Le parrain des Dolomites. Déodat de Dolomieu, explorateur et géologue (1750-1801)

Le parrain des Dolomites

Le Français Déodat de Dolomieu était explorateur, géologue, minéralogiste et vulcanologue. En 1789, il découvrit au Tyrol du Sud la roche qui reçut plus tard le nom de dolomie. Indirectement, il donna donc son nom au massif des Dolomites. Bref aperçu d' une vie mouvementée

Questionné sur la plus belle œuvre d' ar du monde, Le Corbusier citait les Dolomites. Mais ce massif montagneux ne se distingue pas que par sa beauté; une autre de ses particularités est qu' il est nommé d' après la roche qui le compose. Cette roche, à son tour, fut nommée d' après Déodat de Dolomieu, qui la découvrit en 1789 dans le lit de la rivière Eisack et en d' autres endroits du Tyrol. De l' avis de bien des scientifiques, Dolomieu compte parmi les fondateurs de la géologie moderne, au même titre que l' Allemand Abraham Gottlob Werner ou que le Genevois Horace Bénédict de Saussure.

Soustrait à l' exécution grâce à son jeune âge

Dieudonné Sylvain Guy Tancrède de Gratet de Dolomieu naquit le 23 juin 1750 à Dolomieu, non loin de La Tour-du-Pin, dans le Dauphiné. Plus tard, il se fit appeler simplement Déodat de Dolomieu, ajoutant souvent ses titres de « Commandeur » ou de « Membre de l' Institut national ».

En 1752, conformément à la tradition familiale, son père le fit nommer chevalier de l' Ordre de Malte. A l' âge de 18 ans, sur une galère de l' Ordre dans le golfe de Naples, il se laissa provoquer en duel et tua son adversaire. La peine de mort qui le menaçait lui fut épargnée en raison de son jeune âge; il fut grâcié après neuf mois de geôle à Malte.

De l' armée à la science

Entre 1771 et 1774, Déodat de Dolomieu poursuivit sa carrière militaire dans la ville de garnison de Metz. En parallèle, sous l' impulsion du duc Louis Alexandre de La Rochefoucauld, il étudiait avec acharnement la physique, la chimie, la géologie et la minéralogie. En 1779, parvenu au rang de capitaine de cavalerie, il quitta l' armée pour se concentrer sur la géologie, la minéralogie et la vulcanologie. Doué d' une mémoire hors du commun et d' une grande capacité d' imagi, il parcourut infatigablement les Alpes, les Pyrénées et l' Apennin, mais aussi les volcans en activité du Vésuve, du Stromboli, du Vulcano et de l' Etna. Année après année, il parcourut des centaines de kilomètres à pied, franchissant des dénivelés impressionnants dans des contrées inhospitalières, pour étudier la composition des roches et des laves.

Les résultats de ses recherches comme « chasseur de minéraux » et comme ingénieur des mines firent l' objet de plu- Ce tableau de Déodat de Dolomieu à 39 ans, daté de juin 1789, est dû à la peintre suisse Angelika Kauffmann ( Bibliothèque centrale M.N.H.N., Paris ) Image tirée de: Paul Caminada, Das abenteuerliche Leben des Forschungsr eisenden Déodat de Dolomieu ( 1750–1801 ), P rojekte-V erlag 2006 sieurs ouvrages et publications, accueillis avec un grand intérêt. Plusieurs de ses œuvres furent traduites en allemand. Dolomieu entretint une correspondance soutenue pendant plus de trois décennies, échangeant des milliers de pages de courriers avec les plus grands scientifiques de son époque.

C' est durant la même période qu' il découvrit la dolomie. Dans un rapport daté de 1791, il décrivit cette roche qui, contrairement à d' autres calcaires, ne réagissait pas au contact de l' acide chlorhydrique froid dilué et se rayait plus difficilement. La première mention du nom de « dolomie » pour cette roche se trouve en 1792 chez le chimiste genevois Nicolas Théodore de Saussure. Sept ans plus tard, on retrouve le terme Dolomit en allemand dans un récit de voyage du géologue Christian Leopold von Buch. Avec la parution en 1864 à Londres du livre The Dolomite Mountains de Josiah Gilbert et George Cheetham Churchill, le nom dérivé de Dolomieu est définiti- Carte géographique des Dolo mites, le massif auquel Déodat de Dolomieu a donné son nom A Cortina d' Ampezzo, une effigie en bronze sur une pierre de dolomie honore la mémoire du grand géologue Les Tre Cime di Lavaredo vues depuis Landro. Tableau de Thomas Ender, vers 1858. C' est Déodat de Dolomieu qui découvrit que ces impressionnantes formations rocheuses sont composées d' une roche bien particulière, inconnue auparavant Image tirée de: Nicolò Rasmo et.al., Die Alpen in der Malerei, Roisenheimer 1981 vement attribué au massif montagneux. En 1876, le terme « Dolomites » fait son apparition sur les cartes officielles d' Autriche et d' Italie.

Au service de la République et de Napoléon

Revenons à Déodat de Dolomieu: en tant que scientifique, il fut d' abord enthousiasmé par la Révolution française, y voyant une victoire des Lumières et de la liberté personnelle sur les carcans du féodalisme. Mais le changement radical au niveau des valeurs eut vite fait de le refroidir. En outre, la Révolution l' avait grandement appauvri en lui confisquant sa part d' héritage. Lui-même fut épargné, car les révolutionnaires comptaient sur les scientifiques pour employer leurs connaissances à la défense de la République. Ainsi, des membres de l' élite intellectuelle comme Claude Louis Berthollet, Pierre Simon Laplace, René Just Haüy et Déodat de Dolomieu se mirent au service de la République comme professeurs ou comme fonctionnaires. En 1796, Dolomieu fut le premier géologue membre de l'« Institut national » ( devenu plus tard « Institut de France » ). Mais la Révolution et la course au pouvoir militaire l' avaient déçu. L' invitation de Napoléon Bonaparte à participer, avec d' autres scientifiques, à l' aventureuse expédition d' Egypte tomba à point Dolomieu était vulcanologue. Ici une reproduction d' époque de l' éruption du Vésuve d' octobre 1822 Dolomieu au cachot. En Sicile, il fut condamné comme traître à l' Ordre de Malte et comme ennemi du royaume de Naples nommé. En chemin pour l' Egypte, Bonaparte voulait conquérir Malte. Déodat de Dolomieu eut l' ingrate besogne de convaincre l' Ordre des chevaliers de Malte, dont il était membre, de capituler rapidement; ce qui allait avoir des conséquences fâcheuses pour lui par la suite. Après un an en Egypte, il tomba malade et fut démobilisé du « corps des savants ».

Emprisonné comme traître

En revenant en France, le navire sur lequel il se trouvait fut pris dans une tempête au large de l' Apulie, menaçant de chavirer. L' équipage put être sauvé. Mais Naples, qui avait recueilli les rescapés à Tarente, était en guerre contre la France, et des membres de l' Ordre de Malte exercèrent des pressions diplomatiques suite auxquelles Déodat de Dolomieu fut arrêté et emprisonné pour trahison. Il passa vingt et un mois dans un sombre cachot à Messine. Après sa libération, affaibli et malade, il devint professeur de minéralogie et de géologie à Paris. En 1801, peu de temps avant sa mort, il entreprit un dernier voyage dans les Alpes suisses, en compagnie, entre autres, du préfet du Département du Léman Ange Marie d' Eymar. Ce périple dura de début août à mi-octobre 1801. A pied et à dos de mulet, il traversa les Alpes suisses au départ de Genève, revenant par les Alpes de Savoie. Dolomieu rendit visite à des contemporains célèbres, le prédicateur Laurent Joseph Murith à Martigny, le Père Placidus a Spescha à Disentis ou le lieutenant-général Franz Ludwig Pfyffer à Lucerne. A Brigue, il rencontra Alessandro Volta, en route pour Paris. Mais ses meilleurs amis étaient Nicolas Théodore de Saussure, Henri Albert Gosse, Jean André Deluc et d' autres à Genève. La Société de physique et d' histoire naturelle donna un grand dîner en son honneur à Genève à la fin du voyage. Ce grand chercheur, longtemps tombé dans l' oubli, fut redécouvert par la suite. Plusieurs rues de Paris et de Grenoble portent son nom, ainsi que l' Insti Dolomieu de l' Université de Grenoble. Esprit indépendant, d' une large culture, excellent pédagogue, bouillonnant d' enthousiasme et d' une activité débordante, il se vouait sans retenue à la science et à ses nombreux amis. Il mourut le 28 novembre 1801 à Châteauneuf-en-Charollais, en Saône-et-Loire, en présence de sa sœur Alexandrine, marquise de Drée de Gratet de Dolomieu.a.. Paul Caminada, Thalwil ( trad. ) Du 28 juin 1799 au 15 mars 1801, Dolomieu fut emprisonné à Messine. Gravure sur acier de la ville en 1830 Le pont du Diable, dans les gorges de Schöllenen, que Dolomieu traversa lors de son voyage en Suisse. Dessin de C. Reiss, Kunstanstalt des bibliografischen Instituts Hildburghasen Images tirées de: Paul Caminada, Das abenteuerliche Leben des Forschungsr eisenden Déodat de Dolomieu ( 1750–1801 ), P rojekte-V erlag 2006

ituée au nord-est de l' Italie, la région des Dolomites est considérée comme l' une des plus belles des Alpes. Cortina d' Ampezzo, la célèbre station italienne, peut être le départ de magnifi ques randonnées permettant de découvrir ces panoramas où alpages, chalets traditionnels et grandes parois se mélangent avec bonheur...

Nous venons de franchir le col Lavaredo et sommes préparés à cette rencontre. Pourtant nous restons bouches bées, sous le choc d' une telle face. Au pied du versant nord des Tre Cime, chacun comprend le sens du mot vertical. La lumière fait apparaître toute la puissante beauté de la paroi. Les grands éboulis ocre se mélangent au ciel de traîne. Francesco a beau être d' ici, il ne peut s' empêcher de lever la tête vers les Tre Cime et de s' exclamer « bellissi-

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