Bombes volcaniques gigantesques au Mexique

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Chlaus Lötscher, Littau

La Sierra de Ameca s' élance au-dessus de la plaine en volcans symétriques. Leurs forêts ont des reflets verts tirant sur le noir. De petites vallées coupent les pentes. Sur la sécheresse jaune des champs de mais moissonnés, le soleil brûle. Où pâture le bétail brun, blanc ou tacheté flottent des nuages de poussière brune.

J' atteins le petit village d' Ahualulco de Mercado par une bonne route asphaltée. La rue est maintenant inégale, avec beaucoup de boue. Des hommes sont assis dans l' ombre des arbres, au bord du Zócalo, ou bien ils se blottissent le long des murs, leur chapeau de paille de mais blanc rabattu sur le front, tandis que des femmes portent toutes sortes de fardeaux dans des corbeilles ou des draps, remorquant invariablement le dernier-né de leurs rejetons sur leur dos, dans une pièce d' étoffe attachée à leurs épaules. Des chiens errent. Deux ivrognes sont couches dans la poussière de la rue, devant l' estaminet, cuvant leur vin. Un jeune homme et une femme poussent deux ânes charges de paille de mais, qui tricotent précipitamment des pattes.

Quelque part ici, d' un coin de ce village, la route doit conduire au hameau de Tiro Patria, à partir duquel, d' une manière quelconque, on peut atteindre la vieille mine d' argent abandonnée de Piedra Boia; et là-bas, dans les forêts voisines, on doit trouver les Piedras Bolas, ces bombes gigantesques de plusieurs mètres de diamètre, merveilles volcaniques naturelles pour l' amour desquelles je suis venu dans cette région isolée et pourtant fascinante.

Le chemin que je parcours en ce moment doit avoir été une route bien pavée, dans les années trente, alors que la mine était encore en exploitation. Mais aujourd'hui!... Maintes fois le châssis de ma Volkswagen rade le sol. Un satané nuage de poussière tourbillonne par-derrière, enveloppant lentement les murs de pierre, les buissons, les arbres. A plusieurs reprises je crains que ma voiture ne reste suspendue sur les dos raides de ces ondulations. Puis c' est le bétail qui de nouveau encombre la route, tout en écarquillant sur moi ses yeux mornes. Des paysans, avec des bêtes de somme lourdement chargées de bois ou de paille, me font des signes de tête étonnés. Je ne puis pas réprimer tout à fait le sentiment de n' être pas à ma place ici. Une barrière obstrue le chemin. Trois gamins, qui poussent en criant des vaches dans un enclos, prêts à coopérer avec moi, me la font glisser de côté. Le chemin se prolonge désormais près des escarpements de la Sierra de Ameca, et conduit en courbes faciles vers une petite vallée. Je crois toujours que je ne vais plus rencontrer d' êtres humains, et voilà que la route est de nouveau bordée des petites cabanes de modestes ranches. Des enfants jouent dans des avant-cours clôturées; des ports, des dindons grattent une terre cent fois foulée; des chiens aboient; des ânes, des mulets somnolent à l' ombre des arbres. Tout est si loin de toute civilisation, si abandonné, retiré, en marge du monde... mais combien libre de toute contrainte, de toute tracasserie!

Le chemin s' engage tout à fait dans la vallée. Il devient étroit, sombre, presque une gorge, s' ouvre de nouveau un peu: une minuscule rivière, presque sans eau, des pentes douces, boisées, sèches. Solitude parfaite! Puis apparaît Tiro Patria, composé d' une dizaine de cabanes au peuplement humain et animal — un monde en soi. Juste devant moi, une petite caravane de mulets a atteint la dernière de ces cabanes et tourne pour entrer dans son avant-cour. Mon apparition provoque un peu d' effervescence: un étranger à Tiro Patria! Les gens, étonnés, me considèrent tout en déchargeant les mulets. Un petit feu fume dans l' avant. Je m' avance vers eux. Menaçant, le dindon gonfle ses plumes et piétine nerveusement le sol. Je me renseigne auprès d' un jeune sur les Piedras Bolas, les « boulets de pierre ». De la main il me montre un dos montagneux, et il estime qu' on ne peut parvenir là-haut qu' avec des caballos ( chevaux ). Pourquoi pas? pensé-je à part moi, et je me réjouis déjà intimement de ne pas devoir y aller à pied par cette chaleur.

Entre-temps le jeune homme qui déchargeait les mulets s' est approché, ainsi que deux femmes dont l' une semble être la mère de famille. Tous palabrent quelque peu à mon sujet; je ne peux guère intervenir, car mon espagnol se compose plutôt de bribes d' italien et de latin, et je ne puis comprendre la langue chantante et mélodieuse de ces gens bien intentionnés. Mais personne ne m' en tient rigueur.

La plus jeune des femmes va chercher dans la maison quelques photos et un article sur les Piedras Bolas ( dans le National Geographic Magazine ), article que je connais parfaitement et que j' ai en photocopie dans ma poche. Le jeune homme, qui s' affaire de nouveau autour des mulets, juge qu' il est déjà bien tard pour continuer la route à cheval aujourd'hui encore. Mais moi je n' ai pas la possibilité de leur heureux manana, ce fameux et vague « Demain, on verra... », car mon temps -je le regrette - est strictement mesuré: je dois poursuivre ma route tout de suite, et d' ailleurs l' après n' est que tout juste entamé. Je veux savoir pour finir combien de temps on met à cheval pour aller là-haut. Je dois compter deux heures, répond le jeune homme.Voilà qui ne va pas si mal: d' après leurs hésitations j' ai calculé bien plus largement. Sur le prix nous nous sommes rapidement mis d' accord: deux « chevaux », car il m' accompa et me servirait de guide. Je reviens à ma voiture, suspends ma caméra à l' épaule et fourre une bouteille d' eau dans mon sac. Mon guide pendant ce temps a sellé les deux mulets blancs qu' il vient de décharger. Lui aussi se munit d' une « bouteille » d' eau, une calebasse évidée, à deux panses. Les selles sont de bois, revêtues de cuir richement travaillé. De longues et fines bande-lettes de cuir pendent par-derrière comme des fils. On s' en sert pour stimuler l' animal en lui en donnant un petit coup sec sur la croupe.

Nous voici partis, à dos de mulet. Mon guide, un maigre garçon aux cheveux d' un noir de poix et au visage basané, présente des traits indiens caractéristiques. Il me précède. Tout d' abord il longe un moment la petite rivière, puis bientôt tourne carrément vers le flanc de la montagne, où le sentier raide grimpe et se tord en multiples lacets. Méchant pays pour nos braves bêtes! Des éboulis que cachent des feuilles roulent sous leurs sabots. Bientôt les mulets halètent à un rythme rapide, si bien que nous leur accordons de courtes pauses pour leur permettre de reprendre haleine.

La forêt n' est pas très épaisse, mais d' agaçants buissons aux longues épines me déchirent les bras jusqu' au sang, me fouettent et m' égratignent le visage. Parmi les pins, les chênes et les acacias s' érigent des cactus hérissés de piquants. Ici s' étale un agave isolé aux longues feuilles pointues, dont le suc sert à faire la fine eau-de-vie de Tequila. Du haut d' un monticule le regard plonge librement dans la vallée. Mon guide me désigne de la main, sur son autre versant, les vestiges d' une ancienne mine — il y en eut plusieurs dans cette région, jusque pendant les années trente. Les mines et l' argent attiraient, bien sûr, aussi beaucoup de bandits dans cette contrée, et il était alors dangereux de s' aventurer hors des zones de sécurité. C' est pourquoi, à cette époque, seuls quelques paysans indigènes savaient l' existence des bombes de pierre connues aujourd'hui, et seuls les boulets qui se trouvaient juste à l' entrée des mines étaient connus des étrangers... Oui, un pays idéal pour des bandits avec des coïts rapides, de bons fusils et des petits chevaux coriaces!

Courageusement les mulets luttent pour s' élever sur la croupe montagneuse le long de laquelle court le sentier. Je suis content pour nos bêtes fatiguées qu' il devienne un peu plus facile et que sa pente s' adoucisse. D' ici en haut le regard file au loin sur la plaine qui, en janvier déjà, est complètement sèche et où le bétail pâture dans des éteules de mais jaune-brun.

En travers du dos de montagne que nous suivons s' en étend un deuxième qui, légèrement au sud, culmine en un volcan pointu. Ces gigantesques bombes de pierre sont-elles nées des cendres de ce volcan? Je suis maintenant très curieux de voir enfin les premières de ces bombes. Tandis que nous allons bientôt fouler le dos de la montagne sur lequel se détache le sommet du volcan, voilà que je découvre sur la crête, s' élevant librement dans le ciel, le premier boulet de pierre. A vrai dire, il est déjà bien rongé par les intempéries, et cependant fascinant. Le sentier passe juste à côté, et mon guide, pourtant assis sur son mulet, atteint à peine la hauteur du boulet. Immédiatement derrière, dans une légère dépression de l' autre versant, il y en a encore plusieurs, la plupart à demi enterrés. « Ce sont de petites bombes », juge mon guide qui, courbant la tête sous des arbres, continue à descendre jusqu' à l' endroit où se trouvent des douzaines de boulets gigantesques. Leur vue me remplit d' enthousiasme. De puissants ballons de jeu pour des dieux plus puissants encore! N' est pas cela? Des dieux pour qui des hommes construisirent des temples pyramidaux aux dimensions de la Pyramide du Soleil à Teotihuacân. Des toits de ces temples, comme il s' en dresse encore fièrement dans le ciel de Tuia, il a fallu des Atlantes pour les porter. Ces puissantes divinités ne pouvaient-elles pas manipuler des boules de pierre telles que celles-ci?

Mon compagnon attache les mulets à un arbre. Je me promène parmi ces bombes. Certaines sont d' une rondeur exceptionnelle, proche de la perfection, tandis que d' autres sont plutôt en forme de poires, ou bien crevassées par le vent, la pluie, le soleil, ou bien fendues pour avoir dévalé la pente.

A la science ces bombes ont propose une intéressante énigme. Après les anthropologues, les géologues ont essayé de percer le mystère de leur existence. L' anthropologue américain Matthew W. Stirling avait découvert à Costa Rica des bombes semblables et a pu démontrer, pour celles de granit, qu' elles avaient été façonnées par la main de l' homme. Le granit en était ciselé jusqu' à une rondeur parfaite, avec des diamètres de quelques centimètres jusqu' à plus d' un mètre. Un ancien ingénieur de la mine de Piedra Boia, Ernest Gordon, lut un article de Stirling et lui signala alors sa découverte dans la Sierra de Ameca. Ils se rendirent ensemble jusqu' à ces gigantesques et mystérieuses boules de pierre, et Stirling commença à les examiner avec soin ainsi que leurs environs. Il commença des fouilles archéologiques, à quoi l' aidèrent des hommes de Tiro Patria et d' Ahualulco de Mercado. Ceux-ci cependant trouvaient par trop bête de déterrer des pierres et ils demandèrent à Stirling la raison de ce travail ici, tandis qu' il gisait encore des douzaines de ces boules sur le dos de la montagne. Stirling en fut surpris. Il avait déjà conjecture qu' il devait s' agir là d' une formation naturelle, car lors des fouilles on n' avait mis à jour aucun ustensile, outil ou vestige d' aucune sorte. Stirling se fit donc conduire par des paysans au site indiqué et, lorsqu' il vit cette accumulation de boulets de pierre, il lui devint tout à fait évident que des mains humaines n' auraient pu les avoir créés. C' était donc à un géologue de découvrir le mot de l' énigme.

En mars 1968, le géologue américain Robert L. Smith lança une expédition scientifique, et il réussit à résoudre le problème en un temps vraiment record. Dans l' Etat américain du Nouveau-Mexique, il avait déjà auparavant examiné des boulets de pierre, d' un diamètre n' excédant pas toutefois soixante centimètres. Il avait établi que la matière dont ils se composaient était de l' obsi vitrifiée, d' origine volcanique. Il constata que les boulets volcaniques du Mexique étaient faits du même minéral. Il en déduisit que, comme ceux du Nouveau-Mexique, ils s' étaient formés dans des dépôts très épais de cendres volcaniques. A la structure géologique de la région, Smith reconnut qu' une faille volcanique s' était produite là il y a quarante millions d' années environ, et il présuma que les boules s' étaient constituées par cristallisation sous de hautes températures. Les cendres, à son avis, auraient été composées pour 75 à 80% de verre entre 550 et 750 degrés. A de telles températures et en se refroidissant lentement, une cristallisation de ce verre serait possible. Celle-ci commence par de nombreux petits noyaux qui, lorsque le mouvement se poursuit vers l' extérieur prennent une forme sphérique. La chute de la température provoque l' arrêt du phénomène. La cendre qui a recouvert ces boules, s' étant proportionnellement attendrie et allégée, a subi l' érosion du temps. C' est ainsi que ces boules, reparues à la surface du sol, sont aujourd'hui visibles comme des merveilles de la nature. Mais, en dépit d' analyses minutieuses, il n' a pas été possible jusqu' ici de démontrer ce processus expérimentalement en laboratoire.

C' était la solution du problème: hommes et dieux en étaient éliminés.

Et cependant... tandis que je grimpe çà et là parmi ces bombes, mon imagination se donne libre carrière. Elle descend d' un pas léger dans les forges ardentes que sont les volcans. Je vois les Cyclopes, ces puissants ouvriers des dieux, derrière leurs foyers bouillonnants, extrayant du feu boule après boule pour servir de jouets aux Géants. Les anciens Indiens du Mexique ne connaissaient-ils pas aussi d' étranges jeux de balle avant que les Espagnols ne détruisent leur culture? On devait, à travers des anneaux de pierre, frapper du coude ou de la cuisse des ballons de caoutchouc. Et, si l' issue du jeu était la mort, on donnait en gage aux dieux la vie des perdants.

Pendant ma méditation, mon compagnon s' est assis sur une boule plus petite qui ne sort du sol qu' à moitié. Je m' approche de lui et lui donne à entendre combien ces boules de pierre géantes me fascinent. Oui, me répond-il, et de ces boules il n' y en a qu' ici, et plus nulle part ailleurs dans le monde.

Nous avons à peine parle pendant la montée, mais maintenant une conversation animée va bon train entre nous, dans la mesure où mes pauvres connaissances de l' espagnol le permettent - mais une mimique et une gesticulation d' autant plus expressives y suppléent. Mon compagnon s' ap Pedro et il a seize ans. Son père est mort. Il vit avec sa mère et ses frères et sœurs, toujours à Tiro Patria, dans i' humble cabane de glaise au toit de chaume et la pièce unique, avec une grande famille qui doit être étroitement unie pour pouvoir subsister dans une contrée aussi pauvre. Avec un rire embarrassé, il reconnaît qu' il n' est encore jamais allé à Guadalajara, la plus grande ville des environs, qui se situe à 80 kilomètres à l' est. Jusqu' à maintenant, sa vie ne s' est déroulée qu' ici, dans les villages proches, protégé par la famille dont il partage d' ailleurs aussi les responsabilités.

.'91 Au bout d' un moment, nous enfourchons de nouveau nos montures reposées et nous descendons vers la vallée. Pedro me pose encore beaucoup de questions sur notre campement, et il est contrariant pour moi de ne pouvoir répondre assez clairement à toutes ses demandes. Un léger souffle d' air effleure doucement le dôme de notre sommet, et lorsque, dans la profondeur, je reconnais les huttes de Tiro Patria, elles sont déjà dans l' ombre.

La descente est à deux endroits si difficile pour nos mulets que nous mettons pied à terre pour les conduire à la bride. Ils connaissent le chemin et n' ont pas besoin d' être guides. Pedro me demande enfin si je suis marié. A ma réponse négative, il pense que je dois certainement habiter chez mes parents. Comme je lui apprends qu' ils sont décédés depuis quelques années, il songe avec un sourire compatissant: « Alors, te voilà tout seul au monde! » Quand nous avons atteint Tiro Patria, Pedro s' empresse de desseller les mulets trempés de sueur. Son frère cadet conduit les bêtes assoiffées à l' abreuvoir. La mère et la sœur de Pedro me saluent par-dessus la barrière de l' avant. Le plus petit — trois ans à peu près - embrasse Pedro par la jambe de son pantalon.

Entre-temps la vallée s' est passablement assombrie, et la fraîcheur du soir fait s' envelopper les gens dans leurs ponchos et dans de chaudes couvertures. Outre la somme convenue, je verse encore à Pedro un confortable pourboire. Je salue les femmes et, en partant, je serre la main de Pedro, dure comme du cuir et déjà ridée.

Départ! Dans le rétroviseur, je vois comme les femmes me suivent des yeux par-dessus la barrière, pendant que Pedro, seul et immobile sur la route, me regarde longuement... jusqu' à ce qu' une courbe du chemin me dérobe sa sympathique silhouette.

Je m' enfonce dans la nuit, tandis que Pedro s' assied sans doute dans sa cabane, devant le feu, au sein de sa famille.

Traduit de l' allemand parG.W.

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