Sur les traces du mouflon. Une espèce méconnue vivant dans le Bas-Valais

Sur les traces du mouflon

Bon grimpeur, le mouflon se plaît dans les montagnes de moyenne altitude. Ce ruminant est le plus occidental et le plus petit des moutons sauvages. Il serait l' espèce ancestrale du m0uton domestique. Les mâles sont dotés de splendides cornes en spirale. Partons à la découverte de cette espèce originale.

C' est dans le Bas-Valais, dans la région de Torgon ainsi qu' à Morgins et à Champéry, que vivent les uniques colonies de Suisse. Fortes aujourd'hui de 200 à 300 individus, elles sont venues de France dans les années 1970. Le mouflon est probablement l' ancê du mouton domestique. Originaire d' Asie mineure, il a été introduit dans le bassin méditerranéen il y a plusieurs milliers d' années. Des petites populations ont survécu en Corse, en Sardaigne et à Chypre. Le mouflon est doté d' un pelage constitué de poils et non de laine. Ce pelage, ras en été, fonce et épaissit considérablement à l' approche de l' hiver. Les mâles que l'on trouve dans le Bas-Valais atteignent un poids de 50 kg et leurs têtes sont ornées de cornes en spirale pouvant atteindre 85 cm pour une circonférence de 25 cm. Ces cornes font du mouflon un gibier très apprécié. Ce serait d' ail l' une des raisons de son introduction en Europe, notamment en France et Allemagne, au XVII e siècle.

Un instinct de survie aiguisé

Selon les ré gions, le mouflon est très méfiant et farouche. A moins d' un heureux hasard, voir un mouflon tient de l' exploit. Les sens de cet animal sont toujours à l' affût et il sait se montrer très malin. Inquiété par un bruit, une odeur, une silhouette inhabituelle, il reste en alerte et tente de découvrir ce qui vient troubler sa quiétude. En cas de danger, le mouflon va masquer son corps derrière un arbre ou un buisson, se coucher et attendre, de longues minutes s' il le faut, afin de connaître la source de son angoisse. Ce n' est parfois que deux heures plus tard que la bête va relâcher sa vigilance. La journée, les mouflons vivent en groupe. Mais au moment de se coucher, ils se dispersent et appliquent une stratégie de surveillance particulièrement efficace: chaque animal regarde dans une direction différente afin d' optimiser la surveillance nocturne. Or, quand on sait avec quelle facilité ils savent se fondre dans le paysage, on réalise à quel point il est difficile d' échapper à la vigilance de tous les membres du groupe. Et c' est bien cela qui rend ces bêtes si fascinantes à étudier. Il faut être plus rusé qu' elles, mieux voir et surtout utiliser les stratégies les plus élaborées si l'on veut rester incognito.

Un animal de moyenne altitude

Le mouflon vit dans les pentes escarpées de moyenne altitude, où la roche se mêle aux zones de végétation. Les arbustes, par exemple, constituent une protection visuelle efficace. Le mouflon sort matin et soir pour pâturer des herbages à proximité. En guise de nourriture, il semble non seulement apprécier ces vernes, qui lui servent de cachettes, mais également les feuillages des sorbiers et d' autres espèces de faible taille. Il agit alors comme les chèvres: dressé sur ses pattes arrières, il utilise ses pattes avant pour abaisser les branches jusqu' à sa gueule. Avec l' arrivée de la mauvaise saison, son alimentation perd en qualité. Il se nourrit de feuilles mortes et de végétaux ligneux, qui ont une faible valeur nutritive. L' hiver est un passage difficile pour cette bête qui doit pourtant conserver toutes ses forces pour survivre.

Avec son corps massif et musclé mais doté de pattes relativement courtes, le mouflon doit prendre garde de ne pas se laisser piéger par les fortes chutes de neige. Ces dernières causent de véritables hécatombes parmi les groupes n' ayant pu atteindre à temps une altitude plus basse. Heureusement pour lui, sa capacité à flairer l' imminence de giboulées est hors du commun.

Des mœurs parfois surprenantes

Le mouflon change rarement de pistes. Il les parcourt avec une telle régularité Le mouflon se nourrit autant de feuillage que d' herbe. En hiver, il mange fréquemment des feuilles mortes Couvert végétal, pâturages et roches escarpées, un ensemble de milieux dans lesquels le mouflon se plaît Photos: Daniel Aubort Les mouflons apprécient les pentes rocheuses entrecoupées de lieux de pâture qu' elles en deviennent de fins sillons marquant le paysage. Mais si, trois saisons par année, les lieux de nourrissage et d' hivernage sont fréquentés avec assiduité, les habitudes changent à l' automne. C' est d' ailleurs assez déroutant, et même un peu vexant quand on se flatte de connaître quelque peu les mœurs d' un animal, de voir les paysages soudain vidés de sa présence. En effet, alors que les groupes formés ont évolué de concert durant plusieurs mois, voilà que tout paraît se disloquer d' un coup. Les mâles errent seuls alors que, de leur côté, les femelles se retrouvent isolées avec leur jeune de l' année pour seule compagnie. C' est lorsqu' un mâle croise le chemin de femelles que les choses s' éclaircissent. Le moindre bruit inhabituel intrigue les mouflons. Modérément inquiète, cette femelle restera couchée Il marque son intérêt et les poursuit assidûment. Le rut débute et fait place à la rivalité entre mâles. Ces derniers se battent pour conquérir le plus de femelles possible. Une lutte faite d' intimidations mais aussi de combats. Seuls les plus forts se reproduisent pour le bien de l' espèce. Cette époque épuisante arrivée à son terme, les groupes se réorganisent pour affronter à nouveau la traversée de l' hiver a Daniel Aubor t, Chernex Photos: Daniel Aubort Un mâle taquine son congénère à coups de cornes. Des joutes qui se transforment en combat lors du rut Les sens des mouflons sont extrêmement aiguisés et il est difficile de tromper leur vigilance C' est début mars déjà que les brebis de mouflon mettent généralement bas d' un, plus rarement de deux jeunes Les jeunes agneaux de mouflons se mettent à bêler dès qu' ils perdent leur mère de vue La chasse au mouflon Théoriquement, le mouflon peut être chassé en Suisse. La loi sur la chasse vise à conserver et à promouvoir la diversité des espèces indigènes. Elle oblige donc les cantons à prendre des mesures pour empêcher la propagation des espèces non indigènes, tel que le mouflon. Dans le Bas-Valais, l' espèce est toutefois tolérée car elle ne cause pas de dégâts importants et ne se répand pas.

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