En été 2017, Berne a fortement réduit son soutien au Musée alpin suisse. Mais le Parlement devrait renverser cette décision en décembre. L’institution a en effet changé de catégorie pour devenir un «réseau».

L’été dernier, l’annonce de la réduction des contributions de la Confédération au Musée alpin suisse – passant de 1 million à 250 000 francs – avait suscité une grande indignation. «L’existence du musée est remise en question, le financement pour 2019 est toujours en suspens», déclarait alors Beat Hächler, directeur du musée. L’opération de sauvetage lancée par cette institution à l’automne dernier a également fait sensation. Près de 15 000 personnes, dont un grand nombre de célébrités, ont manifesté leur attachement au musée bernois en signant la pétition.

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Le musée remplit une fonction importante de mise en réseau de la recherche alpine, du tourisme, de l’alpinisme, de la protection de l’environnement et de la culture alpine.
Dominique de Buman (PDC/FR), président du Conseil national

Mais la tempête autour de l’établissement sis à l’Helvetiaplatz, au cœur de la capitale, s’est calmée: pas question d’entraver les négociations en cours avec l’Office fédéral de la culture (OFC). Une importante décision provisoire a été prise cet été: à l’avenir, le Musée alpin ne sera plus financé par la Confédération dans la catégorie «Musée», mais dans la catégorie «Réseau». Ces derniers constituent des centres de compétences pour le patrimoine culturel et ont pour mission de transmettre leurs connaissances à des tiers dans le cadre de consultations et de projets. La Fondation suisse pour la photographie en est un exemple.
Le Musée alpin, qui a délibérément cherché à changer de catégorie, se réjouit de cette décision: «C’est la conséquence logique de la nouvelle stratégie 2011», déclare son directeur, qui se réjouit que «ce musée continuera d’exister grâce au financement par d’autres fondations et par des particuliers.»

Si ce changement de catégorie n’est pas encore synonyme d’augmentation de la manne fédérale, il ouvre la possibilité de demander plus d’argent en décembre, par le biais du processus budgétaire au Parlement. «Pour survivre, le Musée alpin suisse a besoin d’un succès politique rapide, de préférence par le biais du budget», déclare Stefan Engler, conseiller aux Etats (PDC/GR) à la tête d’un groupe parlementaire en faveur du musée. Concrètement, l’institution entend augmenter son budget de 530 000 francs. «Il est difficile de prédire si l’on parviendra à assurer l’avenir du musée par des moyens politiques, poursuit Stefan Engler, mais beaucoup de collègues tous partis confondus veulent s’impliquer.»

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Pour la Suisse, en tant que pays alpin, perdre le musée serait une tragédie.
Daniel Marbacher, secrétaire général du CAS

Certains politiciens avaient exprimé leur opinion immédiatement après la décision de la Confédération de réduire le budget. «L’Office fédéral de la culture sait que sa décision signifie la fin de ce musée. Je me battrai pour que cela ne se produise pas», avait déclaré le conseiller national Matthias Aebischer (PS/BE). On peut aussi compter sur du soutien du côté des partis bourgeois. Le conseiller national Martin Landolt (PBD/GL) souligne l’importance du Musée alpin: «En tant que centre de compétences, il rassemble des personnes et des informations, et sensibilise ainsi notre société à cette thématique.» Le Glaronnais entend donc s’engager pour le Musée alpin tout comme le conseiller aux Etats Josef Dittli (PLR/UR): «Il n’y a qu’un seul Musée alpin en Suisse, il s’agit d’en prendre soin.»

Bien que moins connu en Suisse romande, le Musée alpin y compte tout de même des partisans: «Le musée remplit une fonction importante de mise en réseau de la recherche alpine, du tourisme, de l’alpinisme, de la protection de l’environnement et de la culture alpine», déclare le président du Conseil national Dominique de Buman (PDC/FR), également  à la tête de la Fédération suisse du tourisme.

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L’importance nationale du Musée alpin suisse ne justifie pas une préférence.
Conseil fédéral

De son côté, le Conseil fédéral a adopté une approche plus pragmatique de la question. Dans sa réponse à une interpellation de Stefan Engler, il reconnaît le Musée alpin comme une institution «qui incarne la montagne et le monde alpin, éléments importants pour notre pays». Il ne veut cependant pas accorder  de statut particulier au musée: «L’importance nationale du Musée alpin suisse ne justifie pas une préférence. Le fait que la Confédération ait été impliquée dans sa fondation à l’époque ne joue aucun rôle non plus. Le doublement des fonds fédéraux était également une mesure transitoire et non une augmentation systématique.»
Pour Beat Hächler, directeur du musée, il s’agit là d’un problème fondamental: «La politique de financement du Gouvernement fédéral a changé à plusieurs reprises. Le fonctionnement d’un musée est cependant un projet à long terme qui nécessite une certaine constance.»

Le Musée alpin a rouvert ses portes en 2012. Grâce au doublement des fonds fédéraux et à une nouvelle stratégie, cette institution centenaire s’est métamorphosée d’une vitrine muséale moribonde en une plateforme importante de débat sur les questions relatives aux régions de montagne. «Chaque exposition principale s’est avérée importante pour le développement de l’institution», affirme son directeur. L’exposition Stations de soins intensifs a par exemple polarisé l’attention sur les aspects négatifs du tourisme de masse hivernal dans les Alpes. Avec la composition de films– La dilatation des pupilles à l’approche des sommets –, le musée s’est ouvert au public ayant une affinité pour la culture. Et le Prix Expo de l’Académie suisse des sciences a été décerné à Notre eau, une exposition sur l’avenir de cet élément. En outre, le Musée alpin attire des visiteurs supplémentaires grâce à ses manifestations. Du cycle géologique à un débat sur le loup entre éleveurs de moutons et représentants de Pro Natura, en passant par des vernissages de livres, le programme est varié. «Il s’agit de donner une tribune aux personnes qui ont quelque chose à dire», déclare Beat Hächler.

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Pour survivre, le Musée alpin suisse a besoin d’un succès politique rapide, de préférence par le biais du budget.
Stefan Engler, conseiller aux Etats (PDC/GR)

Il n’est donc pas surprenant que des personnalités extérieures à la politique s’expriment également en faveur du musée, par exemple dans les domaines du tourisme, de la culture ou des sciences. Le célèbre physicien climatique Thomas Stocker estime par exemple que «le Musée alpin réussit à provoquer un engouement et à engendrer une compréhension différente et plus complète du sujet».
Jusqu’à présent, la contribution fédérale a représenté un tiers du budget de l’institution. Outre le canton, la ville et la bourgeoisie de Berne, le CAS apporte  lui aussi une contribution considérable, à hauteur de 200 000 francs par an. A l’époque, c’est le CAS qui a initié l’idée de ce musée. «Le Musée alpin suisse est issu du CAS. C’est une institution importante parce qu’elle établit un lien culturel avec les Alpes, pointe Daniel Marbacher, secrétaire général du CAS. Pour la Suisse, en tant que pays alpin, perdre le musée serait une tragédie.»

Auteur

Anita Bachmann

Nombre de visiteurs 
en augmentation

Le nombre de visiteurs a considérablement augmenté depuis la réouverture du Musée alpin suisse en 2012. Quelque 17 000 personnes avaient visité l’institution bernoise en 2011, contre 33 000 l’an dernier. De plus, depuis 2015, le musée effectue des tournées avec de petites expositions et organise des expositions dites «pop-up» afin de mieux se faire connaître au niveau national. De tels projets ont notamment eu lieu au Gornergrat, à Genève, au col du Gothard et à Coire. Si l’on ajoute les visiteurs de ces manifestations, on totalise quelque 91 000 visiteurs en 2017. Selon des sondages effectués par le musée, la moitié de la fréquentation provient du canton de Berne, 30% du reste de la Suisse et le solde de l’étranger.