L'assainissement (trop) orgueilleux

Je ne les méprise pas, loin de là, les spits cimentés, souvent bien placés, qui ornent les nouvelles voies dans nos falaises. C' est grâce à eux que des itinéraires qui nous mettaient la peur au ventre deviennent, au contraire, des défis des plus tentants.

On ne saurait regretter les temps anciens, où des pitons rouillés incitaient le grimpeur à la méfiance la plus totale. Désormais, les face-à-face avec de vieux coins de bois douteux sont devenus des moments exceptionnels, cantonnés aux bonnes vieilles classiques, et on s' en déjoue avec facilité grâce aux miracles de la technologie... Un progrès qu' il serait faux de sous-estimer!

J' ai atteint un âge auquel on est fier de chaque passage maîtrisé dans des voies de difficulté moyenne. De temps à autre, cependant, cette fierté cède la place à une horreur existentielle quand je constate qu' une voie que je croyais connaître a été « sur-assainie » et que, là où on pensait trouver des prises sûres, on est maintenant astreint à un exercice d' équilibriste. On quitte la voie de la raison, qui suivait la structure du rocher, pour une danse incertaine sur des dalles trop raides pour être honnêtes. C' est le prix de la sécurité conférée par l' assurage moderne: une voie « légèrement plus difficile » qu' elle ne l' était, nous dit-on. Ceux qui prennent ces décisions semblent oublier que ce n' est qu' en arrivant dans le passage modifié qu' on se rend compte du changement. Chez le grimpeur moyen, ce genre de surprise peut susciter une détresse autant physique que psychologique. Qu' on ne dise pas que je ne suis pas reconnaissant envers ceux qui s' astreignent à la dure tâche de l' assainissement! Mais parfois, le sens de ces modifications reste pour moi un mystère... Chers amis, pensez-y et respectez donc le tracé des voies que vous assainissez. a Matthias Brägger, Teufen ( trad. )

Feedback