Grand silence Et pourquoi pas le Näfelser Berg?

L’hiver étouffe les bruits entre les parois calcaires du Brüggler et du Bockmattli. En cette saison, le Schwändital est l’un des coins les plus reculés du pays glaronnais. On ne peut rêver mieux pour une excursion à skis. Ou à raquettes, s’il y a trop peu de neige.

De Näfels, le regard du randonneur à skis se tourne habituellement vers le Schilt, où converge la foule de ses semblables. Cette fois, je ne suis pas à la recherche de compagnie. J’envisage une balade solitaire et méditative. C’est ainsi que je me trouve seul passager d’un petit bus privé desservant le hameau d’Obersee. Par endroits, la route a été creusée à l’explosif dans une roche friable. Des fragments semblent toujours prêts à se détacher des parois verticales. La brume de la plaine se dissipe un peu plus à chaque virage. Cette mauvaise soupe disparaît bientôt derrière la muraille du Rautispitz.

Un Glaris archaïque

Pour une fois, je suis équipé de raquettes: la couche de neige est trop mince pour faire à skis l’ascension du Rautispitz, hérissé d’aspérités. En revanche, les conditions se prêtent à parcourir à raquettes les vallons dissimulés dans le massif séparant le pays glaronnais du Wägital. C’est l’occasion de découvrir de nouveaux paysages et d’aborder le terroir dans sa réalité primitive. En montant vers les hauts de Näfels, on passe devant de petites fermes de montagne où les indigènes vous accueillent de quelques phrases prononcées lentement dans leur dialecte ancestral. Après avoir échangé quelques considérations sur les soucis du bétail et du ménage, je reprends ma progression vers le Näfelser Berg.

Le silence, tel un tapis de soie

En été, les voitures peuvent monter jusqu’au Schattenstafel pour s’y ranger sur une grande place de parc (stationnement payant). C’est une base de départ pour la randonnée, la promenade et surtout l’escalade. Rien de tel en ce moment: la barrière est levée, la caisse abandonnée, la place et la route enneigées. Aucun tintement de mousqueton dans la paroi du Brüggler, les oiseaux ont disparu aussi. Le silence, tel un tapis de soie, a recouvert le Gross Moos, qui s’étend derrière le Schattenstafel. Caressant mes joues d’un souffle piquant, la brise printanière murmure une phrase d’Eduard Mörike: «C’est bien toi, je t’attendais.»

La lente et rude ascension de la Lochegg

Ici, la précipitation n’est pas de mise. Je procède intentionnellement à pas comptés. Les raquettes impriment des pas de yéti dans la neige fraîche, et ma trace dessine dans le paysage une ligne dont les lacets décorent le flanc de l’Obere Lochegg. De là, le regard plonge sur le Walensee, puis embrasse dans une longue contemplation le panorama des montagnes glaronnaises. Une douce lassitude me gagne. Je suis monté de 700 mètres depuis l’Obersee. Ce n’est pas négligeable pour une randonnée à raquettes.

De Lochegg, la descente est rapide sur une pelouse dont la pente s’accentue progressivement, puis sur des sentiers enneigés. Comme lors d’un vol d’approche en parapente, la vallée s’enrichit à chaque virage du détail des routes, des maisons et des aménagements.

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