Actualité de l'alpinisme

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Par Fred, de Diesbadi.

Nos Alpes n' ont pas toujours été admirées. Elles n' attirèrent l' attention qu' au moment où l'on se mit à aimer la nature pour elle-même, c'est-à-dire en pleine Renaissance, au XVIe siècle. C' est alors que des Humanistes qui furent aussi les premiers « alpinistes » firent les plus anciennes ascensions dont l' histoire ait garde le souvenir. Simler, Aretius, Aegidius Tschudi se risquent sur des sommets. Ils considèrent ces prouesses comme des sources d' obser inédites et d' émotions littéraires: dès l' origine, la littérature est intimement mêlée au culte de la montagne...

C' est encore vrai, plus tard, aux XVIIe et XVIIIe siècles, lorsqu' on délaisse le paysage ordonné suivant la raison, taillé dans la géométrie, pour la nature sauvage. Alors, les montagnes qu' on n' osait considérer que de fort loin et qu' on trouvait « horribles », c'est-à-dire propres à inspirer l' effroi, deviennent « aimables ». Et ceux qui se chargent de les approcher et de nous les révéler, ce sont toujours des poètes ( Jean-Jacques Rousseau, Albert de Haller, Gessner et, plus tard, Senancour ), ce sont des naturalistes, comme de Saussure, et, enfin, au XIXe siècle, des cartographes, Joh. Rudolf Meyer, Dufour, Siegfried.

Ce que nous appelons aujourd'hui l' alpinisme procède donc à l' origine de deux courants parallèles: un courant esthétique, un courant scientifique. Et cependant, ce domaine nouveau n' était qu' à peine exploré. Si l'on avait note des impressions, fait des observations et relevé des cartes, on en restait aux Préalpes, au passage des cols, à l' exploration des massifs. Mais on n' avait pas encore gravi les hautes cimes et l'on n' imaginait pas encore que leur conquête fût possible. Pour cela, il fallut que l' impulsion Vint du dehors et que des « alpinistes », des Anglais surtout, vinssent conquérir nos plus hauts sommets. La hardiesse, l' originalité de tels exploits attiraient des pionniers de l' Europe entière. Peu à peu il se confirmait que l'on pouvait vaincre les glaces et les neiges éternelles. Et ce qui n' avait paru qu' extravagant devenait quotidien. Un à un, dans la seconde moitié du XIXe siècle, nos « 4000 » furent foulés par l' homme... Le dernier fut vaincu en 1894.

Et ce n' est pas sans terreur que l'on songe à l' inexpérience de ces précurseurs, à leur équipement primitif, aux dangers qu' ils ont pu courir. Mais ce sont eux qui nous ont libérés d' un complexe d' infériorité. Car les montagnes nous écrasaient, tant que nous ne les avions pas escaladées. Elles fermaient notre horizon. Une fois qu' elles furent gravies, nous avons respiré plus librement. Ainsi l' alpinisme aura-t-il été pour nous ce que la navigation fut pour les peuples maritimes, pour les Génois ou pour les Portugais: un affranchisse-ment, avec autant de gloire, mais avec infiniment moins de profit, d' ailleurs...

Aujourd'hui, l' alpinisme est un sport. Il devient notre sport national, tout autant que le tir ou la gymnastique. Et une longue expérience l' a rendu moins pénible, et surtout moins dangereux. L' accès de nos montagnes est plus facile, des chemins de fer y conduisent, ainsi qu' un réseau de routes et de sentiers. Des funiculaires les desservent. Des stations s' y sont créées. La haute altitude même est devenue habitable grâce aux cabanes que le Club Alpin y a construites.

Mais tout cela est l' œuvre de plusieurs générations d' ingénieurs, d' hôteliers, d' alpinistes. Et c' est à leurs efforts que nous devons ce développement de l' alpinisme et l' extension qu' il a prise. A cette heure, jamais il n' a été plus vivant, plus répandu ni plus actuel. Pourquoi? Parce qu' il est une magnifique école de courage, d' endurance et de discipline — ce sont les qualités que notre époque réclame — parce qu' il forme des hommes et trempe des caractères. Parce qu' il convient à tous les âges de la vie, édtque la jeunesse, entretient l' âge mûr qu' il prolonge jusque dans la vieillesse...

Tout cela a toujours été vrai, sans doute. Si nous y pensons aujourd'hui, c' est que les circonstances nous ont conduits à nous replier sur nous-mêmes, à tourner nos regards non plus vers la mer ou vers les évasions lointaines, mais vers nos hauteurs, vers nos Alpes: « Ex Alpibus salus patriae », disait déjà le doyen Bridel. Et c' est pourquoi l' actualité de la montagne s' impose avec évidence.

Parce que la montagne est devenue un rempart, un terrain de combat, l' alpinisme s' est tout à coup révélé comme un des auxiliaires indispensables de notre défense nationale. D' où sa dernière et sa plu:s récente utilité, son rôle stratégique. D' où le développement que l' armée suisse est intéressée à lui faire prendre, non seulement pour accroître la santé ou la force de résistance de ses soldats, mais encore pour son utilité immédiate. Et il faudrait citer ici l' appel adressé par le général Guisan en faveur des sports d' hiver:

« Acquérir du souffle et des muscles par la pratique du sport alpestre, écrit-il, à toutes les altitudes et par les températures les plus rigoureuses, c' est à quoi devraient tendre, non seulement notre jeunesse, mais notre population, hommes et femmes, citadins et ruraux, appelés à servir, en cas de danger, à tous les postes où la patrie aura besoin d' eux. » « Notre Suisse ne nous donne pas seulement la possibilité d' acquérir un pareil entraînement; elle nous en impose le devoir. » Devoir impérieux qui peut engager l' avenir. Devoir cù réside aujourd'hui toute l' actualité de l' alpinisme.

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