Christoph Jetzier et les Alpes

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Par G. R. de Beer

Le XXVIIe annuaire du Club Alpin Suisse ( 1892, page 366 ) contient un article de K. Henking sur Christoph Jetzler et le monument au Säntis qui rappelle sa mort en 1791 à la suite d' une chute sur cette montagne. Car Jetzler doit compter parmi les fervents des Alpes. Savant, il avait perfectionné un baromètre de voyage 1 qu' il mit à l' épreuve au St-Gothard en 1765. Il fit aussi une tentative pas très sérieuse sur le Tödi, mais l' article de Henking fait erreur en plaçant cet essai en 1760; c' est en 1766 qu' il eut lieu. Le récit en est contenu dans une lettre que Jetzler écrivit de Grandson le 14 mars 1771 à Johann Heinrich Lambert 2. Il faut se rappeler que Jetzler était un original, souvent méconnu de ses concitoyens de Schaffhouse où, de 1766 à 1769, il exerça les fonctions d' ingénieur municipal. Ulcéré par les malentendus et la résistance qu' on portait à ses projets, il quitta sa ville natale et alla demeurer chez Samuel-Rodolphe Jeanneret à Grandson.

Dans la lettre qu' on va lire, où la « tentative » au Tödi est décrite, il est question de son expédition de l' année précédente au St-Gothard et des observations barométriques et thermométriques qu' il y a faites. Ce travail a 1 « Beschreibung eines bequemen Reise-Barometers », von Christoph Jetzler von Schaffhausen. Abhandlungen der Naturforschenden Gesellschaft in Zürich, Dritter Band, Zürich, 1766, 383-398.

2 J. H. Lambert, Deutscher gelehrter Briefwechsel, Berlin, 1782-1787, II, 209-222. H. Lambert ( 1728-1777 ) de Mulhouse, s' était aussi occupé de problèmes d' altitude.

été presque complètement ignoré. On n' en trouve aucune mention par exemple dans l' ouvrage de Jean-André De Luc 1. Je traduis de l' allemand:

Christoph Jetzler à Johann Heinrich Lambert Grandson, le 14 mars 1771.

« Vous aurez appris, Monsieur, par Monsieur le Professeur Sulzer 2, les raisons pour lesquelles j' ai à m' excuser de ne vous avoir pas écrit depuis si longtemps. En 1766 je vous écrivis que je comptais faire un petit voyage en Suisse et me rendre à Pfeffers. Ensuite vous eûtes la bonté de me dire que je vous rendrais un service en vous communiquant mes observations barométriques et thermométriques. De même vous me demandâtes des renseignements sur la façon dont les tonneliers fabriquent les tonneaux ovales. C' est ce que j' ai été en devoir de vous fournir jusqu' aujourd. Ma vie devint tous les jours plus difficile. Plus je continuai, plus fut chassé de ma tête tout ce qui s' appelle sciences, et les tracasseries journalières finirent par me rendre capable de rien. Mille fois je plaignis mon sort d' avoir à me débattre tous les jours avec et d' avoir à faire à des gens ignorants. Ma correspondance avec mes amis resta en panne; je ne pus songer à aucun livre. Bref, je méritai la sympathie.

« Sur la feuille ci-jointe vous trouverez mes observations barométriques. Vous constaterez que j' ai parcouru les pays de Glarus, d' Uri et des Grisons pour me rendre à Pfeffers. La pluie me retint plusieurs jours à Thierfeld en Glarus. Comme pendant ce temps il neigeait sur les montaignes, je fus empêché do monter plus haut sur le Tödiberg. Le Byfurten qui se trouve à côté et plus bas que le Tödiberg avait 5 pouces de neige fraîche. J' aurais beaucoup aimé gravir le Tödiberg, quoique le chasseur qui m' accompagnait me dit qu' il n' avait jamais été jusqu' en haut et ne savait pas au juste s' il était possible d' en atteindre le sommet. Ce Tödiberg est certainement la montagne la plus élevée de la Suisse, ainsi qu' on peut le constater depuis la Souabe et la Forêt Noire; et d' après ce que m' ont dit les chasseurs et les vachers et ce que j' ai pu conclure en l' examinant, le baromètre à son sommet doit se tenir en dessous de 19 pouces. Le glacier qui est à côté ou en dessous est une effroyable masse de glace, ce qui se voit à la hauteur du baromètre. Je ne pus également pas monter plus haut sur lui. Il aurait été impossible d' atteindre la hauteur à laquelle je parvins en montant en ligne droite; le chasseur me conduisit d' abord sur une autre montagne de laquelle je pus aborder le glacier à mi-hauteur.

« Il est impossible de se faire une idée juste de cette région sauvage; il faut la voir. Les autres montagnes où j' ai fait des observations se trouvent dans le Canton de Glarus du côté du Schächenthal. De même que l' année précédente j' ai fait des observations sur le Gothard. Comme j' ai été sur son sommet, ou son bras oriental le Stella 3, je suis en mesure de dire avec confiance qu' il est loin d' être la montagne la plus élevée de la Suisse. Quand 1 Recherches sur les modifications de l' atmosphère, Genève, 1772.

2 Johann Georg Sulzer ( 1720-1777 ) de Winterthur, célèbre mathématicien et physicien, et, comme Lambert, Membre de l' Académie de Berlin.

3 Nous présumons que Jetzler veut dire l' endroit désigné sur la carte Siegfried du nom d' Alpe della Sella. E. Pini dans ses Memoria Mineralogica ( Milano 1783 ) parle ( page 74 ) je fus sur ce sommet je vis du côté du Valais et du Canton de Berne plusieurs cimes qui le dépassaient de beaucoup en altitude. Une partie de la Furke est plus élevée de même que la Cima del Baduz. Il y aurait beaucoup à corriger dans ce que M. Gruner dit de cette région dans sa Beschreibung der Helvetischen Eisbergen 1. Il ne raconte que ce qu' il a entendu dire, car il n' a jamais visité ces parages. On se trompe surtout si l'on croit que ces montagnes sont couvertes de neiges éternelles qui ne fondent jamais. Là où les rayons du soleil la frappent elle fond, et elle ne reste qu' entre les rochers et dans les endroits où elle est toujours à l' ombre, quoiqu' elle y fonde aussi un peu par temps chaud. Les sommets de ces montagnes ne sont pas à un niveau assez élevé, partant froid, pour que la neige qui tombe du ciel y demeure. La neige qu' on y voit au mois d' août n' est que le résultat de la traînée du vent. Cette conclusion est d' ail suffisamment appuyée par le baromètre. Je crois que la neige ne fondrait jamais sur le Gothard s' il avait la hauteur que lui donne Michéli du Crest 2. Mais il est absolument impossible qu' il ait pu voir cette montagne depuis Aarburg; il a confondu avec le Gothard d' autres montagnes qui en sont éloignées. A la hauteur qu' il accorde à cette montagne il faudrait que le baromètre s' y tienne à moins de 15 pouces.

« Vous constaterez en outre que mon baromètre se tint plus haut que celui des capucins. Ceci est constant. Il enregistre constamment 2 lignes de plus que les autres baromètres contre lesquels je l' ai contrôlé. La cause m' en est inconnue. Que ce soit une conséquence de sa fabrication que je ne comprends pas, ou que ce soit dû à l' attraction du verre, ou bien qu' il y ait une différence entre les mercures, je voudrais beaucoup le savoir. J' ai pris le mercure le meilleur et le plus raffiné que j' ai pu trouver à Schaffhouse. Il en résulte qu' avec un autre baromètre on aurait trouvé la hauteur du baromètre sur le Gothard ou le Stella de 20 pouces 3 lignes.

« Je descendis à Airolo dans le but de me rendre de là à la source du Rhin Postérieur. Mais personne ne voulut avouer qu' il en connût le chemin; on me dit d' aller jusqu' à Bellinzone. Mais comme j' avais déjà été retenu longtemps par la pluie et que mon intention était de prendre les eaux de Pfeffers, je rebroussai chemin jusqu' à Urseren et de là j' allai à Disentis et puis à Pfeffers. » Suivent des précisions sur les observations faites à Pfeffers et un rapport sur la construction des tonneaux ovales. Nous ajoutons la table des observations de Jetzler en ne tenant compte que des barométriques et thermométriques.

Observations météorologiques de M. Jetzler au cours d' un voyage dans les Pays de Glarus, Uri, et des Grisons, en juin, juillet et août, 1766.

Hauteur du baromètre Hauteur du thermomètre Le 29 juin à Glarus

26 " 7% ' "

9 3/430 " à Thierfeld, chalet de paysan à une heure de Linthal au fond de la vallée

25 " 6 1/2 ' "

6° de la Sella comme d' une des cimes du St-Gothard. Par contre G. K. C. Storr ( Alpenreise, Bd. 2, S. 58, Leipzig 1786 ) proteste que son nom véritable est Stella. J. G. Andreae ( Briefe aus der Schweiz... Zürich 1776, S. 124 ) en citant le travail de Jetzler parle de la « Stolle ».

1 Fort mal traduite en français par M. de Kéralio sous le titre Histoire naturelle des glaciers de Suisse, in-4°, Paris, 1770.

2 Prospect géométrique des montagnes neigées dites Gletscher... Augsbourg 1755.

Hauteur duHauteur du baromètrethermomètre Le 1« juillet au même endroit 25 " 6 1/27° » 5 » au même endroit 25 " 9 1/32 2/3° » 5 » sur la Panten-Bruck 25 " 3 2/31 1/3° » 5 » sur la Sandalp qui est du côté du Tödiberg 24 " 3 1/20° » 5 » sur le glacier en dessous du Tödiberg... 23 " 51 1/2 » 5 » sur le Byfurten à côté du glacier 21 " 5 1/22° » 5 » environ au milieu du glacier 22 " 21° » 5 » sur la Sandalp 24 " 30° » 6 » sur la Sandalp 24 " 2 1/33/4° » 6 » sur l' alpe Altenohren 23 " 8 2/35° » 6 » sur l' alpe Fiszmatten ( Fiseten ) 22 " 5 1/22 ». 6 » à la croix sur l' alpe Orthalden 22 " 11° » fi » à Ennert der Mark où le chemin conduit vers Uri 241 1/2 ° » 7 » au même endroit 24 " 11° » 7 » au Klausen sur le chemin du Schächenthal 22 " 51° » 7 » à Unterschächen 25 " 1 1/42° » 7 » à Schadorf ( Schattdorf ) 26 " 8 3/48° » 7 » à Graggerthal où se trouvent les mines d' alun de M. Ziegler de Winterthur ( Inschi ?) ...26 " 5 1/4 "

» 9 » au même endroit26 " 4 1/24° » 9 » au Pont du Diable24 "

» 9 » à Urseren... .23 " 102 1/2° » 10 » à Urseren23 " 101 1/4° » 10 » sur le Gothard chez les capucins21 " 11 1/3 ' "

» 10 » selon le baromètre et le thermomètre des capucins 21 " 104 "

» 10 » sur le Stella20 " 51° » 10 » de nouveau chez les capucins22 "

» 10 » de nouveau selon le baromètre et le thermomètre des capucins21 " 10 1/22 1/2° » 10 » à Airolo dans la Leventine24 " 6 1/25 1/2° » 11 » au même endroit24 " 6 1/24° » 11 » sur le Gothard chez les capucins21 " 112 1/4° » 11 » à Urseren23 " 83/4° » 12 » au lac de 1' Ober au pied du Crispait sur le chemin de Disentis22 " 10° » 12 » à Disentis24 " 6 3/42 1/2° » 13 » à Ilanz26 " 1 1/31 1/2° » 14 » à Reichenau26 " 54 1/2° » 14 » à Coire26 " 5 1/43° » 15 » à Zizers26 " 65 1/2° » 15 » à Pfeffers-Bad263° » 18 » à Pfeffers-Bad26 " l 3/41° » 18 » au haut de la falaise25 " 7 1/26 1/3° » 18 » en bas de la falaise, à la Tamina26 " 2 3/46 1/4° » 19 » à Cafen derrière Valentz en haut près des chalets22 " 10 1/34° » 19 » sur le sommet du Laufboden21 " 81° » 19 » à Valentz25 " 5 1/26 1/2° » 19 » à Pfeffers-Bad26 " 1 2/33° ( et cetera ).

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