Randonnée de haut vol au Hasliberg Trois sommets sur le fil du rasoir

C’est peut-être ici qu’a été inventée la randonnée de crêtes! L’enchaînement des sommets du Läuber, du Rothorn et du Glogghüs suit le fil d’une arête étroite dominant à gauche comme à droite des précipices à couper le souffle. Cette randonnée alpine au-dessus du Hasliberg est une expédition difficile, mais grisante.

Arraché de son logement, le piton métallique pend au bout de la corde et donne contre le rocher le tintement léger d’un carillon de messe des morts. Le sentiment affreux de la chute prochaine crispe les doigts sur la corde fixe, et l’on cherche d’un pied prudent le prochain appui sur la dalle vertigineuse. Encore un petit saut et nous voici à la Metzgerchälen, la brèche séparant le Rothorn du Glogghüs. Ouf! Le passage-clé de la randonnée, la face nord-ouest du Rothorn, est passé. C’est une paroi escarpée, exposée, où la chaussure ne trouve que difficilement à se caler sur de petits ressauts où alternent tapis de gravillons et coussinets de gazon. Plus bas, il faut encore surmonter un gros bloc arrondi. Sans corde fixe, on serait ici en terrain d’escalade.

 

Une arête pour connaisseurs

D’autres passages sont encore équipés de cordes fixes, mais il faut franchir sans aide technique une bonne partie du parcours. Le randonneur peu expérimenté aura ici des motifs à quelques sueurs froides, car le cheminement est assez exposé sur de longues distances. De sombres parois de schiste penchent leur front presque vertical vers Melchsee-Frutt. Du côté du Hasliberg, les flancs de la montagne sont habillés par endroits d’un maigre gazon, et la pente est si raide que le moindre faux pas ferait risquer une chute fatale. Cette randonnée n’a rien d’une bagatelle. Ce n’est pas un terrain d’exercice pour débutants, mais les sportifs exigeants et entraînés à la randonnée alpine y goûteront un défi exceptionnel récompensé par un vaste panorama couronné d’un ciel immense.

Les prospectus touristiques de la région, tels ceux que l’on trouve dans les gares des trains et télécabines, font l’impasse sur les capacités des visiteurs qu’ils veulent attirer. Il peut arriver que les degrés de difficulté n’y soient pas indiqués. L’itinéraire décrit ici est une course alpine difficile cotée T5 ou T5+ selon la direction de la marche. Il exige de l’expérience et un équipement adapté (chaussures de qualité suffisante, entre autres), car une chute peut y être mortelle. Il faut encore insister sur le fait que randonner dans cette catégorie implique la nécessité occasionnelle d’une légère escalade. Les bâtons de marche, si appréciés par ailleurs, ne sont ici d’aucune utilité, car on ne peut se tenir ou s’appuyer correctement qu’avec les mains libres. Garder l’équilibre ou le rétablir, escalader parfois des obstacles n’est possible que si les quatre membres disposent d’une totale liberté de mouvement.

 

Trois ou quatre sommets?

Après la descente du Glogghüs, une fois passées les dernières cordes fixes, des sentiers paisibles conduisent à Käserstatt. On se demandera peut-être si, à ce stade, le randonneur n’est pas enfin trahi par ses muscles. Eh bien, cet enchaînement de trois sommets peut s’enrichir d’un quatrième, le Hochstollen. Alors que cette randonnée d’arête parcourait jusqu’ici la frontière des cantons de Berne et d’Obwald, c’est dans ce dernier exclusivement que se trouve le Hochstollen. Sa paroi sud-est striée de bandes noires lui donne une apparence sauvage, mais son ascension ne présente aucune difficulté technique. Tout n’est plus désormais qu’une question d’endurance, récompensée par la vue sur les lacs du site de Melchsee-Frutt d’un côté et sur le lac de Brienz de l’autre. Sans oublier le vaste panorama des Alpes bernoises et des sommets de la Suisse centrale.

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