Randonnée sauvage au Schluchhorn Au bord du Röstigraben

A la limite de l' Oberland bernois et des Alpes vaudoises, où la Sarine prend sa source au-dessus de Gsteig près de Gstaad, le Schluchhorn ( 2579 m ) pointe une cime d' une effrayante verticalité. On ne trouve à l' entour guère de chemins fréquentés, voire aucun dans la proximité immédiate. C' est ici que se creuse le Röstigraben, l' invisible et béante frontière linguistique, la nauséabonde fosse aux mauvais goûts respectifs.

La première mention de notre sommet remonte à 1760, dans le classique de Gottlieb Sigmund Gruner Die Eisgebirge des Schweizerlandes. « Cette chaîne glaciaire partant du Mittaghorn se poursuit par le Schluchhorn, un très haut sommet grossièrement taillé et chapeauté de neige éternelle mais ceint d' une belle et large écharpe de verts pâturages, surtout sur son flanc est. » Quelqu'un avait-il alors déjà gravi ce haut pilier du ciel, dressant à la verticale au-dessus de Gsteig un avant-poste du massif des Diablerets? Ce sera certainement chose faite une centaine d' années plus tard, alors que le nom de Schluchhorn lui a été attribué et que Hans Baumgartner, pasteur à Gsteig, écrit dans les Annales du Club alpin suisse de 1877-1878: « L' immodestie qui t' a fait dominer du plus près notre verte vallée te vaut bien la faveur d' être le premier vaincu. J' entends de divers côtés que l' entreprise est redoutable, mais un vieux chasseur de chamois, sans doute le mieux informé, m' a certifi é qu' il n' y en avait guère de plus aisée. » C' est aussi ce que l'on peut lire dans le volume 1 du guide Hochgebirgsführer durch die Berner Alpen paru en 1907 sous la plume de Heinrich Dübi, qui fut longtemps rédacteur des Annales du CAS: « Facile à escalader par le fl anc est ».

Il ne faut pourtant pas exagérer la facilité de l' ascension. Il existe jusqu' à la selle séparant le Mittaghorn du Schluchhorn un sentier étroit, raide et sécurisé par des chaînes, mais on doit ensuite faire son chemin dans un maigre gazon et sur la roche calcaire de l' arête nord-est, et il y faut un œil exercé pour trouver le meilleur itinéraire. Les marcheurs entraînés, comme se défi nissait le pasteur Baumgartner, ne se laissaient pas rebuter par l' arête exposée menant au sommet: « Je me trouvai soudain au sommet et ne pus retenir une exclamation de reconnaissance à saluer mon petit village si loin au-dessous de moi. Il est à peine une heure, ce qui met le sommet de la montagne à quatre heures de marche de Gsteig si l'on a quelque endurance. » Eh bien, nous essaierons, Monsieur le Ministre, d' en faire autant.

Nous choisirons pourtant un autre itinéraire pour la descente, moins direct mais plus esthétique. Il conduit, traversant la Sarine, aux « Fuchsleitern », échelles métalliques permettant de franchir une paroi de rocher, puis le long des cascades de Burg ( « Burgfälle » ) vers le village. Nous chercherons sur Google une signifi cation à ces noms.

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