Quand l'altitude vire au cauchemar. Acrophobie et vertige

Quand l' altitude vire au cauchemar

S' ils peuvent transformer le plaisir de la montagne en véritable calvaire, l' acrophobie et le vertige ne sont pas pour autant des maux incurables. De quoi rassurer leurs victimes 1

Une décennie de sport en montagne, puis, tout à coup, la peur; puis la peur de la peur... un cercle vicieux. Mais commençons par le commencement. A l' âge de 23 ans, Gemma, qui a grandi à Valencia dans l' est de l' Espagne, se découvre une passion pour la montagne. Elle se met à la sillonner à pied, à V.T.T ., à ski, profitant d' une liberté et d' une profession qui lui laissent du temps pour les loisirs. Un jour, c' est le choc: partie faire une excursion à ski dans les Pyrénées avec un groupe, elle reste subitement bloquée, prise de panique. « Clouée sur place, j' étais hors d' haleine et mon cœur battait la chamade », se souvient-elle. « Je m' en voulais d' autant plus que la pente n' était même pas raide, mais rien n' y faisait. » L' acrophobie ( du grec akros, extrémité, et phobos, crainte ) peut frapper tout à coup, sans crier gare, et elle n' épargne Incapable d' avancer ou de reculer: l' acrophobie peut avoir un effet paralysant Vivre la peur et l' apprivoiser Elévation du pouls, de la pression artérielle, de la glycémie, de la tension musculaire, telles sont les manifestations d' un mécanisme qui permet à l' être humain de réagir rapidement face au danger, que ce soit en le fuyant ou en l' af: la peur. Celle-ci peut se muer en maladie et devenir elle-même dangereuse en montagne si elle prend trop d' ampleur – ou si elle est totalement absente. Peu efficaces contre l' acrophobie, les médicaments peuvent même faire plus de mal que de bien dans certains cas. Spécialiste en médecine d' altitude à l' Uni de Graz, le professeur Wolf gang Domej estime que les calmants n' ont pas leur place dans ce domaine, au vu de leur effet néfaste potentiel sur la capacité de réaction et des conséquences qui en découlent. Une première série de tests effectués à Atlanta indique toutefois que l' administra du principe actif appelé D-cyclosérine pourrait améliorer le traitement de l' acro ( étude rapportée en 2006 dans NeuroRx, organe de l' American Society for Experimental NeuroTherapeutics, tome 3, pages 82 à 96). pas les adeptes de la montagne. Une étude faite dans les années 1990 à l' Université de Munich a révélé que la moitié des membres du Club alpin allemand déclaraient avoir souffert de ce mal sous une forme ou une autre à un moment donné. A en croire le célèbre psychiatre français Christophe André, cette peur atteint un cinquième de la population, mais elle a tendance à s' atténuer avec l' âge. Ce qui ressort des deux travaux scientifiques, c' est que la plupart des victimes ne font rien pour lutter contre ce phénomène.

Causes internes

L' avis des spécialistes diverge quant à savoir ce qui cause l' apparition de ce type de phobie. Problèmes relationnels, ambivalence conflictuelle ou facteurs stres-sants, tels sont les termes très généraux utilisés en guise d' explication. Dans le 1 La version originale de cet article est parue dans le numéro de février 2008 de Panorama, la revue du Club alpin allemand.

cas de Gemma, la double pression qu' elle subit pourrait très bien avoir été le déclencheur: au niveau professionnel, la fonction de cadre qu' elle occupe dans une banque lui confère des responsabilités accrues et durant ses loisirs, égaler les performances de son partenaire constitue pour elle un défi permanent. Le traumatisme des Pyrénées s' est d' ailleurs reproduit à l' occasion d' une sortie à vélo dans la Sierra Nevada au printemps: subitement, elle est contrainte de mettre pied à terre, toute tremblante, incapable de repartir. Dorénavant, la peur lui colle à la peau et la panique la saisit de plus en plus souvent. Convaincue que l' acrophobie est d' origine psychique, Gemma s' adresse à un psychothérapeute, mais comme elle se sent également déstabilisée dans la vie quotidienne, il n' applique pas la bonne recette. La psychanalyse assortie d' anti et de calmants ne fait qu' at momentanément les symptômes, sans amener une quelconque guérison.

Théorie comportementale avec « exposition »

Il faudra deux ans à Gemma pour se rendre compte qu' elle a fait fausse route. A coup de recherches sur internet et d' en dans son entourage, elle trouvera un spécialiste dont la stratégie thérapeutique consiste à affronter la peur petit à petit, plutôt que de l' éviter par des médicaments. « Il s' agit par exemple de visualiser mentalement une traversée que j' avais eu beaucoup de mal à réaliser et de me décontracter pour maîtriser intellectuellement la situation. Les progrès, lents au début, s' accélèrent avec la pratique », explique Gemma. Son partenaire, qui a fait preuve d' une incompréhension totale face à ses accès de panique, sera intégré à la thérapie. Il devra d' abord apprendre à l' aider à surmonter sa peur du vide en l' accompagnant sur des ponts et dans des ascenseurs. Petit à petit, cet entraînement permettra à sa compagne de surmonter son acrophobie. Toute thérapie brusque risquerait de faire effet contraire. L' approche progressive est donc la seule qui soit concluante. La méthode la plus efficace, qui s' inspire du traitement des allergies, consiste à dé-sensibiliser l' organisme en lui administrant des doses croissantes d' antigènes. Transposée aux sports de montagne, elle propose à la personne atteinte de rechercher activement des situations créatrices d' acrophobie, afin qu' elle les maîtrise et se rende compte que les symptômes ne sont pas périlleux et disparaissent spontanément.

Symptômes physiques violents

S' il n' y a rien de réellement inquiétant à avoir la gorge ou l' estomac noué, un rythme cardiaque qui s' emballe, une respiration qui se fait haletante, des nausées La désensibilisation, une manière d' apprivoiser petit à petit la peur du vide Photos: Mar tin Roos ou un étourdissement ne sont pas sans risque s' ils surprennent l' alpiniste en terrain escarpé. Mais c' est la peur qui reste l' élément déterminant: celle, par exemple, de perdre le contrôle de la situation et de tomber, voire de se jeter dans le vide, comme attiré par l' abîme. L' acrophobie se manifeste toutefois non seulement au bord d' un à-pic, mais également dans la vie de tous les jours. La pire de ses formes est la peur de la peur, par exemple celle que ressentent nombres de randonneurs en préparant l' excursion du lendemain.

Acrophobie et vertige

Il importe de bien faire la différence entre l' acrophobie et le vertige. Ce dernier se manifeste dans une situation concrète, lorsque sa victime, sur une arête ou un sommet, se trouve au-dessus du vide. Elle cherche alors des repères visuels qu' elle ne trouve que partiellement dans son entourage. Résultat: le flux d' informa entre le nerf optique, responsable de la performance visuelle, et le centre qui commande posture et mouvements est perturbé. Perdant le contrôle de son corps, le sujet, pris d' un fort malaise, finit par vaciller. Ce phénomène est bien connu des skieurs qui, par « jour blanc » et par très mauvaise visibilité, se retrouvent dans un univers uniformément blanc. Le vertige, que l' épuisement physique ou psychique peut renforcer, s' accompa souvent d' autres symptômes tels que sudation, tremblements, tachycardie, nausées ou « genoux en compote ». Il peut aussi être d' origine psychogène, sans être une phobie proprement dite: le déséquilibre somatique résulte d' une Conseils Association d' entraide pour les personnes souffrant de troubles anxieux et dépressifs, avenue de Rumine 2, 1005 Lausanne, tél. 021 311 12 19, http://www.anxietas.ch/ A faire ou à éviter...

... en situation de détresse... pour une amélioration durable Vertige – Assurer une bonne prise des mains et des pieds,. " " .Exclure les troubles organiques ( faire examinersi possible s' asseoirl de l' équilibre par un médecinEviter de tourner la tête à l' extrême ( p. ex. pour – Gagner en assurance par un entraînement « à sec »apercevoir le tracé de la via ferratap. ex. optimiser les techniques d' escalade en salleEn regardant en bas, chercher des objets fixes bienAméliorer sa condition physique afin d' éviter l' épuisemarqués dans le champ de vision latéralment, qui renforce le vertigeEviter ce qui fausse la perception visuelle: photograEntraîner son équilibre ( p. ex. à l' aide d' une échellephier, observer à la jumelle, regarder passer les nuagesou d' une toupie thérapeutiqueUtiliser une corde d' assurage en guise d' aide psychoEn cas de vertige d' origine psychogène, analyser leslogiquefacteurs de stress AcrophobieAssurer une bonne prise des mains et des pieds, siRechercher les conflits non résolus dans la viepossible s' asseoir – S' entraîner à affronter le vide en des lieux tels queChercher à rassurer par la conversationponts, clochers, si possible avec une personneNe pas administrer de calmants en montagne ( risquede confiance ( version moderne: jeu virtuelde chute dû à un ralentissement de la perceptionEtablir un programme de décontraction ( p. ex. exerciUtiliser une corde d' assurage en guise d' aide psycholoces de contrôle respiratoire, de relaxation musculairegique – Préparer mentalement les coursesDemeurer en situation exposée ( voir colonne de droiteDemander des conseils médicaux et psychologiquesjusqu' à ce que la peur s' atténuep ex. thérapie comportementale ) Les victimes de l' acrophobie doivent lutter contre l' envie de se jeter dans l' abîme instabilité intérieure. Comme l' acropho, le vertige peut être causé par le stress dû à la vie professionnelle ou privée, facteur qu' il convient d' analyser en consé-quence. a Mar tin Roos, journaliste scientifique et alpin, Munich/ Valence ( trad. ) Grâce à un entraînement adéquat, même les personnes sujettes à Photo: Ueli Mosimann l' acrophobie peuvent retrouver confiance en montagne

Cabanes et bivouacs

Rifugi e bivacchi

Von Hütten und Biwaks

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