A skis, d'Arolla à Chanrion

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Par A. Fontana.

La région où culminent le Mont Collon, le Pigne d' Arolla, le Mont Blanc de Cheilon et la Ruinette est de plus en plus fréquentée au printemps par le monde des skieurs. Les jeunes clubistes genevois s' en sont fait une spécialité et Pâques y voit venir chaque année un contingent de garçons sonores et rapides, dont le terme « bonnard » constitue l' expression verbale dominante en ces quelques jours d' allégresse.

Il n' y a pas, dans ce coin du Valais, de sommets extraordinaires, de courses exceptionnelles à faire. Les glaciers s' y étirent à leur aise et l' alpiniste « face nord », l' amateur de séracs, l' as des crampons et du piolet n' y trouvera guère son compte. Le skieur alpin, par contre, y passera, par beau temps et bonne neige, des jours de plénitude.

Cette année-ci, les clubistes de Genève ont fait une course de quatre jours, dont le programme était fort bien conçu:

1er jour: Montée aux Haudères en car, de là à Arolla à pied, derrière un mulet chargé des sacs, puis à skis par le Glacier d' Arolla au Col de Collon. La cabane Marie de Piémont fut ensuite atteinte en quelques minutes de descente dans une neige poudreuse et sèche.

Nous avions pris notre bois, et la petite cabane italienne fut bien vite transformée en demeure confortable. Pour peu de temps, car le toit est troué en maint endroit et la neige qui le recouvrait se mit à fondre, ce qui réduisait de beaucoup la surface habitable. Rentrés à Genève, nous apprîmes que nous n' aurions pas dû, réglementairement, franchir la frontière. Réglementaire-ment donc, la cabane Marie de Piémont n' est d' aucune ressource en hiver, puisque son accès d' Italie est rendu excessivement difficultueux par la neige.

2e jour: Col de l' Evêque, Col de Chermontane, Pigne d' Arolla, Col de la Serpentine, Glacier de Brenêt et cabane Chanrion, parcours qui peut être intégralement effectué sans déchausser les skis. Pour achever la journée, les infatigables peuvent encore monter au Col de Crête Sèche, dont la descente est magnifique.

3e jour: La Ruinette, aller et retour par le Glacier de Brenêt, Col de Lirerose, Col du Mont Rouge, Mont Rouge, Col de Cheilon et cabane du Val des Dix. L' arête sud-ouest de la Ruinette était en très bonnes conditions, ce qui rendait piolet ou crampons à peine nécessaires.

La cabane du Val des Dix, d' où l'on peut gravir le Mont Blanc de Cheilon ( crampons nécessaires sur 300 mètres ) et le Pigne d' Arolla, est un centre remarquable. Les pentes qui descendent du Col de Cheilon ou de la Luette sont skiables à souhait, et on ne se lasserait pas d' y monter cinq fois par jour pour goûter l' ivresse d' une descente en schuss sur un terrain propice aux plus grandes vitesses.

4e jour: Gorges de la Dixence au petit jour, sur neige très dure, glacier de Mourti, Rosa Blanche, le Grand Désert, Cleuson et Nendaz, d' où l'on peut gagner Sion en camion, lorsqu' on ignore, voire lorsqu' on a oublié — ce qui est excusable après une des plus belles descentes du Valais — les exigences de la loi fédérale sur la circulation des véhicules automobiles.

Le soir que mon ami Jean Briquet et moi-même fîmes le récit de cette course à la section genevoise, un vétéran, père et grand-père de clubistes, nous raconta, avec mélancolie, qu' il était descendu, il y a quarante ans, du Pigne d' Arolla sur le Col de Chermontane, par un après-midi d' été torride, dans une neige épouvantablement molle. Ce qui était course harassante est devenu, pour des skieurs de printemps, exercice enivrant et aisé, et les alpinistes ne feront plus en été ce qu' ils peuvent faire au printemps, chaussés de leurs lattes. L' effort qu' il faut pour avancer dans la neige profonde n' a pas grande valeur en soi; seul le but le légitime. Aussi je comprends fort bien, pour ma part, ces deux Parisiens, venus à mi-juillet aux Grands Mulets pour gravir le Mont Blanc et qui, voyant des skieurs en descendre souples, frais et rapides, tandis qu' une caravane à pied enfonçait et peinait, repartirent le jour même pour des sommets correspondant mieux à leurs moyens, en se promettant de revenir l' année suivante après un entraînement sur la piste de la rue de l' Université et sur les pentes de Mégève.

Quatre jours de ski entre Arolla et Chanrion vous enchantent à tel point qu' on voudrait les prolonger toujours. Le ski a le privilège de ne jamais lasser. Il saisit et enivre, sans fourbir son homme, sans trop le fatiguer moralement ou physiquement, sans donc lui rendre nécessaires la détente ou l' alternance. L' alpiniste goûtera peut-être un plus sûr orgueil. La maîtrise de soi est supérieure à la maîtrise d' une technique, et l' effort soutenu, conduit avec persévérance, par une volonté ferme et un calcul intelligent, représente un accomplissement d' une portée bien plus haute et plus profonde. Mais il reste que le ski, dans de bonnes conditions, par le sentiment d' aisance extrême qu' il donne, procure une joie d' un éclat incomparable.

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