Le Hibou Grand-Duc

Le hibou Grand-duc est le plus grand de tous les rapaces nocturnes d' Europe. Malgré sa taille, il passe souvent inaperçu, car il reste caché toute la journée dans une anf ractuosité du rocher ou sur une vire, derrière un buisson. Son chant grave s' échappe des parois austères au crépuscule. Comme le brame du cerf ou le glapissement du renard, il exprime pleinement la sauvagerie de la nature.

Le hibou Grand-duc s' accommode de toutes sortes de biotopes, qu' on le trouve dans les régions boréales, tempérées, méditerranéennes et steppiques. A nos latitudes, le rapace se cantonne de préférence dans les massifs montagneux. Pour nicher en sécurité, il a besoin de complexes rupestres, à proximité d' espaces ouverts riches en proies. Dans les Alpes, l' oiseau se tient aussi bien en zone alpine, jusqu' à plus de 2000 m, que dans les fonds des grandes vallées, où il peut nicher dès 700 m d' altitude ( Valais ).

Le Grand-duc habite presque tous les pays d' Europe, sauf les Iles britanniques, la Hollande, le Danemark et les Iles méditerranéennes. On le rencontre en Norvège jusqu' à 69° de latitude nord et en ex-URSS jusqu' en Sibérie. Activement réintroduit dans plusieurs pays, le rapace se reproduit à nouveau dans la chaîne jurassienne depuis 1976. On note également une remontée progressive des effectifs dans l' arc alpin. Il y a environ 500 couples en Allemagne, 1000 en France, 300 en Autriche, 200 en Italie et plus de 60 en Suisse, principalement aux Grisons et en Valais ( 19 sites en 1990 ).

Le vol du Grand-duc est à la fois énergique, rapide et parfaitement silencieux. Le rapace plane très bien, grâce à une importante surface alaire, et possède une grande puissance de vol.

Le Grand-duc fréquente régulièrement trois types de lieux: les gîtes diurnes, où l' oiseau reste caché en solitaire toute la journée, les postes de chant et de dépeçage, généralement situés au sommet des crêtes, et les aires, durant la période de nidification. Les postes de dépeçage, ou étals, sont faciles à reconnaître. On y trouve des restes de repas ( plumes, os ), des fientes blanchâtres, ainsi que des pelotes de rejections ( 3 à 3,5 cm de diamètre sur 7 à 10 cm de long ). Le Grand-duc quitte en général son gîte diurne au crépuscule et le regagne à l' aube. Il chasse à l' affût depuis un perchoir ou en vol par des approches rapides et dérobées. Le rapace surprend ses proies après une longue glissade au ras du sol et les tue avec les serres ou le bec. Les proies sont emportées ensuite sur un étal pour y être préparées et ingurgitées.

Le hibou Grand-duc a un régime alimentaire extrêmement varié, qu' il capture tous les animaux de petite et de moyenne taille qu' il peut maîtriser. Chez les mammifères, ses proies vont des micromammifères aux renards et aux faons de chevreuil. Chez les oiseaux, elles vont des petits passereaux aux hérons et aux grands coqs de bruyère adultes. On a même noté des cas de cannibalisme! En tant que superprédateur, le Grand-duc prélève bon nombre de prédateurs concurrents: martres, renards, chouettes, faucons. Il prend aussi, à l' occasion, des œufs, des invertébrés, des reptiles, des amphibiens, et des poissons jusqu' à 1,5 kg. Comme l' aigle royal, le Grand-duc capture les proies les plus faciles à attraper et les plus rentables. Il arrive que le grand rapace se concentre sur une proie. En Provence, notamment, le lapin forme 90% de son régime au printemps. Les Grands-ducs alpins, par contre, se distinguent par leur éclectisme et par la diversité du spectre de prédation.

Les Grands-ducs sont monogames et appariés pour la vie. La maturité sexuelle intervient à l' âge de 2 ou 3 ans. Le mâle commence à démarquer son territoire au mois d' octobre. Il possède plusieurs postes de chant: crête, piton rocheux, cime de grands arbres. Dans la même soirée, il change plusieurs fois de perchoir. L' activité vocale est à son maximum pendant les quatre à six semaines qui précèdent la ponte, en particulier par temps doux et calme. Cette période se situe entre janvier et février à basse altitude, un ou deux mois plus tard en zone subalpine ( 1600 à 1800 m ).

Chaque couple possède plusieurs aires, occupées alternativement dans un complexe rupestre plus ou moins étendu. L' aire se trouve sur une plateforme abritée d' un surplomb, dans une cavité ou une niche au bord d' un à pic. Elle est presque toujours dissimulée derrière un buisson. La préparation du nid est très sommaire: la femelle creuse une cuvette avec les serres et le bec et la tapisse de ses propres pelotes qu' elle décortique au préalable. Les accouplements ont lieu dans les jours qui précèdent la ponte.

Les dates de ponte comportent de grosses variations et s' étalent généralement sur plus de deux mois ( février dans le fond des vallées, avril en zone subalpine ). La femelle pond 2 à 4 œufs, avec un intervalle de deux à trois jours entre chaque œuf.

L' incubation dure 34 à 36 jours et débute dès le premier œuf. La femelle s' occupe de toute l' incubation et de la couvaison des jeunes jusqu' à l' âge de 30 à 35 jours. Elle reste donc en permanence à l' aire pendant plus de deux mois. Elle ne quitte le nid que brièvement de nuit pour aller se nourrir, sur l' étal voisin, des proies que le mâle lui apporte.

Les poussins éclosent à deux ou trois jours d' intervalle. Ils pèsent en moyenne 52 g à la naissance. Ils ouvrent les yeux à six jours et sont capables de se tenir debout à seize jours. Dans la deuxième semaine, le premier duvet gris-blanc est remplacé par un duvet plus épais gris brunâtre. La prise de poids est rapide entre la 2e et la 4e semaine. Lorsque la nourriture est peu abondante, le plus jeune des poussins succombe de malnutrition. Une fois mort, il est considéré comme une proie et se fait dévorer par les aînés, avec l' aide de la femelle.

Dans le premier mois, le mâle apporte une à trois proies chaque nuit, mais il ne séjourne pas au nid. A un mois, les jeunes pèsent 1500 g et voient leurs premières plumes apparaître. A cet âge, la femelle les laisse seuls à l' aire et s' occupe du ravitaillement. Dans la journée, elle reste à proximité du nid et monte la garde.

Plus les jeunes grandissent et plus les repas sont bruyants, accompagnés des cris des jeunes qui mendient, de craquements d' os, de claquements de bec, de bousculades. En dehors des repas, les jeunes s' amusent ensemble, se toilettent et se livrent à de longues séances de gymnastique ( battements d' ailes ).

 Les premiers vols ont lieu à l' âge de 55 à 65 jours, mais durant encore trois ou quatre mois les juvéniles dépendent de leurs parents et restent sur le territoire. Ils se dispersent dès le mois de septembre et peuvent effectuer de grands déplacements avant de trouver un territoire qui leur convient ( jusqu' à 400 km ).

Les principaux facteurs de mortalité d' origine humaine sont la chasse, le piégeage, les lignes à haute tension et les perturbations au nid pendant l' incubation et la couvaison des jeunes.

Il y a une trentaine d' années, le magnifique rapace était rare et menacé. Fort heureusement, les dernières études effectuées ont montré que les populations sont en expansion et on note même une densité satisfaisante dans plusieurs massifs.

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