguer la langue gauche. La langue plate permet de déterminer à l' œil nu que le glacier est en phase de retrait Le bout du lambeau est de la langue du glacier Tungel ( cf. la haute ) montre des signes évidents de retrait: surface plate et forme pointue, combinées ici avec la formation de La moraine frontale du glacier du Gelten laisse deviner l' ampleur de la masse de glace qui a fondu au cours des cent cinquante dernières années, soit de- puis le moment fort de la « petite glaciation ». Les moraines latérales gauches se dessinent clairement. Les différents lambeaux ont été pris en considération pour Le glacier Tungel, situé au nord-est du Wildhorn ( BE ), en automne 1999. Au premier plan, on distingue clairement la limite supérieure de sa crue au plus fort de la « petite glaciation », vers 1850. Lors de son retrait, le promontoire rocheux, situé au centre de l' image et dénommé « Chli-chli » par les randonneurs à ski, a divisé le glacier en deux lambeaux. Ce phénomène se rencontre fréquemment. Le bout de la langue du glacier est alors plus difficile à déterminer, ce qui complique les mesures les mesures. Dans ce genre de configuration, qui comporte plusieurs langues, souvent une partie avance tandis que l' autre se retire Science et montagne o PrécipitationsAprès deux années de pluviosité Ensoleillement Ce paramètre météorologique n' a atteint que 90% des valeurs annuelles habituelles. Le soleil s' est particulièrement peu montré dans les Alpes durant les mois de février à juin, ainsi qu' en août.

Bilans de masse et mouvements des glaciers De nos jours, on détermine les bilans de masse de quatre glaciers suisses selon différentes méthodes. Aux trois glaciers d' Aletsch, de Gries et de la Silvretta, mesurés depuis de nombreuses années, on a récemment ajouté celui du Basodino ( Ghiacciaio del Basòdino ), au Tessin. Avec une superficie de 2,4 km2, il s' étend sur une dénivellation de sept cents mètres environ, du sommet du Basodino, à 3272 mètres, jusqu' à la large langue terminale qui repose sur un lit rocheux et dont on observe régulièrement les variations depuis 1892. En outre, depuis 1992, on calcule chaque année le bilan de masse au moyen de la méthode glaciologique directe ( cf. fig. 2, Kappenberger et Aellen 1998 ). L' ensemble des résultats du calcul des bilans de masse pour 1998/99 est hétérogène. Le glacier de la Silvretta, dans les Alpes grisonnes, ne s' est guère débarrassé de sa couverture de neige durant l' été 1999. Il affiche donc une augmentation d' épaisseur de +0,. " " .52 m d' équivalent en eau. Malgré la considérable accumulation de neige de l' hiver 1998/99, le glacier de Gries, proche du col du Nufenen, présente un bilan négatif de -0,. " " .58 m. Il en est de même pour celui du Basodino, avec une valeur négative de -0,. " " .44 m. Quant aux glaciers de la région d' Aletsch, dont le bilan global Températures estivales de 1999 ( température moyenne de l' air du 1.5 au 3O.9.99 ): écarts en degrés Celsius est déterminé par la méthode hydrologique, ils se distinguent par un gain de +0,. " " .24 m. Selon les données de MétéoSuisse ( cf. fig. 1a et 1b ), on peut conclure que les fortes précipitations au nord des Alpes sont vraisemblablement à l' origine de la divergence de ces bilans de masse. En outre, même s' il n' invitait guère à la baignade, l' été 1999 était à nouveau trop chaud, de sorte que les considérables chutes de neige de l' hiver précédent n' ont pas eu d' effet compensatoire, surtout dans les régions méridionales.

Sur mandat des Forces motrices de Mauvoisin SA, on mesure depuis 1966 la vitesse saisonnière et annuelle d' écoulement de la glace des glaciers de Giétro et de Corbassière, dans le Bas-Valais. Les valeurs enregistrées montrent que l' écoulement de la glace est aussi lent que l' année dernière. Prenons un exemple: en 1982, la vitesse mesurée au jalon 6, situé dans le haut de la zone d' ablation du glacier de Giétro, s' élevait à presque cent vingt mètres par an. En 1999, au même point, elle atteignait environ cinquante-cinq mètres. La vitesse a donc diminué de plus de la moitié en dix-huit ans. On a relevé une évolution semblable au glacier de Corbassière. Le ralentissement du débit peut intervenir en même temps que l' amincissement de la couche de glace durant la phase de retrait du glacier.

Fig. la et 1b Précipitations annuelles 1998/99 et températures estivales 1999: écarts par rapport aux valeurs normales 1901-1960 ( Source: MétéoSuisse ) Fig. 1b Précipitations annuelles 1998/99 ( sommes du 1.1O.98 au 3O.9.99 ): écarts en pour cent 300 ( 300 1 £-,.

ji .T

V r

3

O998/19991O.98- 09 95

500 700 \ 0% 50 50 Variations de longueur Les glaciers suisses, en majorité, se sont retirés durant l' année 1999. C' est ce que confirment les données que les collaborateurs du réseau d' observation des glaciers suisses ont recueillies en automne 1999, dans le cadre de la campagne annuelle de relevés organisée par la Commission glaciologique de l' Académie suisse des sciences naturelles. Vu le retrait continu des glaciers, les cheminements sont plus longs et plus difficiles pour parvenir aux langues glaciaires, ce qui complique la tâche des collaborateurs. Ils ont néanmoins pu déterminer les variations de longueur de nonante-huit glaciers sur les cent vingt et un que comprend le réseau d' observation ( cf. fig. 4 ). Neuf appareils glaciaires ont progressé, quatre-vingt-cinq se sont retirés et quatre sont restés stationnaires. On a noté comme valeurs maximales cent six mètres de retrait pour le glacier de l' Allalin et quatre-vingt-trois mètres de progression pour celui de Tourtemagne.

La crue observée cette année sur certains glaciers est principalement due aux surabondantes chutes de neige de l' hiver 1998/99. Les petits appareils glaciaires, en particulier, possèdent la faculté de réagir rapidement aux variations météorologiques de courte durée. L' ampleur de leur progression s' explique, en règle générale, par des accumulations nivales à l' extrémité de leurs langues. Il ne faut pas confondre ce comportement avec une crue glaciaire « normale », qui découle de périodes prolongées de temps frais et pluvieux et qui conduisent à un gain de masse dans la zone d' alimentation. Ce gain se transmet par réaction dynamique à la langue du glacier. Dans le cas des grands appareils glaciaires, il faut le plus souvent un intervalle de plusieurs années pour que les variations climatiques soient mesurables ( cf. fig. 3 ).

Remerciements Pour l' exécution des relevés de sa cent vingtième campagne de mesures, la Commission glaciologique de l' ASSN a bénéficié d' un soutien actif de tous les collaborateurs directs et indirects des services forestiers des cantons alpins, des Sociétés de forces motrices d' Aegina, de Mattmark, de Mauvoisin et de l' Oberhasli, de l' Offi fédéral de topographie, de MétéoSuisse, du Service hydrologique et géologique national, de l' Institut fédéral pour l' étude de la neige et des avalanches, des Instituts de géographie de l' EPFZ et de l' Université de Zurich, de la section de glaciologie et de la direction des VAW/EPFZ, et des personnes effectuant à titre privé des relevés sur le terrain ou des travaux de traitement des données ou de ré:

vII IIvGlacier de la Silvretta ( metiode QlâCIOlC)Q-J€lU€ —. Glacier de Gries ( méthode glaciologique ) VGlacier d' Aletsch {méthode hydrologiqueGlacier du Basôdino ( méthode glaciologique ) r,,.

/ -25 1900 1920 1940 Fig. 2 Somme des variations annuelles ( en m ) des bilans de masse des glaciers d' Aletsch, de Gries et de la Silvretta daction. La commission remercie toutes ces personnes pour leur dévouement.

Complément:

les glaciers alpins, témoins de l' évolution de la pollution atmosphérique

Archives glaciaires Les glaciers conservent non seulement la neige, soit leur essence même, mais aussi les particules chimiques qu' elle contient. Dans leur chute, entre les nuages et la surface du glacier, les flocons de neige captent ces substances. Leur action purifie donc l' atmosphère. Quant aux impuretés précipitées avec la neige, elles s' entassent couche par couche dans le glacier. Elles permettent ainsi de se documenter sur la pollution de l' air au fil du temps. De ce fait, on possède dans les Alpes un archivage de la pollution atmosphérique qui remonte à plusieurs millénaires, selon l' épaisseur des glaciers et le taux d' accumulation de la neige. Toutefois, seuls les appareils glaciaires qui reçoivent des précipitations de neige durant toute l' année sont propices à cette conservation, car les pluies esti- Basôdino ( longueur 1,5 km ) Fee Nord ( longueur 5,2 km ) Zinal ( longueur 7,1 km ) Gamchi ( longueur 2.8 km ) Somme des variations annuelles ( en m ) de quatre glaciers du réseau d' observa choisis à cause de leurs comportements en fonction du climat et leurs temps de réactions particuliers Science et montagne Variations de la longueur des glaciers des Alpes suisses en 1998/99 ( données qualitatives ) vales bouleversent cette chronologie chimique. Dans les Alpes, il s' agit des glaciers situés au-dessus des quatre mille mètres ( Funk, 1994 ). Par conséquent, les études sur la paléoatmo-sphère ont porté jusqu' à présent seulement sur les glaces des massifs du Mont-Rose ( col de Gnifetti, glacier de Grenz, col de Lis ) et du Mont-Blanc ( col du Dôme ), ainsi que de l' Ober bernois ( plateau du Fiescherhorn ).

Matériel de forage Si le principe de conservation à très basse température des polluants atmosphériques accumulés par le passé paraît tout simple, l' extraction et l' analyse des échantillons de glace sont délicates. Dans cette optique, on a développé une perforatrice extralégère, spécialement adaptée au carottage de la glace en haute montagne. Cet engin1 est alimenté en courant électrique par des panneaux solaires repliables ou par une génératrice. Les carottes de glace ainsi extraites ont un diamètre de huit centimètres et une longueur maximale de nonante centimètres. Le poids total de l' appa n' excède pas deux cent trente kilos, tente de protection et génératrice comprises. En pièces détachées, il est transportable à dos d' homme, ce qui est particulièrement apprécié pour son emploi à très haute altitude, dans les Andes notamment, où il est impossible d' effectuer des transports de matériel par hélicoptère.

Analyse chimique et datation des échantillons de glace Mesurées sur le glacier même, les carottes sont ensuite débitées en cylindres, enveloppées dans des tuyaux de plastique, puis transportées à l' état congelé au laboratoire. Dans une chambre frigorifique maintenue à -20°C, on procède à la détermination de leur densité, l' élimination des couches externes éventuellement salies au cours du transport et le débi-tage en segments encore plus petits. Vient enfin l' analyse de ces échantillons, qui sont décongelés et où l'on isole les traces d' éléments chimiques ( Schwikowski 1997 ).

« Anneaux de croissance » A ce stade, on date le prélèvement glaciaire selon diverses méthodes. Le décompte des couches d' accroisse annuel est le procédé qui fournit les résultats les plus précis. Il fonctionne de la même façon que la datation des arbres par le décompte des anneaux de croissance. Cependant, l' application de cette méthode se restreint aux glaciers qui bénéficient de précipitations annuelles importantes sous forme de neige exclusivement ( taux élevé d' accumulation, cf. fig. 5, Schwikowski et al. 1999a; Eichler et al. 2000 ). Dans ce cas, la composition chimique des cristaux de neige des 1 C' est la firme Felix Stämpfli, FS Inventor AG, de Muri, qui a développé la perforatrice extralégère utilisée sur les glaciers.

en crue stationnaire1,. " " .0 m ) en décrue non classé précipitations estivales et hivernales diffère légèrement. Ces variations infimes sont déterminées au moyen d' un spectromètre de masse ultrasensible.

Datation nucléaire Cette méthode utilise un isotope radioactif du plomb ( Pb-210 ), naturellement présent dans l' atmosphère et qui se dépose à la surface de la glace avec les précipitations. On peut l' appliquer aux glaciers où les chutes de neige se déposent irrégulièrement, sur des ensellements soumis à une érosion active par le vent, par exemple. La datation nucléaire permet la datation sur plus d' une centaine d' années ( Gäggeler et al. 1983; Eichler et al. 2000 ).

Datation au moyen d' inclusions On peut également utiliser comme jalons temporels des vestiges d' événements historiques emmagasinés dans les glaciers. Citons, par exemple, l' augmentation de la radioactivité dans l' atmosphère, suite aux essais d' armes nucléaires effectués hors sol par les Américains et les Russes dans les années soixante, ou à la suite de l' explosion du réacteur de Tchernobyl, en 1986. On peut aussi mentionner les inclusions élevées de calcium, qui proviennent de chutes dûment répertoriées de poussières du Sahara, ou les concentrations élevées de sulfates dues à des éruptions Tableau 2

Variations de longueur des glaciers des Alpes suisses en 1998/99

N° Glacier Variation Glacier Variation Glacier Variation ( m ) ( m ) ( m ) Bas:

An du Rhône ( II ) 44 Paneyrosse 11,. " " .4 114 Plattalva n 1 Rhône - 112 45 Grand Plan Névé 9,8 79 Sulz 3,6 2 Mutt n 46 Martinets n 80 Glärnisch 4,6 3 Gries - 16 47 Sex Rouge n 81 Pizol 29,. " " .8 4 Fiescher - 26,. " " .3 48 Prapio sn 5 Grosser Aletsch - 462 49 Pierredar n 106 Mittelaletsch n Bassin du Rhin ( Id ) 6 Oberaletsch - 21,. " " .52 82 Lavaz - 215 "

7 Kaltwasser - 11,. " " .2 Bassin de l' Aar ( la ) 83 Punteglias - 282 8 Tälliboden n 50 Oberaar n 84 Lenta - 56,. " " .3 9 Ofental n 51 Unteraar n 85 Vorab sn .»Ej 10 Schwarzberg - 132 52 Gauli 5 86 Paradies 5,4^1 11 Allalin - 106 53 Stein 6 87 Suretta 0 12 Kessjen - 167 54 Steinlimmi 3 115 Scaletta 3 13 Fee ( Nord86,. " " .6 55 Trift ( Gadmen60 88 Porchabella 6,5 14 Gorner - 11,. " " .6 56 Rosenlaui n 89 Verstankla - 10,. " " .3 15 Zmutt n 57 Oberer Grindelwald ca.

- 25 90 Silvretta 6 16 Findelen - 1143 58 Unterer Grindelwald X 91 Sardona 4,2 107 Bis n 59 Eiger 7,2 17 Ried - 16 60 Tschingel 1,3 18 Lang - 18 61 Gamchi - 10,. " " .8 Bassin l' lnn ( V ) 19 Turtmann 82,. " " .5 109 Alpetli - 13,. " " .7 92 Roseg - 34,. " " .6 20 Brunegg 27,. " " .1 110 Lötschberg n 93 Tschierva - 39,. " " .6 ( Turtmann Est ) 62 Schwarz - 10 94 Morteratsch - 38,. " " .9 21 Bella Tola 2,9 63 Lämmern 2,8 95 Calderas - 13,. " " .4 22 Zinal - 45 64 Blümlisalp 8,6 96 Tiatscha - 18,. " " .4 23 Morning - 42 111 Ammerten 3 97 Sesvenna 7,3 24 Moiry - 12 65 Rätzli ca.

- 8 98 Lischana 9,42 25 Ferpècle 1 112 Tungel sn 26 Mont Miné - 12 113 Gelten sn Arolla ( Mont Collon15 Bassin l' Adda ( IV ) 28 Tsidjiore Nouve - 21 99 Cambrena 5,5 29 Cheillon 4,1 Bassin de la Reuss ( Ib ) 100 Palü - 18,. " " .5 30 En Darrey 0,3 66 Tiefen - 19,. " " .52 101 Paradisino ( Campo ) n 31 Grand Désert 3,4 67 Sankt Anna - 16,. " " .22 102 Forno - 16 32 Mont Fort ( Tortin42,. " " .82 68 Kehlen - 19 116 Albigna n 33 Tsanfleuron 7 69 Rotfirn ( Nord ) 9,6 34 Otemma - 24 70 Damma 6,4 35 Mont Durand 6 71 Wallenbur - 11,. " " .32 Bassin du Tessin ( III ) 36 Breney 4 72 Brunni n 120 Corno 0,7 37 Giétro 8,2 73 Hüfi 6,5 117 Valleggia 3,82 38 Corbassière - 15 74 Griess 0 118 Val Torta 6,2 39 Valsorey - 12 75 Firnalpeli ( Est ) 42 103 Bresciana - 71 40 Tseudet 39 76 Griessen n 119 Cavagnoli - 13,. " " .3 41 Boveyre - 10 104 Basòdino 7,4 42 Saleina - 13,. " " .4 121 Croslina 1,8 108 Orny n Bassin de la Linth/Limmat ( Ic ) 105 Rossboden 1,8 43 Trient - 80 77 Biferten 5.9 Abréviations:

n = non observé sn = sous la neige x = valeur non déterminée Remarque:

si la valeur indiquée est valable pour un intervalle de plusieurs années, on a noté la nombre d' années comme suit:

-112 = recul de 11 m en deux ans.

27 Science et montagne volcaniques répertoriées ( Döscher et al. 1995, 1996 ). On possède en outre une bonne connaissance de l' évolu tion de la proportion de méthane « > dans l' atmosphère - un gaz à effet de 5 serre émanant de sources biogènes-„, grâce aux mesures effectuées dans " les glaces du Groenland. On peutégalement recourir à cette variation 30 pour établir une datation indirecte. Autre procédé non chimique et qui fournit des résultats approximatifs: le calcul purement glaciologique de la liaison entre la profondeur et l' âge d' un glacier ( Wagner, 1996; Lüthi, 2000 ).

La combinaison de ces diverses méthodes a notamment permis d' établir une chronologie continue à partir d' un carottage effectué au col de Gnifetti ( 4450 m, cf. fig. 6 ). L' im précision de la datation de la couche la plus profonde, en contact avec le sous-sol rocheux, reste toutefois considérable. L' estimation oscille entre deux mille et dix mille ans d' âge. Ainsi, on peut conclure que la glace la plus ancienne du col de Gnifetti date au moins de l' Empire romain et, au plus, de la fin de la dernière glaciation.

Evolution des polluants dans les Alpes Influence de l' industrialisation L' examen des archives glaciaires montre une nette augmentation de la teneur en différents polluants atmosphériques au cours du XXe siècle ( cf. fig. 7 ). Les sulfates ( SÜ42 ) se forment dans l' atmosphère à partir du dioxyde de soufre, qui est produit par la combustion des carburants fossiles, tels la houille et le pétrole. Depuis la fin du XIXe siècle, l' accroissement considérable des concentrations résulte de l' usage de plus en plus fréquent de ces sources d' énergie, usage dû à l' industrialisation ( Schwikowski étal. 1999b ).

Fig. 5 Datation des soixante premiers mètres du forage effectué dans le glacier de Grenz. Cette opération se fonde sur la légère modification de la composition chimique des cristaux de neige en été et en hiver Intensification de l' agriculture et de l' élevage Parallèlement à cette évolution, on note une augmentation de la teneur en ammonium ( NH

Les nitrates ( NO3 ) se forment dans l' atmosphère à partir des oxydes d' azote, produits en premier lieu par le trafic automobile. Depuis 1940 environ, leur concentration augmente parallèlement avec l' accroissement du nombre des véhicules à moteur. La combustion incomplète du charbon, du mazout, de l' huile Diesel et de l' essence libère de la suie dans l' air. L' évolution de la concentration en suie est semblable à celle des sulfates. La hausse est proportionnelle à l' augmentation de la consommation de ces sources d' énergie ( Lavanchy et al. 1999 ). Quant au plomb, il parvient dans l' atmosphère à la suite de son extraction, de son traitement sidérur-gique, de la combustion de la houille et de l' utilisation d' essence avec plomb. Au XIXe siècle déjà, la concentration de ce métal lourd dans l' at affiche une nette hausse, Rapport entre la profondeur et l' âge de la glace prélevée lors d' un forage de cent vingt-quatre mètres de profondeur et atteignant le sol rocheux au col de Gnifetti. On a précisé les méthodes de datation utilisées 0-

. 1977

-20-

1936/37 ^^L al wk. 1912' O -40- 1901/02 Wj^ E e ai -60- ^k 1815 CD m1783 e -80- o C^ Modèle 3 D ( Wagner, 1996 ) 1 » Q_ C Méthane100- Sable du Sahara ^^t A Essais d' armement atomique ^H^^ D Volcans.

-120- C ) 1 10 100 1000 10000 Age ( années avant 1982 ) causée par une exploitation minière intensive. Cette tendance se poursuit jusqu' au début du XXe siècle. Elle reflète alors l' augmentation des émissions due à la combustion accrue de charbon. On note toutefois une pause, voire un certain recul, pendant la crise économique des années trente, puis durant la Seconde Guerre mondiale. De 1945 à 1970, l' évolution de la concentration s' accélère à nouveau avec l' augmentation vertigineuse de la consommation d' essence avec plomb, pour atteindre des sommets.

Acides chlorhydrique et fluorhydrique Les émissions de ces deux autres polluants s' inscrivent également de manière bien visible dans les archives glaciaires, sous forme de chlorures et de fluorures. L' acide chlorhydrique provient des installations d' incinéra des ordures ( combustion de PVC ), tandis que l' acide fluorhydrique est émis par l' industrie de l' aluminium. Les concentrations de ces deux corps chimiques dans la glace évoluent parallèlement avec les estimations de ces émissions en Suisse. Il faut donc rechercher leur origine dans notre pays ( cf. fig. 8 ).

Effets des mesures de protection de l' air Par ailleurs, les glaciers de nos Alpes témoignent de manière réjouissante des progrès de la protection de l' environnement. Depuis 1970 environ, les concentrations des divers polluants précités affichent une nette 1950 2000 180018501900 Année Valeurs moyennes calculées sur des périodes de cinq ans des teneurs en sulfates, nitrates, plomb et suie. Ces valeurs sont établies à partir de l' analyse de carottages effectués au col de Gnifetti, au glacier de Grenz et au Fiescherhorn tendance à la baisse. Cette baisse est certainement le résultat des différentes mesures de protection de l' air adoptées récemment, telles que l' ins de filtres pour les cheminées des centrales thermiques ainsi que des usines d' incinération des ordures ou de production de l' aluminium, l' utilisation croissante d' huiles de chauffage pauvres en soufre ainsi que l' introduction des pots cataly-tiques et de l' essence sans plomb. Grâce à ces mesures, la concentration de la plupart des polluants est retombée au niveau des années quarante à cinquante.

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Martin Hoe/z/e234 Daniel Vonder Müh1123 Margrit SchwikowskP et Heinz W. Gäggeler25* ( trad. ) M 2 Commission de glaciologie de l' ASSN.

3 Laboratoire d' hydraulique, d' hydrologie et de glaciologie de l' EPFZ.

4 Institut de géographie de l' Université de Zurich.

5 Institut Paul Scherrer, Villigen.

6 Département de chimie et de biochimie de l' Université de Berne.

i sto ire, culture

t littérature alpines

toria, cultura, etteratura alpina

Ipine Geschichte, ultur, Erzählungen

Le glacier couronnant le Cerro Tapado, à 5550 mètres d' altitude ( nord du Chili ) Bibliographie BlunierT., Chapellaz J., Schwander J., Stauffer B. et Raynaud D. ( 1995 ), « Variations in atmospheric methane concentration during Holocene epoch » in Nature, 374, pp. 46-49.

OFEFP, ( 1995 ), « Emissions polluantes dues à l' acti humaine en Suisse de 1900 à 2010 » in Cahiers de l' environnement N- 256, Office fédéral de l' environnement, des forêts et du paysage, Berne.

Döscher A., Gäggeler H., Schotterer U. et Schwikowski M. ( 1995 ), « A 130 years deposition record of sulphate, nitrate and chloride from a higher alpine glacier » in Water, Air and Soil Pollution, 85, pp. 603-609.

Döscher A., Gäggeler H., Schotterer U. et Schwikowski M. ( 1996 ), « A historical record of ammonium concentrations from a glacier in the Alps » in Geophysical Research Letters, 23, pp. 2741-2744.

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