Les variations périodiques des glaciers des Alpes

Remarque : Cet article est disponible dans une langue uniquement. Auparavant, les bulletins annuels n'étaient pas traduits.

Professeur Dr. F.A. Forel de Morges

Les variations périodiques des glaciers des Alpes Par le ( Section des Diablerets ). Sixième rapport. 1885.XXII. De l' enneigement des Alpes.

Jusqu' à peu d' années en arrière, l'on ne s' occupait guère, dans l' étude des variations périodiques des glaciers, que des modifications dans la longueur. Dès notre premier rapport sur ce sujet, nous avons montré que les autres dimensions des glaciers, la largeur et l' épaisseur, varient dans le même sens que la longueur, et dans nos rapports successifs nous avons constaté fréquemment qu' une augmentation évidente de l' épais du glacier, dans ses parties supérieures, précède de quelques années l' accroissement de longueur. A mesure aussi que nos études se développent, il est un nouveau point de vue qui surgit, et dont les relations avec les variations des glaciers deviennent de plus en plus apparentes: c' est l' état des neiges sur les hautes montagnes, ce que nous désignerons par le terme à' enneigement.

Pendant la grande période de retraite des glaciers, les alpinistes ont souvent signalé une disparition manifeste des névés, des flaques de neige sur les hautes cimes. L' épaisseur de la neige, la largeur des névés, leur importance, allaient en diminuant; tel passage autrefois facile, où la neige permettait jadis une marche rapide, était devenu pénible par la mise à nu des rochers; les conditions de certaines courses ou ascensions avaient notablement changé, dans un sens favorable ou dans un sens défavorable, par la disparition plus ou moins complète des neiges. Je citerai comme exemple les relations de Heim sur les glaciers du Tödi ( IIe rapport ), de Fr. Becker sur les glaciers du groupe de la Blümlisalp ( Ve rapport ), de A. Degrange-Touzin sur les glaciers des Pyrénées ( IVe rapport ), etc. En même temps que les glaciers étaient en diminution et dans les régions où ils étaient en diminution, les neiges et névés subissaient la même réduction. Il y avait dans ces montagnes enneigement régressif.

En opposition à cela, dans les dernières années, on a signalé de divers côtés un accroissement des neiges qui paraît coïncider avec le commencement d' une nouvelle période d' allongement des glaciers. Baumgartner dans la région du Dossenhorn ( Ve rapport ), Wagnon dans la région des Tours Sallières et du Ruan ( IVe rapport ), etc.

donnent dans leurs notes des indications de l' élargisse des taches de neige, de l' augmentation des névés, de l' accroissement d' épaisseur des coupoles qui recouvrent les cimes. Il semble que dans certaines régions des Alpes il y ait actuellement enneigement progressif, et en même temps il paraît que ces régions sont les mêmes que celles où l' accroissement des glaciers commence à se dessiner. Je n' ai vu aucune description de cet envahissement des neiges dans les Alpes orientales, où les glaciers sont encore stationnaires.x ) Cette coïncidence est intéressante et mérite d' être observée et contrôlée. Si mes remarques sont justes, une période d' accroissement des glaciers coïnciderait avec une augmentation générale de la calotte neigeuse qui revêt les sommets et les hautes croupes des montagnes, à un enneigement général et progressif des Alpes; une période de diminution des glaciers coïn-ciderait avec un enneigement régressif.

Il est inutile d' insister sur l' intérêt évident qu' une telle constatation aurait pour la théorie des variations périodiques des glaciers: je n' ai qu' à signaler le fait en le recommandant à l' observation des alpinistes; tous les faits qui confirmeront, compléteront ou corri- geront cet essai de généralisation seront utiles et précieux, et je sollicite des alpinistes leur concours pour ce côté spécial de nos recherches.

Etant donnée, d' autre part, l' importance capitale de l' état des neiges, qui augmente ou diminue les difficultés des grandes ascensions, j' ose espérer que les membres du C.A.S. voudront bien diriger leur attention sur ce point, et me communiquer leurs observations sur l' enneigement progressif ou régressif des groupes de montagnes, qu' ils ont visitées à quelques années d' intervalle.

XXIII. La température dans ses rapports avec les variations des glaciers.

J' emploie ici le mot température dans son ancienne acception, qui le fait synonyme d' état météorologique, et en fait la traduction de Witterung des Allemands et de Weather des Anglais.

Le Dr C. Lang de Municha repris, sur de nouveaux matériaux et d' une manière plus complète, une étude que j' avais commencée dans mon Essai sur les variations des glaciers, en me basant sur les observations de Genève.2 ) Il s' agit de trouver les relations qui peuvent exister entre les variations périodiques des glaciers, et les variations à longue périodicité des chutes de pluie et de la chaleur de l' air. M. Lang a réuni les plus longes séries d' observations faites dans les villes qui entourent la chaîne des Alpes, et, les comparant entr' elles, il a reconnu que les variations de la quantité d' eau tombée pendant l' année et celles de la chaleur de l' air, soit de l' été soit de l' année entière, marchent assez parallèlement dans ces diverses stations pour que l'on puisse en conclure à des variations générales de la température de toute la région des Alpes. Il a reconnu ensuite, comme moi, que soit les chutes de pluie, soit la chaleur de l' air subissent des variations prolongées et de périodicité irrégulière, qu' on peut mettre en regard des variations glaciaires.

Vu le grand intérêt de ces études pour la question traitée dans mes rapports, je résumerai les conclusions de Lang, en renvoyant pour plus de détails au mémoire original.

Pour ce qui regarde les chutes de pluie, il a constaté les variations suivantes que je caractériserai en indiquant les époques des maximums et des minimums :Maximum Minimum Maximum Minimum Maximum Prague et Vienne1817182218471879 Reichenhall. .18451857 Munich.. .1807185018721880 Peissenberg. .181.118251840Stuttgart ...184818621882 Maximum Minimum Maximum Minimum Maximum Genève] ). .1833 1842 1869 1879 Milan... 1814 1827 1848 1870 1882 Chioggia.. 18091876 Moyennes2 ).. 1811 1826 1846 1866 1880 Un tableau analogue donne les variations de la chaleur de l' air, dans les moyennes annuelles:

Maximum Minimum Maximum Minimum Maximum Kegensburg1806181718301840 Munich .18321840 1863 Peissenberg1805181518311837 Stuttgart .18311840 1865 Milan. .1805181518311840 — Moyennes. 1805 1816 1831 1839 1864 Enfin un troisième tableau donne les variation* de la chaleur de l' air dans les trois mois d' été.

Maximum Minimum Maximum Minimum Maximmi> Munich. .1830 — 1873- Genève. .1843 1867 Milan.. 1803 1817 1828 1840 Moyennes. 1803 1817 1829 1841 1870 En regard de ces variations de la température,.

Lang place les variations des glaciers qu' il admet,.

d' après Heim, comme pouvant se généraliser comme suit: Augmentation des glaciers 1811—1822 Diminution1822—1840 Augmentation ,,1840—1855 Diminution1855—1880Je donne ici les dates de Genève calculées comme celles de M. Lang d' après les moyennes quinquennales.

2 ) Dans cette ligne je donne la date moyenne des chiffres du tableau ci-dessus.

En résumé de son travail M. Lang arrive aux conclusions suivantes, que je traduis textuellement:

1° Les moyennes annuelles des chutes d' eau réunies en périodes prolongées montrent au nord et au sud des Alpes une marche parallèle; d' où l'on peut conclure avec probabilité à une marche analogue dans Ja région des Alpes située entre ces stations.

2° Les variations des chutes d' eau montrent un parallélisme complet avec les variations des glaciers. Une période riche en pluie est suivie d' un accroissement des glaciers; une période pauvre en pluie est suivie d' une diminution des glaciers.

3° Le temps qui s' écoule entre le maximum des pluies et celui des glaciers est plus considérable que « elui qui sépare les minimums de pluie et les minimums des glaciers.

4° Du fait que les variations des glaciers montreraient un parallélisme avec les variations des taches solaires J ) ( Fritz ), il résulterait que les variations de la pluie correspondraient aussi à la périodicité des taches solaires, les maximums des deux périodes étant simultanés.

5° Les périodes de, faible chaleur de l' atmosphère ( moyenne annuelle ) sont suivies de périodes d' augmen Les variations périodiques des glaciers des Alpes. 36& tation des glaciers; les périodes de forte chaleur précèdent les périodes de diminution des glaciers.

6° Les mêmes relations se reconnaissent, mais d' une manière moins précise, quand, au lieu de la chaleur moyenne de l' année, l'on ne fait entrer en compte que la chaleur des mois d' été.

7° La périodicité de la chaleur a moins d' influence sur les variations glaciaires que la périodicité des pluies.

Ces conclusions de Lang se basent essentiellement sur les rapports de simultanéité ou de succession entre-les variations de la température et celles des glaciers; la détermination exacte des époques des variations glaciaires est donc d' importance capitale dans une étude de ce genre. Y a-t-il moyen de trouver, dans les dates recueillies par nos six premiers rapports, les éléments d' une telle détermination? Ce travail est difficile, et sauf certaines périodes n' arrive qu' à des résultats incertains.

En effet, les allures des glaciers ne sont ni simultanées, ni parallèles; il y a très rarement unanimité dans le sens de la variation; le plus souvent dans la même chaîne, dans le même groupe de montagnes, quelques glaciers s' accroissent pendant que d' autres diminuent. Suivant que l' observateur aura étudié telle ou telle vallée, son jugement sur l' état de la période sera fort différent. C' est ainsi qu' actuellement la plupart des glaciers du Mont-Blanc et quelques-uns de ceux du Valais et de l' Oberland bernois sont en accroissement, tandis que ceux des Alpes de Glaris, la plupart des glaciers des Grisons, et tous ceux des- Alpes autrichiennes sont en diminution. 11 y a eu dans notre siècle deux périodes de variation bien marquée et plus ou moins unanime: la période de croissance de 1815 à 1818, dans laquelle tous les glaciers connus, à l' exception du Leiterkeesmassif du Glockner ), étaient en allongement et atteignaient leurs dimensions maximales; et la grande période de retraite de 1850 à 1880, dans laquelle tous les glaciers des Alpes se sont mis en diminution les uns après les autres, tellement que de 1871 à 1875 on ne connaît pas un seul glacier qui fût alors en allongement; cette période est actuellement en train d' être remplacée par une période d' accroissement, car depuis 1875 nous avons noté une quarantaine de glaciers qui les uns après les autres ont recommencé à s' agrandir.

Mais dans ce grand espace de temps qui sépare 1820 de 1860 ou 1870, quelles ont été les allures des glaciers V C' est fort difficile à dire.

Voici comment j' essaierai d' apporter un peu plus de précision dans cette étude:

J' ai recueilli dans mes rapports successifs des données plus ou moins exactes sur les variations d' une centaine de glaciers. Je supposerai ces données justes et j' établirai en tableau la proportion relative des glaciers en voie d' allongement et en voie de retraite. Ce tableau est très loin d' offrir une certitude absolue; les observations sur lesquelles je me fonde sont très inégalement authentiques; puis elles se rapportent à un beaucoup trop petit nombre de glaciers. Je n' aiVe rapport.

pas compté moins de 780 glaciers énumérés dans le catalogue de Siegfried, pour le territoire de la Suisse seule, et ce nombre doit être au moins doublé pour l' ensemble des Alpes suisses, autrichiennes, italiennes et françaises. Notre statistique ne se rapporte donc qu' au Vis au plus des glaciers, par des données plus ou moins authentiques. Pour beaucoup de ces glaciers aussi, les notices que nous possédons ne se rapportent qu' à une faible partie du siècle actuel. Il nous manque presque entièrement les observations sur les premières années du siècle. Mais encore, tout en déplorant cette insuffisance des matériaux, cette série est ce que nous pouvons avoir de mieux dans l' étude de la question.

Voici les résultats numériques de ce tableau, établi de 5 en 5 ans, de 1800 à 1885, pour l' ensemble des Alpes. Dans la dernière colonne je donne la proportion centésimale des glaciers en voie d' allongement.

Glaciers en Glaciers en Epoque, accroissement.

diminution.

1800 7 1 1805 13 1 1810 15 1 1815 20 1 1820 14 9 1825 6 12 1830 5 13 1835 9 11 1840 13 U 1845 22 11 1850 25 19 Proportion centésimale des glaciers en allongement.

88 92 93 95 61 33 28 45 48 67 57 F.Â.

Forel.

Epoque.

Glaciers en accroissement.

Glaciers en diminution.

Proportion centésimale des glaciers en allongement.

1855 23 24 49 1860 10 47 18 1865 4 56 7 1870 2 66 3 1875 1 72 1 1880 19 57 25 1885 33 43 43 Je puis traduire ce tableau de trois manières: 1° Nous reconnaissons quatre périodes suivant que la majorité est acquise aux glaciers en accroissement ou aux glaciers en diminution: de 1800à 1820 prédominance des glaciers en allongement, de 1825 à 1840 prédominance des glaciers en diminution, de 1845 à 1850 prédominance des glaciers en accroissement, de 1855 à 1885 prédominance des glaciers en diminution. 2° Nous reconnaissons cinq périodes suivant que la proportion relative des glaciers en accroissement augmente ou diminue:

de 1800 à 1815 la proportion relative augmente, de 1815 à 1830diminue, de 1830 à 1845augmente, de 1845 à 1875diminue, de 1875 à 1885augmente.

3° Nous déterminons des époques de maximum ou de minimum dans la proportion relative des glaciers en voie d' accroissement:

1800époque de minimum par 88 °/o 1815 maximum „ 95 °/o 183Uminimum „ 28 °/o 1845,, „ maximum,, 67 °/o 1875 minimum „ 1 °,o 1885 maximum „ 43 °/o De ces trois interprétations, la seconde me paraît la meilleure, et, en la combinant avec la troisième, on a, à mon avis, l' expression la plus probable des variations glaciaires dans ce siècle. Je répète encore ici les réserves nécessaires, au sujet de l' insuffisance des documents, surtout dans le commencement du siècle.

Ces résultats diffèrent-ils notablement du tableau de Heim? En quoi diffèrent-ils? Je mettrai les deux tableaux en présence.

Variations glaciaires du XIXe siècle.

A. Heim.F.A. Forel.

Période d' accroissement 1811—1822 1800—1815 „ de diminution 1822—1840 1815—1830 „ d' accroissement 1840—1855 1830—1845 „ de diminution 1855—1880 1845—1875 „ d' accroissement1875Les allures générales de la périodicité, telles que je les trouve par ce procédé, sont donc les mêmes que celles de Heim. Nous trouvons le même .nombre de périodes. Mais les miennes sont en général notablement en avance sur celles de mon collègue de Zurich.rMon procédé de calcul, ne faisant intervenir que l' état des glaciers de 5 en 5 ans, déplace en les avançant les 24 Quel sera l' effet de ce déplacement des période » des glaciers dans la comparaison avec les périodes de la température? Sans pousser cette étude plus loin que la précision peu certaine des données ne le permet, je donnerai dans le graphique suivant les trois séries principales:

1° Les variations des glaciers telles que je viens de les établir.

2 " Les variations de la pluie d' après Lang en prenant, pour les époques de maximum et de minimum, les moyennes que j' ai indiquées ci-dessus.

3° Les variations de la chaleur de l' air ( moyenne annuelle ) d' après Lang.

époques des maximums et des minimums: ainsi la tin de la première période est probablement vers 1818 ou 1819 et non pas en 1815 comme le donnent mes chiffres. Cette incertitude de la méthode s' ajoute donc ici à l' incertitude de l' obser, qui arrive rarement à préciser à quelques années près la date exacte des commencements et fins de périodes. Toujours est-il qu' il est fort intéressant de constater la coïncidence suffisante du tableau de Heim, basé sur une impression générale, et du mien, fondé sur une statistique aussi précise que le permet la pauvreté des documents en notre possession.

L' étude de ce tableau confirme dans leurs grands traits les conclusions de M. Lang. Mais en me basant sur les réserves motivées que j' ai faites au sujet de l' incertitude des observations glaciaires, je demande la permission d' atténuer la précision de ces conclusions et je résumerai comme suit mes impressions à ce sujet:

1° Les principaux facteurs de la température, pluie et chaleur de l' air, sont soumis à des variations de longue périodicité dont les allures sont analogues à celles des variations glaciaires.

2° 11 paraît y avoir des relations entre les périodes d' accroissement des glaciers et les périodes à température pluvieuse et froide, entre les périodes de diminution des glaciers et les périodes à température sèche et chaude.

3° Les séries d' observations météorologiques semblent suffisantes pour faire connaître les variations générales de la température dans les Alpes.

4° Il y a insuffisance d' observations pour ce qui concerne l' étude des variations glaciaires. Les matériaux connus ne permettent que dans quelques cas, trop peu nombreux, de déterminer les périodes d' accroisse ou de diminution des glaciers. Il y a lieu de poursuivre, pendant longtemps encore et avec un redoublement d' attention, les recherches sur ce sujet.

XXIV. Les variations des glaciers des Alpes pendant l' année 1885 et les années précédentes.

1. BASSIN DU KHONE.

Vallée de Conches. D' après les études de M. L. Held, l' ingénieur du Bureau topographique fédéral chargé;de la mensuration du glacier du Rhône, celui-ci a continué à diminuer à son extrémité inférieure, et cela dans les proportions suivantes:

1882—83 11 400 m2 de diminution sur le front.

1883-84 13 8501884-85 5 675,,Depuis deux ans, M. Held a reconnu que sur un point le glacier gagne du terrain; c' est dans une vaste échancrure par laquelle sortait autrefois le torrent du Rhône, échancrure qui se comble successivement. Cette année, la superficie sur laquelle le glacier s' est ainsi avancé mesure 1650 m2. Au point du plus grand recul, M. Held a constaté 32™ de retraite; au point du plus grand allongement, 21 m d' avancement.

Dans notre rapport de l' année dernière, nous avions signalé une augmentation notable d' épaisseur, en 1882—83, sur sept des huit profils mesurés. En 1883—84 et 1884—85, cet épaississement n' a pas continué; au contraire, une diminution sensible est évidente.

Voici les chiffres de M. Held, indiquant la variation moyenne d' épaisseur des divers profils:

Profil.1882-83. 1883-84.1884-85. 1882-85.

m.in.m.m.

noir— 2,7 — 0,83,5 vert+0,7 —1,4 -3,5 —4,2 jaune+1,8 —0,6 —1,3 —0,1 rouge+ 2,4 — 0,4 — 1,8 + 0,2 inférieur, névé du Thäli +1,9 —0,9 —1,4 —0,4 „ grand névé. +3,0 —1,6 —1,1 +0,3 supérieur, névé du Thäli +2,0 —0,6 —1,2 +0,2 „ grand névé. +3,0 —2,0 —1,5 —0,5 D' après cela, l'on doit considérer le glacier du Rhône comme étant encore en diminution, mais comme approchant de l' état stationnaire; la période d' aug n' a pas encore commencé.

Vallée de Fiesch. Le glacier de Fiesch est en allongement ( A. de Torrente de Sionle minimum aurait donc eu lieu vers 1884.

Vallée de l' Avençon. Les trois glaciers de la vallée, Paneyrossaz, Plan-névé et les Martinets, sont encore en diminution en 1885 ( Ph. Marlettaz, guide aux Plans de Frenières ).

Vallée de Saas. Glacier d' Allalin. „ En août 1865, le glacier traversait la vallée et remontait de l' autre côté, de sorte que le chemin se trouvant absolument coupé, il fallait gravir le versant de la côte et redescendre sur le glacier pour poursuivre la route; ou côtoyait un lac que le glacier a formé en barrant la Viège et qui n' a d' écoulement que sous le glacier lui-même.

„ En septembre 1879, le lac était toujours barré; des glaçons même y flottaient; mais le canal d' écoule, passant sous le glacier, ressortait bientôt sur son flanc, et non sur son front; en outre, le sentier, qui s' élevait encore un peu, était apparent, et l'on n' était pas obligé de gravir sur la côte de la montagne. " ( Ch. Durier, de Paris, V. P. du C.A.F. ) Glaciers de Fee. Glacier supérieur en rapide allongement; glacier inférieur de même. En 1885, son front s' est allongé de 96 m depuis la marque faite en 1883 par M. V. Morax, de Morges ( Xavier et Emmanuel Imseng, guides, à Fee ).

M. Ch. Durier confirme le fait d' un raccourcissement considérable des glaciers de Fee de 1865 à 1879.

Glacier de Hochbalm. En allongement en 1885 ( X. et E. Imseng ).

Vallée de St-Nicolas. L' allongement du glacier du Gorner depuis 1883 est confirmé par MM. Alexandre Seiler de Zermatt et A. de Torrente. Celui-ci évalue cet allongement à 4-5 ra.

M. X. Imfeld, ingénieur, estime que depuis 3-4 ans le glacier n' a guère changé, tantôt avançant, tantôt reculant de quelques dix mètres. Ils serait dans l' état stationnaire ( communication de M. Alpli. Favre, de Genève ).

D' après le guide Mooser, de Zermatt, sur l' épaule du Cervin, le petit glacier très incliné qu' il fallait traverser pour faire l' ascension du côté de Zermatt, a complètement disparu ( communication de M. A. Barbey, de Lausanne ).

Vallée d' Hérens. Le glacier à' Arolla est actuellement en allongement ( Ant. de Torrente ).

„ La partie inférieure du glacier d' Arolla est entièrement recouverte de matériaux ( gneiss d' Arolla et porphyre ) venant du Mont-Colon; elle est en recul jusqu' à et y compris l' été de 1885. Mais le glacier, au lieu de se terminer en pente douce, au niveau du sol, comme autrefois, se termine par un dos d' une pente raide, dans lequel une voûte s' est creusée en août 1885. Cette augmentation d' épaisseur est très manifeste à la base de la chute des séracs du Vuibez. Les guides de Mauvoisin ont confirmé ce changement dans l' aspect du glacier. Sur le haut du glacier, nous avons trouvé des squelettes de génisses; autrefois les Italiens venaient chercher du bétail et le ramenaient en passant par le glacier, ce qui prouve qu' alors l' ex inférieure se terminait en pente douce du côté de la vallée. " ( Ad. Tschumi, de Genève. ) Le glacier de Pièce ou Torgnon reste stationnaire d' après M. A. de Torrente. D' après M. Tschumi, il avancerait; seulement cela est difficile à constater, en raison de la nature du sol formé par des rochers abrupts. Les preuves de l' accroissement de ce glacier sont: 1° On le voit aujourd'hui des chambres de l' hôtel du Mont-Colon, ce qui n' était pas le cas il y a quelques années. 2° Autrefois les guides, pour aller à la cime de l' Evêque, passaient par un sentier bien marqué sur la gauche du glacier; en revenant de l' Evêque, M. Tschumi tenta ce sentier; mais il y rencontra de grandes difficultés; tout était recouvert de glace et envahi par le glacier; plus bas seulement, il retrouva les traces bien marquées du chemin ( A. Tschumi ).

Le glacier de Zigiorenove est en accroissement rapide depuis 1879. MM. A. Kündig et A. Tschumi, de Genève, l' ont étudié avec soin en 1885, et ont établi des repères pour permettre une observation ultérieure ( s' adresser au guide Joseph Quinodoz, à l' hôtel du Mont-Colon ). D' après une mesure exacte, prise par M. Tschumi, de 1880 à 1885 le glacier s' est allongé de 323 m, soit de 64 m en moyenne par an. Le glacier montre des signes évidents de grande activité, moraines soulevées et repoussées, sol labouré comme avec un soc de charrue, etc.

Glaciers de la Roussette, des Ignes et des Aiguilles rouges; de ces trois glaciers, les deux premiers sont encore en diminution en 1885; le troisième, qui a formé une énorme moraine terminale, s' avance au-dessus de cette moraine, en refoulant les blocs qu' il a autrefois déposés. Ce glacier est donc en allongement ( A. Tsclmmi ).

Vallée d' Héremence. Le glacier de Seilon ou Durand est encore en diminution ( A. de Torrente ).

Vallée de Bagnes. Le glacier de Gétroz avance; les chutes de glace sont nombreuses; les paysans disent „ qu' on entend la canonnadeA. de Torrente ).

Val Ferret d' Orsières. Le glacier de Saleinaz s' est considérablement enfoncé; les cols sont, par suite de cela, relativement plus élevés, en particulier celui de Chardonney. Il doit en être de même des glaciers du Dolent et de la Neuvaz ( A. Barbey, de Lausanne ).

Glacier ä' Orny. Les blocs repérés par M. Barbey ont été refoulés par le glacier depuis juin 1884 au printemps de 1885, indiquant un allongement de 1,6 m. Le 13 juillet 1885, il y avait cependant un raccourcissement temporaire de 7 m, indiquant une fusion énorme pendant le commencement de l' été ( A. Barbey ).

Vallée du Trient. Le glacier du Trient augmente dans toutes ses dimensions; dans sa partie inférieure, son allongement depuis 1884 est de plus de 12 m ( J. Guex, de Vevey ). Dans la partie supérieure, il y a, au contraire, affaissement; le plateau supérieur forme une cuvette beaucoup plus profonde en 1885 que dans les années précédentes ( A. Barbey ).

878F.A. Ford.

Glacier des Grands. Il a avancé de 1884 à 1885 de 3 m environ sur son front; la moraine latérale s' est éboulée sur le glacier, sous la pression puissante de la masse on mouvement. L' épaisseur du glacier augmente aussi notablement ( F. Doge, de la Tour de Peilz ).

D' après M. A. Wagnon, de Morges, les neiges étaient encore abondantes à la fin de juillet dans la vallée de Salanfe et du côté du Col de Balme. Mais en août la fonte a été très active; les névés du Buet avaient énormément diminué; jamais M. Wagnon ne les a vus aussi réduits. De même sur le Fontanabran au-dessus d' Emaney.

Vallée de l' Arve ( notes de M. Venance Payot, de Chamonix ). Le glacier du Tour s' est considérablement allongé depuis 1884, au moins de 30 m; il augmente aussi en épaisseur.

Glacier à' Argentières. Allongement de 15 m, du 14 octobre 1884 au 18 octobre 1885.

Glacier des Bois. En diminution marquée dans sa partie inférieure; il augmente en revanche d' épaisseur dans la région supérieure, vers le Tacul.

Glacier des Bossons est en allongement: du 13 octobre 1884 au 26 mai 1885 + 37 m du 26 mai 1885 au 9 juin 1885 + 10du 9 juin 1885 au 24 octobre 1885 + 12,15 m.

Eu somme, du 8 octobre 1883 au 24 octobre 1885, 109 m d' allongement ( V. Payot ).

M. L. Soret, de Genève, estime à 150 m l' allonge depuis le commencement de la période actuelle d' accroissement, ( te Genève, XIV, 567. 1885.

Les variations périodiques des glaciers des Alpes. 37 !) Vallée de l' Isère. Le glacier de la Vanoise était en diminution de 1883 à 1885 ( Achille Humbert, de Genève ).

D' après M. Ch. Lory, de Grenoble, il y aurait un développement exceptionnel dans l' été de 1885 des glaciers et névés du massif du Mont- Cenis, et des Alpes entre la Maurienne et l' Italie, vers les sources de l' Arc.

II. BASSIN DE L' AAR.

Oberland bernois. D' après M. le pasteur Baumgartner, de Brienz, les neiges ont considérablement fondu dans l' été de 1885. Le glacier du Dossenhorn est très notablement affaissé, et le névé y a diminué. La plateforme sur laquelle était bâtie la Dossenhütte, avant son transfert de l' année dernière, était libre de neiges en août 1885. Les névés de la région sont moins élevés, et les glaciers beaucoup plus découverts et déchirés que les années précédentes.

Le Glacier bleu entre le Schwarzhorn et le Wildgerst, chaîne du Faulhorn, est tellement réduit qu' en 1885 M. Baumgartner put monter au Schwarzhorn sans mettre le pied sur la glace, tandis qu' en 1883 il avait en beaucoup de peine à traverser le névé glacé.

Les glaciers suspendus aux flancs du Wetterhorn et du Schreckhorn ont considérablement diminué.

D' après un rapport du guide Johann von Bergen, de Meiringen, dans une ascension de 1885 au Schreckhorn, il n' eut qu' une douzaine de marches à tailler dans la glace ( H. Baumgartner ).

Le glacier de Rosenlaui est en allongement rapide dans son extrémité inférieur ( Ve Rapport ). Une note de M. Ed. Gerwer, de Thoune, qui l' a étudié dans sa région moyenne, au pied du Dossenhorn nous apprend qu' il a constaté, en août 1885, un accroissement notable de l' épaisseur et de la largeur du glacier. Une moraine latérale de récente construction s' élève à 2 ou 3 mètres de hauteur.

Vallée de Gessenay. Glacier de Zanfleuron. D' a des repères de 1884, visités en 1885, le glacier est en recul; le raccourcissement est en moyenne de 12,1 m. Autrefois le glacier avait son principal écoulement dans la Sarine, dont il formait la source; actuellement les 1Jio de son eau se dirigent dans le petit lac à la cote del 270 m ( voir la carte au 1:50000 ) et de là dans la Morgc, du côté du Valais. C' est donc une déviation des eaux, au profit du Rhône et au détriment du Rhin, qui est occasionnée par la retraite extrême du glacier de Zanfleuron H. Pittier, de d' Oexj.

111. BASSIN DE LA REUSS.

Vallée de Maderan. D' après les mesures de M. Krayer-Ramsperger, de Bale, les variations suivantes ont été constatées:

Glacier de Brunni.

Rive gauche, raccourcissement — 10,5 Rive droite,8 Voûte du torrent, hauteur7.

Les variations périodiques des glaciers des Alpes. 381 Glacier de Hüfi.

Rive gauche, raccourcissement39 Rive droite,42 Voûte du torrent, hauteur15.

D' après M. A. Heim, de Zurich, le glacier de Hüfi est extrêmement déchiré et difficile à traverser, en raison de sa grande diminution d' épaisseur.

Massif du St-Gothard. Les névés sont réduits, jusqu' à être méconnaissables pour celui qui ne les a pas vus depuis 1882 ou 1883. On pouvait en 1885 monter au Pizzo Centrale sans mettre le pied sur la neige ( A. Heim ).

IV. BASSIN DE LA LINTH.

„ Le Biferten et le Sandgletscher sont encore en retraite à la fin de 1884. Le glacier de Biferten est fort déchiré et affaissé.

„ Les névés du Tœdi, des Clariden et du Scheerhorn sont plus petits que je ne les ai jamais vus; au lieu d' être recouverts d' une neige blanche et fraîche, ils sont salis et ont toute l' apparence de vieilles neiges. " ( A. Heim. ) V. BASSIN DU RHIN.

Vallée du Rhin postérieur. Le glacier de Gliems,. au sud du Tœdi, est fortement raccourci depuis 1881 ( A. Heim ).

VI. BASSIN DE L' INN.

M. le professeur Ed. Richter, de Salzbourg,a visité en 1883 les glaciers du massif de l' Oetzthal, et il en a étudié les variations en se basant sur les études antérieures des Schlagintweit ( 1847-48 ), de Sonklar ( 1856 ), et de la carte topographique ( 1870 ). Voici le résumé de ses observations:

Pitzthal. Mittelberggletscher. Il a reculé énormément:

de 1856 à 1870 162,5 m, soit par an 11,6 m de 1870 à 1883 717,5 m, soit par an 55,2 ™.

La retraite a commencé vers 1859.

La moraine latérale de droite, à 500 m au-dessus de l' extrémité du glacier, montre qu' en ce point le glacier a diminué d' environ 90 m d' épaisseur depuis la dernière période de maximum.

Glacier de Taschach. Le commencement de la période de retraite est peu certain; M. Richter le rapporte approximativement vers 1856.

De 1856 à 1878 raccourcissement 253 m, soit par an 16 ln; de 1878 à 1883 raccourcissement 137 m, soit par an 27,4 m; affaissement du glacier 50 à 60 m.

Glacier de Sechsegerten, en retraite en 1883 de 170 m sur la moraine frontale.

Oetzthal. Vernagt. La dernière période de maximum de ce glacier aux allures étranges date de 1848; à cette époque, il venait battre la Zwerchwand. De- puis lors, il s' est retiré très haut dans la vallée; il était en 1883 à 2092 m de la moraine frontale. Son extrémité terminale, qui, en 1848, était à la cote 2120 m, s' est relevée de 360 m. La superficie mise à nu par la retraite de la glace est de 157,8 hectares, plus de 172 kilomètre carré. C' est la plus forte diminution connue dans un glacier des Alpes.

Hintereis. Ce glacier s' est peu raccourci depuis la dernière époque de maximum, dont la date est inconnue; il a, en revanche, considérablement diminué d' épaisseur. La réduction de longueur n' était guère, en 1883, que de 150 m; celle d' épaisseur de 93 m.

Hochjochgletscher a très peu changé depuis 15 ou 20 ans; il est inabordable à son extrémité terminale. En 1856, il était en allongement.

NiederJochgletscher. Relativement aussi peu modifié; il s' est raccourci de 180 m depuis le dernier maximum.

Glacier de Mar gell et Schaff s' est peu raccourci, de 72 m seulement; il s' est, en revanche, fort affaissé, de plus de 100 m près de la cabane de Sanmoar. La forme des moraines médianes et la direction des courants de glace a considérablement changé depuis 1870. Le glacier était en allongement en 1856.

Le Gurglergletscher montre peu de variations, comme le Hochjochgletscher. Son recul n' est que de 150 m, son affaissement de 20—25 m seulement ( E. Richter ).

Zillerthal. M. le Dr C. Diener, de Vienne, continue les études sur les variations des glaciers du Schwarzensteingrund 1 ). Ces glaciers sont encore en diminution manifeste; leur raccourcissement varie suivant l' année de l' observation:

Schwarzensteinkees Hornkees

Waxeckkees.

1881—82.

1882—83.

1883—84.

8 2,2 12. 17 8 27. 11 5 16 Le Schwarzensteinkees a montré au printemps de 1883 un allongement temporaire, qui s' est traduit par l' établissement d' une petite moraine frontale d' un mètre environ de hauteur.

La grande période de retraite date de 1850— 1855. D' après la hauteur et la position des moraines, le recul total jusqu' en 1884 a été de 350 m, la diminution d' épaisseur de 20 à 35 m, suivant les profils, et la perte de volume, jusqu' à l' isohypse 2400 m, de 33,7 millions de m8.

VII. BASSIN DE LA SALZACH.

Le Dr A. Penck 2 ) signale l' état de réduction de trois petits glaciers, Vüebergossene Alm, le Blaueis et VEiskapelle de St-Bartholomœ; il note aussi la disparition de nombreuses flaques de neige et de névés, en particulier sur le versant oriental du Steinberg près de Ramsau, VIII. BASSIN DE LA DRAVE.

Möllthal. M. F. Seeland, de Klagenfurt, poursuit ses observations sur le glacier de Pasterzen, lequel continue à décroître 1 ). La moyenne de la diminution d' épaisseur aux quatre repères étudiés a été:

de 1879 à 1880 — 8,05 m „ 1880 „ 1881 — 6.37 m,, 1881 „ 188-2 — 7,60 m „ 1882 „ 1883 — 2,14 « »,, 1883 „ 1884 — 2,54 "

IX. BASSIN DE L' ADDA.

Massif de l' Ortler. Les glaciers du versant nord de l' Ortler ont subi dans l' été de 1885 une diminution extraordinaire qu' on peut évaluer à 40 nl en raccourcissement et à 1 m de diminution d' épaisseur.

Sur le versant sud, d' après les guides, l' affaisse est au moins de 3 m ( C. Gobbi, de Stelvio ).

X. BASSIN DU PO.

Vallée de Cogne. „ Dans le groupe du Grand-Paradis, les glaciers de la Tribulation et de Grancrou ont continué l' acci signalé l' année dernière. En 1883, la distance qui les séparait était évaluée à 800™; en 1885, ils se sont réunis par leurs extrémités terminales.

„ Le glacier de Money continue à se raccourcir, d' au moins 40 m depuis 1883.

„ Cette différence d' allures est due à la différence » ) Zeitschr. des Ü. u. Oe. A. Y., XXI, 79. 1885.

25 d' orientation, les deux premiers de ces glaciers étant tournés vers le sud, le troisième vers l' ouest 5 puis à la nature de leurs névés de réception, lesquels sont unis et considérables pour les premiers et accidenté pour celui de Money. " ( D1' Fr Virgilio, de Turin. ) XI. RÉSUMÉ.

En récapitulant les notes ci-dessus, pour la chaîne entière des Alpes, nous n' avons cette année qu' à confirmer la reprise successive de la période d' allonge de bon nombre de glaciers des Alpes occidentales et la continuation de la période de diminution pour l' ensemble des glaciers des Alpes orientales.

Les seuls glaciers que nous ayons à ajouter à la liste de 34 glaciers en voie d' allongement, donnée l' année dernière, sont:

Groupe du Mont-Blanc. Glacier du Tour. Minimum probable 1884 ( V. Payot ).

Groupe du Mont-Colon. Glacier des Aiguilles rouges. Minimum 1884 ( Ad. Tschumi ).

Groupe du Finsteraarhorn. Glacier de Fiesch. Minimum 1884 ( Ant. de Torrente ).

Ce qui porte à 37 le nombre des glaciers actuellement en période d' augmentation constatée.

XXV. Glaciers des Pyrénées.

D' après une communication du comte Henry Russell, à Pau, il y aurait eu dans l' été de 1885 une grande accumulation de neiges dans les Pyrénées, en particulier au haut du glacier de Yignemnle, où l' enneige ment progressif serait très évident; le névé s' y est surélevé de 2 m environ.

Le glacier du Millon ( cirque de Gavarnie ), visité par M. Russell en 1871 et en 1885, a tellement changé pendant cette période qu' il est méconnaissable. Sur une superficie totale de 14 hectares, il en a perdu au moins le tiers. Son front s' est relevé en altitude d' environ 300 m; le glacier est distant de ses moraines latérales de 100 à 120 m. Il s' est considérablement affaissé ( H. Russell ).

XXVI. Glaciers de Norvège.

J' extrais d' une lettre de M. Ch. Rabot, de Paris, datée de Vardö, océan glacial du nord, 8 août 1885, les détails suivants:

Le glacier qui descend du Swartisen dans le Holandsfjord près du gaard de Fonddal a été visité par M. Rabot en 1883 et en 1885. Après une période d' allongement dans laquelle le glacier avait avancé d' une centaine de mètres, il a commencé à reculer vers 1880 ou 1881. De 1883 à 1885 il a diminué d' une dizaine de mètres, et il s' est rétréci sur la rive gauche de 3 m.

Le grand glacier de Holandsfjord a également diminué depuis 1883; son front a reculé d' environ 5 m, et il s' est affaissé de 3 à 4 m. D' après les montagnards, ce glacier serait en retraite continue depuis une cinquantaine d' années; la longueur totale de son recul est de 500 à 600 m.

Voici les conclusions de mon correspondant:

„ D' après la position des moraines et le témoignage des habitants, tous les glaciers de la Laponie auraient diminué dans les dernières décades. Leur mouvement de recul est moins prononcé que celui des glaciers des Alpes. Pour quelques glaciers seulement cette retraite aurait été interrompue, et pendant quelques années ces glaciers auraient avancé; puis ils auraient de nouveau reculé, et ils sont eux aussi actuellement en retraite. Seul le glacier situé à la base ouest de Kebnekaisse ( Laponie suédoise ) nous a semblé en progression; toutefois je n' y ai constaté aucune moraine frontale.Un Lapon nous avait dit, il y a deux ans, qu' un glacier des Oxlinder avait progressé. Ce fait doit se rapporter à celui que nous avons signalé plus haut; mais cette année les affirmations du même Lapon ont été beaucoup moins précises à ce sujet; le doute est donc permis. " ( Ch. Rabot. )

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