Femmes patrouilleuses, une denrée d'exception | Club Alpin Suisse CAS

Femmes patrouilleuses, une denrée d'exception Métiers de la montagne

Patrouilleur, voilà un mot qui ne se décline que rarement au féminin. La profession est encore largement considérée comme une affaire d' hommes, trop pénible pour les femmes. Est-ce vraiment le casPetit tour d' horizon dans un monde qui reste encore à conquérir par les femmes.

Pendant que les skieurs et les snowboardeurs dévalent les pentes avec insouciance, toute une équipe d' hommes et, plus rarement, de femmes, s' emploient sans relâche à assurer leur sécurité. Véritables anges gardiens des pistes, ils préparent le domaine skiable en faisant sauter les avalanches menaçantes et en vérifiant que les pistes soient bien balisées, dès tôt le matin et jusqu' à la fermeture des pistes, quelle que soit la météo. Ce sont eux aussi qui interviennent en cas d' accident, prodiguant les premiers soins aux blessés.

« Lorsqu' il faut aller miner le matin, tu es là-haut avant tout le monde. Il n' y a pas un bruit. C' est magique. J' aime cette sensation d' être seule au monde avec la montagne. » C' est la passion de la montagne et le goût d' être dehors qui ont décidé Ariane à se lancer dans la sécurité des pistes et le sauvetage. Cette typographe de 33 ans a obtenu l' année dernière son brevet A de patrouilleur et elle a fait sa première saison d' hiver sur le domaine de Thyon en Valais.

Dans sa volée, elles étaient... deux femmes, pour trente-huit hommes. « Ça me va! » lance-t-elle est souriant. « On était acceptées », déclare pour sa part sa collègue de cours, Aude, 31 ans, déjà habituée à évoluer dans un monde d' horn par son métier de dessinatrice en bâtiments. « Les collègues de cours nous ont toujours considérées sur un pied d' égalité », estime-t-elle. Deux femmes sur trente-huit hommes: la situation n' a rien d' exceptionnel. Les femmes sont extrêmement rares à choisir ce métier. Sur mille patrouilleurs formés en cours B depuis le début de la formation, on n' en compte que vingt. Et rien ne semble indiquer que la situation soit sur le point de changer. La courbe des statistiques des patrouilleuses stagne obstinément.

Un domaine à conquérir

A l' heure où les femmes aiment conquérir des domaines généralement réservés aux hommes, comment expliquer qu' el soient si peu nombreuses à se tourner vers cette profession?

« Ce travail est encore considéré comme un métier d' hommes », explique Renate Schoch, responsable média des Remontées mécaniques suisses. « Je pense que dans le monde de la montagne, plus qu' ailleurs, la division entre les sexes est encore très marquée. Et il faudra probablement encore une bonne dizaine d' an pour que les choses changent. » « On pense qu' il faut beaucoup de force pour faire ce métier », analyse pour sa part Alain Darbellay, responsable de formation pour le brevet A. « C' est vrai que pour une femme de 60 kilos qui doit transporter une luge avec un blessé de 90 kilos, c' est lourd. Mais elle peut toujours se faire aider. Et elle peut compenser avec une très bonne technique. Je pense que rien ne devrait les retenir de faire ce métier, au contraire! » Lui-même verrait plutôt d' un bon œil la profession se féminiser un peu plus: « Je pense qu' elles amèneraient un autre regard dans le milieu encore un peu rustre des gens de la montagne. Elles sont plus sensibles et s' occupent de la Entre Aude ( au premier plan ) et Ariane, une belle complicité s' est créée.

prise en charge des blessés avec peut-être davantage de subtilité. »

Pas de favoritisme

Pas question cependant de favoriser le sexe dit faible durant les cours ou les examens. « Dès le moment où elles choisissent de faire cette formation, j' estime que les critères doivent être les mêmes pour tout le monde. C' est nécessaire si nous voulons être crédibles », insiste Alain Darbellay.

D' ailleurs, les patrouilleuses elles-mêmes ne voudraient en aucun cas être traitées différemment que leurs collègues masculins. Quitte parfois à serrer les dents. « Il faut avoir de la résistance: tu ne peux jamais te reposer », souligne Ariane qui se rappelle de quelques moments assez pénibles: « Quand je me suis trouvée au sommet d' une échelle avec mes chaussures de ski aux pieds, je me disais, là, tu n' es pas vraiment à ta place. Je n' en menais pas large. » S' il y a bien une caractéristique qui semble commune aux patrouilleuses, c' est leur détermination et leur caractère bien trempé. Jamais elles ne s' offrent le luxe de sortir le joker « femme » pour éviter une tâche. « Si on te demande de faire une chose difficile, tu ne peux pas refuser sous prétexte que tu es une femme. Tu veux leur prouver que tu es capable. Jamais tu ne leur feras le plaisir de les voir rigoler parce que tu n' y arrives pas », poursuit Ariane, qui ajoute aussitôt: « Mais ça, tu le sais dès le départ et tu te prépares pour être prête à être à la hauteur. » La conduite d' une luge de sauvetage exige de la force ainsi qu' une bonne technique de ski.

La luge est lourde, et parfois, le blessé aussi... mais les patrouilleuses assurent.

Photos: Nathalie Getz

« On a pas le droit à l' erreur »

Une fois leur brevet en poche, les jeunes diplômées trouvent-elles facilement un poste de travail? Pour Aude, cela n' a pas été tout à fait évident: « Il a fallu se battre pour se faire accepter. J' ai dû montrer ma motivation car les gens du milieu ne sont pas toujours très ouverts. Ils avaient peur qu' une femme soit une source d' ennuis au sein de l' équipe. » Au début, elle s' est sentie sous observation: « On est attendue au contour, on n' a pas le droit à l' erreur. Je pense que, par rapport aux hommes, on doit prouver tout le temps qu' on est capable de faire ce travail. Sinon, ils auraient vite fait l' amalgame en disant: elle n' a pas les capacités parce que c' est une femme. » Elle se souvient d' un épisode particulièrement cuisant pour elle: « Nous devions démonter les matelas qui protègent les canons et les pylônes. Ils sont lourds et encombrants. Du haut de mon mètre cinquante-cinq, j' avais du mal mais je me disais, vas-y, ce n' est pas grave, prends sur toi. J' ai quand même laissé filer un matelas qui est sorti de la piste, dans un endroit difficilement accessible. J' avais tellement la rogne que je suis allée le récupérer seule avec mes peaux de phoque. Je ne voulais pas qu' on puisse dire que je n' avais pas été capable de m' occuper correctement de cela. » Même sous pression, les patrouilleuses se font petit à petit leurs places, conscientes qu' elles doivent laisser le temps à leurs collègues masculins de les apprivoiser. Quant aux blessés, leurs réactions varient de l' enthousiasme à la crainte: « Quand ils me voient arriver, les gens ont parfois peur que je ne sois pas capable de tenir la luge », sourit Aude. Mais souvent, passé l' effet de surprise, ils apprécient leur attention, en particulier lorsque ce sont des enfants qui se sont blessés. Alors comment donner plus envie aux femmes de se lancer dans ce métier? « Il faut avoir conscience que c' est un métier difficile », avertit Aude. « D' autant plus pour nous qui sommes parfois moins en forme à certaines périodes du mois. On est dehors toute la journée, même dans les pires conditions météorologiques. Mais c' est aussi beaucoup de plaisir! J' aime le contact avec les blessés, les moments d' adrénaline, et surtout être dehors en montagne. Tout cela compense largement le reste. » a Nathalie Getz, Montana Remettre le matériel en place fait aussi partie du travail des patrouilleurs. Ariane installe le filet pour préparer l' arrivée de l' hélicoptère de secours. Photos: Nathalie Getz Pour devenir patrouilleur La formation de patrouilleur se fait sur plusieurs étapes, des brevets A, B, C jusqu' au brevet fédéral de spécialiste du service de pistes et de sauvetage. Pour se lancer dans cette formation, il faut être en excellente condition physique, posséder une très bonne maîtrise du ski dans toutes les conditions, être capable de monter en peaux de phoque dans des terrains difficiles et maîtriser la conduite de la luge de sauvetage chargée dans toutes les conditions de neige et de météo. Pour tous renseignements: Secrétariat des cours, Remontées mécaniques suisses, Dählhölzliweg 12, 3000 Berne 6, tél. 031 359 23 33, www.cableways.org

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