Flore de nos bois. Avide de lumière

Flore de nos bois

Les milieux boisés, souvent fermés et peu lumineux, ne sont pas les plus favorables aux plantes à fleurs, ni d' ailleurs aux oiseaux ou aux insectes. Nos forêts abritent pourtant une grande variété d' espèces, bien adaptées à ces conditions. Alors, prome-nons-nous dans les bois quand y fleurissent les belles!

Avant d' évoquer la flore des forêts alpines et préalpines, précisons que les arbres eux-mêmes en font partie. En outre, la composition des boisements et leurs caractéristiques dépendent de la géologie et du pH du sol, de l' altitude, du climat local ou de l' exposition. Ces conditions donnent lieu à une grande variété de forêts, abritant souvent chacune une flore particulière.

Forêts chaudes et sèches

Sur les coteaux secs et très chauds, jusqu' à 800–1300 m d' altitude selon les lieux, s' étend le domaine du chêne pubescent. En théorie du moins, car les chênaies buissonnantes ont souvent cédé la place aux vignes ou aux habitations. Un des milieux les plus riches de Suisse s' est ainsi raréfié, et avec lui maints oiseaux, insectes et fleurs d' origine méditerranéenne. Nos plus belles chênaies buissonnantes se trouvent entre Martigny et Sierre ou au Tessin.

Le pin sylvestre est un peu l' équiva résineux du chêne pubescent, au voisinage duquel on le trouve souvent. Ce pin au tronc rougeâtre croît jusqu' à 1500 m dans les climats secs à arides, généralement sur un sol pauvre et caillouteux qui rebute d' autres essences. Ces conditions extrêmes le mettent à l' abri d' une concurrence qu' il ne supporte pas! Le Valais central et les Grisons accueillent nos plus vastes pinèdes. La chênaie buissonnante et la pinède accueillent peu de plantes qui leur soient strictement liées. En réalité, leur richesse floristique est due au fait qu' il s' agit de boisements clairs ( laissant passer la lumière ), secs et chauds, où alternent souvent rochers, steppes et pelouses. Ainsi, à l' orée de ces formations ou dans leur sous-bois ensoleillé, en mai ou juin, on découvre des orchidées parfois rares et La céphalanthère à longues feuilles, une orchidée, fleurit dès la première quinzaine de mai dans les forêts claires et les lisières à basse et moyenne altitude Le pin sylvestre se reconnaît à son tronc de couleur brune à orange ( Valais central ) menacées, mais toujours fascinantes: céphalanthères diverses, acéras homme pendu, orchis pâle, limodore à feuilles avortées, etc.

Certaines plantes se retrouvent plutôt dans la chênaie: lis anthéric, origan, ou buissons comme l' épine aux baies évoquant des grains de riz rouges. D' autres, plutôt rattachées au pin sylvestre, dépendent souvent en priorité de l' acidité du sol: raisin d' ours commun déployant son tapis vert uniforme, bruyère, polygale petit buis poussant en espalier; et parmi les orchidées, goodyère rampante et épipactis pourpre noirâtre. D' autres encore comme la saponaire rose, ou les onosmas d' origine steppique, habitent ces deux types de forêts.

Forêts des climats tempérés

Laissons les climats secs pour des régions tempérées et assez humides. Jusqu' à 700 m au nord ou 1200 m au sud, sur sol instable et caillouteux, pousse une forêt composée de feuillus divers. Les tilleuls y dominent et s' accompagnent de l' érable, du frêne et de l' orme montagnard. Cette formation mixte est surtout présente dans les Préalpes. Grâce à des hivers relativement doux, elle accueille des arbustes à feuillage persistant. Lianes, lierre et La céphalanthère rouge est l' une de nos plus belles orchidées. Elle dévoile ses charmes vers la mi-juin, dans les forêts claires jusqu' à une altitude moyenne En mars déjà, l' anémone des bois recouvre le sol des hêtraies et d' autres types de forêts de feuillus, à basse et moyenne altitude ( Préalpes vaudoises ) Le lierre, aux feuilles persistantes, pousse soit le long des troncs soit à même le sol forestier Photos: Alexandr e Scheur er fougères renforcent l' impression de luxuriance tropicale qui s' en dégage! En prenant de l' altitude, dans les lieux plus frais ou orientés au nord, sur des sols plus stables, le hêtre ( ou foyard ) devient dominant. Il détient une position centrale dans une grande partie des forêts suisses, à basse et à moyenne altitude. Car là où il n' est pas limité par la sécheresse 1, il occupe tout le terrain, reléguant les autres essences dans les lieux qui ne lui conviennent pas, notamment à cause de leur sol instable. Le foyard pénètre peu dans les vallées alpines trop sèches, et leur préfère les Préalpes. Depuis 1000 m jusqu' à sa limite supérieure située vers 1500 m, dans les lieux humides et frais, de plus en plus de sapins blancs ou d' épicéas s' y mêlent.

Plantes précoces et saprophytes

L' adaptation la plus visible de la flore aux bois de feuillus en zone tempérée, et spécialement à la hêtraie, est la floraison Dans la hêtraie à sapin, les taches foncées des conifères contrastent avec le vert clair des feuillus ( Chablais valaisan ) Hépatique à trois lobes ( forme violette ), une renoncule assez commune qui fleurit dès le mois de mars dans les bois de feuillus et les broussailles plutôt chaudes La primevère acaule apprécie les bois de feuillus assez chauds, à basse et moyenne altitude ( Chablais valaisan ) 1 Sur les pentes calcaires exposées au sud, il existe toutefois un type de hêtraie présentant une flore proche de celle de certaines chênaies ou pinèdes.

précoce de nombreuses espèces. Ainsi, elles s' assurent une place au soleil en devançant la feuillaison des arbres qui, en été, maintient les sous-bois dans la pénombre. Ces plantes profitent aussi de la pollinisation des bourdons, actifs au printemps. Voilà pourquoi dans ce type de forêt, le premier printemps pare le sol de mille éclats: bleu violacé pour les violettes et l' hépatique à trois lobes ( parfois blanche ), parmi les premières à fleurir en mars déjà; jaunes pour la primevère acaule; blancs pour l' anémone des bois; lit compact de feuilles vert tendre, dégageant une forte odeur, pour l' ail des ours. Un mois plus tard, vient le tour du gaillet odorant avec ses feuilles en étoiles et ses petites fleurs blanches. Durant l' été, ces plantes ont une période de latence ou disparaissent de la végétation.

D' autres, supportant la pénombre, ne se pressent pas et fleurissent en fin de La néottie nid d' oiseau n' est pas un champignon mais... une orchidée saprophyte, donc dépourvue de chlorophylle. Elle apprécie les hêtraies les plus chaudes Forêt d' épicéas du Chablais valaisan. Les vastes clairières de cette région sont parfois colonisées par le crocus du printemps Dans les bois de conifères de montagne, l' érable sycomore est l' un des rares feuillus que l'on trouve encore. La mousse qui le recouvre indique une forte humidité L' ail des ours tapisse le sol des hêtraies à basse altitude, surtout dans les endroits frais ( Préalpes vaudoises ) Photos: Alexandr e Scheur er tremble, arbres pionniers formant rarement de vraies forêts, et divers saules sont encore présents, en petit nombre. Parmi les conifères, l' épicéa aux aiguilles piquantes et aux pives orientées vers le bas, forme de vastes forêts ( pessières ), notamment dans les Préalpes et sur le versant nord des Alpes. Il peut s' accompagner soit du mélèze soit du sapin blanc, reconnaissable à ses aiguilles tendres et aplaties, et à ses pives dressées vers le ciel. Le sapin, moins commun, se rencontre surtout dans les Préalpes, souvent associé au hêtre. Le sous-bois des pessières, pauvre, abrite généralement des plantes recherchant un sol acide: éricacées comme le rhododendron ferrugi-neux et la myrtille, pain de coucou aux feuilles acidulées, listère en cœur et racine de corail, deux orchidées discrètes et assez rares. Le mélampyre des forêts, aux feuilles étroites et élancées, y forme un tapis vert maculé de petites fleurs jaunes à l' arrière. Enfin, les clairières fraîches au revers, sur sol humide et fertile, Le sorbier des oiseleurs vire au rouge à l' automne et déploie alors de belles grappes de fruits écarlates ( Martigny ) Dans les Alpes internes, l' épicéa ( à d. ) se mêle souvent au mélèze ( à g. ). Avec l' abandon progressif du pâturage, l' aulne vert ( buissons ) se propage rapidement Vers 2000 à 2300 m d' altitude selon le climat, les derniers arbres ( ici des mélèzes ) restent souvent malingres et portent les stigmates du vent et de la neige ( vallée du Trient ) Photos: Alexandr e Scheur er saison. Mais il existe un autre moyen pour pallier le manque de lumière régnant en forêt: apprendre à se passer des rayons nourriciers! C' est l' option choisie par les saprophytes. Au lieu de pratiquer la photosynthèse, ces espèces dépourvues de chlorophylle tirent leur nourriture de la matière organique en décomposition. Parmi les plus fameuses, on compte des orchidées comme la néottie nid d' oiseau, qui affectionne les hêtraies chaudes.

Bois de conifères en montagne

Avec l' altitude, le climat se refroidit et la période de végétation diminue. Les feuillus, mal adaptés à ces conditions, se raréfient au profit des conifères qui prédominent dès 1100–1500 m selon les lieux. Au-delà de 1600 m environ, parmi les feuillus, seul l' aulne vert ( verne ) recouvre de grandes surfaces. Le sorbier des oiseleurs, arbuste aux feuilles composées et aux baies rouges, l' érable sycomore relégué sur les pentes instables et caillouteuses, le bouleau blanc et le accueillent des plantes des mégaphor-biaies ( hautes herbes ), grandes et dotées de larges feuilles: adénostyles, aconits et pétasites.

L' épicéa et le sapin apprécient les régions fraîches et humides. Plus haut, dans les contrées bien ensoleillées des Alpes internes, le plus souvent entre 1600 et 2100 m, le mélèze tend à les remplacer. Ce dernier est le seul conifère européen qui jaunisse en automne avant de perdre ses aiguilles! Le sous-bois des forêts de mélèzes se compose d' une lande à éricacées ( rhododendrons, airelles, myrtilles et raisin d' ours commun ), et comporte souvent des graminées. Le pin de montagne atteint lui aussi la limite des forêts. Son tronc gris le distingue du pin sylvestre, qu' il remplace dès 1500 m ou dans les lieux plus froids et les tourbières, le plus souvent sur sol pauvre et rocheux. Sa flore ressemble à celle liée au pin sylvestre, mais compte en plus des plantes montagnardes. Enfin, dans les climats ensoleillés et secs situés surtout au-delà de 2000 m, en Valais et dans les Grisons, s' étend le fief de l' arole. Très résistant au froid, il pousse en formation clairsemée jusqu' à la limite climatique des forêts, située au maximum à 2350 m. L' arole prédomine dans les peuplements les plus âgés, mais généralement il s' accompagne de mélèzes, voire d' épicéas ou de pins de montagne. Le sous-bois de l' arolière se constitue habituellement d' une lande à éricacées riche en mousses. En automne, elle dégage des senteurs envoûtantesa Alexandre Scheurer, Mar tigny Le pétasite blanc pousse au printemps dans les forêts humides de montagne, surtout celles d' épicéas et de sapins. Il s' accompagne parfois du pétasite hybride ( rouge )

Histoire, culture et littérature alpines

Storia, cultura, letteratura alpina

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