Double versant

Ta grande pente d' ombre est belle, o cime, Et plus encore, renversée au regard bleu Du ciel profond, cette face de feu Où le soleil aux moindres plis s' abîme, A l' azur rendu sourire éclatant, Amoureuse, sereine et blanche lumière: Amitié des cieux purs et de la terre. Jamais échange ne fut plus fervent...

Le versant de roc noir et de ténèbres Se penche et regarde les pâles eaux Que l' hiver change en inertes cristaux; Quelque sanglot parfois sort de ses lèvres, Comme un pauvre mot d' amour murmuré Pour l' immense désert, pour tant de neiges, De labours stériles, de gels, de pièges...

Mais les deux flancs se joignent au sommet.

Vio Martin

Sdora

UNE AQUARELLE DE FRITZ ZWICKY, MOLLIS L' amour de la montagne est inné chez le Glaronais Fritz Zwicky, et de Mollis, où il est instituteur et organiste, il ne cesse de la contempler. Il a reçu de naissance également l' amour de la peinture: son père, peintre en bâtiment de sa profession, se consacrait à l' art comme peintre du dimanche. C' est lui qui le premier initia son fils et avant tout lui transmit le besoin de peindre.

Fritz Zwicky, pendant ses heures de loisirs, suit les sentiers solitaires qui l' entraînent jusqu' aux glaciers. Avec le crayon et la couleur, il esquisse et dessine alors les toiles qu' il achèvera chez lui. Ainsi naissent les peintures à l' huile qu' il fait parfois figurer dans une exposition. Le peintre du Lœtschental, Albert Nyfeler, l' y encourage d' ailleurs vivement depuis plusieurs années.

L' aquarelle du groupe de la Sciora, qui date de 1954, restitue dans sa force et sa fraîcheur une première impression faite d' un émerveillement mêlé d' effroi devant la formidable architecture de granit. Le peintre, alors âge de 35 ans, saisi par le silence de cette nature imposante, a posé son chevalet dans les alentours de la cabane Sciora. Sur un ciel d' acier se dresse, découpée en motifs aigus, la couronne déchiquetée des sommets. Des ombres gris-bleu soulignent les arêtes et sillonnent les parois nues. Des taches de neige restent suspendues çà et là, tandis que la masse plus importante du névé s' abrite entre les parois gigantesques, comme une apparition mythique entre deux colonnes de rocher. Une force contenue s' en dégage, vrai caractère de la grandeur, qui pour autant n' écrase pas les détails de couleur, de composition ou de dessin. Le trait personnel du contour comme de la construction témoigne d' un désir de simplification, et ce dépouillement de la forme agrandit tellement le tableau qu' on en oublie ses dimensions réelles.

Sans abus de couleurs, le fond blanc du papier étant laissé tel quel à la place du névé, les contrastes sont pourtant créés et les teintes sont vivantes. Conscient d' une simplicité nécessaire, l' ar a su choisir et éliminer pour rendre plus sûrement la solitude de la haute montagne.

Margrit Pfister-Burkhalter ( Traduit de l' allemand )

Saisons

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