«Escalade plaisir» - sécurité - sport populaire

Editoriale

Editorial

« Escalade plaisir » sécurité - sport populaire

Ces dernières années, les sports de montagne se sont popularisés surtout grâce au développement de l' escalade, considérée toujours plus dans une optique de plaisir. Formulation issue du titre des topo-guides de Jürg von Känel, « l' escalade plaisir » est devenue le symbole d' un bon assurage au moyen d' ancrages fixes1. Cette évolution est loin d' être achevée. Sur la base des tendances qu' on observe d' hui, essayons d' en entrevoir les conséquences prévisibles.

Exigences du sport populaire Pour atteindre des effets à large échelle et qui se maintiennent à long terme, une nouvelle activité sportive doit présenter des caractéristiques particulièrement attrayantes. On doit pouvoir la pratiquer le plus librement et facilement possible, dans des conditions de sécurité optimales, après une phase relativement courte d' ini et d' exercice. De plus, l' escala plaisir se combine très bien avec la jouissance de la nature et elle offre-dans les limites d' un risque autant que possible calculable - un zeste d' aventure.

Cependant, les partisans de l' esca plaisir, d' un côté, et de l' autre les alpinistes qui ne se retrouvent ab- solument pas dans cette évolution populaire de l' escalade ont des vues très contradictoires sur le degré de danger qu' on doit être prêt à affronter en escalade. Ces divergences se répercutent sur les exigences qu' on a de part et d' autre en matière de prescriptions de sécurité.

Assurage « objectif » et sécurité « subjective » Situation de départ différente Dans le domaine de l' assurage, on distingue deux points de vue, qu' on pourrait qualifier d'«objectif » et de « subjectif ». Ces deux « écoles » s' op dans un débat qui, surtout en Allemagne, a parfois pris une tournure presque fondamentaliste.

L' assurage « objectif » se fonde sur un équipement des voies réalisé à l' aide de points fixes. Une voie dont l' équipement se distingue par des gollots à intervalles assez réguliers et à tous les endroits particulièrement difficiles, où il y a risque de chute ( et de blessure ), offre sans aucun doute une sécurité objective plus élevée que tous les moyens d' assurage mo-bile2.

L' assurage « subjectif » ( de fait, il faudrait plutôt parler de « sécurité subjective » ) consiste surtout dans la force mentale, l' expérience, l' habile dans l' utilisation des moyens mobiles d' assurage, en bref dans toutes les qualités qui permettent à un grimpeur de ne pas se laisser impressionner par un assurage « objectif » Les voies d' escalade plaisir répondent à certains critères, même si ceux-ci ne sont pas toujours définis très précisément: elles sont équipées de solides ancrages fixes ( dans la plupart des cas, des gollots ), de sorte que des moyens d' assurage supplémentaires ( coinceurs, friends, sangles, pitons ) sont à peu près inutiles; elles se déroulent en rocher solide et leur difficulté est faible ou moyenne ( cf. Les Alpes 4/98, p. 18 ss, « L' escalade plaisir- état de la question » ).

-'La capacité d' un accessoire mobile d' assurage à retenir une chute dépend d' une série de facteurs non calculables: par exemple, la manière dont il a été posé, le changement éventuel de sa position en raison de la traction de la corde, ainsi que la trajectoire de la chute. De plus, la nature des lieux, souvent, ne permet pas de placer un tel accessoire à l' endroit où le point d' assurage remplirait sa fonction avec la meilleure efficacité.

« L' escalade plaisir » permet à jeunes et moins jeunes, même moyennement entraînés, de jouir sans souci d' un beau sport de plein air.

A Orpierre ( Falaise du Château ), une région d' escalade très bien équipée et donc populaire, au nord-ouest de Sisteron ( France ) mauvais et d' écarter le risque qu' il court, beaucoup plus grand en cas de chute.

Conséquences différentes On se trouve en présence de deux façons très différentes de considérer la sécurité, reposant sur des critères eux aussi différents.

L' insistance sur la composante subjective de la sécurité augmente le niveau d' exigence du sport de montagne, qui revêt dès lors un aspect élitaire. Le cadre « idéologique » de cette conception relève d' une certaine mythification de l' aventure ainsi que des moments héroïques et des origines de l' alpinisme. Ce point de vue nostalgique et élitaire est en partie une réaction au caractère d' hui plus populaire qu' a pris l' escala. On peut cependant douter que cette attitude défensive puisse avoir pour effet d' ouvrir des perspectives. Il reste malgré tout nécessaire, pour affronter les dangers alpins, d' encou les capacités propres à la philosophie de la sécurité subjective; ce qui peut très bien aller de pair avec un assurage « objectif » visant à garantir le plaisir de grimper, surtout dans les voies d' escalade plaisir en terrain alpin.

Si l'on place au premier plan les composantes de la sécurité objective, on privilégie la philosophie du sport populaire. Et c' est bien la direction prise ces dernières années par l' esca Editorial lade sportive - sous une forme d' ailleurs tempérée, qui tient compte S de la protection de la montagne.

» Besoins de sécurité et assurage 5 Les conceptions qu' on a eues del' escalade, de l' assurage et de la sécurite ont changé dans le passé et elles ^ continueront de le faire. Aujourd'hui, d' après les critères du plaisir; d' an voies qui ne satisfont pas à ces exigences sont de moins en moins parcourues, tandis que les dangers qu' elles recèlent augmentent d' an en année3. Dans de nombreuses régions de Suisse ( ainsi qu' en France et ailleurs ), des voies d' escalade qui du point de vue de la difficulté et de la qualité du rocher correspondent aux besoins de l' escalade plaisir populaire sont rééquipées selon les critères d' assurage en vigueur actuellement dans ce domaine. L' idée de « geler » des voies d' escalade4 dans l' état historique de leur première ascension et de leur conserver ainsi leur « contenu d' aventure » est illusoire; ni le matériel en place, ni son état, ni l' équipement du grimpeur, ni ses besoins ne sont restés les mêmes! Et même « l' histoire alpine » reste de l' histoire, c'est-à-dire du passé. C' est de ce point de vue qu' il convient de la considérer et de la reconnaître. Mais de son côté, l' évolution est incessante, ce qui, en termes de rééquipement de voies d' escalade, signifie que les accessoires d' assurage fixes d' aujourd doivent être utilisés conformément aux critères et conceptions d' aujourd. Il reste indiscutable, d' ailleurs, que la sécurité ne se définit pas uniquement par la forme de l' assurage. Mais il est non moins indiscutable qu' en cas de chute, c' est l' assurage fixe de toute la voie qui offre la plus grande sécurité possible.

Développements à venir?

A vues humaines, on peut prévoir que la multiplication des installations artificielles d' escalade continuera de réduire l' intérêt pour l' assurage autonome des voies rocheuses au moyens d' accessoires mobiles, et la capacité de le poser. En même temps, les murs d' escalade deviendront - en plus des cabanes - des centres de la vie des sections, surtout de leurs jeunes membres. Ce n' est qu' aux endroits où l'on jouira de tels « points de cristallisation » que l'on pourra offrir à l' avenir un éventail d' activités large, destiné à tous les goûts et toutes les classes d' âge. L' attrait et le succès des murs d' escalade dépendra de plus en plus de la disponibilité et de la capacité des exploitants ( sections ou entreprises commerciales ) d' en renouveler régulièrement les voies et d' offrir ainsi de nouveaux défis.

Des développements inédits se dessinent aussi dans le domaine du rééquipement et de la description des voies rocheuses. Le gollot démontable présenté aux p. 46ss pourrait permettre pour la première fois de rééquiper les voies à intervalles réguliers et contrôler ainsi leur état d' en. De plus, l' information sur le niveau d' assurage des voies se développera, grâce à son indication dans les guides du CAS à l' aide d' une échelle spéciale. Ces possibilités nouvelles ne manqueront pas de soulever toute une série de questions. Conten-tons-nous de mentionner ici celle du Les exigences en matière d' équipement au moyen d' ancrages fixes ont changé et continueront de changer.

Il y a une trentaine d' an, dans la Voie des Français de la face N de la Cima Ovest di Lavaredo ( Dolomites, I ), un itinéraire alors essentiellement « technique » et parsemé de pitons peu fiables 3 Lire à ce propos l' article « Accident mortel en raison de l' équipement insuffisant de la voie ?», p. 13 ss.

4 II n' est question ici que des voies d' escalade pure. Le problème des itinéraires de haute montagne se présente un peu différemment.

financement. Verra-t-on s' imposer bientôt l' idée d' une contribution aux frais par l' achat obligatoire d' une « vignette d' escalade »? Les régions de montagne pourraient-elles alors tirer un plus grand profit du tourisme d' escalade? Auparavant, il y aurait en tout cas un grand nombre de problèmes très délicats à régler!

Certes, le portrait dressé ici comporte une bonne part de spéculation. Mais ce n' est qu' en abordant à temps les perspectives d' évolution possible qu' on évite de se faire surprendre ou dépasser par les événements.

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ïécurité, médecine, sauvetage

»icurezza, medicina, soccorso in montagna

ȓcherheit, Medizin, lettungswesen

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