Les variations périodiques des glaciers des Alpes

Remarque : Cet article est disponible dans une langue uniquement. Auparavant, les bulletins annuels n'étaient pas traduits.

Par Dr F.A. Forel, professeur, à Morges. Dr M. Lugeon, professeur, à Lausanne. E. Muret, adjoint de l' inspecteur fédéral des forêts, à Berne.

Vingt-deuxième rapport. 1901 1 ).

LXXIV. Durée de la période des glaciers.

Lorsque j' ai essayé de résumer devant la Société helvétique des sciences naturelles, dans sa session de Thusis, en 1900, le résultat de nos études sur les variations périodiques des glaciers 2 ) j' ai conclu dans ces termes:

„ Il y a deux types de variations:

La première est de périodicité annuelle.

La seconde, de périodicité cyclique, est de durée probable d' un tiers de siècle, comme le cycle climatique de Brückner... "

C' est sur cette dernière conclusion que je dois revenir.

Lorsque je l' ai formulée je n' ignorais pas les difficultés qu' elle soulevait. J' avais devant les yeux les cas nombreux, très nombreux, où la période de variation est beaucoup plus longue que ce cycle d' un tiers de siècle; j' avais reconnu que, dans les Alpes, nous avions eu dans le XIXe siècle des glaciers montrant une seule crue, d' autres deux crues, d' autres trois crues. Pour les glaciers où une ou deux de ces crues avaient manqué dans le siècle, je proposais, pour expliquer cette abstention, la supposition suivante: la crue déterminée par les faits météorologiques ou climatiques a lieu, mais seulement dans les hautes régions; elle s' éteint en route et n' arrive pas à se manifester jusqu' à la langue terminale du glacier. Je prenais pour exemple le glacier du Rhône, le mieux observé des glaciers des Alpes, qui a donné des indices d' une crue larvée versVoir vingt-unième rapport. Annuaire S.A.C. XXXVI, p. 169. Berne 1901. 2 ) Actes de la Soc. helv. sc. nat. Session de Thusis, p. 57. Coire 1901. Arch. de Genève X, 401, 1900.

1892, crue qui n' a pas abouti à pousser en avant le front du glacier. Elle s' est traduite seulement dans un ralentissement temporaire de la décrue.

J' étais entraîné dans cette direction, d' une part par ma confiance dans le cycle climatique de Brückner, dont je crois reconnaître des manifestations dans tous les phénomènes de la nature qui de près et de loin touchent à la météorologie 1d' autre part par l' exemple communicatif de mon ami Ed. Richter de Gratz, dont l' enthousiasme pour la période d' un tiers de siècle nous a valu un excellent mémoire historique sur les variations des glaciers 2 ).

Depuis lors, certains doutes m' ont inquiété, et je sens le besoin de formuler ces scrupules en serrant le problème de plus près. Je me demande si les variations des glaciers obéissent réellement au cycle de Brückner, si leur périodicité est de trois crues par siècle. Pour obtenir une réponse à cette question je vais reprendre ceux des glaciers dont l' histoire est assez claire pour nous donner des dates suffisantes sur leur périodicité.

Nous compterons comme durée de la période le nombre d' années écoulées entre deux points homologues de la courbe de variation: d' un maximum au maximum suivant, d' un minimum au minimum suivant; quand les dates des maximums ou des minimums ne sont pas spécialement indiquées, je prendrai le début de la crue comme étant le minimum, le début de la décrue comme étant le maximum.

Je ne sortirai pas des Alpes de l' Europe centrale; aussi bien ce sont les seules montagnes glaciaires sur lesquelles nous ayons des dates précises, ou du moins les seules que personnellement nous connaissons assez pour critiquer avec une certaine confiance les allures de leurs glaciers.

Alpes du Dauphiné. Dans les nombreuses observations recueillies par M. Kilian et les collaborateurs 3 ) sur les glaciers du Dauphiné, je trouve quelques données qui me paraissent suffisantes pour établir la durée de la période.

Glacier de la Bonne Pierre ( massif du Pelvoux ): 1865 à 1895 décrue.

1895 à crue ( en 1899 la crue continuait encore ). La période commencée par le début de la décrue en 1865 a donc une durée de plus de 34 ans. Glacier du Sélé ( Pelvoux ):

1870 à 1891 décrue 1892 à 1893 crue 1893 à décrue. La période serait de 25 ans.

Glacier Blanc ( Pelvoux ):

1800 à 1865 crue 1865 à 1886 décrue 1886 à 1895 crue.

1895 à stationnaire ( état continuant encore en 1899 ). D' après cela, de 1800 à 1886 une période de 86 ans 1865 à 189530 ans.

Glacier Noir ( Pelvoux ) en décrue en 1865, encore en décrue en 1899.

La phase de décrue continue et dure plus de 34 ans; la période a donc une durée bien plus considérable.

Plusieurs autres glaciers dont l' histoire est écrite par M. Eilian nous donnent des faits analogues. Je crois inutile de les analyser tous ici; le plus souvent il manque une phase, en tout ou en partie, et ces observations ne nous donnent que des valeurs minimales pour la durée de la période.

Les glaciers du Valjouffrey et du Pelvoux sont tous en décrue depuis cinquante ans. Cette donnée est trop vague pour que nous osions en tirer autre chose qu' un indice de très longue durée de la période.

Les glaciers du Mont Blanc, vallée de Chamonix, semblent avoir tous des allures identiques, ou du moins très analogues. A quelques années près, les mêmes dates des maximums sont valables pour les quatre grands glaciers, le Tour, Argentière, les Bois et les Bossons. Nous admettrons dans les 120 dernières années les maximums suivants:

1er maximum vers 1780 1 ) 2e1820 3e1855 4e1893.

Ce qui nous donne les durées de période:

1780 à 182040 ans.

1820 à 185535 „ 1855 à 189338 „ Ces glaciers de Chamonix sont ceux dont les allures semblent les plus régulières, et se rapprochent le mieux du cycle de Brückner. Disons aussi que ce sont parmi les glaciers les plus facilement abordables, et les mieux observés et surveillés.

Glacier de la Brenva ( Mont Blanc ): 1819 à 1842 décrue 1843 à 1847 crue 1847 à 1878 décrue 1878 à 1893 crue 1893 à décrue, non terminée. Ce qui nous donne de 1819 à 1847 période de 28 ans. 1843 à 187835 „ 1847 à 189346 „ Glacier du Trient ( Mont Blanc ):

1845 à 1878 décrue 1878 à 1896 crue 1896 à décrue. Ce qui nous donne de 1845 à 1896 une période de 51 ans.

Alpes Suisses. Glacier de Giétroz ( Mont Collon ). Catastrophes causées par le barrage de la Dranse, arrêtée par le glacier inférieur, ou glacier remanié:

4 juin 1595 16 juin 1818.

Combien y a-t-il eu de périodes, avec des crues larvées, non observées ou non enregistrées, de ce glacier entre ces deux crues désastreuses, séparées par une durée de 223 ans? Nous l' ignorons. Glacier de Zigiorenove ( Mont Collon ): 1817 maximum 1817 à 1837 décrue 1837 à 1852 crue, mal définie 1852 à 1878 décrue 1878 à 1896 crue 1896 à décrue, non terminée. Cela nous donne:

1817 à 1852 période de 35 ans. 1837 à 187841 „ 1852 à 189644 „ Glacier d' Arolla ( Mont Collon ):

de 1855 à 1892 décrue 1892 à 1894 crue 1894 à... décrue de 1855 à 1894 une période de 39 ans.

Glacier de Ferpècle ( Mont Collon ):

1868 à 1892 phase de décrue 1892 à 1894crue 1894 à décrue. De 1868 à 1894 cela fait une période de 26 ans.

Glacier de Zinal ( Weisshorn ):

1845 à 1901 phase de décrue continue.

Si une phase de crue n' a pas échappé à l' observation de nos amis de Zinal, la période serait donc ici de plus de 56 ans.

Glacier de Bies ( Weisshorn ).

Ce glacier, très incliné, se rompt parfois en avalanche qui ravage le territoire et le village de Randa.

L' histoire en raconte des répétitions: en 1636 „ 1736 distance entre les catastrophes 100 ans. " 178650181933 "

" 184831 "

" 186517 "

C' est évidemment lors des crues excessives du glacier que ces catastrophes ont lieu; des crues modérées peuvent être parfaitement innocentes et n' avoir, par conséquent, pas été notées. Toutes les avalanches, même, ne sont pas destructives: ainsi celle de 1848 n' a fait aucun mal.

Glacier du Gorner ( Mont Rose ):

1818 à 1867 en crue plus ou moins continue 1867 à en décrue non encore terminée en 1901. Les observations sont trop insuffisantes, ou les phases du glacier trop indécises, pour que nous en tirions rien sur la durée de la période qui est, en tous cas, très longue.

Glacier d' Allalin ( Mischabel ):

1820 à 1835 phase de décrue 1835 à 1849crue 1849 à 1881décrue 1881 à 1893crue 1893 à décrue, non terminée.

Ce qui nous donnerait:

de 1820 à 1849 période de 29 ans.

"

1835 à 1881 "

"

26 "

"

1849 à 1893 "

"

44 "

Quand ce glacier est en crue extrême, sa moraine droite barre la vallée et détermine une surélévation des eaux du lac Mattmark. Celui-ci, quand il rompt sa digue, peut ravager la vallée de Saas. Ces catastrophes ont eu lieu:

en 1633 „ 1680 distance entre les deux évènements 53 ans. " 177292 „ Comme pour les catastrophes du Giétroz, ces dates de crues ne peuvent nous donner des chiffres assurés pour la durée des périodes; car toute crue n' amène pas nécessairement une inondation désastreuse, notée par les chroniqueurs.

Glacier de Fée inférieur ( Mischabel ):

de 1860 à 1881 phase de décrue „ 1881 à 1892crue „ 1892 à décrue, non terminée.

Cela nous donne de 1860 à 1892 une période de 32 ans.

Glacier du Rhône ( Galenstock ):

1818... Etat de maximum 1855.. .1855... Phase de décrue, non terminée. Cela nous donne:

de 1818 à 1855 une période de 37 ans „ 1855 à nos jours une phase non encore terminée de 46 ans, faisant pour la période une durée minimale de plus de 46 ans.

Notons cependant qu' au milieu de cette phase de décrue, il y a eu, vers 1892, une tendance manifeste au ralentissement dans le raccourcissement du glacier, tellement que nous avons dû croire à l' arrivée prochaine d' une crue. Cela a été probablement une crue larvée, n' aboutis point; mais nous devons en tenir compte dans ces recherches sur la durée des périodes des glaciers.

Glacier de l' Altels ( Balmhorn ):

La partie terminale de ce glacier se rompt parfois et cause une énorme avalanche glacière qui recouvre la vallée du Schwarzbach, affluent de la Kander. Il est difficile de dire à quelle phase de la période de ce glacier correspond le détachement de cette avalanche ( il est cependant probable que c' est à un état de maximum ); mais il est certain que c' est à un moment homologue dans la durée de la période.

Ces catastrophes ont eu lieu: le 17 août 1782; le 11 septembre 1895.

Ces deux dates étant séparées par une distance de 113 ans. Rien ne nous dit qu' il n' y ait pas eu plusieurs périodes dans la variation du. glacier pendant ces 113 ans; rien non plus ne nous dit qu' il y en ait eu.

Glacier de Grindelwald inférieur ( Finsteraarhorn ):

en 1600 état de maximum.

n 1720 n n n n 1743 n "

n n 1779 n n n n 1822 n "

"

n 1855 n n n n 1855 à 1901 phase de décrue non terminée.

De 1600 à 1720, en 120 ans, il y a eu probablement plusieurs périodes de variation de ce glacier. Nous n' en savons rien.

Depuis 1720 il semble au contraire que tous les états de maximum ont été notés; cela nous donne:

de 1720 à 1743 période de 23 ans.

"

1743 à 1779 " n 36 n n 1779 à 1822 n n 43 n n 1822 à 1855 n n 33 "

n 1855 à nos jours phase de décrue de 46 ans, non encore terminée.

Glacier de Grindelwald supérieur ( Finsteraarhorn ).

Les allures n' ont pas été suffisamment séparées de celles du glacier inférieur, dans les récits des chroniqueurs. Il semblerait qu' elles aient été simultanées.

Cependant, depuis que ces glaciers sont observés plus soigneusement, on constate des différences de marche. En particulier, tandis que le glacier inférieur est depuis 1855 en décrue continue, on peut noter pour le glacier supérieur:

de 1855 à 1881 phase de décrue „ 1881 à 1901 phase de crue, avec intermittence d' état stationnaire.

La décrue qui doit suivre la phase de crue de la fin du XIXe siècle n' a pas encore commencé avec assez d' évidence pour que nous puissions dire que la période commencée en 1855 après le précédent maximum soit déjà terminée. Cette période serait donc de plus de 46 ans.

Glacier de Rosenlauï ( Finsteraarhorn ): 1824état de maximum 1824 à 1840 stationnaire, variations peu marquées 1840 à 1860 phase de décrue lente 1860 à 1880 "

"

accélérée 1880 à 1887 "

"

crue 1887 à 1897 "

"

décrue 1897 à 1898 "

"

crue 1898 "

"

décrue.

Ces observations, résumé des récits souvent contradictoires des voisins, ne sont pas assez précises et assez assurées pour que j' ose en tirer des dates pour la valeur des périodes.

Aar inférieure ( Finsteraarhorn ):

1871 phase de crue 1871 à...

"

"

décrue Glacier de Hüfi ( Clarides ):

1760 à 1824 phase de crue 1824 à 1830 "

"

décrue 1834 à 1846 "

"

crue 1850 à 1901 "

"

décrue.

Il est difficile de tirer des chiffres pour la durée des périodes des chiffres, dont la plupart sont imprécis ou incertains.

Alpes autrichiennes. Glacier de Vernagt ( Oetzthal ):

1599 à 1601 état de maximum.

1676 à 1681 "

"

"

1770 à 1774 "

"

"

1820 "

"

"

1844 à 1848 "

"

"

1901 à ( 1902 ) "

"

Les crues de 1600 à 1660 et de 1770 à 1848 ont amené le front du glacier jusqu' à la Zwerchwand. Dans celles de 1820 et 1901 le front du glacier s' est arrêté plus ou moins haut dans le vallon de Vernagt. Combien y a-t-il eu de ces crues d' importance minime dans les siècles passés? Cela n' est pas possible à dire. La durée des périodes est:

1770 à 1820 50 ans.

1820 à 1848 28 "

1848 à 1902 54 "

Glacier de Gurgl ( Oetzthal ) a deux fois arrêté les eaux d' un lac glaciaire dont l' écoulement a inquiété la vallée:

de 1717 à 1724 "

1770 à 1771.

Les allures de ce glacier sont, du reste, fort peu actives. Glacier de Sulden ( Ortler ):

1760 maximum.

1818 "

1819 à 1846 phase de décrue 1846 à 1856 "

"

crue 1856 à 1893 "

"

décrue 1893 à...

"

"

crue.

Cela nous donne les périodes de:

1760 à 1818 58 ans.

1818 à 1856 38 "

1846 à 1893 47 "

Caucase. Glacier de Devdoraki. Citons encore le célèbre glacier du Caucase. Il est en dehors des Alpes, mais il est parmi les mieux observés, car les crues menacent la route militaire transcaucasienne. Ses grandes avalanches de glaces ont eu lieu en 1776, 1785, 1808, 1817, 1832. Il y a eu crue, mais sans que le front du glacier soit descendu jusqu' à la route, en 1842, 1855 et 1867.

Cela donnerait des périodes:

de 1776 à 1785 9 ans.

"

1785 à 1808 23 "

"

1808 à 1817 9 "

"

1817 à 1832 15 "

"

1832 à 1842 10 "

"

1842 à 1855 13 "

"

1855 à 1867 8 "

"

1867 à 1901 pér iode de 34 ans non terminée.

Ce sont des allures très différentes de celles de nos glaciers des Alpes de l' Europe centrale. Laissons-les de côté.

Nous venons d' extraire des observations à notre disposition quelques chiffres nous donnant, pour un certain nombre de glaciers, la durée de la période de variation en grandeur. Les chiffres sont de valeur très inégale. Quelques-uns sont précis et parfaitement surs; on peut dire que la dernière phase des glaciers dans la seconde moitié du XIXe siècle a été relativement bien étudiée. Les autres, plus anciens, sont beaucoup moins assurés; les années de grand maximum, surtout lorsqu' elles sont marquées par quelque catastrophe, comme c' est trop souvent le cas, nous sont très bien indiquées; mais les crues plus innocentes n' ont ordinairement pas été notées par les chroniqueurs. Le matériel d' observation est insuffisant.

Des valeurs plus ou moins précises pour la durée d' une période de la variation des glaciers, j' en ai:

7 cas entre 20 et 30 ans de durée.

11 "

"

30 "

40 "

"

"

6 "

"

40 "

50 "

"

"

5 "

"

50 "

60 "

"

"

La moyenne arithmétique des 29 périodes à ma disposition donne 38 ans; c' est un peu au-dessus du chiffre moyen du cycle de Brückner, qui est de 30 à 35 ans, ou si l'on veut de 3 périodes en cent ans. La différence n' est pas considérable et étant donnée l' incertitude de bon nombre d' observations elle serait peut-être dans les limites de l' erreur probable.

Vais-je en conclure que les variations de nos glaciers suivent dans leurs allures le cycle climatique de mon ami le professeur de Berne? Je le voudrais. Hélas! en conscience, je ne le puis pas.

En effet les glaciers dont je sais indiquer la période ont pour la plupart des allures rapides; ce sont ceux qui ont terminé leurs phases dans les 20 ou 25 ans qu' embrassent nos observations précises. Ceux dont la durée est plus longue échappent encore à notre statistique parce que leur phase n' est pas terminée. Or c' est de beaucoup le plus grand nombre. Dans les cinquante dernières années nous avons assisté à une phase générale de décrue. A partir de 1850 pour quelques glaciers, de 1855 pour le plus grand nombre, de 1860 à 1870 pour quelques-uns, ils se sont mis à décroître, et la plupart décroissent encore actuellement. Quelques-uns, il est vrai, ont montré la petite crue de la fin du XIXe siècle, et vu le grand intérêt du phénomène ils ont vivement attiré l' attention des observateurs; mais ce n' est qu' une très petite minorité; une cinquantaine à peine sur les 780 glaciers catalogués dans les Alpes suisses, une centaine peut-être sur les milliers de glaciers des Alpes de l' Europe centrale. L' immense majorité des glaciers ont subi dans la seconde moitié du XIXe siècle une décrue, durant déjà quarante ou cinquante ans, et dont nous ne voyons pas encore la fin. La phase de décrue n' est qu' une partie d' une période. Donc, la durée de la période, disons plutôt de la période actuellement en jeu, est pour la plupart des glaciers de beaucoup supérieure au tiers de siècle du cycle de Brückner.

Réunir dans la même loi les deux ordres de phénomènes — les phénomènes climatiques sur lesquels la statistique de Brückner s' est fondée, et les périodes des variations des glaciers — ne serait admissible que si l'on admettait pour ces dernières une inégalité énorme. Nous n' en avons pas le droit jusqu' à démonstration expérimentale. Tenons-nous donc, en attendant, dans une réserve prudente 1 ).

Les matériaux dont nous disposons ne sont pas encore assez nombreux, ni assez précis; ils ne s' étendent pas sur un assez grand nombre de glaciers, et, pour chacun d' eux, sur un assez grand nombre de périodes rigoureusement observées pour que nous soyons autorisés de conclure présentement.

Rassemblons des observations et nos successeurs sauront les utiliser.

Je me permets de demander à mes collègues de chercher, pour tous les glaciers dont ils ont des observations suffisantes, à déterminer la durée exacte des phases et des périodes. Ce travail critique exige une connaissance personnelle du glacier lui-même, des témoins, des matériaux d' observation et des sources historiques; il ne peut-être fait avec quelque succès que par quelqu'un de particulièrement familiarisé avec les circonstances spéciales à ce glacier. Je réclame donc de mes amis, les alpinistes et les glaciairistes, la correction des tableaux ci-dessus développés, et leur complément par des tableaux plus nombreux et plus précis.F.A. F.

LXXV. L' enneigement en 1901.

Dans le précédent rapport nous avons relaté la faible abondance des neiges persistantes en 1899 et 1900. Certaines parties des crêtes alpines, certains petits glaciers avaient pris durant ces deux années un aspect si nouveau qu' un grand nombre de clubistes ont été frappés du fait et nous ont communiqué des documents fort précieux.

Cette année le nombre de nos collaborateurs a bien diminué, en partie sans doute parce que le même fait général s' étant continué n' a plus attiré leur regard; il ne les a plus surpris. Cependant les quelques observations que l'on a bien voulu nous communiquer sont intéressantes. L'on remarquera, en effet, que certains de ces documents paraissent contradictoires comparés à ceux de 1900. Nous essayerons de les inter-prêter plus loin.

Alpes de Salvati ( Valais ). Le glacier de la „ grande Pente " de la Tour Sallière était inabordable dès la fin d' août 1901. 8a surface qui s' élève jusqu' à 2900 à 3000 mètres était entièrement débarassée de neige et les ascensionnistes devaient faire la dernière montée par le Dôme, ainsi que nous le communique M. A. Wagnon, d' après les renseignements du guide Gex-Collet, de Champéry. En juillet, l' ascension se faisait encore sur une pente unie de neige.

Dans le massif de Fontanabran, que M. Wagnon connaît particulièrement, on rencontre en 1901, à l' ouest des deux sommets jumaux, le petit glacier de Blantzin, non indiqué sur la carte Siegfried. Ce petit glacier ne s' était présenté jusqu' ici qu' à l' état de névé; il s' est montré, en 1891, en glace vive dépourvue de sa couverture de neige; une rimaye le partage d' un bout à l' autre et sa partie inférieure s' affaisse dans le petit lac de Blantzin.

Un autre petit névé, à peu près inconnu, non signalé par la carte Siegfried, existe près du sommet 2697 mètres de Fontanabran. En 1901 la couche de neige a disparu presque totalement. Là où s' étendait autrefois une pente régulière de neige, on voit maintenant la glace coupée par de petites crevasses. La pente est assez accentuée pour que la marche soit peu commode, alors que jadis on traversait le névé sans difficultés.

Il n' est pas admissible que ces névés aient échappé aux levés topographiques de la feuille Finhaut de l' Atlas Siegfried. La carte a été publiée en 1874. Depuis cette date, il se serait donc formé des névés, qui seraient devenus des glaciers minuscules; mais ceux-ci, insuffisamment alimentés, seraient déjà menacés et ne tarderaient pas à disparaître. L' avenir nous montrera si cette hypothèse se vérifie. Quoi qu' il en soit, ces quelques observations relevées par M. Wagnon nous montrent que les chutes de neige ont continué à être peu abondantes en 1901 dans les Alpes de Salvan.

Alpes fribourgeoises. Nous ne possédons qu' une seule observation qui nous a été communiquée par M. F. Doge de la Tour de Peilz. En 1901, dans le massif du Gros Brun, l' enneigement a été plus considérable qu' en 1900. A la fin d' août de l' année dernière il y restait eneore une quantité de neige considérable.

Alpes bernoises. Nous avons observé nous-même un enneigement régressif très caractéristique dans le massif du Balmhorn. La montée du Zagengrat, du côté septentrional, devient chaque année de plus en plus pénible au dire de nos guides. Il y a quelques années l'on pouvait facilement arriver jusqu' à l' arête sans abandonner la pente neigeuse. En août 1901 au contraire il faut non seulement tailler des marches dans la pente, mais la limite supérieure de la neige s' étant considérablement abaissée, l' ascension se fait, pendant environ 180 mètres, sur les rochers glissants. La neige n' arrive nulle part jusqu' à l' arête, vers le point 3042 de la carte Siegfried.

Nons avons en outre remarqué en août 1901 l' absence presque complète de neige sur le petit glacier d' Oeschinen, à l' ouest de la Gemmi. Enfin les névés sous le Schwarzhorn de la Gemmi ont diminué, relativement à l' étendue indiquée sur la carte Siegfried.

Massif du Gothard. Grâce à l' obligeance de M. le docteur Joh. Kœningsberger, de l' Université de Fribourg i. Br ., nous possédons une série de renseignements intéressants qui seront particulièrement utiles pour les chercheurs de minéraux. Nous ne nous attendions certainement pas à ce que la petite enquête à laquelle nous nous livrons pouvait avoir une utilité, nous dirons presque une application pratique, en dehors de la glaciologie.

Les petits glaciers et les névés du massif du Gothard sont en recul très manifeste depuis quelques années, dans leur partie inférieure. Les gisements de minéraux ne se rencontrent guère que dans les territoires libres de plantes, de neige ou de glace; or on signale depuis une dizaine d' années, sur le front ou les bords des glaciers en état de diminution, plusieurs gisements nouveaux, qui ne sont du reste exploitables qu' au mois de septembre, lorsque les neiges sont le plus en recul. C' est par cette méthode inattendue que M. le docteur Kœnigsberger a remarqué que plusieurs glaciers étaient en recul. Ainsi dans le Val Giuf près Tschamutt ( Atlas Siegfried, feuille 407 ) le glacier a reculé de 20 mètres en 3 ans; dans le Val Strim ( A. S. 407 ) le glacier du Piz Aul présente un retrait de 30 mètres. Le col im Grünen Gras ( 2843 m ) que la carte indique couvert de neige en est maintenant débarassé. Il a là évidemment enneigement régressif.

Le massif du Scopi ( Val Medels et Val Casaccia, A. S., feuilles 411 et 412 ) présente aussi un recul des petits glaciers. Celui de Casaccia a diminué du quart de sa grandeur indiquée sur la carte; ce recul laisse voir des arêtes et des rochers inconnus jusqu' à nos jours.

Le petit glacier de l' Alpligen, dans la vallée de Göschenen ( A. S., 398 ), en recul considérable, a mis à jour de très beaux gisements de cristaux.

Par contre M. Kœnigsberger a remarqué un enneigement dans les parties supérieures des névés. Ainsi au Piz Lucendro à l' ouest du col du Gothard, un gisement de minéraux qui était à découvert il y a 20 ans est aujourd'hui couvert par la neige. 11 est situé vers 2800 mètres d' alti. D' autres gisements sont inabordables. Ainsi sur l' arête du Badus vers 2800 mètres, au Piz Valatscha ( 3000 m ), à la Fibbia ( 2740 m ), aux Strahlige Stöcke, etc. Le savant minéralogiste nous signale encore dans le Val Giuf un petit lac situé vers 2750 mètres d' altitude; il apparaissait sous la neige depuis une trentaine d' années, au commencement de septembre, mais est resté caché en 1901. M. le docteur Kœnigsberger ne connaît que deux exceptions à cet enneigement progressif des hautes régions, celle de la Bianca ( Scopi, Val Medels ) et celle du Piz Aul, citée plus haut.

Telles sont les observations qui nous ont été communiquées sur l' état des neiges en 1901. Pouvons-nous, avec un nombre si faible de faits, tirer des conclusions? Notre enquête sur l' année 1900 nous avait montré un état fort remarquable d' enneigement régressif, qui semble s' être perpétué encore en 1901, dans les montagnes de Salvan et dans une partie des Alpes bernoises. Il n' y avait qu' une seule exception en 1900, celle de très hautes régions, vers 4000 mètres, qui ont paru plus neigeuses que pendant les années antérieures. Les observations si précises de M. le docteur Kœnigsberger ne nous permettent aucun doute. Un grand nombre de massifs se sont enneigés en 1901.

Nous ne pouvons pas dire, dans l' impossibilité où nous nous trouvons de faire des comparaisons, s' il en a été de même dans tout l' est de la Suisse. Il semblerait cependant que le recul considérable de 1899 et de 1900 a pris fin, qu' il y a eu un état stationnaire par places en 1901 et même un enneigement progressif presque général dans le massif du Gothard.

Si dans les années prochaines des collaborateurs veulent encore nous donner le fruit d' observations aussi précieuses que celles que nous signalons cette année, nous pourrons voir si cet enneigement, qui est la nourriture du glacier, varie, comme cela découle des observations de M. Kœnigsberger, dans un ordre inverse quoique non absolument synchrone, des variations du front du glacier, ou s' il s' agit de simples variations an-nuelles.M. L.

LXXVI. Chronique des glaciers des Alpes suisses en 1901.

Les observations recueillies cette année par les administrations forestières cantonales, concernent 87 glaciers et s' étendent sur toutes les régions des Alpes suisses.

La plupart de ces glaciers sont maintenant depuis six, huit ou dix ans l' objet d' observations régulières, en sorte que nous pourrons joindre cette année, à l' indication de l' intensité de variation annuelle, la valeur totale de la décrue ou de la crue dès 1892 à 1901 pour quelques-uns et dès 1893 ou 1894 à 1901 pour quelques autres.

Nous rangeons les glaciers par bassins hydrographiques, suivant l' ordre établi dans les derniers rapports.

I. Bassin du Rhône.

A. Alpes valaisannes.

Glacier.

Vallée.

Valeur de la Variation.

Modification totale dans le sens de la lon- Sens de la variation gueur dès 1892.

actuelle.

m m m Rhône Conches — 11 — 15.

5 — 107 décrue Fiesch Fiesch — 1 — 1.

.5 — 85 décrue Aletsch Massa — 30 — 12 — 97 décrue Lötschen Lötschen + 0.30 0

+ 26

décrueDala Loëche — 32

— 27décrue Zanfleuron Sanetsch

— 17 — 265 décrueKaltwasser Saltine2

14 décrueRossboden Simplon4 — 3 — 9 décrue Les variations périodiques des glaciers des Alpes.

VnJ.pi/tr flfi In Modification Sens Glacier.

Vallée.

variation.

totale dans le sens de la lon- de la variation 1900.

gueur dès 1892.

actuelle.

m m m Fée Saas232 décrue Allalin "

__ 2 — 271décrue Gasenried St-Nicolas1décrueBies "

2décrueFindelen "

— 5 — 15 + 42 décrue Zmutt "

— 12 — 10 — 91 décrue Gorner "

__ 5 — 10 — 90 décrue Turtmann Tourtemagne — 9 — 8, .5 — 39 décrue Durand [Zinali Anniviers — 20 — 10 — 378 décrue Moiry "

— 9 — 10 — 47 décrue Ferpècle Hérens — 11 — 5 — 37 décrue Zigiorenove "

— 63 —69

décrue Arolla "

— 9 — 9 — 70 décrue Grand Désert! Nendaz7 — 19 — 105 décrue Montfort "

0 0 — 60 décrue Corbassière Bagnes — 4 - 2 — 28 décrue Durand "

— 5 — 13 — 103 décrue Breney "

— 5 — 15décrue Otemma "

— 12 — 22 — 165 décrue Boveyre Entremont

.20 + 108 crue Tzeudet "

— 0 — 0Valsorey Entremont — 5 — 1.

e — 23 décrue Saleina "

— 11 — 13 — 50 décrue La Neuva Ferrex — 17 — 22 — 73 décrue Sur les 32 glaciers en observation dans les Alpes valaisannes durant l' année 1901, nous n' en avons qu' un seul en crue certaine ( Boveyre ) et un autre dont le sens de l' allure est encore incertain ( Tzeudet ). Des 30 autres, 25 sont en décrue certaine; pour cinq seulement on peut avoir encore quelques légers doutes sur la réalité de ce mouvement de recul.

La décrue persiste donc toujours et s' accentue même encore si possible.

Le seul glacier en crue certaine est toujours celui de Boveyre mais les observations faites ont permis de constater un affaissement considérable de la partie moyenne, ce qui laisse supposer que cette crue extraordinaire tire à sa fin.

D' après le garde-forestier Balleys, qui réside à Bourg-St-Pierre, cette crue aurait une cause accidentelle; elle proviendrait de ce qu' il y a quelques années, une partie d' un des glaciers suspendus dominant le glacier de Boveyre se serait détachée, serait tombée sur le glacier — à quelque distance de son extrémité — et aurait été ainsi la cause d' un excès momentané d' alimentation dont l' effet se serait fait sentir pendant plusieurs années.

D' après le même garde, l' état stationnaire du Tzeudet serait dû à ce que toute la partie inférieure est recouverte d' une épaisse couche de pierres qui la soustrait à l' ablation. Ce glacier n' en est pas moins en phase de décrue lente, mais certaine; c' est ce qui résulte des observations faites cette année par M. Jacot-Guillarmot, ingénieur du Bureau topographique. Les glaciers de Valsorey et de Tzeudet descendent tous deux du Mont Vélan et sont séparés par le Mont de la Gouille, au pied duquel se trouve la „ Gouille de Valsorey " en amont du point où les deux glaciers se réunissent de nouveau. Or en 1859, lors du levé de la feuille correspondante de l' Atlas Siegfried, l' importance de la Gouille doit avoir été beaucoup plus grande qu' aujourd; la revision de la carte au vingt-cinq millièmes de la région, exécutée en 1901, par M. Jacot-Guillarmot, fait bien ressortir sa diminution et permet en outre d' évaluer à 420 mètres le recul total de l' extrémité de ces glaciers, durant cette période de 1859-1901. Pour peu que cette décrue persiste, les deux glaciers ne se ressouderont plus au pied du Mont de la Gouille et la „ Gouille " même disparaîtra par conséquent.

Le recul considérable du glacier de Durand ( Zinal ) ne semble pas être encore prêt de s' arrêter, car M. Lorétan, inspecteur forestier, signale un affaissement considérable de ce glacier, 15 mètres environ. Celui du Grand Désert, se serait de même abaissé de 4 mètres environ, tandis que sur celui de Montfort, toujours stationnaire, le même observateur mentionne un gonflement de 4 mètres vers le milieu du glacier.

La décrue du glacier de Ferpècle ne semble pas devoir cesser bientôt, car on signale une diminution considérable des grands névés qui l' alimentent.

Le glacier de Gasenried qui présente une décrue en longueur de un mètre seulement, a en revanche diminué considérablement en épaisseur.

Une nouvelle qui a fait le tour de la presse cet été, montrait le glacier d' Allalin, comme étant depuis 1898 dans une nouvelle phase de crue qui préoccupait vivement toute la population de la vallée de Saas, menacée d' une répétition des catastrophes de 1663, 1680 et 1772. Cette nouvelle est pour le moins prématurée. Il résulte en effet des observations très précises de M. Delacoste, inspecteur forestier, que, s' il y a eu une petite phase de crue de 1892-1897, il y a eu en revanche décrue de 1897-1901. Aujourd'hui l' extrémité du glacier est à peu près au même point qn' en 1897; elle est plus éloignée qu' il y a quelques années, de l' autre flanc de la vallée. Il n' y a donc pas de péril immédiat, d' autant plus que rien ne permet de prévoir la reprise à brève échéance d' une nouvelle phase de crue un peu prolongée.

Le petit lac glaciaire de Märjelen, au bord du glacier de l' Aletsch, s' est vidé complètement le 1er septembre de cette année; ce phénomène se reproduit à intervalles irréguliers. ( Voir le neuvième rapport, Annuaire de 1889. ) D' un article de M. Henry Correvon, paru dans la „ Gazette de Lausanne " du 31 juillet, nous extrayons les lignes suivantes qui illustrent les variations du glacier d' Aletsch: „ ...Nous venons de découvrir sur les confins du glacier d' Aletsch et sur les deux rives de ce glacier, dans sa partie terminale à peu près, les vestiges d' une belle forêt de mélèzes... Des deux côtés du glacier, mais plus spécialement sur sa rive droite, car sur la gauche le rocher a été nettoyé par la glace et il ne reste guère que des vestiges de troncs, on voit couchés dans le sens du glacier, les racines en haut et les têtes en bas, un certain nombre de troncs de mélèzes pelés, râpés, mais d' ailleurs parfaitement conservés... Nous avons donc là les preuves incontestables qu' autrefois, dans une époque où le glacier d' Aletsch était fort reculé, une forêt de mélèzes existait dans le vaste bassin et sur les pentes qui le dominent, c'est-à-dire à 2000 mètres d' altitude En revanche, les gens de Belalp se souviennent fort bien que vers 1854-1855, les deux glaciers d' Ober et Unteraletsch se réunissaient en une superbe conjonction au-dessous de l' esplanade où se trouve l' hôtel. Or maintenant, ils sont à deux heures de marche 1 ) l' un de l' autre... Puisse ce nouveau recul être favorable à une nouvelle extension des forêts!

M. Held, chef du Bureau topographique, a bien voulu nous communiquer quelques renseignements intéressants sur le glacier du Rhône. Cette année encore, ce glacier est dans une phase de décrue accentuée; l' extrémité de la langue s' est retirée de 15.5 mètres en moyenne, le recul maximal a été de 25 mètres en un point. L' avalanche de glace qui recouvrait depuis le mois d' août 1900 le flanc droit de la langue du glacier, a aujourd'hui presque complètement disparu; elle n' a point empêché — comme on aurait pû pourtant le supposer — la décrue du glacier.

L' échancrure formée par l' avalanche de l' année dernière, dans le parois de la cataracte, se referme peu à peu et sera bientôt recouverte par la glace; en août 1901, elle n' avait plus que 50 mètres de large sur 110 mètres de long.

; ' ) Peut-être ce chiffre est-il un peu exagéré; en 1881, la langue terminale du glacier de Jägi était à 350 mètres du bord du glacier d' Aletsch. ( Atlas Siegfried, feuille 403.F.A. F.

F.A. Farei, M. Lugeon et E. Muret.

Les profils en travers pris sur le névé et le glacier témoignent d' un affaissement plus considérable que tous ceux observés jusqu' ici.

Dans le tableau donné plus haut, nous avons fait suivre d' un point d' interrogation la crue de 7 mètres indiquée pour le glacier de Kaltwasser; cette crue n' est en effet qu' apparente et provient d' une avalanche recouvrant l' extrémité du glacier. Cette extrémité s' étant fortement amincie, il y a en réalité, diminution certaine.

Pour le glacier de Rossboden, les mesures sont plus incertaines encore; ensuite de l' avalanche du 19 mars 1901, la partie moyenne du glacier a très probablement augmenté d' épaisseur. Au reste, cette avalanche constitue un événement glaciaire assez important pour que nous en donnions un récit détaillé:

Le 19 mars 1901, à 5 h. 45 du matin, pendant une tempête, une masse considérable de roches et de glaces s' est détachée du sommet du Fletschhorn près du point coté 3788 mètres de la carte Siegfried; elle est tombée sur le glacier de Rossboden qu' elle a balayé en emportant les neiges de l' hiver, les séracs, aiguilles et pyramides en saillie, les moraines et les blocs dispersés sur le glacier; elle a ravagé toute la partie inférieure du joli vallon du Sengbach, et est venue se déposer sur les forêts et les pâturages du Sengbach et du Krummbach jusque près du village de Simplon. La hauteur totale de chute a été de 2300 mètres; le volume du conglomérat de pierres, glaces et neiges de 2½ à 3 millions de mètres cubes s' est déposé sur une étendue de 70 hectares environ; la superficie ravagée a plus de 3 kilomètres carrés; la longueur de l' éboule mesure près de 7 kilomètres. Il y a eu deux victimes humaines, 13 pièces de gros bétail, 40 pièces de petit bétail, 300 à 400 quintaux de foin, 28 maisons, granges et mazots écrasés sous l' avalanche; plus de 200,000 francs de dégâts 1 ).

La catastrophe a-t-elle eu pour cause originelle un éboulement des rochers ayant entraîné le glacier qu' ils portaient ou bien une avalanche du glacier ayant entraîné les rochers qui le soutenaient? Est-ce un éboulement de rochers ou une avalanche de glacier? La question est difficile et non encore définitivement résolue; cependant, d' accord avec la plupart des géologues qui ont visité les lieux, nous sommes plutôt disposés à admettre la première alternative, l' éboulement de rochers. Un des arguments les plus démonstratifs en faveur de cette hypothèse, c' est l' absence de précédents connus de cette catastrophe.

En effet ce qui caractérise les catastrophes glaciaires, c' est leur répétition périodique. Causée par un état particulier du glacier, le plus souvent par un état de développement maximal, la catastrophe se reproduit chaque fois que le glacier, dans les phases de ses variations, revient à cet état. Cela n' a pas lieu pour les éboulements de rochers qui, une fois descendus dans la plaine, ne remontent pas à leur place primitive pour s' écrouler de nouveau. On n' a pas su retrouver dans l' histoire ancienne de la vallée, d' événement semblable à celui de l' an 1901, donc celui-ci n' a probablement pas une origine glaciaire.

Les recherches historiques provoquées par la catastrophe du Rossboden ont ramené le souvenir d' anciennes avalanches glaciaires dans le vallon de Guggenen, affluent du Krummbach du Simplon. C' est le glacier de Hohmatten, qui descend du Breithorn du Monte Leone, qui en 1597 et 1843 s' est éboulé sur le vallon. La catastrophe du 31 août 1597 a été terrible: 81 habitants du village d' An der Eggen, leur bétail, leurs biens ont été écrasés. Le village était situé au lieu dit Gletschera près du Ztrinisboden; après la destruction du village, les survivants l' ont rebâti à un demi-kilomètre plus bas, sur la rive gauche du Krummbach, au point où il a presque été atteint cette année par l' éboulement du Fletsch-horn2 ). L' avalanche glaciaire de Hohmatten en août 1843 a été parfaitement innocente.

B. Alpes vaudoises.

Glacier.

Vallée.

Valeur de la variation.

1900. 1901. i Modification totale dans le sens de la longueur dès 1894.

Sens de la variation actuelle.

m m m Paneyrossaz Bex — 4 — 1 — 19 décrue Martinets "

0 — 1.2 — 6 décrue Glacier. Territoire.

Valeur de variation 1900.

la 1901.

Modification totale dans le sens de la longueur dès 1894.

Sens de la variation actuelle.

m m m Grand Plan-Névé2 — 2 — 40 décrue Petit0 — 23 décrue Le Dard Ormont-dessus — 10

+

5

décrueScex Rouge13

+

13

décruePrapioz5 08 ) décrueLe chiffre indiquant la modification totale de longueur des trois derniers glaciers est certainement douteux parce que ces glaciers ne sont en observation que depuis 1899 et en outre parce que les changements d' allures signalés sur eux ne sont probablement qu' apparents.

Pour les cinq premiers glaciers, la faible intensité de leurs variations constitue un phénomène intéressant; tout ce groupe est en réalité, absolument stationnaire. Il en est très probablement de même pour les trois glaciers des Ormonts. Les changements du front du glacier sont considérés par l' inspecteur forestier, M. Golay, comme de simples modifications de forme et on ne saurait guère comment expliquer différemment leurs brusques sautes d' allure, tantôt dans un sens, tantôt dans un autre.

II. Bassin de l' Aar.

Glacier.

Vallee.

Valeur de Variation; Modification totale dans le Sens de la variation 1900.

1901 sens de la Ion-m gueur des 1895.

actuelle.

m m m Stein Gadmen

— 3.5 — 26 décrueünteraar Aar — 25 — 7.8 —119 décrue Rosenlaui Reichenbach — 4038 décrue Ob. Grindelwald Lütschine

+ 12

— 6.2 + 39 décrueünt. Grindelwald n — 86109 décrue Eiger n 0 0 — 27 décrue Tschin gel n — 1 — 3.5 — 54 décrue Garriscili Kienthal — 1.6 — 11.5 — 32 décrue Blümlisalp Kander — 4 — 3.5 — 30 décrue Kander — 16 — 13 — 37décrue Wildhorn Iffigen — 13 — 3.5 — 87 décrue Gelten Lauenen — 42 — 6 — 42 décrue Dans ce groupe, la décrue est en progrès manifeste; jusqu' ici nous avions chaque année un glacier ou un autre, en état de crue — du moins accidentelle. Cette année, le recul est général.

Les variations périodiques des glaciers des Alpes.

La décrue du Rosenlaui et de Grindelwald inférieur, n' a pu être mesurée exactement; les langues de ces deux glaciers se sont retirées dans des endroits inaccessibles, où on ne peut prendre de mesures sans instruments spéciaux.

Le glacier inférieur de Grindelwald est en particulier en phase de décrue accentuée; son extrémité est suspendue aux parois de la gorge de la Lütschine, alors qu' en automne 1900 une masse encore considérable s' écoulait dans la gorge même. Si ce recul persiste, M. Marti, inspecteur forestier, pense pouvoir reprendre des mesures l' année prochaine à partir de la terrasse supérieure.

Le glacier supérieur au contraire, est à peu près stationnaire. Sur ses deux flancs l' extrémité occupe à peu près le même point qu' en 1895, tandis que l' échancrure existant à la porte du glacier et le lac formé en 1897, se sont tous deux passablement agrandis.

Le glacier de VEiger est stationnaire depuis deux ans; d' après M. Marti, il est le plus constant de l' Oberland.

L' extrémité inférieure du glacier de Tschingel est à 2400 mètres environ; cette haute altitude oblige à y faire les observations un peu plus tôt que pour les autres glaciers. Le Tschingel peut être considéré comme stationnaire; les petites différences signalées n' ayant guère d' importance.

M. Eisold signale des dépôts considérables de débris de rochers sur le glacier de Gamschi; la masse de ces débris va, paraît-il, toujours en augmentant. Ce fait est peut-être en corrélation avec une diminution de l' enneigement de cette région.

Enfin M. Christen note un amincissement progressif du glacier du Wildhorn, qui se rétrécit toujours plus et n' a guère que 30-50 mètres d' épaisseur sur les bords.

III. Bassin de la Reuss.

A. Canton d' Uri.

Valeur de la variation. 1900. 1901.

Modification totale dans le sens de la lon-lueur dès 1895.

Sens de la variation actuelle.

Glacier.

Territoire.

m m m Kartigel Wassen4 — 6.8 —40 décrue Kehlefirn Göschenen — 28 — 72 décrue Wallenbühl — 19 — 19 — 96 décrue Erstfeld "

— 5 — 3.7 — 47 décrue Hüfi Silenen — 13 — 59 — 82 décrue Brunni "

— 6.5 — 23.4: —85 décrue B. Canton d' Obwalden.

Griessen Engelberg

— 27 - 51 décrue F.A. Forél, M. Lugeon et E. Muret.

Des chutes hâtives de neige n' ont pas permis cette année de mesurer les glaciers de Grassen et du Firnälpeli.

M. le professeur J. Piccard, de Bâle, nous signale une observation de G. Hofmann qui avait reconnu en 1842, un allongement du glacier de Hüfi de 20 pieds, depuis l' année précédente. Le glacier était donc alors en crue manifeste 1 ).

IV. Bassin de la Linth.

Les glaciers de Eiferten et des Clarides n' avaient pas été mesurés depuis l' automne de 1898. On a pu constater cette année que la décrue du Biferten avait persisté et que le recul total durant ces trois ans, était de 13 mètres. Le glacier des Clarides, qui en 1898 s' était mis accidentellement en crue, a recommancé à décroître; le recul total durant ces trois dernières années a atteint 36 mètres en moyenne; sur un point même, il s' est élevé à 61 mètres.

V. Bassin du Rhin.

A. Canton des Grisons.

Valeur de la variation.

Modification totale dans le sens de la longueur dès 1897.

Sens de la variation actuelle.

Glacier.

Territoire.

1900.

1901.

m m m Piz d' Err Tinzen -1,5 — 0.5 — 19 décrue Zapport Hinterrhein — 13 — 8 — 21 décrue Paradies "

—11 0 — 19 décrue Tambo Medels — 9 — 4 — 17 décrue Segnes Flims — 12 — 11 — 84 décrue Lenta Vais — 10 — 19 — 58 décrue Puntaiglas Truns — 4 — 3 — 38 décrue Lavaz Somvix — 11 — 15

décrue Porchabella Bergün — 11 — 4 — 41 décrue Jöri Klosters — 10 — 10

décrue Scaletta Davos — 8 — 7

décrue Schwarzhorn "

— 10 — 5

décrue B. Canton de St-Gall.

Pizol Pfäffers — 1.2 - 0.9

décrue Sardona "

— 2.8 — 0.8

décrue Lors des observations faites cette année, la langue du glacier du Paradies était encore recouverte par une avalanche, en sorte qu' on n' a G. H., Wanderungen in der Gletscherwelt, p. 115, Zürich, 1843.

pu prendre des mesures que sur un point — resté stationnaire. Il est probable que toute l' extrémité est restée sans changement.

Mais ce glacier est depuis longtemps dans une phase de décrue et nous devons à ce sujet des renseignements fort intéressants à M. le Dr Coaz, inspecteur en chef des forêts.

Dans un petit ouvrage, publié en 1869 à Leipzig, relatif aux inondations qui ont ravagé les Grisons et spécialement le bassin du Rhin en septembre et octobre 1868, M. Coaz raconte comment le bruit public attribuait ces désastres à une fonte subite et anormale des glaciers et n' a pas de peine à démontrer la fausseté de cette hypothèse. Pour pouvoir cependant constater de visu l' effet produit sur les glaciers par les pluies torrentielles qui tombaient à cette époque, M. Coaz entreprit alors une tournée de glaciers et arriva au glacier de Rheinwald ( Paradiesmalheureusement la neige fraîche le recouvrait, en sorte qu' il lui fût impossible de relever des profils en travers et de les répérer sur les parois de rochers, ainsi qu' il en avait eu l' intention. Il fit en revanche tailler deux croix sur une tête rocheuse à gauche de la source du Rhin; elles indiquaient le point où le torrent sortait du glacier.

M. Schwegler, inspecteur forestier, ayant appris à Rheinwald qu' un guide nommé Simmen, se rappelait encore l' existence de ce repère, le prit avec lui le 19 septembre 1901 pour aller jusqu' au glacier, voir si on retrouverait ces croix. Après avoir beaucoup cherché, ils eurent la bonne chance de les découvrir à 232 mètres en aval de la ligne de base actuelle, ce qui donne pour cette période de 33 ans, un recul total de 240 mètres, soit 7 mètres par an.

Il faut ajouter en outre, qu' en 1868 le glacier était déjà depuis quelques années au moins en décrue, ainsi qu' il résulte des observations faites par M. Coaz et son guide, lors de leur visite sur les lieux.

M. le capitaine Ant. Brun à Flims a mesuré la décrue persistante du Vorabgletscher, Bündnerfirn, et a trouvé, de 1900 à 1901, un raccourcissement de 6 mètres. Cela donne depuis 1887 une décrue totale de 64 à 125 mètres suivant les repères ( voir nos rapports XIX et XXI ).

VI. Bassin de l' Inn.

Glacier.

Territoire.

Valeur de la variation.

Modification totale dans le sens de la longueur dès 1895.

Sens de la variation actuelle.

1900. 1901.

m m m Rosegg Samaden — 15 -12 — 58 décrue Morteratsch Pontresina — 5 - 9 — 73 décrue Picuogl Bevers — 16 - 7 — 75 décrue Lischanna Schuls — 12 - 11 — 27 décrue VII. Bassin de l' Adda.

Glacier.

Territoire.

Valeur de la variation. 1900. 1901.

Modification totale dans le sens de la longueur dès 1895.

Sens de la variation actuelle.

m m m Forno Stampa — 13 — 6 — 75 décrue Palü Poschiavo — 2.5 — 8 — 45 décrue VIII. Bassin du Tessin.

A. Canton du Tessin.

Glacier.

Territoire.

-,r, j, Modification Valeur de la totale' dans le Sens de la variation actuelle.

m m m Lucendro Airolo35 — 38 décrue Basodino Bignasco — 78 — 2.5 — 105 décrue Cavagnoli "

— 13 — 7 — 49 décrue Sassonero Peccia — 17 - 1.5 — 20 décrue B. Canton des Grisons.

Muccia Misox

?

décrueStabio Calanca?

— 298?

décrueLe mauvais temps a empêché de prendre des mesures exactes sur le glacier de Muccia, qui de bonne heure déjà, était recouvert de neige fraîche.

En ce qui concerne le glacier de Stabio, sa décrue extraordinaire s' ex par le peu d' épaisseur et l' étroitesse du glacier à son extrémité inférieure.

Résumé.

Nombre de qlaciers.

Bassin Panimi En crue vamon certaine probable En c probable' scrue certaine Observés en Non observés 1901 Total en observation Rhône Valais 1 — 6 25 32 3 35 Vaud 3 4 7 — 7 Aar Berne2 10 12 — 12 Reuss UriObwalden6 1 6 1 2 6 3 Linth Glaris2 2 — 2 Rhin GrisonsSt-Ga1113 2 13 2 — 13 2 Inn Grisons4 4 — 4 Adda "

— 2 2 — 2 Tessin TessinGrisons2 4 4 2 3 7 2 1 13 73 87 8 95 Cette année et depuis deux ans déjà, nous n' avons qu' un seul glacier en crue certaine: celui de Boveyre. Nous savons du reste, d' après les observations citées, à quoi nous en tenir à son sujet; il ne s' agit là probablement que d' un phénomène individuel, accidentel, dont nous pouvons prévoir la fin d' ici à peu de temps et qui n' a rien à faire avec les allures générales des variations périodiques.

Nous n' avons point cette année de glaciers en crue probable et nous avons compté dans la rubrique „ décrue probable " tous ceux au sujet desquels on pouvait être en doute, quant au sens de la variation actuelle. La généralité de la phase de décrue nous engageait déjà à procéder ainsi; cette classification est légitimée aussi par les remarques des observateurs, qui considèrent presque tous ces changements d' allures comme étant des changements de forme et qui signalent en outre partout des diminutions quant à la largeur et à l' épaisseur des glaciers.

L' importance progressive de la décrue des glaciers des Alpes Suissse est bien mise en évidence par le tableau ci-dessous:

Nombre de glaciers en crue Nombre de glaciers en décrue JL717166 certaine probable total certaine probable total 1897 4 8 12 36 10 46 1898 5 7 12 45 7 52 1899 1 9 10 44 19 63 1900 1 6 7 61 14 75 1901 1 0 1 73 13 85 Le nombre de glaciers observés n' étant pas identique chaque année, il peut être intéressant d' établir la proportion de glaciers en phase de crue. Nous arrivons alors au tableau suivant:

innée.

Glaciers observés.

Glaciers en crue.

Nombre.

Nombre total.

Proportion en des glaciert observés.

1892 18 9 50 1893 28 11 40 1894 48 11 23 1895 60 11 18 1896 41 7 17 1897 62 12 19 1898 65 12 18 1899 71 10 14 1900 78 7 9 1901 87 1 1 En 1892, le 50 % des glaciers mesurés était encore en phase de crue; dix ans après, le 1 % seulement.

Nous voyons en outre, sur ce tableau, que le nombre des glaciers régulièrement observés, va chaque année en augmentant. En 1896 seulement, il y a eu diminution accidentelle provenant de chutes de neige abondantes et précoces, qui ont empêché les mesures. La hauteur de neige tombée cette année là en montagne, semble avoir été particulièrement abondante dans la Suisse centrale et il en est résulté une augmentation dans la proportion des glaciers en crue, augmentation qui a persisté pendant deux ans et qui est due certainement beaucoup moins à une augmentation de l' alimentation qu' à une diminution de l' ablation; celle-ci s' est fait surtout aux dépens de la couche de neige recouvrant le glacier au lieu de se faire au détriment du corps même du glacier.

Nous avons donné pour chaque glacier la somme des modifications de longueur survenues depuis le commencement des observations régulières, soit depuis 5-10 ans suivant les glaciers. Nous ne pouvons tirer de ces chiffres des conclusions immédiates, mais ils nous permettent de voir combien l' intensité des variations diffère pour chaque glacier; ils nous permettent aussi de nous rendre compte, en quelque mesure, des modifications que doit entraîner peu à peu dans la topographie et dans le régime des eaux de nos Alpes, la persistance d' un phénomène de cet ordre.

E. M. et F.A. F.

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