«Période d'apprentissage» en cabane

« Période d' apprentissage » en cabane

J' ai troqué l' ordinateur contre le couteau à éplucher

Pour clore sa première année d' apprentissage, Anne-Sophie, apprentie de commerce au secrétariat du CAS, a échangé son poste de travail à Berne contre un stage d'«aide-gardienne » à la cabane du Trient, afin d' acquérir ce que d' autres entreprises nomment l'«expérience du front ». Elle a découvert ce que signifiait gérer une cabane du CAS et a pu perfectionner son français et approcher des membres du CAS. Voici le compte rendu de ce stage.

La veille au soir, j' étais tellement nerveuse! Après une nuit presque blanche, je me suis lancée pour de bon dans l' aven « semaine à la cabane du Trient »: j' ai pris le train jusqu' à Champex-Lac, et de là, le télésiège jusqu' à La Breya, qui offre une vue magnifique sur le lac et les environs. Déjà moins nouée, je me suis attaquée à la montée vers la cabane d' Orny, seule, mais avec élan. L' effort était tel que j' en ai oublié le paysage. De la cabane, j' ai rejoint un groupe pour la traversée du glacier, moins difficile que prévue. Je me sentais déjà l' âme d' une aventurière. Imaginez: c' était la première fois que j' osais traverser un glacier – rien à voir avec mon itinéraire quotidien entre mon domicile et le secrétariat du CAS! Pour la dernière partie du trajet jusqu' à la cabane, j' étais de nouveau seule.

Le dernier matin: le lever de soleil est inoubliable – tellement kitsch qu' on le croirait tiré d' une carte postale En grande routinière, Sophie est aux petits soins avec la « nouvelle » La gardienne de la cabane, Fatima Amaudruz LES ALPES 2/2001

Comme une grande famille Au moment d' entrer dans la cabane, je n' étais pas très à l' aise, mais cette gêne a vite disparu après les présentations. Ma première impression était positive. Je me suis rapidement adaptée et c' était bientôt comme si je faisais partie d' une grande famille. En plus des gardiens Thierry et Fatima et de leur fils, trois personnes travaillent dans la cabane. Sans oublier Tequilla, le chien et Pluto, le chat. Entre l' équipe et moi, la compréhension n' a pas posé de problème et il m' est même parfois arrivé de jouer l' interprète. Le soir après le travail, nous nous sommes souvent lancés dans de folles parties de UNO ou de Ligretto. Et la gardienne avait toutes les peines du monde à nous tenir en échec!

Travail physique Même si je n' avais pas l' habitude de rester debout à longueur de journée et d' être à la disposition des clients, le gardiennage m' a beaucoup plu. Lorsque les visiteurs étaient loin, il fallait ranger les chambres et plier les couvertures, travail qui dégénérait parfois en bataille de coussins entre moi et mon collègue Arnaud! Jusqu' à la sieste, il fallait encore préparer les légumes pour la soupe, servir les clients, laver la vaisselle, mettre de l' ordre - sans parler d' autres corvées comme couper du bois, débarrasser le compost, peller la neige et vider les pou-belles.

Le soir, c' était la cohue. Pour satisfaire tous les besoins, il fallait passer la quatrième vitesse! Et les hôtes ne comprenaient pas toujours que les aides-gar-diens aimeraient eux aussi pouvoir manger en paix... Ensuite, pour que la journée soit enfin finie, il fallait à nouveau faire la vaisselle, ranger et nettoyer.

Des flocons en été Au début, le temps était très clément: pas un seul nuage, mais une quantité de couchers de soleil à couper le souffle ( ils sont beaucoup plus intenses dans les paysages glaciaires ). Dans le courant de la deuxième semaine, cela a brusque-

Mon poste de travail pour les deux semaines à venir Anne-Sophie Meyer, apprentie de commerce au secrétariat du CAS à Berne Une cuisine rutilante de propreté avant l' arrivée des hôtes Pho to s:

Anne- Sophie M ey er Il faut expédier petits et gros travaux LES ALPES 2/2001

ment tourné. La température est devenue glaciale et la neige s' est mise à tomber dru. Le vent soufflait si violemment qu' on l' entendait siffler autour de la cabane. On a dû allumer le feu dans la cheminée. Les visiteurs ont commencé à se faire rares et nous avons eu beaucoup de temps pour nous. Comme j' aime bien le froid, j' ai passé beaucoup de temps dehors.

J' ai appris ce que c' était que d' être coupé du reste du monde: petit à petit, les provisions se sont mises à diminuer, car l' hélicoptère ne pouvait pas atterrir. On a cuit chaque soir du pain pour les clients. Heureusement que l' hélicoptère a pu nous livrer au bout de quelques jours les vivres de première nécessité! Une telle expérience est inimaginable en plaine. Et en plus, j' ai pu voir pour la première fois un hélicoptère de près!

Autour de la cabane Mais c' est le paysage que j' ai le plus apprécié. De la cabane du Trient, on voit la Tête-Blanche, la Pointe d' Orny, le Plateau du Trient... Je me sentais loin de tout. Ici, la nuit est si calme et les étoiles se détachent avec une netteté incroyable. Au moment des adieux, deux semaines plus tard, j' avais le cœur gros. Je sentais déjà que, de retour à mon ordinateur, je regretterais l' équipe de la cabane et le contact avec la nature. Je serais prête à recommencer n' importe quand cette expérience. a

Anne-Sophie Meyer, ( maintenant ) apprentie en deuxième année au secrétariat du CAS, à Berne ( trad. ) Pho to :A nne- Sophie M ey er

Engagé en faveur de la protection de la montagne

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