«Une rose est éclose» Roses de Noël au Tessin

La rose de Noël fleurit au milieu de l' hiver. Il n' est dès lors pas étonnant que nombre de légendes et mythes accompagnent cette plante protégée. Sur les hauts de Lugano, non loin de la frontière italienne, on peut l' admirer de mi-décembre à fin janvier au hasard d' une randonnée.

A l' annonce de la naissance de Jésus, un berger se mit en route pour Bethléem. Cependant, il était si pauvre qu' il n' avait pas le moyen d' offrir un présent au nou-veau-né. Il n' était même pas en mesure d' emmener des fleurs, car c' était l' hiver et rien ne poussait nulle part. Cela le rendit très triste et il se mit à pleurer amèrement, quand de ses larmes se mirent à fleurir des roses blanches de toute splendeur. Il les cueillit et les déposa dans la crèche, près du saint enfant.

On doit ce genre de légendes à la floraison inhabituelle de la rose de Noël. En maints endroits, la plante elle-même a pris un caractère sacré et on lui a attribué des vertus particulières. Ainsi, elle contribuait à chasser les mauvais esprits ou à soigner la peste. Elle apparaît jourd' hui encore dans un chant de Noël. Lorsque la mélodie de « Une rose est éclose » retentit sous le sapin ou dans les nefs des églises le soir de Noël, c' est la rose de Noël qui est à l' honneur.

En Suisse, on l' observe au Tessin. De Lugano, on se rend au Monte Brè ( 925 m ) en funiculaire. Une fois arrivé à la station supérieure, on n' est plus qu' à quelques pas d' une terrasse panoramique, d' où l'on se laisse émerveiller par la vue sur le Monte San Salvatore – qui ressemble à un pain de sucre – le lac de Lugano et les chaînes de montagnes italiennes. Une courte descente de 100 mètres pour rejoindre le village de Brè sert d' amorce à notre randonnée. Dans les ruelles pavées, l' atmosphère de l' avent se fait sentir. Une odeur de biscuits fraîchement cuits embaume l' air. Au coin d' une ruelle, une maisonnette abritant une crèche a été installée. Peu après la place de grillades un peu à l' écart de Brè, le sentier pédestre bifurque et conduit plus haut dans une hêtraie après avoir traversé un pâturage. Après quelques virages à travers les feuilles de hêtre qui frémissent sous nos pas, nous atteignons la crête de la colline, mais la vue ne porte pas bien loin. C' est qu' au Tessin aussi, l' hiver s' ac régulièrement de brouillard. Sur le flanc ouest du Monte Boglia, sous le P. 1194, on aperçoit déjà les premières roses de Noël. Un peu plus loin, sur l' Alpe Bolla, elles sautent carrément aux yeux. Par centaines, leurs fleurs blanches brillent parmi les pierres et les herbes desséchées. Elles-mêmes en pleine lutte contre le froid humide, ces fleurs blanches comme la neige apparaissent devant nos yeux tel un miracle dans ce paysage d' hiver nu et recouvert de givre.

Peu avant la nuit la plus longue de l' an, le randonneur a peu de marge avant la tombée de la nuit. Ceux qui sont partis un peu tard pourront redescendre de l' Alpe Bolla en direction de Cadro. Ceux qui disposent d' encore un peu de temps et qui ne craignent pas les sentiers caillouteux et exposés en quelques endroits poursuivront en direction des Denti della Vecchia. De là, on aperçoit Photos: Fr edy Joss déjà quelques-unes des Dents de la Vieille. Ces formations calcaires sont en fait un ancien récif corallien. Il y a plus de 200 millions d' années, tout le Sottoceneri servait de fond à une mer tropicale. Lors du plissement des Alpes, les masses de calcaire formées à partir de débris d' organismes marins ( éponges, coraux ) se sont vues transformées en roche dolomitique et se sont soulevées en direction de la surface.

En montant le long de l' arête rocheuse, les roses de Noël observables aux abords du sentier ne se comptent plus. Nous nous approchons des impressionnantes formations rocheuses que sont les Denti della Vecchia. Tantôt sur le versant suisse, tantôt sur le versant italien, nous continuons le long de l' arête couverte de roses. Derrière les Denti della Vecchia, nous reconnaissons les sommets enneigés de la chaîne du Monte Tamaro baignés par la lumière d' un soleil déjà bas sur l' horizon. Plus loin derrière, on distingue les Alpes valaisannes et bernoises.

Nous nous trouvons désormais devant l' imposante dent du Sasso Grande, le point culminant des Denti della Vecchia. Avec ses voies de toutes les diffi cultés, ce secteur est très apprécié des grimpeurs, mais la froidure du moment ne se prête pas à l' escalade. Le seul grimpeur que l'on peut espérer rencontrer par de telles conditions est le tichodrome. Avec un peu de chance, on pourra admirer cet oiseau rare aux ailes rouge carmin et au long bec recourbé évoluant sans peine le long des parois rocheuses en quête d' in.

Du versant sud, le sentier nous amène sur le versant nord, d' où nous admirons le majestueux Monte Bar, qui se distingue désormais du dos marron doré des montagnes sans neige. Les quelques passages gelés en dessous de la Capanna Pairolo, fermée en hiver, demandent encore un peu de concentration. Près de Cagareta, les feuilles tombées des hêtres et autres châtaigniers cachent les inégalités du terrain. La pénombre s' installe désormais très vite, mais Sonvico et ses éclairages de Noël illuminent notre chemin.

La rose de Noël ( Helleborus niger )

La rose de Noël, dont la couleur varie du blanc au rose, trouve refuge dans les chênaies buissonnantes et les hêtraies jusqu' à l' étage subalpin. En dehors des Alpes, on l' observe également dans les Apennins, les Balkans et les Carpates. Elle est protégée et appartient aux renonculacées ( Ranunculaceae ). La rose de Noël est fécondée par les abeilles, les bourdons et autres coléoptères. Au besoin, elle est aussi capable de se féconder elle-même. Pour ce faire, la fleur, inclinée ou à la verticale, laisse tomber son propre pollen sur ses stigmates ( autogamie ). Les vieilles feuilles meurent après floraison. La photosynthèse est dès lors assurée par les feuilles protégeant la fleur, qui assurent un tiers du rendement des feuilles normales, ce qui permet aux fruits de mûrir. Il faut attendre le début de l' été, lorsque les fruits sont mûrs, pour assister à la repousse de nouvelles feuilles. Les semences, pourvues d' un appendice huileux ( Elaiosom ), sont disséminées ensuite par les fourmis, accompag nées dans cette tâche par les escargots.

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