Dans la poudreuse d'Argentine Skier en Amérique du Sud

L es yeux à peine ouverts d’une nuit trop courte, nous cherchons frénétiquement un bus pour nous amener sur les pistes. La ville de Bariloche est désespérément vide ; ni bus ni habitants. Quelle horreur, déjà une demi-heure de perdue. Il faut dire que la veille, il est tombé une vingtaine de centimètres de neige fraîche. Nous sommes soudain apostrophés par un passant. Après nous avoir gratifi é d’un « Hola, ¿ qué tal ? », il jette un coup d’oeil sur nos skis et nous lance en espagnol : « Vous venez d’arriver! En Argentine on ne skie pas à 8 h. Allez boire un maté et prenez le premier bus dans une heure et demie. »

Les possibilités de ski sont innombrables, mais pas les stations. Une dizaine de stations de ski existent en Argentine. L' une des plus connues est Bariloche, en Patagonie. Ville à l' aspect de village de montagne, elle est souvent décrite comme une station suisse. Il faut dire que la spécialité du coin est le chocolat. Le dépaysement culturel n' est pas à chercher dans les rues de Bariloche, mais plutôt dans la beauté sauvage de la région. Une fois arrivé sur les pistes de Cerro Catedral, la station de ski locale, le paysage est à couper le souffle. Des montagnes alpestres aux arrêtes déchiquetées se découpent dans le ciel alors qu' à leur pied des forêts et des lacs s' étendent paisiblement. Le décor choque par son caractère sauvage. Les pentes ne sont peut-être pas très raides, mais elles sont vierges de traces laissées par l' homme. Il existe de jolis hors-piste non loin du domaine officiel. Une combe encore inexploitée à l' arrière du téléski La Hojita est facilement accessible au sommet des installations. Il y a aussi de magnifiques itinéraires de randonnée sur l' autre versant de la montagne. Le club andin vous indiquera ces magnifiques courses passant par les refuges Frey, Jakob ou Lopez.

En poussant plus au nord, on peut aller faire quelques courbes dans la station d' Oscar Sosa. San Martin de Los Andes est le village le plus proche de cette station qui se révèle être avant tout une plaisanterie pour freestyler. Il y a plus de restaurants qui servent le traditionnel baby steak de 450 grammes que de pistes dignes de ce nom. Avec nos skis larges, les locos locaux nous regardent comme des extraterrestres: la neige poudreuse est visiblement rarement au rendez-vous dans cette région. Seule une forêt magique aux troncs torsadés recouverts de gigantesques barbes de lichen, où l'on ne s' étonnerait pas de voir surgir un lutin andin, peut justifier le détour.

Hiver oblige, il n' y a que très peu de cols ouverts pour passer la frontière. Depuis San Martin de Los Andes, les bus pour le Chili passent au pied du volcan Lanin. Il se laisse admirer durant l' interminable contrôle bureaucratique des gardes-frontière. Pucón, une petite ville touristique au pied du volcan chilien Villarica, est la destination idéale pour ramener plus qu' une photo de ces montagnes de feu. Le Villarica est un sommet blanc, esseulé, qui crachote de minces fumées grisâtres. A l' auberge, notre lo-geuse nous explique que l' ascension est possible. Ce petit bout de femme au visage marqué par le soleil nous recommande de monter avec un guide et du matériel spécial. Casque, corde, baudrier et masque à gaz semblent obligatoires. Le prix étant exorbitant, plus de 80 dollars, nous décidons d' opter pour une approche plus légère pour notre dos et notre porte-monnaie. Sans équipement autre que des crampons et une bonne connaissance de la montagne, nous gravissons le volcan en quatre heures. Au sommet, le magma noirci au contact de l' air tranche avec le manteau neigeux blanc de la montée. Entre deux fumées soufrées, on peut même apercevoir de la lave incandescente. La descente qui suit est très agréable. La pente permet de lâcher de grandes courbes dans une neige revenue.

Les yeux encore remplis de soufre, nous partons pour Las Leñas. Pour y accéder depuis le Chili, on doit emprunter la fameuse Panaméricaine. Cette route mythique qui traverse l' Amérique du sud au nord passe au travers des vallées perdues et des cols qui semblent infranchissables. Des carcasses de camions, à demi ensevelies sous un linceul de neige, ne semblent pas troubler l' interminable file de poids lourds qui y circulent. Après deux jours de bus, nous atteignons enfin la station de ski. La première impression est loin d' être bonne. Las Leñas ressemble à ces ratés architecturaux de station française sortie de nulle part. Comme à Tignes en pleine saison, les tarifs sont atroces, même pour l' Argentine. En sacrifiant la vie nocturne, on peut dormir à Los Molles, village à une trentaine de kilomètres de la station. En plus du prix intéressant, il est possible d' y faire un arrêt aux thermes, très agréable après le ski.

Une fois les skis au pied, on oublie bien vite ces détails. A Las Leñas, on vient pour le ski, et de ce côté-là, on n' est pas déçu. Le télésiège de Marte donne accès à un vaste domaine de hors-piste. Il y en a pour tous les goûts; champs de poudre, couloirs ou itinéraires exposés. Il ne faut cependant pas oublier le casque. La fourberie de requins en forme de caillou risque à tout moment de transformer une banale chute en quelque chose de dangereux. En marchant un peu, de magnifiques ascensions et sommets offrent de belles possibilités de ski de randonnée. Que ce soit Cerro Martin, Cerro Negro ou Cerro Entre Ríos, les pentes s' ouvrent et permettent de d' effectuer des courbes sans retenue. Quel rêve, vivement l' été prochain!

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