Krim 1998, des aventures inoubliables | Club Alpin Suisse CAS

Krim 1998, des aventures inoubliables

Camp d' automne de I' UIAA en Ukraine « Badam, badam, badam »: ce bruit lancinant rythme les dix-huit heures de train qui nous ramènent de la presqu'île de Krim à Kiev. Nous avons tout le loisir de nous remémorer notre aventure.

Changement de train à Kiev Nous avions atterri à Kiev. A peine sortis de l' avion, nous attendions un peu perdus dans l' aire d' arrivée - Qui parle un peu d' Ukrainienlorsqu vieux monsieur nous adressa enfin la parole. Il dit d' abord: « Austria, Aus- tria?, puis, Switzerland, Switzerland Mountaineering ?» Il se présenta ensuite comme étant le président du Club Alpin Ukrainien et organisateur du camp international d' escalade de Krim. Tout le monde n' a pas bien compris les informations sur la suite du voyage, mais nous avons finalement été transférés à la gare de Kiev, dans de veilles guimbardes, avec des styles de conduite fort différents! A la gare, nous avions rencontré les autres participants, seize grimpeurs venus d' Europe de l' Est.

Minibars à la mode ukrainienne « Badam, badam, badam ». Assis, couchés ou à table, notre voyage se poursuivit jusqu' à Simferopol, sur la presqu'île de Krim. Nous découvrions avec surprise les « minibars à la mode ukrainienne ». A chaque arrêt du train, pour changer de locomotive, par exemple, un petit marché de produits frais nous attendait sur le quai: tomates, charcuterie, fromage, poisson, pain. Nous achetions les provisions pour notre souper pendant ces haltes.

Incroyable, mais traditionnel A Batiliman, à la pointe sud de la presqu'île de Krim, nos guides et nos hôtes nous réservèrent un accueil chaleureux. Nous nous sommes baignés dans les eaux étonnamment chaudes de la mer Noire, puis nous avons été répartis dans des maisonnettes meublées de lits mous, infestés de « petites choses volantes ».

Le lendemain matin, après un petit déjeuner copieux, les gens du coin nous initièrent à des techniques d' en et d' assurage aussi surprenantes qu' intéressantes. C' est avec stupéfaction que nous constations de quelle manière le premier, qui voulait installer une moulinette, était assuré. La tenue du brin de sécurité à l' aide des doigts nous fut présentée comme « normale » et conforme à la tradition ancestrale. Dans le même ordre La nuit tombe sur le massif Torres d' idée, le premier n' a tout simplement « pas le droit de tomber » dans la première longueur. Nous étions tout de même en bonnes mains, et les responsables connaissaient aussi l' utilisation du demi-nœud d' amarre.

Rapports de bon voisinage Nous avons vécu des faits amusants avec nos voisins, un poste de l' armée qui avait probablement pour mission l' observation de la mer. Nous devions passer un poste de contrôle pour nous rendre à la plage. La première fois, nous avons dû nous faire comprendre par gestes. A la longue, les rapports devinrent si amicaux.

Le premier jour, on apprend le système ukrainien d' évaluation des degrés de difficulté...

Activités jeunesse que les militaires nous avertissaient par haut-parleur, quand le terrain de volley-ball était disponible pour disputer un match. Nos adversaires n' avaient aucune chance de nous battre. Je ne sais pas s' il avaient soif de victoire. De toute façon, ils allaient toujours souper après le match.

Informations fragmentaires Les jours de grimpe dans les massifs du Kushkaya et de l' Aya, où nous avons aligné maintes longueurs, furent aussi captivants que la préparation au camp. Personne ne savait vraiment ce qui allait se passer le jour suivant: qui grimperait avec qui, sur quelles voies, s' il s' agissait simplement d' escalade sportive ou d' une excursion, ou bien des deux à la fois. Malgré les palabres interminables entre les organisateurs, nous ne comprenions que vaguement ce qui était au programme. Il en était de même pour l' escalade. Nous avions également renoncé à demander le degré de difficulté, qui était indiqué ni selon l' échelle de l' LJIAA, ni selon l' échelle française. La superbe vue sur la mer, du sommet des falaises calcaires hautes de 400 m, et les sangles, que nous ramassions d' abord, avant de remarquer qu' elles servaient à marquer les voies, sont au nombre des magnifiques découvertes et des anecdotes amusantes de ce camp.

De nouvelles expériences Ce camp m' a laissé de magnifiques souvenirs, comme, par exemple, la fête d' adieu ou les excursions. Mais j' ai aussi appris ce que ça signifie de vivre dans un pays où l' Etat et la population sont pauvres. Nous y avons découvert une situation de pénurie qui nous est tout à fait inconnue. A part le pain, que l'on peut trouver dans des sortes de kiosques, les fruits et les légumes, qui sont vendus sur le bord de la route, ou, en cherchant bien, la farine de sarrasin et le riz, il est pratiquement impossible de trouver quoi que ce soit. Nos hôtes et nos guides, qui se sont investis complètement pour mettre sur pied ce camp, ont réussi, malgré les moyens réduits, à nous offrir des aventures inoubliables. Il y a là matière à réflexion!

Roland Jung, Urswil ( trad. )

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