De la neige jusqu'à la floraison des crocus Excursions de printemps dans le Bisistal

Il y a dans les Préalpes suisses quelques régions connues pour attirer et conserver la neige. Le Bisistal en est une. Il offre des plaisirs que l'on aura peine à éprouver sur le Glatten plus fréquenté.

Le Bisistal commence derrière le village de Muotathal ( avec h ), là où finit la vallée du Muotatal ( sans h ). En hiver, il faut commencer par abandonner sa voiture dans la longue file parquée au bord de la route, près de l' hôtel Schwarzenbach. Les touristes ont, pour la plupart, un seul but d' excursion: le Glatten. C' est un dénivelé de 1550 mètres qui les attend. Il faut d' abord suivre le fond du vallon, puis aborder les belles pentes régulières menant par la Ruosalp à un verrou calcaire que l'on franchit dans un élégant parcours en S à travers un défilé naturel. La particularité d' un endroit aussi bien enneigé que le Bisistal, et particulièrement la Ruosalp, est que le soleil y est rare. Au cœur de l' hiver, on ne le verra souvent qu' en arrivant sur le plateau sommital du Glatten. C' est un peu dommage pour un dimanche d' hiver, bien que le panorama et la descente dans une poudreuse grisante compensent largement l' absence de bronzage.

La meilleure saison pour visiter ce « puits de neige » est le printemps, lorsque les crocus fleurissent déjà au fond de la vallée. On peut alors parvenir en voiture à la station de départ du téléphérique de Glattalp, ce qui abrège agréablement la randonnée. On ne verra le soleil qu' à mi-parcours à peu près. Il n' y a pas à craindre un trop rapide ramollissement de la neige: après la poudreuse des hautes pentes, on se retrouvera au retour dans la vallée sur une neige bien tassée et stable.

Au printemps justement, on peut se rendre à un endroit aussi charmant que le Glatten, mais beaucoup moins fréquenté: l' alpage de Galtenäbnet, à l' ouest du lieudit Schwarzenbach. Il est desservi par une route d' alpage serpentant dans un raide coteau boisé. La neige se maintient plus longtemps sur la route que sur les pentes. La situation peu ensoleillée et l' ombre des arbres, comme au Galtenäbnet, prolongent l' enneigement et permettent la descente à skis jusqu' au fond de la vallée très tard dans la saison.

Si le Galtenäbnet intéresse le skieur, il ravira aussi le randonneur à raquettes qui parcourra aisément, en une heure et demie, le dénivelé de 600 mètres séparant Schwarzenbach de l' alpage de Stä feli. De là, on pénètre dans un décor hivernal majestueux. Le large plateau de Galtenäbnet, qui tient son nom du bétail de Galt prenant ici ses quartiers d' été ( « Äbnet » signifi e plateau ), se termine au pied du Mattner First auquel on parvient en passant par Hüttenboden. Du fond d' un vallon verdoyant mais encaissé, on surgit dans une vaste blancheur prometteuse de fl âneries sans fi n. Vers l' ouest, c' est sur des kilomètres de tapis de neige que l'on peut randonner jusqu' au Chinzig Chulm et de là atteindre l' arrivée du télésiège Bürglen-Biel, dans le Schächental. Si les conditions sont bonnes et la température pas trop élevée, on peut monter au Seestock puis rejoindre Ruosalp par la brèche de Schnäbeli. On y retrouvera les randonneurs à skis du Glatten. Moins ambitieuse, l' ascension de l' arête du Sangigrat ouvre le regard sur les profondeurs du Bisistal d' un côté et, de l' autre, sur l' éclat de l' univers du Schratten et de sa réserve de chasse entre le Silberen et le Mären. On peut aussi se contenter de s' asseoir pour respirer la paix de l' en, contempler la splendeur éthérée de l' hiver où le regard se perd au loin entre le Chaiserstock et le Blüemberg. Et se laisser aller ensuite aux délices de la descente, en élégantes courbes dont on se dit avec quelque nostalgie que ce seront peut-être les dernières de la saison.

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