Alentours du Ginanztal

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Par B. Piccioni

Avec 4 illustrations ( n08 32—35 ) Le Dreizehntenhorn, conjonction des trois dizains de Viège, Louèche et Rarogne, se rencontre très exactement dans l' axe des quelque dix kilomètres du Ginanztal.

Depuis ce sommet nous avons une perspective exacte sur ce joli vallon qui s' établit, à une certaine hauteur seulement, au-dessus du vaste et transversal sillon du Rhône. Une souple ascendance d' alpages émerge de sa partie inférieure, étoffée de sapins, pour se continuer jusqu' aux confins des montagnes pelées qui l' enclavent.

A cette vue la chronologie de la matinée est ravivée.

Ce fut le prélude gracieux du bisse, au limpide fredonnement, qui nous a conduits au crescendo du Mühlbach, dont il émane.

Midi. Intermède au seuil de la combe d' éboulis monochromes où s' insère le dernier des lacs de Ginanz, tandis que le silence spacieux s' appesantit sur la nature resplendissante, dénuée d' ombre. Cette heure médiane paraît comme une pause où se discerne, inopinément, l' effervescence discrète de l' espace attiédi.

Une stabilité de métal immobilise le plan du lac, sur lequel vient se superposer la frigidité d' une large moquette de neige. Par delà son rivage, endiguant l' horizon, la muraille des Alpes Bernoises aligne sa généalogie de cimes. Est-ce la mobile apparition de ce papillon aurifère qui soudain a ému l' impassibilité de l' eau, lui substituant avec un frémissement inquiet, un gris hiémal à l' azur du ciel?

Dans l' intimité vivifiante, de notre vigie de trois mille mètres nous assi-milons, insciemment, l' opulence de cette capiteuse journée d' été.

Nous nous réjouissons au plaisir de compulser le merveilleux inventaire du panorama, presque complet, moins le segment dissimulé par l' amas charbonneux du Schwarzhorn. A loisir, nous pouvons examiner l' architecture imposante des massifs juxtaposés, Monte Leone, Weissmies, Mischabel et Mont Rose. Parmi la pluralité de leurs glaciers, celui de Ried déploie entièrement sa superficie chatoyante, et cela étonne, habitués que nous sommes à sa singularité malicieuse de toujours se dérober à ceux qui cherchent à le découvrir.

Au retour, nous suivrons le faîte de la configuration trapue, qui double les créneaux en ruine des Hohen Blasien et le colossal tumulus de pavés de l' Augstbordhorn, pour s' esquiver, sitôt le Violenhorn dépassé, au milieu de l' ample évasement du talus, brusquement infléchi.

Maintenant, il est embarrassant de déterminer comment terminer l' ex, chaque direction vous attirant par une évaluation égale d' attraits.

Néanmoins, peu importe le choix, tant l' ensemble de la contrée contient d' intacte et classique beauté, dont l' usufruit nous est partout réservé en totale quiétude, car n' offrant rien à la badauderie touristique ou au dandysme sportif, elle demeure à l' écart. La littérature alpine elle-même l' ignore et, si l'on peut souhaiter qu' elle reste réfractaire à ces catégories d' indési, un abandon aussi absolu de la part des visiteurs est malgré tout un anachronisme.

Combien d' itinéraires à composer à travers ce pays, manifestement valaisan, qui doit trouver en automne son apogée!

L' étude de la carte topographique désigne d' emblée deux traversées en diagonale, l' une par le Col de Tourtemagne, de Meiden à Viège, l' autre de Rarogne à Kalpetran ou St-Nicolas, par le Ginanzpass.

Evidemment, l'on peut aisément adjoindre, à ces simples transversales, la variante d' un ou plusieurs sommets environnants. Ceux-ci sont pour la plupart accessibles sans difficultés spéciales et, de leurs arêtes, la vue établit une variation intéressante du même thème, culminant toutefois par celle, bien connue, du Schwarzhorn.

Ce sont là des courses d' une bonne journée, généralement entreprises, pour des raisons pratiques, au départ de la périphérie. Il s' agit donc, sous cette forme, de passages accélérés qui laissent, certes, une sélection de belles impressions ne permettant toutefois pas de saisir, à ce premier accueil, l' agré intrinsèque de la contrée.

L' essence véritable d' un texte parfait échappe lors d' une lecture superficielle, de même ici, il faut la déceler; cela n' est possible qu' en y séjournant. Localement, Bürchen se prête le mieux à cette intention. Depuis ce foyer le rayonnement des ballades, n' excédant guère quelques heures, permet au gré des sentiers qui vous emmènent à l' aventure, la rencontre d' endroits délectables.

Une fois, ce sera un bisse imprévu, que l'on croise en pleine forêt et qu' il faudra longer, même si, de prime abord, il ne vous convie pas particulièrement, car il n' y aura pas à le regretter. Après le préambule de quelques détours, voici déjà, l' idylle picturale de ce mazot, posé sur le jaune accablé d' un carré de seigle, dont l' équilibre audacieux sectionne le ciel amplifié.

L' alternance des méandres isole, souverainement, l' élite juvénile des mélèzes ou les ajoure sur le vide, tantôt contigu et dense de profondeur, tantôt reculé parmi le contre-jour de l' immense éloignement de la vallée du Rhône.

Les premiers plans se déplacent avec lenteur sur le fond ardoisé, immanent, des Alpes Bernoises; cependant leurs sujets ne cessent d' être si harmonieusement coordonnés, qu' ils obligent à se demander s' il n' y a pas quelque élément de merveilleusement intentionnel dans ces réussites.

Ce bisse n' est pas unique; aux paliers supérieurs il s' en trouve d' autres. Nombreux aussi sont les chemins qui peuvent, hâtivement entrevus, paraître abstraits où l'on visionne également une suite de perfections.

Cette portion de territoire du Haut-Valais est placée au cœur de cette exceptionnelle isotherme, esquissée approximativement entre Brigue, Gampel et Grächen, où la météorologie enregistre le minimum de pluie de toute la Suisse.

Ceci explique, en fait, pourquoi l'on y éprouve la sensation d' une évolution, nuancée, indécise peut-être, suggérée plutôt qu' exprimée, par un climat ALENTOURS DU GINANZTAL plus pénétrant, une végétation plus lenitive, une finesse plus recherchée dans la nature et une lumière comme inspirée.

La quintessence de nos souvenirs nous remémore la féerie des clairières du Bonigersee. Leurs trouées, d' un bleu translucide, qui s' insinuent entre le propylée de la vallée de Saint-Nicolas et l' hymne de ses arolles aux graphiques héroïques, hérissés, contre la gloire épurée du Balfrin, ou la suavité éthérée, plus distante, des Alpes Lépontiennes.

Nous revoyons pareillement l' enchantement des villages: Ergisch, à l' intersection du Turtmanntal. Eischol, austère et mélancolique. Unterbäch et Bürchen, termes des embranchements de la route venant de Viège, composant des familles riantes d' habitations réparties sur l' étagement d' espla bien dégagées. Zeneggen, but d' une troisième ramification carrossable, aborne de sa chapelle, idéalement campée sur une éminence, l' entrée du Vispertal. Enfin, Törbel, un des plus originaux de la région. Chalets et mazots, rencognés sur le biais aigu de la déclivité, constituent un enchevêtrement ébahissant, torréfiés par des décades de saisons. Quel agencement séduisant de toitures avoisinantes avec les rez-de-chaussée, de fantasques passerelles posées à niveau des caves aux greniers d' en face, de poulaillers en encorbellement, accessibles seulement par une échelle! Succession d' allées en escaliers, qui à chaque angle révèle la surprise de détails curieux et ingénieux. Parfois, au centre de cette confusion, l'on aperçoit, dans l' indolente pénombre d' une ruelle, l' ornement lumineux de névés ou le schéma gris mauve d' une crête. Constante perplexité pour le photographe qui ne sait comment se jucher, afin d' obtenir une étude de ce captivant imbroglio. La traditionnelle église blanche, nette et solide, est bâtie sous le village où aboutit la rampe partant de Stalden. Elle donne l' illusion, si on l' observe du versant adverse, celui de Grächen, de retenir captif par des liens invisibles cet essaim sombre, de brunâtres maisonnettes, prêt à s' égailler, aspiré par l' envolée véhémente des pentes.

Embd, réplique charmante, quoique plus modique, clôt cette aimable pléiade.

Evoquons aussi les menus pâturages de Ober et Unter Hellelen, sis sur les contreforts mitoyens, interlignes du Rhône et de la Viège. Ceux du haut, à la lisière de forêts magnifiques, déjà méridionales, s' approprient la gentille cabane du ski-club Visp.

Il semble cependant que ce sont ceux du bas qui possèdent le charme le plus prenant. Poésie de quelques prairies étrécies, isolées dans l' am éclairée des mélèzes, avec l' embrasement bleu du firmament et la nonchalante dérive des nuages. Deux, trois mayens et raccards délaissés, roussissent au soleil et, tout à côté, le jaune desséché d' une parcelle de blé docilement ployée sous la ventilation tempérée de l' air.

Vis-à-vis, la permanence suprême du Bietschhorn. Intégrale, la gigantesque orfèvrerie de son versant sud rutile de l' aridité chinée de milliers de ciselures tavelées de patine et de rouille.

Insensiblement, l'on se hasarde à concevoir que ce pôle irradie à ce site le magnétisme de sa splendeur.

Lorsque les teintes de la douceur du soir incorporent le ton délicat des fleurs et que la solitude devient sensible, ce pressentiment s' exhausse jusqu' à la lucidité. Alors, l' esprit de ceite pensée d' Angelo Gatti est perceptible: « Une œuvre d' art est grande, qui, tandis que tu la regardes ou l' écoutés, transfigure l' atmosphère de telle sorte que tu restes seul avec elle sur la terre. » Plus tard, lorsque nous regardons, avec un contentement enfantin, le jouet du train du Lötschberg, couper éphémèrement de ses minuscules lumières le pan enténébré du thalweg, nous cherchons encore vers l' infini crépusculaire la surélévation du Bietschhorn.

Le recueillement serein de la nuit en a estompé l' image, mais éternel subsiste dans l' immensité de l' obscurité, toujours diaphane, son linéament sublime.

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