«L’aventure va nous manquer»

Hermann Brugger est le chef de l’Institut pour la médecine d’urgence en montagne à l’EURAC et président de la Société internationale de médecine de montagne (ISMM). Nous lui avons posé trois questions.

Notre nouvelle installation ne va pas complètement bouleverser la recherche, mais va l’améliorer sensiblement. Nous pourrons en effet répéter des tests dans les mêmes conditions autant de fois que l’on voudra. Les facteurs climatiques comme l’altitude, la température, le vent, la neige et la pluie peuvent être réglés conjointement ou séparément, ce qui nous permet de les observer isolément, ainsi que leurs effets sur l’homme. Les études sur le terrain sont certes géniales et riches en aventure, mais sur le plan scientifique, il n’est souvent pas possible de dissocier les différents facteurs de perturbation et d’en filtrer un effet unique. C’est pour cela qu’il y a tant de résultats contradictoires. La chambre climatique nous permet de comparer l’hypoxie (manque d’oxygène) à haute altitude (hypoxie hypobare) avec la même hypoxie sous une pression atmosphérique normale (hypoxie normobare). C’est une possibilité très intéressante, car presque toutes les études sont réalisées avec une hypoxie normobare.

Non, nous en avons toujours besoin, mais nous pourrons désormais en vérifier les résultats dans la chambre climatique. De nombreuses années seront nécessaires pour vérifier de manière contrôlée et standardisée les résultats récoltés lors d’études sur le terrain. Jusqu’à présent, la médecine d’altitude s’est concentrée sur l’influence de l’altitude sur l’homme et a négligé les autres facteurs climatiques. La chambre climatique permettra de bien mieux mesurer, analyser et reproduire les inter-actions de tous ces facteurs. Ce qui nous manquera, cependant, c’est l’aventure.

L’usage industriel de la chambre servira d’une part à rendre les équipements de sécurité et d’urgence ainsi que les appareils médicaux plus résistants aux intempéries et mieux adaptés à l’altitude. D’autre part, les découvertes aideront également à trouver des moyens de s’acclimater de manière optimale et à rendre plus sûres les opérations de sauvetage en haute altitude. Enfin, les fabricants d’articles de sport auront la possibilité de tester les vêtements et l’équipement dans des conditions extrêmes, et de les améliorer en conséquence. Nous espérons que ces recherches permettront d’acquérir des connaissances sur la vie en haute altitude, et que cela pourra contribuer à améliorer la sécurité et la santé dans le domaine du sport de montagne.

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