Légendes des Alpes vaudoises

Remarque : Cet article est disponible dans une langue uniquement. Auparavant, les bulletins annuels n'étaient pas traduits.

Alfred Ceresole, pasteur à Vevey.

Légendes des Alpes vaudoises Par III. Les Fées.

( Pour les deux premiers chapitres voir le Jahrbuch de Tannée précédente 1882. ) „ Des vaporeux esprits la peuplade, là bas, Au pied des bruns rochers, sur de fraîches pelouses, Glisse... et l'on dirait voir de nouvelles épouses, Dans leurs folâtres jeux pressant leurs pas tremblants » Sveltes, le front caché sous de longs voiles blancs.11 Frêd. Monneron.

Les fées de nos Alpes — dont le nom vaudois et patois est fata, du latin „ fata ", magicienne — sont, dans notre mythologie nationale, comme partout ailleurs, des êtres surnaturels, terrestres et célestes tout à la fois, doués d' un pouvoir magique.

Tandis que, ainsi que nous l' avons vu précédemment, les servante, types du génie familier, lutins domestiques ou malicieux — habitaient les maisons ou leurs abords, ou bien encore les ruines des vieux castels, ou les forêts d' alentourtandis que les gnomes, dont parlent surtout les mythologies du nord, étaient censés demeurer dans les noires entrailles de la terre; et 23 que les sylphes effleuraient sans bruit la surface des eaux et le vert tapis des prairiesles fées des contrées dont nous nous occupons avaient choisi pour séjour surtout les sites silencieux et écartés, les excavations plus ou moins profondes et moussues de nos rochers et de nos bois, les lieux élevés, les cavernes ou barma de nos Alpes. Là, dans ces régions tranquilles et hautes, bien au-dessus des tracas et des bruits si souvent prosaïques de la plaine et des cités, elles avaient leurs plans ( petits plateaux verdoyants ), leurs scex ( rochers ), leurs tannes ( grottes ), leurs clairs ruisseaux, leurs fontaines et leurs „ reposoirs ".

Amoureuses avant tout de silence, de ciel bleu, d' air pur, et de soleil radieux, nos bonnes fées d' autre ne se sentaient heureuses que dans les calmes solitudes. Dans leurs pures et paisibles retraites, elles nous apparaissent aujourd'hui comme le symbole, la personnification de l' âme humaine dans ses rêves ou ses impérieux désirs de tranquillité sereine, dégagée des souillures et des infirmités de ce corps mortel et pesant.

Fort lointaines sont les origines de leur histoire. L' Orient a été leur premier berceau. Elles semblent être nées sous les chauds rayons de l' imagination féconde des peuples asiatiques. Les Persans en ont transmis le culte aux Arabes et c' est, bien certainement grâce aux Sarrasins et aux Espagnols, que tant de récits anciens qui les concernent sont parvenus dans nos pays européens et jusque dans les vallées, de nos Alpes. N' oublions pas qu' autrefois bardes et trouvères allaient de lieux en lieux, de châteaux en châteaux, redire, dans les longues veillées, quelques-unes des brillantes légendes de ces créatures merveilleuses et poétiques, protectrices ou vengeresses. Aussi, bien avant que les romans proprement dits se fussent emparés de ces êtres fantastiques, capricieux, à l' existence vaporeuse, au corps de femmes — nos montagnards, nos paysans et nos pâtres s' en d' eux.

Comme la marraine de Cendrillon, les fées avaient, à leurs yeux, le pouvoir magique de divulguer l' avenir, de dispenser le bonheur et le grand privilège, fort enviable auprès de populations ordinairement ployées sous de rudes labeurs — d' être dispensées de tout travail. Aux pâtres les mains caleuses! A eux la peau rugueuse et noircie près de la chaudière et par les soins du bétail ou de la forêt! Aux fées la peau fine et sans souillure!

Plutôt bonnes que méchantes, elles apparaissent dans notre mythologie alpestre comme le génie de la montagne et de la nature, dont elles étaient les gardiennes aussi charmantes que jalouses.

C' étaient elles en effet qui présidaient avec une grâce enchanteresse à la toilette amoureuse du printemps: bleues gentianes, rhododendrons parfumés, souriantes primevères, roses veloutées et sans épines, violettes mignonnes, délicates soldanelles recevaient leurs plus doux sourires et les caressantes haleines de leurs premiers baisers. C' étaient elles qui, du haut des rochers et jusque sur les bords des glaciers, veillaient à la protection des pâturages, à la paix des alpestres solitudes, au respect des blanches cimes et des chamois qui viennent y jouer et y bondir. C' étaient elles qui intervenaient volontiers dans les misères comme dans les joies des bergers et qui présidaient toujours à la naissance d' un enfant.

Susceptibles de passions terrestres, elles prenaient une part souvent très-directe aux circonstances diverses de l' existence humaine. Elles devenaient les aimables dispensatrices du bonheur de leurs protégés ou bien tenaient en leurs mains de terribles vengeances pour quiconque méprisait leurs faveurs. Un pâtre avait-il pour elles égard et respect? elles ne dédaignaient pas d' entrer en relation personnelle avec lui; elles savaient apprécier chez lui la jeunesse, la force et la beauté. Aussi contractaient-elles parfois avec le berger de nos monts de véritables mariages. Elles les conduisaient dans leurs mystérieuses demeures, non cependant sans avoir parfois mis l' amour de leur fiancé à de malicieuses épreuves. Puis, une fois l' union dûment contractée, elles révélaient au pâtre privilégié, devenu le confident de leurs pensées, divers secrets utiles concernant les soins des troupeaux, les vertus de certaines plantes ou les trésors cachés.

Telle était, quant à son caractère et à son rôle mythologique, la fée de nos montagnes, celle dont J. Olivier a dit:

C' est la fée au pied diligent Qui vient, jouant et voltigeant, Danser sous le rayon d' argent.

Quant à l' aspect de nos fées, elles avaient, selon nos montagnards, une forme des plus gracieuses. „ Rien qu' à les voir, on se sentait heureux de vivre. " Pour la ressemblance, elles avaient du rapport avec les plus belles filles du pays, avec cette différence et ce trait caractéristique et oriental, c' est qu' elles avaient la peau brune et le teint très-méridional. Leur chevelure était si belle et si longue qu' au besoin elles pouvaient s' en recouvrir le corps. Leurs pieds, très petits et sans talons, se perdaient, pour ainsi dire, dans les plis de leur robe légère, faite, semblait-il, d' un tissu blanc ou rose, pareil à la neige colorée par les derniers rayons du soleil couchant. Jeunes et belles, tenant souvent en main une baguette magique, on les voyait sur les prairies glisser, plutôt que marcher, en mouvements ondulés, semblables à ceux d' une nuée légère et floconneuse que le vent soulève et fait valser sur le sol. En passant, la brise agitait leurs longs voiles, dessinait la finesse et la grâce de leurs formes ou faisait onduler leur chevelure d' ébène que retenait une couronne de perles et de fleurs. Quant à leur regard, il était, comme on peut le supposer, d' un charme enchanteur. L' étoile qui diamante au matin d' un beau ^jour n' avait pas de scintillements plus doux. Aussi, peut-on se figurer les impressions de ravissement quelles devaient provoquer chez les pâtres de nos Alpes, lorsqu' à l' aube matinale, près des ruisseaux tranquilles, sur les gazons fleuris, on disait pouvoir les surprendre, veillant à la garde des troupeaux, ou bien, lorsque le soir, aux rayons d' une lune sereine, à la brumeuse fraîcheur de la rosée des nuits, elles descendaient de leurs grottes mystérieuses pour folâtrer en silence sur les pâturages endormis ou sur les bords paisibles de nos lacs.

Tout n' était cependant pas idéal chez nos fées, au point de vue de nos montagnards. Comme la perfection féminine consiste pour eux en un corps robuste et dans un visage dont la blancheur de lait se marie aux couleurs roses, et que les fées étaient minces et sveltes avec un teint brunâtre, celles-ci n' avaient donc pour eux qu' une beauté relative et trop délicate.

Aujourd'hui encore un beau jeune homme rose de figure ( „ On bé dzouno rodzo dé face " ) est le superlatif de la beauté masculine, et une jeune femme blanche comme le lait et comme l' éclat de la neige, ( nonna feline blhantze quemen le lathé ou quemen l' étha de la nai " ) est pour beaucoup l' idéal féminin. Actuellement encore, dans plus d' une localité alpestre, un enfant qui a eu le malheur, selon plusieurs, de venir au monde avec un teint brun et des cheveux très-noirs, c'est-à-dire peu favorisé au point de vue de la vraie beauté, est souvent qualifié de fayon, ce qui veut dire „ fils de fée.a „ C' ta poura Marianne! l' aura ben dau man avoué c' ti fayon. " ( Cette pauvre Marianne! elle aura bien de la peine avec ce fayon, ce fils de fée. ) „ La remarque est si vraie — me disait un montagnard au teint bazané — que nous savons très-bien ce qui en est dans notre famille: Etant tous très-bruns et passablement tapageurs, ceux qui étaient plus âgés que nous, nous ramenaient à l' ordre en nous traitant de « fayon! Hé! les fayons! » Souvent aussi nos camarades d' école s' amusaient en nous poursuivant des épithètes de „ turcs! nègresturcs!

nègres! fayons !" A leurs yeux, les Turcs devaient tous être des hommes au teint noirâtre. Ce peu de sympathie pour les visages aux sombres couleurs s' est sans doute bien modifié pour ceux de nos montagnards qui sont un peu sortis de chez eux, mais il n' en est pas moins vrai que, pour ceux qui n' ont pas quitté leurs chalets, le type idéal est toujours un teint de lait coloré de rose. Rose et lis! Il faut bien convenir qu' on peut avoir plus mauvais goût. "

Quant aux appellations diverses, par lesquelles nos fées étaient désignées, elles pouvaient varier. Ainsi que nous l' avons dit plus haut, fata ou faïe était le nom général. On s' en sert aujourd'hui encore quand en parle d' une jolie fille brune. Son prétendant, en la regardant avec un bon sourire et bien au fond des yeux, lui dira, en faisant claquer sa langue: „ Ah! ma Suzetta! que té portail ona galéza fata... que tu es pourtant une jolie fée !" ). Et Suzette se laissera dire.

Ailleurs, dans la vallée du Rhône, fenetta ( petites femmes ) est le nom qui désigne les fées que l'on entend soupirer le soir dans les roseaux que caresse la brise. Ailleurs, lorsque dans les ombres de la nuit, elles se font précéder et éclairer par les chandelettes ou les feux-follets, on dit „ Vai que les porta-borna!u Ce sont les fées vengeresses qui portent ou déplacent les bornes des propriétés. Ailleurs encore, ce seront d' autres noms: la Toula, Gollière à Noz, lavandière de nuit; ou bien enfin, s' il s' agit des mauvais tours ou des enchantements à craindre de quelque fée vieille et ridée, malheur, trois fois malheur à celui qui aura maille à partir avec la Tsausse-vieille! Montée sur son cheval aveugle, cette sorcière causera, dans les derniers jours de l' année surtout, bien des surprises ou jouera plus d' un mauvais tour.

Une question se pose ici et a droit à une réponse: Trouve-t-on encore aujourd'hui dans nos Alpes vaudoises des souvenirs quelque peu précis de ces traditions poétiques et de ces êtres légendaires?

Oui, et en plus d' une localité: D' abord dans les noms propres de certains endroits — ailleurs dans les données plus ou moins nettes de vieux récits populaires bien effacés par les siècles, dans de vagues souvenirs, ailleurs enfin dans des histoires, des contes plus précis et plus complets, d' une réelle valeur poétique.

En commençant, par exemple, par les environs du lac Léman et en nous enfonçant plus haut dans nos Alpes, nous relèverons les indications suivantes:

1 ) Au-dessus de Clarens, près de Brent, en Thomé existe toujours le Four aux fées ou aux fantômes. Là, dans un lieu sauvage, où, en hiver et en printemps, de grands glaçons blancs surprennent le regard, près de l' entrée de petites grottes moussues, que baignent de charmants bassins à l' eau fraîche et limpide, là, lés passants, attardés dans le sentier solitaire de la forêt, assuraient distinguer souvent des formes blanches et féminines. „ N' allin pas per Thomé, disaient, il n' y a pas si longtemps encore, les gens de Clarens ou des Avants — car no rencontreron les faïes et les fantômes et no corront aprèsTraduction: „ Ne passons pas par Thomé, car nous pourrons rencontrer les fées et elles nous courront après. " ) Deux habitants de Brent étaient un jour venus couper du bois dans ces parages. Comme de coutume ils avaient pris avec eux leur nourriture, se composant d' une „ baille " de vin, de pain et de fromage, placés dans un „ bissac ". Lorsque nos bûcherons voulurent faire honneur à leurs provisions, tout avait disparu et, à leur grande émotion, le précieux „ bissac " se trouva bourré de feuilles de fayards. Après qu' on se fut consulté un instant, on jeta les feuilles au vent et on jugea prudent de reprendre avec promptitude le chemin de la maison. Arrivés à domicile, quelle ne fut pas la surprise de nos travailleurs de constater que les quelques feuilles restées au fond du sac s' étaient changées en beaux écus neufs, valant quarante batz, ancienne monnaie. On retrouve, sous diverses formes et dans plus d' une localité, le récit de ce genre d' opération magique, attribué à la baguette visible ou invisible de quelque bonne fée.

Le doyen Bridel qui avait aussi entendu parler de ces „ fours aux fées " écrit dans son Conservateur Suisse „ Je ne sais si ces êtres fantastiques, existant encore dans l' imagination des superstitieux, y ont jadis cuit du pain; mais, à présent, les blaireaux sont les seuls fantômes qui les habitent.A quoi j' ajoute qu' aujourd les blaireaux eux-mêmes étant, à leur tour, devenus presque légendaires, les seuls hôtes réels de ces excavations sont des renards et des hulottes et que ce qu' on en a retiré de plus in- téressant, ce sont dernièrement de forts jolis stalactites et de charmantes agglomérations tufières.

2 ) C' est non loin de là que s' élève le fameux Scex que Plliau, qui signifie le „ roc qui pleut ". Il se cache dans un emplacement fort sauvage. Une forêt de hêtres et de sapins en voile les abords. Les parois surplombantes et humides de ce rocher dominent le lit pierreux de la Baie de Clarens qui, au travers des branches, fait entendre le murmure de ses eaux écumantes. Les pieds du promeneur enfoncent tantôt doucement dans la mousse ou glissent tantôt sur les aiguilles brunes et desséchées des sapins. Ce site prête à la rêverie et a donné lieu au récit que voici:

II advint, paraît-il, une fois que la fille d' un des montagnards des environs, du nom de Joliette, fut aimée par Albert de Chaulin, fils d' un seigneur du voisinage. Le père de ce jeune homme s' opposait à l' union de ces deux cœurs. Or il arriva que les deux amoureux, guidés sans doute par une des bonnes fées " de l' endroit, se trouvèrent ensemble dans le bois qui surmonte le Scex. Jouissant d' un bonheur sans mélange, ils oubliaient l' univers entier. Sous le feuillage, il leur semblait entendre comme une douce voix qui chantait:

„ Aimez-vous, aimez-vous! Les moments sont si doux Quant on dit: „ je t' adore !" Aimez-vous, car l' amour Doit s' envoler un jour, Aimez, aimez encore. "

Tout à coup une exclamation de colère retentit au milieu de ce bonheur tranquille. Joliette se serre contre Albert en s' écriant: „ Protége-moi, on va me tuer !" C' était le baron de Chaulin, furieux de voir son fils désobéir à ses ordres, qui sort d' un taillis, en proférant des menaces de mort. Il montre aux jeunes gens le ravin pour tombeau et finit cependant par donner l' ordre aux hommes qui le suivaient de saisir les amants et de les mettre en lieu sûr.

Albert, pâle d' effroi, se place devant Joliette, dégaine son épée et s' écrie: „ Malheur à qui fera le moindre mal à ma fiancée! Sinon je le tue et je me tue après lui. "

Soudain, une voix, la même que tout à l' heure, se mit à chanter dans la forêt:

„ Halte-là donc, mes beaux aiglons, Arrêtez-vous tous et réglons L' affaire avec toute justice. Ce jeune homme aime cette enfant, Les séparer serait méchant; Pourquoi donc ce cruel supplice? Si vous m' en croyez, mon seigneur. Vous laisserez parler le cœur Et les marierez tout à l' heure. Allons, les débats sont finis. Mes amoureux soyez unis; Que chacun aille en sa demeure. "

— Quelle est donc cette radoteuse? Monsieur le prévôt, je vous l' ordonne, arrêtez la vieille sorcière et pendez -la aujourd'hui même à votre plus haut gibet. Et maintenant, brisons-là, continua le sire de Chaulin. Emmenez les captifs. Quand ce rocher pleuvra, mon fils épousera la belle, mais jusque là, non! Et le seigneur frappa le rocher du talon de sa botte éperonnée.

A ces mots, un cri de surprise s' échappa de toutes les bouches. Le rocher devenait humide; des gouttes d' eau perlaient de toutes parts. Le rocher pleuvait!

— Hé! criaient les archers en patois, avec des gestes burlesques, le Scex que plliau! le Scex que plliau! ( le rocher qui pleut. ) Le baron était stupéfait. Tous les yeux regardaient avec étonnement l' étrange phénomène; seule la petite vieille souriait. Elle savait tout.

— Qui es-tu, lui demanda le vieillard?

„ Hé! hé! hé! hé!

Je suis la Fée De la contrée Et j' aime voir les gens heureux.

Or, mon doux sire, Je tiens l' empire De tous les mortels amoureux.

Hé! hé! hé! hé!

La source est vive, Car elle arrive Du plus profond de ce rocher.

Hé! qu' on apprête Tout pour la fête Qu' on ne pourra plus empêcher. "

Jamais le sire de Chaulin n' avait manqué à sa parole.

Le rocher pleuvait. Quelques jours plus tard, Albert épousait Joliette avec des rejouissances magnifiques. Pendant une semaine entière tout le pays de Montreux fût en liesse.

Telle est la légende du Scex que plliau, comme la raconte M. L. Chardon dans un récit assez long paru dans un journal de Vevey et Montreux de 1880.

„ De nos jours encore, ont voit le rocher pleuvoir. Une eau abondante coule sur ses flancs, en fusées de gouttes blanches, irradiées par les rayons du soleil. Les gradins naturels qui conduisent dans la caverne sont tapissés de fougères à grandes feuilles dentelées, d' anémones, de plantes de marais dont le feuillage vert et luisant pend le long des ruisselets qui coulent entre les rocs saillants. " En hiver, de longs glaçons décorent ses parois.

3 ) A l' orient du Scex que Plliau, non loin des rochers de Naye, en Sautodoz, se trouve un fond de terre, un „ fenage ", qui, ainsi que bien d' autres endroits de notre pays, porte le nom de „ Lu Pro aux t' aies ". Un septuagénaire de Villeneuve m' a raconté qu' une vieille femme, du nom de Susanne de C, issue d' une ancienne famille de la contrée, disait à qui voulait l' entendre qu' elle avait rencontré, en passant par là, une des fées qui hantait ce lieu et qui était occupée à changer de toilette: „ Yé tant zu pouaire que la gruletta m'a pra L'é sûr que l'éta ona fata; L' éta tant balla! Sé retschangaTraduction:

.'„ J' ai eu si peur qu' un tremblement m' a saisi. Il est bien sûr que c' était une fée; elle était si belle; elle faisait sa toilette. " ) 4 ) Un peu au-dessus d' Aigle, dans la vallée de la Grande Eau> se trouve une maison fort bien située appelée „ En Fahia. Elle passe pour avoir servi de theatre à un drame fantastique et domestique. „ Une fée jeune et naïve y était devenue la femme d' un paysan. Elle avait ajouté aux charmes naturels de cette solitude tous ceux dont son origine surnaturelle lui permettait de disposer. Elle avait tout mis dans son amour. Mais l' époux volage l' obligeant à force de mépris, d' outrageantes infidélités, à reprendre sa libre existence de fille de l' air, elle borna sa vengeance à la destruction de ses propres enchantements et ne laissa d' elle d' autre trace qu' un nom. Dans les lais bretons, où l'on trouve des récits pareils, dit Juste Olivier, les chevaliers remplacent le paysan, mais ne s' en tirent pas toujours aussi bien que lui. "

5 ) Près de Fahi, aux sources de Fontanay, les fées avaient leurs grottes. A Yvorne, lors de l' éboulement qui détruisit ce beau village, la tradition raconte qu' une fée intervint pour prédire cette catastrophe.

6 ) Dans la plaine du Rhône — ainsi que j' y ai déjà fait allusion plus hautd' étranges bruissements franchissent parfois les chalets inhabités, la plaine de joncs et viennent épouvanter le passant jusque dans les champs voisins; c' est la voix des Fénetta des Isles ( petites femmes des îles du Rhône ) qui — comme le dit l' écrivain que je viens de citer — mugit tantôt comme la bise dans les arbres, tantôt comme les veaux du pâturage et semble courir sur l' eau ridée du fossé. Si la clameur s' approche, le pêcheur ramasse sa ligne, en détournant la tête; car il sait que lorsqu' on a vu venir à soi, sous une forme quelconque, l' être fantastique qui hurle ainsi dans les bois sombres, on n' a pas grand' chose à attendre de la vie. " Cette légende est encore très-répandue et a donné lieu à divers récits.

7 ) Si, quittant maintenant le pied de nos Alpes, nous nous engageons dans la montagne et tout d' abord dans celle à' Ollon, nous trouverons, non loin de Panex, un gouffre ou entonnoir appelé le Creux d' Enfer. Une prairie, en pente assez raide, permet, du côté du Levant, de descendre jusque sous une immense voûte, formée par un rocher en marbre noir, taillé à pic. C' est aussi une grotte aux Fées, dans laquelle on peut entrer par une large ouverture. De là, ces filles de l' air se répandaient dans les champs d' alentour pour protéger les récoltes et pour indiquer aux montagnards, entr' autres, les jours les plus utiles pour faire telle ou telle semaille. On les entendait, dit la tradition, crier d' échos en échos et du haut des airs et dans les bois: „ Bon po pllanta le fave! Bon po vouagnyTraduction: „ Bon pour planter les fèves! Bon pour semerLes cultivateurs qui écoutaient ces conseils s' en trouvaient bien, dit-on: L' été venu, les plantes de fèves se trouvaient chargées de gousses et les „ teercote ", c'est-à-dire les tiges elles-mêmes, étaient à l' intérieur bourrées de grains.

Un jour, il arriva, que non loin du bord du Creux d' Enfer, près de la grotte aux Fées, une femme de Panex sarclait tranquillement son champ des Crettes. Elle avait avec elle, couché dans un berceau recouvert, son petit enfant, petite créature d' une admirable beauté. Quelle ne fut pas la stupéfaction de la mère, lorsque, son travail terminé, en s' approchant de la couchette — au lieu d' y retrouver son chérubin — elle vit, en son lieu et place, un vrai fayon, un enfant tout noir !..

Tout angoissée, elle rentra promptement au village, en emportant dans ses bras le hideux petit monstre. Sans perdre une minute, elle courut consulter une des femmes les plus âgées de l' endroit. Celle-ci lui dit que ce n' était autre qu' une des fées de la grotte qui, sournoisement et sans bruit, avait sans doute fait échange de nourrisson avec elle. Elle lui donna le conseil de retourner tranquillement à son champ, le lendemain, à la même heure, et sans donner le sein à cet enfant. „ Celui-ci ne manquera pas, dit-elle, de pleurer; alors la fée, cédant à l' amour maternel, accourra et fera, à nouveau, échange d' enfants Ainsi, en effet, se passèrent les choses.

On voit, par ce trait, que si les fées passent parfois pour être malicieuses et même quelquefois voleuses, elles ne sont cependant pas insensibles à la voix de l' humaine et maternelle tendresse.

D' autrefois, en sortant de leurs grottes, il arrivait aussi que les fées d' Enfer donnaient aux filles qui les visitaient des feuilles ou des branchages. Un jour une Marianne M. avait eu son tablier rempli de ces feuilles mystérieuses. Les estimant inutiles, elle se mit à les jeter. Aussitôt la voix des fées se fit entendre „ Marianne! Marianne! Mé t' en perdrai, main t' en arai. " ( Ce qui signifiait: „ Plus tu perdras de ces feuilles, moins tu auras de pièces d' or lui en prit en effet, car une de ces feuilles étant restée par hasard dans un des plis de son tablier, elle la trouva changée en un beau louis d' or. On comprend les regrets de la pauvre Marianne. Se mordant les doigts d' avoir agi si légèrement et d' avoir manqué ainsi de politesse à l' égard des généreuses attentions des bonnes fées du Creux d' Enfer, elle pleura longtemps son étourderie.

8 ) Un peu plus haut, à Chesières, on m' a raconté qu' une jeune et jolie fille avait le malheur d' avoir des parents très-durs et très-sévères. Ceux-ci exigeaient d' elle qu' elle filât chaque jour une quenouille tout entière de rite, tout en surveillant le bétail. La pauvre fille, hélas, ne pouvait naturellement presque jamais venir à bout de sa grande tâche. Mais une bonne fée veillait: Un beau jour, dans un des chalets situé au-dessus du village, elle apparut tout à coup à la pauvre paysanne, qui s' empressa de lui offrir l' hos. Il ne fallut pas un bien long entretien pour que la fée sympathisât avec ses peines et, en reconnaissance de son bon accueil comme de son humble courage, elle vint dès lors, chaque soir, lui prendre sa quenouille. En un tour de main, elle la fixait à la corne d' une des vaches paissant au pâturage; puis, légèrement et nonchalamment assise sur le dos de la brave bête, elle se mettait à filer, au clair de lune, au profit de sa protégée. Comme on le comprend — chaque matin, à l' aube, la quenouille, objet de tant de larmes et de soupirs, était régulièrement transformée en écheveaux de bel et bon fil. N' y a-t-il pas là un sujet digne d' inspirer le pinceau d' un de nos peintres?

. Que n' avons nous encore — n' est pas vrai, chers 24 lecteursquelques-unes de ces bonnes fées qui arrivent au bon moment pour démêler ce qui s' em et nous aider dans nos devoirs difficiles! Eh bien, si les filles de Chesières ont peut-être aujourd'hui perdu leurs adresses, il est, dans notre société actuelle, plus d' une âme pieuse et charitable qui, dans plus d' un conflit, a été cette bonne fée-là.

9 ) Mais continuons notre course: Dans les pâturages supérieurs, en Bretaye, les fées y étaient aussi en grand crédit. Elles avaient là leur grottes, leurs sources et leurs retraites. Que sont-elles devenues? C' est avec regret qu' on apprend que „ la brutalité d' un pâtre qui avait épousé une de ces fées et qui voulut la frapper avec son débathiau ( bâton hérissé de pointes et destiné à briser dans la chaudière le lait caillél' engagea, elle et ses compagnes, à aller chercher une contrée où les maris fussent plus polis.Dès lors, on n' en voit plus — je ne dis pas de maris polis — mais de fées. En revanche, au „ cotteruf à la veillée, on éveille souvent encore leur souvenir.

10 ) A Ormont-dessous, près des ruines du château d' Aigremont, je recueille aux Vouettes un récit qui est à peu près identique à ceux que nous avons déjà rencontrés, soit en Thomé, soit au Creux d' Enfer. Il faut cependant le noter ici pour mémoire:

La fée d' Aigremont, étant arrivée un jour aux abords d' un des chalets d' alentour, y reçut une hospitalité fort empressée. Elle fut même accompagnée à son départ par la fille aînée de la maison. Au moment de se séparer d' elle, la fée la remercie, la prie ensuite de retrousser son tablier et y dépose mystérieusement quelque chose, avec prière formelle de ne jeter les yeux sur le contenu qu' à tel endroit désigné.

Ce fut une trop grande épreuve, hélas! pour la jeune fille d' Eve. Elle n' y put tenir. Au premier contour du sentier, cédant à la curiosité qui la dévore, elle désobéit. Stupéfaite, elle trouva son tablier rempli de charbon. Aussi déçue que dépitée, elle le secoua avec colère; mais, oh surprise! en rentrant chez elle, elle trouva un des morceaux de charbon, resté fixé à son vêtement, transformé en un beau louis d' or. Elle ne comprit que trop tard sa sottise.

Dans cette légende naïve ne pourrait-on pas voir comme une variation enfantine, un écho lointain de cette fatale et première désobéissance qui changea notre bonheur en tristesse, sema la route humaine de tant de tristes débris et dont le récit nous est raconté dans les premières pages de la Genèse? Quoi qu' il en soit, dans le tablier de l' humanité, qu' au sortir d' Eden, notre mère commune releva de ses mains tremblantes, et dans lequel ses descendants regardent aujourd'hui souvent avec un soupir, se trouvent plus d' épines, de feuilles et de chardons que de pièces d' or. Il en existe cependant de bien belles encore. C' est à nous de les faire valoir!

11 ) Je note enfin ce trait que je tiens d' un vieillard de la Forclaz — village près duquel se voient encore des excavations, connues sous le nom de Trou aux fées. Au siècle dernier, c' était en 1781, une honnête et brave fille de l' endroit avait le privilège d' être protégée, soit dans ses projets de mariage, soit dans son travail, par une des fées voisines. Un beau jour celle-ci ne revint plus. „ Pourquoi me délaisses-tu ainsi ?" lui demanda l' Ormonanche, en l' a rencontrant un soir.Parce que tu as désobéi à la loi de Dieu et à ma volonté. Si je te viens en aide, pourquoi profaner, comme tu le fais, le dimanche par ton travail ?"

Au dedans de nous, lecteurs, n' existe pas aussi une sainte fée toujours vivante, à la voix parfois sévère et qui serait en droit de nous adresser peut-être le même reproche? Son nom n' est pas la conscience?

Après ces quelques récits fragmentaires et déjà fort ébréchés ou effacés par le temps, je dois signaler enfin, pour terminer, trois légendes vaudoises plus détaillées et qu' il m' a été fort précieux de recueillir dans toute leur saveur naïve et dans leur poétique originalité.

La première — Les Fées d' Aï ( Michel et Nérinea pour théâtre les sommets qui dominent le plus haut des villages du canton de Vaud: Leysin. Elle a donné lieu à un travail fort bien fait de M. Dulex-Ansermoz, dans les Légendes et traditions de la Suisse romande. Elle nous montre le triomphe de l' amour d' un montagnard ( Michel d' Orsignet ) pour l' Alpe et son pays, sur toutes les séductions de la richesse, du luxe et des aventures lointaines offertes par Nérine, une des jeunes fées d' Aï. Nous avons retrouvé le souvenir de cette légende, non seulement à Leysin, mais à la Forclaz et ailleurs encore. Ce genre de récits, basé sur les tentations d' une fée et les résistances de l' homme qui en est l' objet, se retrouvent assez souvent dans les vieilles légendes de tous les pays.

Si nous en avions ici la place, nous pourrions, entr' autres, faire un parallèle intéressant entre la légende des Fées d' AI et telle légende bretonne: celle des Fées de Loc il Du, par exemple, oentre la fée Arma qui est païenne et un jeune seigneur, fils de Pen-Ru, qui est chrétien — nous saisissons un dialogue plein de grandeur entre les séductions païennes et la joyeuse et triomphante fermeté des convictions chrétiennes.

La seconde de nos légendes un peu détaillées — La Légende de la Perrausaz — racontée jadis par M. L. Divorne dans „ Le Progrès " de d' Oex — nous transporte au fond du val de la Gerine, au pied septentrional de la Gummfluh, au Pays d' en Haut. Il y a là un maigre pâturage ( la Pierreuse ) dont le nom indique aujourd'hui la nature. Après avoir été autrefois un des plus beaux de la contrée, ainsi que l' indiquait son nom primitif: la Verda, il est jourd' hui recouvert d' éboulis. Que s' est passé? un effondrement de la montagne fut produit, dit la légende, par les fées qui l' habitaient autrefois. Celles-ci, après avoir été pendant longtemps l' objet du respect et des égards des pâtres de la Verda, furent vexées des procédés du jeune Pierre d' Outretègue, de Rougemont, fils du propriétaire du pâturage. Non seulement, il se permit de surveiller leurs visites nocturnes au chalet, mais encore, pour s' emparer des trésors cachés au haut de la montagne, il eut l' indiscrétion, après s' être muni d' un vieux parchemin de famille, avec formule magique, de tenter l' ascension des grottes et des sentiers sur lesquels les fées entendaient maintenir leur empire. L' éboulement d' une partie de la montagne fut le châtiment et la conséquence de cette témérité, que le pauvre Pierre paya de sa vie. Il se mêle également à cette légende une jolie intrigue amoureuse entre Pierre et Yolande Loys dit „ la Borgognouna ".

Ceux qui s' intéressent à ces anciens et captivants récits, trouveront dans le livre que nous préparons sur les Légendes et la mythologie des Alpes vaudoises, d' autres détails sur ce sujet.

Enfin, notre troisième légende un peu complète est celle du drame de Plan-Névé. Elle se rapproche, par son terrible dénouement, de la précédente. Il s' agit, là aussi, d' une fée vengeresse, mais qui pour un motif différent de celui de tout à l' heure, fit tomber la ruine et la mort sur une contrée prospère. Remarquons que ces explications si poétiques des éboulements et des phénomènes géologiques se retrouvent, non seulement chez nous, mais en beaucoup de pays, où l' imagination populaire s' est toujours prêtée facilement à leur conservation.

Voici cette légende — la seule que l' espace qui nous est ici accordé, nous permette de donner avec quelques détails:

A l' endroit où se trouve actuellement le glacier de Plan-Névé, c'est-à-dire au nord du Grand Muveran, existait autrefois aussi — à ce que prétendent les vieillards de la centrée - un magnifique pâturage. La montagne était si belle et si fertile et les vachers dans une telle abondance „ qu' ils jouaient, dit-on, aux palets avec des tommes de chèvre, et aux quilles avec des têtes de beurre en guise de boules. "

Quelle a été la cause d' un si grand changement? Voici ce que raconte une tradition très-populaire et qui a inspiré à un de nos poètes vaudois, trop tôt enlevé par la mort, le sujet d' une de ses compositions les plus réussies:

Un soir que la tempête menaçait dans la montagne, se présente à la porte du chalet de Plan-Névé une femme à l' aspect pauvre et ridé. D' un ton digne d' exciter la compassion, elle implore des vachers, de bien vouloir l' héberger pour la nuit et de lui donner ona crota, c'est-à-dire une croûte de pain avec un peu de beurre.

Ceux-ci, bien que dans l' abondance, hommes sans cœur s' il y en eut jamais, gens durs et grossiers, lui répondirent qu' ils n' avaient rien pour elle et qu' elle n' avait qu' à détaler le plus tôt possible.

La pauvre vieille — ou plutôt notre fée — aussi navrée que furieuse, sort en silence du chalet inhospitalier; puis, à quelque distance, se retourne et, regardant le pâturage d' un œil terrible et prophétique, profère cette malédiction:

Baia pllanna! Pllan Névé! jamé terreina te ne te reverré! ( Traduction: Belle plaine! Plan-Névé!

jamais je ne te reverrai terrainOu bien selon d' au: Plan Névé té, et Plan-Névé té sarei jamé té ne réterrennéré. ( Traduction: Plan-Névé tu es et Plan-Névé tu seras, jamais tu ne redeviendras terrain. ) Aussitôt, un orage épouvantable de neige, de grêle et de vent en furie se précipite sur cette belle montagne et la couvre en quelques instants d' une couche de neige et de glace qui pendant de longues années n' a été qu' en s' épaississant.

Aujourd'hui, le glacier diminue, et ce qui donne quelque apparence de vérité à l' opinion que ces lieux formaient autrefois un pâturage, c' est que, entr' autres, en 1822, année chaude et très-précoce, des chasseurs de chamois et de marmottes racontèrent y avoir vu à découvert, dans les éboulis de pierre et de glace, la voûte d' un vieux pont, destiné sans doute a faciliter l' accès de la montagne. On prétend même que ce pont se découvrirait tous les sept ans. En outre, dans les moraines, au pied des parois des Ouvertellets, a été trouvée, il y a quelques années, une chaîne en fer, au moyen de laquelle on attache le bétail, et qui aurait été chariée par le mouvement du glacier. D' autre part, M. Philippe Martellaz des Plans — le guide bien connu — que je consultais sur ce point, m' a répondu en octobre 1881 ce qui suit: „ Pour mon compte, voici ce que j' ai observé et découvert: Il y a deux ans un grand orage a éclaté du côté de la tête à Pierre Grept et du glacier de Plan-Névé. Par suite de l' accumulation des eaux, le torrent avait tellement grossi que le terrain qui forme son lit avait été rongé à une profondeur de trois mètres, en mettant à découvert du bois et d' assez gros rondins, ce qui prouve bien — ajoutait-il — que dans les anciens temps, il y avait des bois et des forêts dans ces hautes régions. "

Quoi qu' il en soit, la légende existe et subsistera aux vallons des Plans, ainsi qu' aux alentours, aussi longtemps que des êtres humains y habiteront.

Voici — pour finir — comment notre poète vaudois Henri Durand, après avoir raconté d' abord le dialogue entre le pâtre et la fée, décrit la malédiction de celle-ci et son effet sur Plan-Névé:

„ Alors, la vieille femme élevant sur sa tête Son vieux manteau qui flotte au vent de la tempête, Etendant ses deux bras sur le mont découvert, Mêle une voix terrible au tonnerre qui passe: „ Plan-Névé! Plan-Névé! désormais un désert „ Va recouvrir ton front d' une stérile glace; „ Désormais les chalets jamais ne verront plus „ Le peuple des bergers à mi-été venus; „ Plan-Névé; désormais à tes frais pâturages „ Nul troupeau ne viendra; Plan-Névé! Plan-Névé! Et chaque mot porté sur l' aile des orages Etait jusqu' aux chalets en fracas arrivé; La génisse mugit en ouvrant sa narine Et le pâtre sentit frissonner sa poitrine. "

Alors on entendit un bruit épouvantable; La montagne mugit jusqu' en son fondement:

Insondable, la nuit planait sur ces terreurs. Mais quand la fraîche aurore apparut sur les cimes, Plan-Névé! Plan-Névé! d' une nuit que d' horreurs! Vallon qui s' inclinait sur le bord des abîmes, Pâturages herbeux, chalets, riches troupeaux Le glacier couvrait tout de son morne repos. "

Nous avons jusqu' à maintenant — à l' occasion de nos vieilles et poétiques légendes — parlé surtout ici des deux premiers types seulement de notre mythologie nationale et vaudoise ( les servants, puis les fées ).

Les lecteurs qui nous ont suivi et qui apprécient, au point de vue de la poésie, comme de l' histoire des idées et des conceptions religieuses de notre pays, ce genre de recherches — aujourd'hui toujours plus difficiles — trouveront d' autres détails et d' autres études et récits sur nos mauvais génies ( sabbats et démons ), sur l' âge d' or et colossal, ainsi que sur diverses légendes et traditions montagnardes vaudoises, dans un article subséquent ou dans un volume que nous préparons sur ce sujet.

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