Ingestion de liquide en course (2e partie)

Dans la première partie de cet article. Peter Schüren, médecin ( cf. Les Alpes 1/99 ) traitait de la répartition des plus importantes substances minérales dans le corps humain ainsi que de leur remplacement lors d' efforts physiques prononcés. Il convient maintenant de traiter les aspects pratiques. Quelles boissons de-vons-nous emporter dans le sac à dos? Quand faut-il boire et quelle quantité? De quelles habitudes faut-il se défaire?

Que boire?

Lors d' une course de montagne, le rôle du ravitaillement est de pallier autant que possible les pertes énergétiques et liquides. Cela n' est réalisable que si la réhydratation est liée à un apport énergétique et alimentaire. Dans le cas contraire, les boissons ne doivent pas séjourner trop longtemps dans l' estomac, afin de permettre une rapide reconstitution des liquides corporels.

Une concentration d' hydrates de carbone ( on conseille surtout le sucre de betteraves, le glucose, les polysac-charides, mais pas la fructose ) de 50 à 80 g par litre d' eau constitue le meilleur compromis à cet égard. De plus grandes dilutions fournissent un apport d' énergie insuffisant, tandis que de plus faibles accélèrent le passage à travers l' estomac ( cf. tab. 1 ). On peut y ajouter 1 à 3 g de sel de cuisine pour garantir l' apport en chlorure de sodium ( 35 à 50 mmol de sodium et 25 à 40 mmol de chlorure ). Nombre de boissons pour sportifs contenant des hydrates de carbone et d' autres substances minérales répondent à ces exigences; ce n' est pas le cas des jus de fruits dilués. Ces derniers se composent de matières spécifiques aux jus de fruits ( pectines ) qui raccourcissent le transit stomacal, même si la teneur en hydrates de carbone est optimale. Celui qui prépare lui-même ses boissons ou son thé selon cette formule doit totalement faire abstraction de la « doctrine de l' isoto », car les boissons possédant une concentration correcte en hydrates de carbone se trouvent déjà dans l' in isotonique. En outre, ce principe de l' isotonie ne joue aucun rôle scientifique ou pratique pour l' alpi.

Celui qui boit lorsque le sentiment de soif se fait sentir, boit trop tard. Il faudrait absorber des liquides déjà à la première halte, après une heure Remarque à propos de l' acide carbonique: celui qui absorbe sans problème des boissons gazeuses peut en consommer en toute tranquillité. Les recherches expérimentales n' ont pas apporté la preuve d' une entrave quelconque au transit par l' estomac, liée au gaz carbonique dissous dans les boissons.

Quand boire?

La réponse à cette question est simple: il faut boire aussitôt que possible, car la déshydratation et la hausse de la température du corps dus à l' effort diminuent le temps de passage à travers l' estomac. Lors de la première halte, une ou deux heures après le départ, il faut prévoir une collation sous forme liquide ou solide. Par la suite, la prise de boissons doit s' effectuer à intervalles réguliers. Il se révèle totalement faux de ne commencer à boire que lorsque la soif se fait sentir. En effet, cette sensation n' apparaît qu' avec un certain retard en raison de l' effort ( trop important ) et à ce moment-là notre corps ne fonctionne plus de manière optimale, ses performances ayant déjà diminué.

Quelle quantité boire?

La quantité de boissons est une question importante. Il faut la résoudre à partir du fait que, selon les circonstances, les pertes liquides du corps humain peuvent s' élever à plusieurs litres. Si l'on considère que transporter de grandes quantités de boissons augmente les pertes dues à la sueur et diminue l' allure de la marche, il faut trouver un bon compromis. Nombre d' excursions nécessitent de prendre un réchaud avec soi; en outre, il faut prévoir suffisamment de temps pour obtenir de l' eau en faisant fondre de la neige. Par ailleurs, la quantité de boissons à emporter dépend en premier lieu de la durée de la randonnée et de la température ambiante.

Un à deux litres de liquide devraient en général constituer un compromis acceptable pour couvrir les déficits en liquides de la plupart des grandes excursions. Cependant, il est essentiel, à la fin de la course, de pouvoir reconstituer sans délai ses réserves liquides de manière adéquate.

Rien n' empêche de prendre un bon verre pour terminer en beauté une magnifique journée à la montagne. Autrement, les boissons alcoolisées n' ont pas leur place dans les courses de montagne A la fin d' une course, le déficit en liquides doit être compensé. Les boissons alcoolisées ne sont pas appropriées qu' elles plaisent au goût pendant la course. Ces diverses conditions limitent fortement les possibilités; le choix de concombres ou de poivrons me paraît un peu sujet à caution, car ces légumes sont bien connus comme étant peu digestes. Chacun est libre cependant d' emporter dans son sac à dos les fruits et légumes de transport facile qu' il apprécie, afin de pallier son déficit hydrique durant la course.

L' alcool Bien que nos prédécesseurs aient toujours pris avec eux toutes sortes de boissons alcoolisées lors de leurs entreprises de pionniers, je m' élève vigoureusement contre cette pratique. En raison de son effet préjudiciable aux capacités tant psychiques que physiques, l' alcool n' a pas sa place dans une course de montagne. Il est également erroné de couvrir son déficit hydrique par des boissons alcoolisées dans l' euphorie d' une excursion réussie. Ce n' est qu' en fin de journée, lorsqu' on a reconstitué ses liquides corporels, que l'on peut se permettre de déguster une bonne Comme nous ne connaissons jamais l' importance réelle de ce déficit, il est de règle de boire plutôt trop que trop peu. L' urine est un bon indicateur du déficit hydrique; en effet, une miction restreinte et une couleur foncée témoignent d' un manque en liquides corporels.

Provisions hydriques sous forme solide Dans le numéro de janvier 1988 de la revue Der Bergsteiger, j' ai relevé que l'on conseillait de prévoir pour les haltes intermédiaires des légumes contenant beaucoup d' eau, tels que concombres ou poivrons. En soi, cette idée de prendre des provisions d' eau sous forme solide s' avère intéressante et originale. Mais ces réserves aqueuses constituées de légumes ou de fruits doivent être facilement diges-tibles et ne poser aucun problème de transport. En outre, il faut aussi goutte ou de boire un petit coup avant d' aller dormir.

Importance de la boisson La maxime souvent citée selon laquelle un être humain peut vivre trois semaines sans manger mais trois jours seulement sans boire souligne à quel point il est nécessaire de reconstituer aussi parfaitement que possible ses réserves liquides. En alpinisme, ne pas tenir compte d' un apport suffisant en liquide peut signifier, dans le pire des cas, un danger de mort. Le comportement de certains alpinistes visant des buts extrêmes après un entraînement physique et psychique de plusieurs années n' y change rien. Si le but suprême de ( presque ) tous les excursionnistes est de revenir à la maison en bonne santé et heureux, il leur faut tenir compte de cette importante condition préalable: éviter dans toute la mesure du possible tout déficit hydrique.

Dr. Peter Schürch, Muri ( BE ) ( trad. ) M Concentration Liquide absorbé Liquide éliminé en glucoseml/h] [ml/h] Quantité de sucre utilisée [g/h] 0 5 10 20 40 1000 1000 1000 1000 1000 1000 800 600 350 200 0 40 60 70 80 Influence de la concentration de glucose du liquide sur la vitesse de passage à travers l' estomac Schürch, Peter: Flüssigkeitsaufnahme und Sport. Perimed-Fachbuch-Verl.. " " .Ges.. 1991 ( Beiträge zur Sportmedizin; Bd. 37 )

I ouvelles des ALPES notiziario delle ALPI LPEN-Nachrichten

ser ce temps dans les deux ans à venir. Cependant, la question se pose de savoir s' il est vraiment allé jusqu' au sommet: un alpiniste japonais, Nori-chika Matsumoto, met ce record en doute. La « photo du sommet » montrée par Kaji ne permet pas de définir le lieu exact ni la date de la prise de vue. La seule autre ascension de l' Everest cet automne - elle aussi mise en doute - est celle d' un Espagnol, Carlos Pitarch, également du côté népalais. Les cinq équipes, à l' œuvre du côté tibétain, n' ont pas réussi à envoyer un seul des leurs au sommet, tant les chutes de neige et le vent étaient violents. Cependant, un Japonais nommé Masafumi Todaka a fait une tentative digne d' être relevée: il est monté seul, sans le soutien d' autres alpinistes ni de sherpas, et sans oxygène, jusqu' à une altitude de 8500 m par le couloir des Japonais et le Great Couloir.

Le sommet central du Lhotse reste invaincu Une équipe russe avait prévu cet automne de gagner le sommet central encore vierge, à partir du Lhotse Shar ( 8400 m, sommet est ). Arrivés sur le Lhotse Shar, les alpinistes étaient trop fatigués et trop mal préparés pour continuer cette longue course à très haute altitude. qu' ils ont eu devant eux l' arête extrêmement difficile qu' ils devaient gravir, ils ont fait demi-tour. Ils ont jugé plus tard que l' ascension du sommet central devrait être tentée plutôt à partir du sommet principal du Lhotse.

Peu de succès sur les huit mille Sept expéditions ont tenté le Manaslu, quatre le Makalu, une l' Annapurna I et une le Kangchenjunga, mais aucun de ces groupes n' a atteint le sommet, tant les conditions météo étaient exécrables. Au Dhaulagiri I, seuls des alpinistes de l' une des sept équipes parties pour l' ascension ont atteint le sommet. La seule expédition au Lhotse, formée de Tibétains, a rencontré le succès, tandis qu' à l' Everest, deux des neuf expéditions ont réussi l' ascension. Au total, seules cinq expéditions, sur les vingt et une qui ont tenté l' ascension d' un huit mille au Népal ( sans le Tibet ) après la mousson, ont connu le succès. La proportion des échecs est exceptionnellement élevée: 84%. Bien que les expéditions atteignent plus rarement les sommets après la mous- Importantes chutes de neige dans les montagnes du Népal La saison d' après la mousson a été marquée, sur les huit mille du Népal et du Tibet, par d' impor chutes de neige et des vents violents. Malgré les conditions difficiles, un sherpa népalais a réussi, semble-t-il, l' ascen la plus rapide de l' Everest par la voie normale côté sud.

De nombreux alpinistes ont rencontré le succès au Cho Oyu et à l' Ama Dablam. Deux petites équipes japonaises et l' alpiniste britannique bien connu, Doug Scott, avec son compagnon Roger Mear, ont réussi la première de plusieurs six mille. Echec en revanche, d' une équipe russe qui voulait atteindre, à partir du Lhotse Shar, le sommet central du Lhotse encore invaincu. Si l'on considère le grand nombre d' alpinistes qui ont fréquenté les montagnes du Népal cet automne, les accidents mortels ont été relativement rares: cinq alpinistes ont perdu la vie dont quatre sur des huit mille.

L' ascension la plus rapide de l' Everest?

Un sherpa népalais connu, Kaji, âgé de 35 ans ( qui a atteint déjà six fois le sommet de l' Everest ), dit avoir réalisé un nouveau record de vitesse pour l' ascension de l' Everest par la voie normale, côté népalais: vingt heures et vingt-quatre minutes. Il a franchi la distance entre le camp de base ( 5350 m ) et le sommet ( 8848 m ) en deux heures cinq de moins que le Français Marc Bâtard, qui détenait le record depuis dix ans. Kaji était accompagné de plusieurs sherpas qui l' aidaient et faisaient la trace pour lui. Son but était de faire cette ascension en dix-huit heures. Il va procéder à de nouvelles tentatives pour réali- son qu' avant, ce nombre d' échecs est particulièrement important.

Les conditions sur la voie normale du Cho Oyu, côté tibétain, étaient différentes: des vingt-deuxexpédi-tions qui tentaient ce sommet, pas moins de 61 personnes, issues de 19 groupes, ont atteint le sommet. Ceci porte à 907 le nombre d' alpinistes, hommes et femmes, qui ont gravi cette cime de 8201 m. Cela représente donc 99 alpinistes de plus que sur l' Everest, gravi 1052 fois par 808 personnes. Entre le nord et le sud de la chaîne de l' Himalaya, les conditions météo sont parfois très différentes, comme c' est le cas dans les Alpes, ce qui explique les meilleurs résultats du côté nord. Ainsi, du côté nord du Cho Oyu, il a fait très beau après la mousson, alors que du côté sud, la mousson d' été, très forte, a été suivie de chutes de neige en septembre et octobre.

Trente autorisations pour l' Ama Dablam!

Beaucoup de monde au Cho Oyu et de véritables encombrements à l' Ama Dablam: les autorités népalaises avaient déjà accordé, avant le début de la saison, seize autorisations pour l' Ama Dablam, un six mille élégant et pas trop difficile. Puis, au cours de la saison, elles ont encore accordé d' autres autorisations, permettant finalement à 30 équipes, soit 201 alpinistes, de gravir cette montagne! Les problèmes et les embou- teillages étaient donc à prévoir: sur l' arête sud-ouest, qui se rétrécit à plusieurs endroits, certains alpinistes ont dû faire la queue ou prévoir de longs temps d' attente pour laisser passer d' autres personnes. La voie entière a été équipée par les premières expéditions de cordes fixes, de bas en haut, ce dont certains se sont plaint: « II y avait un terrible méli-mélo de cordes sur la montagne, des grosses, des minces, des courtes, des longues, des vieilles, des neuves ». Le chiffre record était de neuf cordes fixes au même passage!

Au retour, plusieurs chefs d' expé se sont plaint de cette situation auprès des autorités à Katmandou et ont demandé qu' à l' avenir les autorisations soient délivrées en nombre limité. Mais on peut douter que quelque chose change dans la pratique.

Succès au Drohmo Une fois de plus, l' alpiniste britannique Doug Scott, accompagné de Roger Mear, a inscrit un beau succès à son palmarès. Ces deux grimpeurs doués ont réalisé la première ascension du Drohmo ( 6855 m ) à l' est du Népal. Doug Scott a estimé que cette escalade mixte était l' entreprise la plus difficile qu' il ait mené à bien depuis le pilier est du Shivling en 1981. En plus de la cordée Scott-Mear, deux petites équipes japonaises ont réussi des premières: au Cross Peak ( ou Tapie Shikhar, 6341 m ) ainsi qu' au Changla ( env. 6150 m ). Une nouvelle voie a été ouverte au Kangtega, tandis que diverses tentatives ont échoué sur des voies nouvelles du Manaslu, versant nord-ouest, sur l' arête nord-ouest de l' Annapurna IV ainsi qu' au Gyachung Kang ( 7952 m ), une superbe montagne située entre le Cho Oyu et l' Everest. Ce n' est pas si simple d' identifier les montagnes népalaises dans les régions retirées. Une équipe espagnole, qui visait le Bhrikuti ( 6364 m, dans le nord du Népal central ), en a fait l' expérience. Les indigènes ont indiqué différents sommets, lorsque les Espagnols les ont interrogés et les cartes disponibles contiennent bien des d' erreurs. C' est ainsi qu' ils ont gravi une mon- Pendant la saison d' autom 1998, les chutes de neige ont été importantes et fréquentes. Tengi en dessus de Manang, 3650 m, région de l' Annapurna tagne dont ils se demandent encore si c' est bien le Bhrikuti ou s' il s' agit d' un autre sommet, invaincu jusque-là... Autres pays, autres mœurs!

Christine Kopp, Unterseen'( trad. ) M' Cet article est basé sur un article de Elizabeth Hawley, Katmandou La silhouette élégante du Manaslu vue de Sama. Deux personnes y ont perdu la vie pendant la saison d' automne 1998 Alpinisme et autres sports de montagne Alpinismo e altri sport di montagna Alpinismus, Berg- u.a. Sportarten Texte: Robert Jasper. Waldshut ( D ). " " .1 Photos: Thomas Ulrich, Unterseen a

Repousser les limites!

« Quand tu as escaladé cinquante colonnes de glace verticales, ça devient lassant !» Aussi, je suis toujours à la recherche de quelque chose de nouveau, de quelque chose de plus excitant que la dernière aventure que j' ai vécue!

Avant, je considérais les cascades gelées comme un entraînement idéal pour mes ascensions en solo des parois nord des Alpes les plus difficiles. Du point de vue de la technique d' escalade, une cascade de glace extrême est beaucoup plus exigeante que la paroi nord de l' Eiger ou que la plupart des voies du Mont Everest, Si tu te lances dans une entreprise extrême sur une cascade de glace, tu dois savoir évaluer tes forces à chaque pas et à chaque traction. Cette sorte d' escalade est ainsi la meilleure préparation pour des ascensions extrêmes dans les montagnes du monde.

Au cours de ces dernières années, l' aspect d' en est passé à l' arrière et je considère cette technique comme une discipline d' alpinisme à part entière. L' escalade moderne sur glace ou mixte m' attire toujours davantage. C' est la combinaison idéale de l' escalade libre et de l' alpinisme en haute montagne, avec les éléments de force, de technique et de mouvement nécessaires ainsi que tout le sérieux que cela suppose.

Trait de Lune ( M 8une nouvelle dimension?

La première ascension de Trait de Lune ( cf. Les Alpes 2/98 ) m' avait permis de réaliser un rêve. Cette voie s' inscrivait dans un degré de difficulté supérieur à tout ce que j' avais fait auparavant et marquait l' entrée dans une nouvelle dimension. J' avais pensé d' abord qu' il était impossible à quiconque d' esca une telle construction de rochers et de glace, sans parler de m' y aventurer moi-même.

Cependant, les nouvelles dimensions sont là pour nous permettre d' apprendre, de mûrir et, peut-être, de les vaincre, afin de poursuivre d' autres rêves. Mais ce passage à un degré de difficulté supérieur n' était possible que si je prenais en compte le risque de chute. Je ne l' avais encore jamais fait auparavant, parce qu' une chute dans la glace peut avoir des conséquences mortelles. Avais-

.'Une cassette vidéo, intitulée Eis mit Stil ( 53 min, VHS, DM49.90 + frais de port ), montre comment Robert Jasper ( né en 1968 ) devient un spécialiste de la glace. Le grimpeur de l' extrême évolue dans des scènes et des paysages filmés en Suisse et dans la région du Mont-Blanc. A commander par téléphone ou par fax au numéro 0033/3-89 07 30 70.

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