Campanile di Corneia

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Avec 2 illustrations ( nos 113, 114).Par Hans Bernhard.

( Première ascension. ) A la tombée de la nuit je quitte Soazza, petit village pittoresque du Val Mesocco, dans le but de gagner l' alpe di Corneia, où ma patrouille m' avait déjà devancé de grand matin.

L' atmosphère du soir est lourde et suffocante! aussi, aussitôt quittés des lieux civilisés, je me débarrasse de tout le superflu pour le serrer dans mon sac. Ainsi allégé, je monte le sentier escarpé qui traverse la gorge du Val de la Forcola. Les lumières vacillantes de Soazza me tiennent encore compagnie, mais bientôt je me trouve plongé dans l' obscurité de l' épaisse forêt. Il règne silence absolu; par-ci par-là seulement un bruissement dans les taillis. La lune se dissimule derrière d' épais nuages, de sorte que j' avance plutôt à tâtons sur l' étroite piste. Peu avant minuit j' arrive au bivouac, où mes soldats m' avaient préparé du thé.

A la pointe du jour nous sortons de notre tente en rampant; une longue journée nous attend! Il s' agit, une fois notre tâche de patrouille accomplie, de tenter l' escalade du Campanile di Corneiax ), massive tour de granit, haute de plus de 100 m ., qui se dresse abrupte sur l' arête sud-ouest du Pizzo Campanile. Déjà lors de la dernière patrouille dans cette région, ce roc hardi avait attiré mon attention. Et lorsque j' appris que ce gendarme n' avait encore jamais été vaincu, je pris la résolution de tenter cette ascension à une prochaine occasion.

Or, cette occasion se présentait aujourd'hui. Toutefois, il était difficile de trouver un bon camarade de cordée. Une enquête faite parmi mes hommes me révéla qu' aucun d' eux n' avait jamais fait de varappe, et je ne tenais pas à m' encorder avec le premier venu. La feuille de contrôle du corps me sortit d' embarras. Sous la rubrique des professions je remarquai un couvreur! Cet homme me sembla offrir la meilleure garantie comme n' étant point sujet au vertige, et mon choix s' arrêta sur lui.

Partant du Passo di Lendine, nous faisons d' abord le tour du Campanile pour en découvrir le côté faible qui me paraît être la paroi sud. Par des bandes de gazon et d' éboulis, nous arrivons assez facilement au pied du gendarme.

CAMPANILE DI CORNEIA.

Je chausse alors mes espadrilles de varappe et j' abandonne à mon couvreur mes souliers de montagne à semelle de vibrarne. Il ne se sent plus très à son aise. Il contemple constamment le haut de la paroi qui se dresse presque verticalement devant nous, et il est d' avis que faire de la gymnastique sur un toit est. une entreprise bien moins risquée. On y trouve en effet de temps à autre au moins un crochet pour se cramponner si l'on vient à glisser. Et comme pis aller, en dernière ressource, il y a toujours encore les gouttières qu' un couvreur habile peut généralement attraper en passant.

Par des marches abruptes, en partie dallées, nous montons de deux longueurs de corde dans la paroi jusqu' à une fente bien marquée, genre cheminée, qui se dirige vers le sommet à travers la moitié supérieure de la paroi. Une varappe de difficulté moyenne, mais toujours exposée, me permet d' avancer de toute la longueur de la corde, et j' enfonce un piton pour que mon compagnon puisse me rejoindre. Je constate avec satisfaction qu' il ne grimpe pas du tout mal. Le contrôle du corps semble donc avoir eu son utilité.

Consolidé au piton, mon camarade me donne de nouveau une longueur de corde, ce qui m' amène jusque sous la structure du sommet où la paroi est légèrement en retrait. Par précaution j' enfonce là un autre piton qui est fixé si solidement que mon compagnon, qui n' est arma que d' une pierre, n' arrive pas à l' enlever pour le prendre avec nous. Je suis donc force de lui lancer mon marteau au moyen d' une corde à mousqueton. D' un élan magnifique le marteau glisse en bas la pente; malheureusement, cet élan dépasse la force de résistance de la lanière: d' un élan encore plus majestueux le marteau file rapidement plus loin, et cet objet qui, au cours de tant de varappes m' avait fidèlement accompagné, disparut dans l' abîme.

Arrivé au sommet, je suis récompensé par la constatation que nous sommes véritablement les premiers sur cette tour rocheuse. On n' y trouve ni « steinmann » ni ces boîtes à sardines qui sont la grande désillusion des « pionniers ».

N' ayant pas sur nous de livre de cimes, nous devons avoir recours à la tâche plus pénible d' ériger un steinmann imposant. Cependant celui-ci présente l' avantage de faire constater aux armaillis de l' alpe en dessous — qui, incrédules, avaient secoué la tête lors de notre départ — que notre entreprise avait réussi.

Après une courte halte nous nous disposons à descendre. La descente doit s' effectuer par la paroi nord. La corde de 40 m. est rapidement fixée, et nous nous félicitons de ce qu' une marque faite l' an dernier déjà à ma corde toute neuve au moyen d' une bonne couche d' encre de Chine en indique le milieu de façon précise.

La méthode de descente avec boucle et mousqueton semble causer un plaisir sensible à mon couvreur. D' abord avec quelque hésitation, puis toujours plus lestement il se laisse glisser. Je le suis et la corde est retirée sans difficulté. Sur une certaine distance nous pouvons faire un peu de varappe en descendant, puis vient une partie de paroi lisse et verticale, dernier emplacement où nous pouvons utiliser la corde. L' extrémité de la corde atteint tout juste la rampe d' éboulis qui se trouve en dessous et qui, plus bas, aboutit à un profond couloir de rocher. Nous sacrifions un piton et, bientôt, mon camarade pose le pied sur un sol sûr, d' où il peut contempler ma descente à son aise et comme d' une loge. A cet endroit classique j' entends lui démontrer « la haute école de l' art de descendre à la corde » et, en quelques sauts téméraires, dévaler de toute la longueur de la corde. D' un élan vigoureux je m' éloigne de la paroi, et déjà quelques mètres plus bas mon corps est pris par le freinage du mousqueton. Rapidement je gagne de la profondeur par quelques bonds formidables. Aussitôt cette rapide démonstration touche à sa fin. De nouveau je m' éloigne de la paroi et je freine. Déjà je ressens la légère poussée qui, d' un mouvement de pendule, rapproche mon corps de la paroi, mais avant que l' élan soit entièrement absorbé, j' entends un bruissement aigu et la corde autour du mousqueton rebondit vers le haut comme un élastique, en effleurant presque mon visage. Avant que je puisse saisir ce qui s' est passé, je suis projeté à la renverse dans les éboulis immédiatement à côté de mon spectateur bouleversé. De là, en un soubresaut effrayant, je suis lancé contre le couloir. Par un mouvement instinctif, je réussis, en étendant les bras et les jambes, à convertir le roulement du corps en une glissade, de telle sorte que, à moitié étourdi, je m' arrête tout juste avant le précipice tout en bas sur la dernière bande d' éboulis. Mais ce n' est pas tout; du fait que mon camarade, peu désireux de servir de place d' atterrissage, a fait un brusque bond de côté une pierre de dimensions respectables se détache et, en sauts énergiques, se dirige tout droit sur moi. Quoique je me sente défaillir, je rassemble une dernière fois toutes mes forces et, me levant d' un bond, je me tire de côté en vacillant. Néanmoins la pierre m' atteint à la hanche et m' étend de nouveau dans les éboulis. C' en est assez! Je sens que les forces m' abandonnent et je recommence à glisser lentement. Mais en quelques sauts mon compagnon se trouve à mes côtés et m' assure. Alors seulement, tranquillisé, je puis me laisser aller à l' évanouissement. Une obscurité bienfaisante m' entoure. Un dialogue à haute voix me fait revenir à moi: les hommes de ma patrouille ont, de loin, suivi du regard notre descente. L' un d' eux nous hurle: « Qu' y a-t-il? » Ayant mal compris la réponse de mon compagnon, ils crièrent: Attends, nous apportons une boîte de pansements! » Malgré les violentes douleurs que je ressens sur diverses parties de mon corps, je ne puis m' empêcher de rire de ce que mes soldats sont si bien disposés à l' égard de leur premier-lieutenant, affligé d' une fracture de la nuque! En réalité, il s' en fallut de peu que je n' eusse vraiment plus besoin de pansement.

L' examen de la corde nous permit de constater qu' elle s' était rompue précisément à l' endroit marqué à l' encre de Chine. L' acide contenu dans cette encre avait décomposé les fibres, ce qui avait affaibli la corde au point qu' elle ne pouvait plus résister à un effort tant soit peu accentué. Il est vrai que précédemment, dans un manuel d' alpinisme, j' avais lu qu' il valait mieux marquer le milieu de la corde d' un fil, au lieu de le faire à la couleur; mais jamais je n' aurais pu imaginer que cela pût affaiblir une corde à un tel degré. Cette chute m' a fourni une preuve impressionnante tout en me donnant une leçon aussi douloureuse qu' utile. Jamais plus je ne m' attacherai à une corde marquée à l' encre de Chine, fût-elle peinte avec

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