Arête N. de la Pointe de Mourty

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Par Jean Martin

Avec 1 illustration ( 54Lausanne ) Il est 8 heures ce matin de juillet 1944 quand nous quittons la cabane Moiry pour mettre à exécution un projet qui nous tient à cœur, l' arête N. de la Pointe de Mourty.

Lors d' un précédent passage, après avoir accompli la série des ascensions classiques de la région: Aiguilles de la Lex, Couronne de Bréonnaz, Grand Cornier, cette traversée nous avait tenté. Nous avions dû y renoncer faute de temps. Arrivés le jour précédent à la cabane, le gardien Jean-Baptiste nous avait encore poussés à exécuter notre projet, cette arête ne s' étant, paraît-il, pas refaite depuis une vingtaine d' années. C' est donc trois alpinistes impatients de connaître cette voie peu fréquentée qui s' engagent ce matin-là sur le pierrier descendant au Glacier de Moiry. Le brouillard matinal n' est pas encore balayé. Mon compagnon et moi avions été le jour précédent reconnaître le parcours, et nos traces nous facilitent le début de l' ascension. En effet, pour atteindre la base de l' arête rocheuse proprement dite, il faut traverser une partie de la chute du petit glacier descendant du cirque Pointe de Mourty-Tsa de l' Ano. Forts de nos observations de la veille, nous gagnons rapidement, en crampons, la base rocheuse de l' arête, en évitant son premier contrefort que nous laissons sur la gauche.

Au début la varappe est facile, mais la roche délitée offre peu de prises sûres; toutefois, après une centaine de mètres, les gendarmes qui maintenant se succèdent sur l' arête sont de beau granit. Notre plaisir va en augmentant, d' autant plus que le soleil a percé la couche de brouillard et chauffe agréablement le rocher. La route à suivre est facile à trouver, les gendarmes se traversent ou se tournent sans grandes difficultés.

Avant d' arriver au point où le premier plateau du glacier rejoint l' arête, celle-ci est barrée par une grosse tour noire et rébarbative, notre chef de cordée s' engage dans la face, mais les dalles se succèdent et au bout d' un moment il doit passer sur le versant Est pour pouvoir terminer la grimpée. Encore quelques dentelures, et nous sommes au col, où nous rejoignons la route normale du sommet. Un moment de repos et nous abordons la dernière étape; à 14 h. 30, soit six heures et demie après avoir quitté la cabane, nous touchons le sommet. A une vigoureuse poignée de main succède le tour d' hori, plaisir toujours nouveau, mais les nuages nous cachent une partie du paysage, les cimes se découvrent juste un instant pour disparaître aussitôt.

Après un dernier regard à tous ces beaux sommets qui nous environnent, sommets qui nous rappellent de belles aventures, vécues où à vivre, de ces aventures de neige, de brouillard, de rochers verglacés ou au contraire de roches tiédies par le soleil et de ciels sereins, nous nous encordons à nouveau pour attaquer la descente. Notre projet initial était de suivre l' arête S.E. jusqu' au Col des Rosses pour rentrer à la cabane par le plateau supérieur du Glacier de Moiry, mais à la perspective de la « pataugée » qui nous attend sur le névé ramolli, nous préférons quitter l' arête après une vingtaine de mètres et descendre directement la face Est. Cette face, haute de 150 mètres environ, se compose de petites dalles et de couloirs caillouteux sans aucune difficulté, mais où la meilleure place est celle de dernier de cordée. Le seul charme de cette paroi, et ce charme est grand, ce sont de belles touffes aux couleurs vives, androsaces, myosotis nains, anémones glaciaires piquées çà et là dans le rocher aride et revêche. Dans ce monde de roc et de glace, la nature a quand même voulu la note gaie qui charme les yeux. Mais la rimaye qui barre notre descente nous ramène rapidement à des idées plus terre à terre, celle-ci offre un passage facile, et quelques minutes après nous arrivons en « rutchant » sur le plat du glacier. Notre retour à la cabane s' effectuant par des chemins connus, est sans histoire. Deux heures et demie après avoir quitté le sommet nous arrivons à Moiry, enchantés de notre ascension.

En conclusion, cet itinéraire présente de multiples agréments: l' avantage de pouvoir quitter la cabane assez tard le matin, une marche d' approche réduite au minimum, pas de fastidieuse traversée de glacier, c' est à mon avis la route la plus captivante pour la Pointe de Mourty.

Les temps indiqués par notre récit sont largement comptés, et je ne doute pas qu' ils puissent être abaissés.

Il est certes très étonnant que cet itinéraire ne soit pas plus connu. De difficulté moyenne, cette arête, je l' espère vivement, procurera aux nombreux touristes de ce beau vallon de Moiry le même plaisir que nous avons ressenti si vivement.

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