Chronique himalayenne

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PAR G. O. DYHRENFURTH, RINGGENBERG/BE

Avec 5 illustrations ( 56-60 ) La série des chroniques himalayennes a été interrompue à la suite d' un grave accident que le chroniqueur eut lors d' une chevauchée nocturne à dos de chameau en Haute-Egypte. Deux années se sont écoulées. Il faut maintenant faire suite à la Chronique himalayenne de 1958 {Les Alpes, 4e cahier trimestriel, 1959 ), et en meme temps completer et prolonger jusqu' à l' automne 1961 mon livre paru entre temps, « Der dritte Pol » ( München: Nymphenburger Verlagshandlung 1960 ).

Je voudrais donc essayer de résumer les principaux événements qui ont pris place dans l' Hima durant les trois années de 1959 à 1961, et cela dans un ordre géographique qui corresponde à « Der dritte Pol ».

Region du Kangchendzönga 1° Au printemps 1959 une forte expédition francaise dirigée par Jean Franco prenait le Jannu ( 7710 m ) pour but. Une voie directe devait conduire du glacier de Yamatari à la pyramide sommitale par le bastion rocheux de « La Poire » et la terrasse de névé du « Tröne ». Mais une énorme avalanche balaya tout le versant SW - heureusement à un moment où il n' y avait encore aucune cordée sur la montagne. Sur quoi l' itinéraire fut immédiatement déplace vers Test, et il mena par un affluent de la rive gauche du glacier de Yamatari jusqu' au faite entre les bassins du Yamatari et du Yalung. Après une lutte très difficile, on établit le 11 mai un camp 6 à 7300 m. De ce nid d' aigle Guido Magnone et Robert Paragot attaquèrent l' arete SE du Jannu. Il fallut un jour entier à deux des meilleurs grimpeurs frangais pour gagner cent mètres de niveau. Pour franchir des dalles de granit imbriquées d' une raideur effrayante, il eüt fallu des douzaines de pitons, beaucoup de corde et beaucoup de temps, ce qui n' entrait plus en considération. Ils rentrèrent au camp 6 à 17 heures par la neige.

L' expedition avait tire ses dernières cartouches. Meme le butane, dont on avait grand besoin pour fondre la neige et cuire, se faisait rare. Il fallait pour cette fois se contenter d' avoir trouve une voie très difficile mais à l' abri des avalanches, et de l' avoir équipée jusqu' à 7400 m de 150 pitons à rocher et glace et de plus de 2000 m de cordes fixes - un tour de force. Une nouvelle expédition conduite par Lionel Terray devra emporter la décision au printemps 1962.

ReTerences: La Montagne, octobre 1959, p. 108-121. Groupe de Haute Montagne, Annales 1959, p. 1-7.

2° En automne 1960 on reparle du Kangchengyao ( 6889 m ), le sommet-frontière de la chaine de Dongkya dont le grand pionnier solitaire de l' Himalaya, Dr M. Kellas, avait déjà fait la première ascension en 1912. La reconnaissance que R. Iengar de Calcutta fit avec quatre Sherpas sur le flanc NE du Kangchengyao ne mena que jusqu' à 6250 m et n' obtint aucun résultat alpin ou topographique ä mentionner.

Reference: Himalayan Journal XXII, p. 75-83.

3° Le Talung Peak ( 7349 m ) qu' on voit bien de Darjiling est encore vierge. En mars et avril 1961 l' Américain Robert O. Lee y conduisit une petite expédition, mais n' attaqua pas serieusement. Reference: American Alpine Club News, n° 66, septembre 1961.

.Region de l' Everest 4° L' Ama Dablam ( 6856 m ) est une des montagnes les plus magnifiques du monde. Apres l' echec de 1958 ä l' arete SW, une expedition britannique conduite par H. Emlyn Jones fit une nouvelle tentative au printemps 1959, cette fois du bassin de l' Imja par l' eperon NE et l' arete N. Le matin du 21 mai 1959 on put observer la cordee J. Fräser montant du camp 5 en direction du sommet vers 6600 m. Puis la pointe se couvrit de nuages et on ne vit ni n' entendit plus rien des deux grimpeurs. II se peut qu' ils aient atteint le sommet et ne soient tombes dans la paroi NW qu' ä la descente. Le fait est que la recherche entreprise dans la combe NW de l' Ama Dablam n' eut aucun resultat.

References: Alpine Journal n° 300, mai 1960, p. 1-10. Groupe de Haute Montagne, Annales 1959, p.8-13.

5° En automne 1959 le Cho Oyu ( 8153 m ) qui passe pour un huit mille relativement facile etait de nouveau vise, cette fois par une grande expedition feminine internationale que dirigeait la celebre Mme Claude Kogan. Cette entreprise de quatre Frangaises, trois Anglaises, trois Nepa-laises, Une Beige et une Suissesse fit Sensation dans la presse. Le camp de base fut etablit ä 5600 m ä la mi-septembre, les seracs dejä connus entre 6600 et 6800 m ne prirent pas beaucoup de temps, et Mme Kogan, Claudine van der Straften et le Sherpa Ang Norbu occuperent le camp 4 ( 7100 m ) le 1er octobre, pour pousser vers le sommet. A ce moment le temps changea: une forte chute de neige survint avec une hausse de temperature. Le 2 octobre, malgre la tourmente, le sirdar Wangdi et le Sherpa Chhowang quitterent le camp 2 ( 6400 m ) pour porter secours au groupe de pointe isole. Au cours de cette tentative risquee ils furent pris dans une avalanche. Chhowang fut enseveli profondement. Apres deux heures d' une lutte desesperee Wangdi reussit ä se degager et il atteignit le camp de base la nuit suivante avec des gelures. Quand le temps s' eclaircit quelques jours plus tard, on put se rendre compte qu' une grosse avalanche avait aussi recouvert l' emplacement du camp 4. Le groupe de pointe a probablement ete surpris par la mort blanche sous tente. C' est ainsi que le « huit mille facile » a abattu deux des meilleures grimpeuses et deux Sherpas courageux. On ne devrait plus escalader les hautes montagnes durant la periode qui suit la mousson!

Reference: La Montagne, decembre 1959, p.174, fevrier 1960, p. 193-195.

6° La « Premiere expedition indienne ä l' Everest » s' organisa pour le printemps 1960. Gräce ä Nehru le gouvernement central de Finde en prit le financement ä sa charge; le coüt s' eleva aux environs de 350 000 francs suisses. Le chef etait le brigadier Gyan Singh, son second Keki F.Bun-shah de Bombay. L' expedition comprenait en tout 20 membres et 50 Sherpasavec 18 tonnes de materiel qui exigerent 700 porteurs - une des plus grosses expeditions himalayennes jusqu' ä ce jour.

Le camp 6 fut etabli le 9 mai au Col Sud, ä 7986 m; on retrouva lä le Journal du Dr Hans Grimm, de l' expedition suisse ä l' Everest de 1956. Une periode de mauvais temps et d' abondantes chutes de neige forcerent ä la retraite, et ce n' est que le 23 mai que le Col Sud fut de nouveau occupe. Le 24, par temps beau et calme, le camp d' assaut 7 fut monte ä 8400 m sur l' arete SE de l' Everest. De lä Sonam Gyatso, Nawang Gornbu et le capitaine Narandra Kumar firent le lendemain une tentative vers le sommet. Aux environs de 28 300 pieds = 8625 m, soit juste 140 m sous le sommet sud, ils s' arretaient: vent tres fort, froid mordant, epaisses aigrettes de neige, plus de visibilite:... retour! C' etait la crise, car le lendemain dejä, le 26 mai, la mousson arrivait avec la neige. Le 29 tous etaient heureusement de retour au camp de base.

Reförences: First Indian Expedition to Mount Everest. New Delhi: Caxton Press, 1960. Alpine Journal n°3O2, p. 15-27. Himalayan Journal XXII, p.3-12. Gyan Singh: Lure of Everest, Delhi 1961.

7° Au sujet de l' expédition concurrente, {'«Expédition chinoise de I960 à l' Everest », Pékin a communiqué ce qui suit: camp de base le 19 mars à 5120 m - évidemment dans la vallée de Rongphu et près de l' emplacement où les Anglais avaient coutume d' établir leur quartier général. Camps chinois 1 ( 5400 m ), 2 ( 5900 m ) et 3 ( 6400 m ) au bord ou sur le glacier oriental de Rongphu, tout près des emplacements des camps correspondants des Anglais, dont les altitudes étaient: 5480 m, 5930 m, 6400 m. Le camp 4 des Chinois au Col Nord ( ancienne cote 7007 m, nouvelle mensuration 6985 m ) est aussi à peu près identique au camp 4 des Anglais. Par contre on ne peut pas situer les camps supérieurs des Chinois avec précision: le 5 probablement vers 7600 m, le 6 vers 8100 et le 7 vers 8300 m. Ce dernier ne devait pas etre éloigné de l' épaule NE ( 8348 m ); le camp 8 ( vers 8500 m ) se trouve vraisemblablement aux environs de la « Première marche » de l' arete NE. Selon les nouvelles de Pékin ce camp d' assaut fut occupe le 23 mai. Le soir on y recut le dernier bulletin météorologique par signaux lumineux du camp 3: « beau temps pour le 24 ».

L' equipe de pointe se composait de Wang Fu-chu, Liu Lien-man, Chu Ying-hua et du Tibétain Gonpa. Il se mettent en marche le 24 mai à 9 h. 30, heure de Pékin. Le décalage entre Pékin ( longitude 127° E environ ) et l' Everest ( 87° E environ ) s' élève à 40 fois 4 minutes = 160 minutes* il n' est donc que 6 h.50, heure locale. La fameuse « Seconde marche », qui est un ressaut rocheux très abrupt de l' arete, offre les plus grosses difficultés. Ces trente mètres co aent plus de cinq heures dont trois pour les derniers trois mètres. Le soir l' oxygène se met à manquer. Liu Lien-man qui est épuisé s' arrete: les trois autres continuent l' ascension, mais - sans oxygène - ils doivent se reposer un instant après chaque pas et ils n' atteignent le sommet que le 25 mai à 1 h. 40 du matin, heure locale, presque 19 heures après avoir quitté le camp 8. Il fait donc trop sombre pour prendre des photos, mais ils plantent un fanion rouge et un buste de plätre de Mao Tse-tung. Après un quart d' heure ils s' engagent dans la descente.Vers 8700 m, il fait assez clair pour la première photo, qui declanchera une petite controverse:

II ne fait aucun doute que la photo des Chinois n' a pas été prise à l' aube comme ils l' affirment, mais quand le soleil se trouvait déjà à 31° au-dessus de l' horizon mathématique, comme on peut le mesurer d' après l' inclinaison des ombres, donc plus de deux heures après le lever du soleil, vers 7 h.40, heure locale. La descente du sommet ( 8848 m ) jusqu' aux environs de 8700 m aurait donc pris près de six heures. De plus ( voir La Montagne, février 1961, p.9 ) la photo aurait été prise à un moment où la cordée indienne se trouvait forcée de battre en retraite sur le versant sud du sommet de l' Everest. C' est surprenant, quoiqu' il ne soit pas impensable que les sommets passablement plus bas du versant tibétain aient encore eu grand soleil le matin du 25 mai. La photo chinoise n' a malheureusement pas de premier plan; son angle d' ouverture est d' à peu près 21°. Il s' agit probablement d' une petite caméra ( 8 mm ?). Le photographe se trouvait-il sur l' arete NE de l' Everest ou dans un avion près de l' arete? On ne peut pas se prononcer avec certitude. Comme il n' y a aucune vue rapprochée, ni de la Seconde marche qui est très photogénique, ni de la Première marche de l' arete NE, ni meme de l' Epaule, on peut bien se poser la question. Les précisions topographiques manquent aussi presque complètement dans la « description d' itinéraire » des Chinois, et la descente du camp 8 à la base, qui prit cinq jours, n' est pas mentionnée du tout. « L' ascension chinoise de l' Everest en 1960 » pose donc divers points d' interrogation, et on ne peut qu' espérer que « l' Expédition indienne à l' Everest » projetée pour 1962 ou « l' Expédition américaine à l' Everest » envisagée pour 1963 pourront contribuer quelque peu à y repondre.

References: Peking Review, 7 et 14 juin 1960. La Montagne, février 1961, p.2-9; décembre 1961, p.157-158.Les Alpes, bulletin mensuel aoüt 1961, p. 142-143. Alpine Journal n° 302, mai 1961, p.28-41, et n° 303, novembre 1961, p.313-315.

8° Une grande expedition organisée par Sir Edmund P. Hillary partit pour le Khumbu Himal à la fin de Fete 1960. Le nom de Hillary avait agi comme un aimant à or; et la caisse s' était si bien remplie - surtout aux Etats-Unis - qu' on put prévoir un travail se prolongeant jusqu' à Fete 1961. Les täches étaient: recherche du yeti, etudes physiologiques en altitude, meme durant l' hiver, et ascension du Makalu ( 8481 m ) que les Francais avaient déjà conquis en 1955, mais qu' on voulait maintenant tenter sans oxygene.

Plusieurs spécialistes de Chicago prirent cette fois part à la chasse à l'«abominable homme des neiges », parmi lesquels un ecologue, un directeur du jardin zoologique et un anthropologiste, ainsi qu' un médecin et un journaliste. Ils s' en tinrent surtout à la region de Rolwaling et de Menlung, où Eric Shipton et Michael Ward avaient en 1951 photographie les traces de yeti les meilleures et les plus souvent reproduites. Ils ne trouvèrent qu' une peau de l' animal très rare qu' est l'«ours bleu », et purent capturer aussi deux panda ( ailurus fulgens ) vivants. On réussit à grand-peine à emprunter le fameux « scalp de yeti » de Khumdzung pour deux mois, et encore seulement à condition que Khumbo Chumbi, un des anciens de Khumdzung, l' accompagnät comme gardien et garant. Le voyage autour du monde commenca à la fin de novembre 1960. A l' expertise le scalp se révéla titre un morceau de peau de chevre!

Entre temps un autre groupe monta deux cabanes prefabriquees dans la vallée de Mingbo au sud de l' Ama Dablam: la « cabane verte » à 4970 m avec quatre couchettes, un fourneau et un banc, et la « cabane d' argent » à 5790 m sur la rive du glacier de Rakpa sous le col de l' Ama Dablam. La « cabane d' argent » fut occupée de facon ininterrompue du début de décembre 1960 à la fin d' avril 1961 et l' acclimatation par conditions hivernales réussit au-delà de ce qu' on espérait, de sorte que six physiologistes, un glaciologue et deux grimpeurs purent accomplir sans arret un pensum scientifique étendu. Ils recurent parfois des visites par hélicoptère: la machine stationnée à Kathmandu et que l' expédition pouvait louer en cas de besoin plafonnait vers 6100 m.

Non loin de la « cabane d' argent » se dresse la Pumo Dablam ( 6400 m environ ), la « Fille-amu-lette », edition réduite de la fière Ama Dablam ( 6856 m ) dont le nom signifierait « Mere-amu-lette ». Le Dr Jim Milledge et un Sherpa firent la première ascension de la Pumo Dablam en novembre. On se tourna vers l' Ama Dablam elle-meme dans la seconde moitié de février alors que la « cabane d' argent » était bondée de savants et que le froid hivernal faiblissait peu à peu. De là, seule entrait en ligne de compte l' arete SW, que J. Cunningham et G. Pirovano avaient reconnue jusqu' aux environs de 6100 m en automne 1958. La réussite vint après trois semaines de travail ardu: le 13 mars 1961 les deux cordées Michael Ward-Wally Romanez et Michael GUI-Barry Bishop touchaient le sommet de l' Ama Dablam ( 6856 m ). C' est une des ascensions les plus difficiles qui aient été réussies dans FHimalaya; elle demande entre autres des pitons à glace et à rocher en abondance, des étriers, des échelles de corde et près de 500 m de cordes fixes. A peu près ce qu' on rencontre dans une escalade alpine moderne de difficulté extreme, mais avec une difference essentielle: aujourd'hui dans les Alpes la « direttissima », la voie la plus difficile possible, 1' itinéraire qui demande le plus de moyens artificiels, sont recherches tout exprès. Sur une montagne comme l' Ama Dablam au contraire l'«extrémiste » trouve encore son compte quand il peine sur la meilleure voie, sur celle qui est relativement la plus facile. Dans ce cas meme un montagnard classique accepte l'«alpinisme acrobatique » comme logique. Car qui voudrait se contenter de declarer impossible le Jannu ( 7710 m ) par exemple, ou le Machapucharé ( 6997 m )?

A la descente de l' Ama Dablam survint un grave accident: à la « tour jaune » un bloc se détacha et cassa juste sous le genou la jambe droite du Sherpa Gumen Dorje qui portait une lourde charge. Le Dr M. Ward, qui est médecin, lui donna de la morphine et des antibiotiques, réduisit la frac- ture et mit des attelles. Puis commenca le transport du blessé qu' un seul homme, tour à tour Ward et Gill, devait porter sur le dos dans une varappe d' arete difficile. Pendant que Romanez assurait, deux hommes devaient affermir les pieds et les mains du sahib porteur et protéger la jambe encombrante de Gumen. Malgré tous leurs efforts ils avancaient à une terrible lenteur. Vers 6100 m, il était temps de bivouaquer, alors que la neige commencait à tomber. Au matin - c' était le 16 mars - 20 cm de neige fraîche couvrait les rochers. Qu' ils aient dans ces conditions fini par réussir à redescendre Gumen Dorje sans accroc est presque un miracle. Le 17 mars il était à Mingbo et le 19 expédié par avion à l' höpital de Kathmandu, où on eut la surprise de voir que sa jambe avait garde la bonne position. Tout compte fait, la première ascension de l' Ama Dablam et le sauvetage d' un accidenté sur cette montagne connue pour sa difficulté est-une page glorieuse de l' histoire de l' Himalaya.

Sur le plan politique se produisit encore une tempete dans un verre d' eau. Le gouvernement népalais prétendit qu' une permission spéciale d' escalader l' Ama Dablam n' avait pas été obtenue, et comme punition retira son consentement pour le Makalu. En fait l' expédition de Hillary avait recu l' autorisation de faire des ascensions dans la région de Mingbo, et l' Ama Dablam y appartient sans aucun doute. C' est seulement après dix jours d' efforts et de tractations à Kathmandu que Hillary put régler cette dispute. En trois jours de marche le gros de l' expédition passa alors de la « cabane d' argent », en franchissant le Mingbo La ( environ 5900 m ), le vallon supérieur de Hongu riche en lacs et le glacier du Plateau, jusqu' au glacier supérieur de Barun, sur la rive gauche duquel fut installé vers 5300 m le camp 1 du Makalu. L' expédition néo-zélandaise organisée par Hillary en 1954 avait eu bien de la malchance dans cette région. C' est là aussi que les choses se gäterent en 1961:

Au camp 3 ( 6400 m ) Hillary souffrit d' une légère attaque. L' inspiration d' oxygène améliora sa condition, mais il dut immédiatement descendre à une altitude inférieure. Le Dr Michael Ward prit la tete de l' expédition. Le camp 5 fut établi au col du Makalu ( 7410 m ) et le programme de physiologie en altitude y fut complété. Entre temps deux camps supérieurs furent montés sur le versant nord du Makalu, le 6 vers 7900 m, et le 7 vers 8070 m. Pendant ce travail, M. Gill se gela vilainement le nez, et le Sherpa Ang Temba se blessa à la cheville au point de ne plus pouvoir marcher.

Le 18 mai, Peter Mulgrew, le Dr Tom Nevison et Annalu essaient d' atteindre le sommet Sans appareils à oxygène ils montent lentement jusque vers 8350 m où Mulgrew ressent soudain une terrible douleur de poitrine - un choc qui l' immobilise sur le moment. Il se révélera plus tard que c' est un infarctus pulmonaire. La cordée ne réussit qu' à force de volonté à atteindre le camp 7 tard dans l' après. Le lendemain Annalu alarme les camps inférieurs. Nevison et Mulgrew essaient de descendre au camp 6, mais doivent bivouaquer en chemin dans une tente apportée du 6. Le 20 mai Mulgrew ne peut pas bouger et ils attendent là. Le 21 mai seulement il y a assez de Sherpas sur place pour transporter le malade qui a subi de graves gelures jusqu' au camp 5 au col du Makalu.

Le 18 mai il a fallu descendre Ang Temba du camp 6. Le Dr Ward est tombe durant le transport; on a du le trainer dans sa tente et il est couche là depuis deux jours avec une forte fièvre: pneumonie! Deux médecins se trouvent sur place, Nevison et Ward, le malade lui-meme, et il y a au col du Makalu ( 7410 m ) des antibiotiques et des bouteilles d' oxygène pour les cas d' urgence. La situation est pourtant presque désespérée; c' est seulement gräce aux efforts heroiques de tous les membres de l' expédition à peu près valides et des Sherpas qui n' ont été ni désignés ni équipes pour la haute altitude qu' on réussit à ramener les trois malades sans accident. Entre temps le contact a été établi avec Kathmandu, l' hélicoptère qui y est stationne se pose à Shershon ( 4300 m ) près du glacier inférieur de Barun, et transporte les malades à Fhöpital missionnaire de Kathmandu. Il faudra malheureusement amputer le Néo-zélandais Mulgrew des deux jambes sous le genou.

L' expedition britannique de 1961 au Makalu contraste tragiquement avec l' ascension du Makalu réussie en 1955 par les Francais. Pour les Francais le Makalu fut vraiment une « montagne heureuse », tout marcha comme on pouvait le désirer - à peine plus fatigant qu' une ascension normale du Mont Blanc par grand beau temps. On le voit clairement: une tentative à un grand huit mille ( au-dessus de 8300 m ) sans appareils à oxygène est et reste dangereuse meme pour des grimpeurs en bonne condition et acclimates à l' Himalaya. C' est un risque inutile qu' on doit deconseiller.

Reference: Alpine Journal n° 303, novembre 1961, p.343-364.

9° Le Nuptse ou « Sommet ouest » n' est en somme que la longue arete W du massif du Lhotse. Les sommets s' echelonnent d' E en W sur l' arete: pt. 7703, pt. 7815, pt. 7879, pt. 7795 et pt.7745. La brèche 7569 m entre le Lhotse et le Nuptse n' est meme qu' à 300 m environ au-dessous du sommet central du Nuptse qui est aussi le plus haut ( 7879 m ). L' itinéraire evident pour le Nuptse serait de suivre le « chemin principal » de la Combe Ouest au Col Sud ( 7980 m ) par le glacier suspendu du Lhotse et d' obliquer au sud vers 7300 m. Mais on n' atteindrait probablement de cette facon que le pt.77O3; car environ 2800 m d' une arete aigue et cornichée, à l' aller et au retour... ce serait vraiment trop de bonnes choses à la fois.

Au printemps 1961 une forte expedition britannique dirigée par J. Walmsley se décida pour une tentative directe au sommet central ( 7879 m ) par le versant sud du Nuptse. Il fallut d' abord aménager la « central ridge », l' arete qui sépare le glacier du Nuptse et le « Lhotse Nup Glacier » ou glacier ouest du Lhotse. Cette « arete centrale » se révéla très difficile et coüta encore plus de temps et de peine qu' on ne l' avait prévu. Le parcours du camp 1 ( environ 5500 m ) au camp 4 ( environ 6300 m ) doit etre d' un calibre comparable à l' éperon E du Kangchendzönga par exemple, sur lequel les Munichois s' étaient escrimes en 1929 et 1931. Les travaux commencèrent le 12 avril, et le camp 8, le camp d' assaut, à 7250 m, ne put etre monte que le 15 mai. Le 16 mai à 16 h. 15, Dennis P. Davis et Tashi atteignaient le sommet central ( 7879 m ), le plus haut point des cinq kilometres de l' arete du Nuptse. L' ascension fut répétée le 17 par deux cordées: Chris J.S.Bonington-Les Brown et le Dr J. Swallow-Ang Pemba en vinrent à bout à grande allure dans les traces de la veille... départ du camp 8 à 6 h. 45 et 7 heures, arete principale à 10 heures, sommet all heures et retour au camp à 14 heures.

Dans un récit détaillé et dépouille de toute exagération, le chef de l' expédition donne une bonne idée de ce que représente l' ascension du Nuptse par le sud: une très grande escalade.

Reference: Alpine Journal n° 303, novembre 1961, p.209-234.

10° Nous ne ferons que mentionner ici l' important « Plan de recherche dans l' Himalaya népalais » ( Research Scheme Nepal Himalaya ) qui se développe depuis l' automne 1960, patronne par la chancellerie de l' Allemagne fédérale et son Ministère de l' intérieur, par l' industrie allemande, le Club alpin allemand, le Club alpin autrichien, la Croix-Rouge internationale, l' Aide suisse à l' étranger et le promoteur Dr Toni Hagen. Le professeur universitaire Dr W. Hellmisch ( musée zoologique de Munich ) exerce la direction générale de l' entreprise. L' ingénieur Erwin Schneider de Lech am Arlberg, topographe des clubs alpins allemand et autrichien, dirige les travaux cartographiques.

Avec l' assistance de Ulrich Gruber, Schneider accomplit de décembre 1960 à février 1961 les travaux géodésiques et photogrammétriques préparatoires au sud du groupe du Gauri-Shankar, dans la Khimti Khola, la Jiri Khola et la Likhu Khola, et aussi dans le coin SW du terrain prévu pour l' exploration. La visibilité était en general excellente; mais évidemment meme là, dans la demi-montagne, il faisait souvent un froid mordant et de la tempete. En mars 1961, Gruber travailla pour un temps le long de la rivière Karnali dans l' ouest du Nepal.

Le second groupe se composait du zoologiste prof. Dr H. Janetschek ( Université d' Innsbruck ), du géologue Dr H. List ( Munich ) et de l' ingénieur M. Wuppermann ( Rheinland ), conseiller pour les questions d' aviation et de radio. Le groupe travailla durant le printemps et l' ete 1961 surtout dans la region couverte par la carte de l' Everest d' Erwin Schneider. List et Wuppermann durent malheureusement abandonner pour cause de maladie, mais Janetschek et Gruber continuèrent les etudes dans le domaine biologique. Environ 10 000 exemplaires catalogues d' insectes furent collectionnes dans de nombreux terrains d' altitude ( jusqu' à 6100 m ) et ramenés en Europe en bon etat.

Gräce à la diligence du baron Heinrich Thyssen ( Castagnola ), le troisième groupe, qui quitta Zurich le 21 septembre 1961, put titre assez important. Sa direction était de nouveau entre les mains de l' ingénieur Erwin Schneider, topographe des deux clubs alpins. Il était accompagné de deux geodesistes, les ingénieurs Peter Breuer ( Stuttgart ) et Gerhard Kerner ( Munich ) et de trois grimpeurs et guides expérimentés: Kuno Rainer ( Kitzbühel ), Ernst Senn et Hubert Schriebl ( Innsbruck ). On travailla avec quatre photo-theodolites, car Schriebl fut en peu de temps si avance que suivant les données de Schneider il put faire les visées lui-meme. En trois mois de travail on réussit ainsi à combler toutes les lacunes de la carte de l' Everest de 1955, à relier la triangulation de 1955 et celle de 1961, et « tirer » photogrammétriquement tout le Khumbu. On est en droit d' attendre la nouvelle carte au 50 000e avec impatience. Ce fut un travail très difficile. « Comparée à de telles mesures faites dans le Haut Himalaya par des conditions hivernales, meme une escalade extremement difficile est presque une bagatelle. » Beaucoup de visées furent faites au-dessus de 5000 m, certaines jusqu' à 5900 m. A ces altitudes en novembre et surtout en décembre, le froid est d' habitude percant et le vent violent - conditions amères pour un travail de précision! De plus la visibilité n' était bonne qu' en haute montagne. Les collines étaient souvent enfouies dans les nuages, ce qui rendait très difficiles les prises de vues vers l' aval.

ReTerences: Der Bergsteiger, mai 1961, p. 482-483; décembre 1961, p. 209-210.Communications écrites ( Journal ) d' E. Schneider.

11° Notre chronique doit pour le moins mentionner aussi les réfugiés tibétains. Pour soulager au moins la détresse des Tibétains qui s' étaient sauvés par le Nangpa La et étaient réunis au Khumbu il fallut engager des avions « Pilatus Porter ». Le terrain d' atterrissage, certainement le plus haut du monde pour le moment, fut aménagé vers 4700 m près de Mingbo au pied de l' Ama Dablam. Dr Toni Hagen, délégué du CICR pour les réfugiés tibétains au Nepal, l' a décrit, comme aussi le premier atterrissage de fortune. La piste a été améliorée peu à peu, et les pilotes s' y sont habitués, de sorte qu' il n' y a pas eu d' accidents graves. L' aide suisse aux Tibétains fait son possible. Il ne faut pas seulement nourrir les réfugiés, mais leur donner un travail utile et la possibilité de trouver au Nepal une nouvelle patrie. Depuis 1961 le Khumbu ne possède pas seulement un petit terrain d' aviation, mais la première école du pays sherpa a meme été construite à Khumdzung sous la supervision de Hillary, et un maître y a été installe.

References: Neue Zürcher Zeitung, 20 et 21 octobre 1961, n°a 3901 et 3912. Alpine Journal n° 303, novembre 1961, p. 363-364.

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droite l' arete S. O. Photo Erwin Schneider, 1961 12° Le régisseur allemand Gert Mehl voulut tourner un film sur le travail des Sherpas en haute altitude. Son collaborateur, le cinéaste suisse Werner Stäuble s' y tua avec le Sherpa Lobsang le 7 décembre 1961. L' accident survint sur le versant SE du Pumori ( 7145 m ) en rentrant au camp après des prises de vues: glissade sur la neige molle - il est évident qu' il y a eu inattention. Werner Stäuble était un grimpeur expérimenté, qui avait meme été au Dhaulagiri en 1958.

Reference: Agence allemande de presse, 21 décembre 1961. Die Alpen, Monatsbulletin 2. II. 1962, S. 41/42.

Entre la Dudh Kosi et la Trisuli 13° En automne 1959 un petit groupe japonais quitta Kathmandu pour le Rolwaling Himal. C' était H. Kato, M. Abe et M. Oishi, avec quatre Sherpas enröles pour la première fois auprès de la « Himalayan Society » du Nepal. Les Japonais en furent très contents. L' expédition arriva le 28 septembre à Beding ( 3660 m ) dans la vallée de Rolwaling, y déposa la moitié de ses provisions au couvent, et établit son camp de base à 4800 m au Menlung Pokharilac de Menlung ). On ne fit pas de vraie tentative au Gauri-Shankar ( 7145 m ) ni au Menlungtse ( 7181 ). Ces deux sommets principaux du massif sont de superbes montagnes, mais d' une difficulte effrayante, et malgré des reconnaissances répétées on n' y connaît encore aucun itinéraire tant soit peu engageant. Les Japonais à leur tour en parlent sans grand espoir.

Le 4 novembre Kato, l' officier de liaison népalais et deux Sherpas furent subitement cernes au camp de base par neuf Tibétains armes qui exigeaient une forte rancon en argent comptant. Après un palabre on s' entendit pour 500 roupies, mais quand les brigands furent partis on s' apercut qu' ils avaient emporté 2260 roupies. Sur le chemin de Kathmandu cet incident enrageant enfla en une nouvelle à sensation: toute l' expédition japonaise avait été kidnappee par les Chinois rouges.

Reference: American Alpine Journal 1960, p. 71-72.

14° A la meme époque, en automne 1959, T. Yamada conduisait une autre expédition japonaise au Langtrang Himal ( Langtang Himal sur les vieilles cartes ). Six Japonais avec six Sherpas et les porteurs locaux nécessaires quittèrent Kathmandu le 29 septembre, suivirent la rivière Trisuli pour atteindre Kyangjeng Gyang dans la vallée de Langtrang le 7 octobre. Leur principal but montagnard était le Gangchhen Ledrub ( 7245 m ), qu' on appelait auparavant « Langtang Lirung ». Mais ce sommet, le plus haut du massif, est si rébarbatif que les Japonais se contentèrent de son plus modeste voisin à Test, qu' ils appellent « Shalbachum »; il porte sur la nouvelle carte de P. Aufschnaiter le nom de Tsangbu Ri ( 6745 m ). Son ascension fut réussie le 25 octobre avec trois camps.

Reference: American Alpine Journal I960, p.69.

15° Une petite expédition francaise dirigée par Robert Sandoz se déroula en octobre 1960 dans le Rolwaling Himal. Une reconnaissance au Chobutse ( 6666 m ) ne donna pas satisfaction, mais on lui trouva un digne remplacant: le Pigferago ( 6620 m ) dont la cordée Alain Barbezat-Nawang Dorji réussit l' ascension par sa difficile arete ouest: Du glacier de Tolam Bau le groupe visita encore trois sommets que l' expédition de Gregory avait déjà réussis en 1955: le Pimu ( 6348 m ), le Singkar ( 6288 m ) et le Parchamo ( 6318 m ) qui domine le col de Tesi Lapcha. Le butin photographique fut aussi très beau.

Reference: La Montagne, décembre 1961, p. 130-136.

8 Les Alpes - 1962 - Die Aipen 16° Des Japonais avaient déjà fait en 1959 une petite exploration dans le Jugal Himal, à 65 km au NE de Kathmandu. En 1961 suivit, avec T. Kajimoto pour chef, une expedition qui escalada le Lönpo Gang ( 7083 m ) jusqu' à environ 120 pieds ou 36 m sous le sommet.

References: Himalayan Journal XXII, p.103-112. Alpine Journal n° 303, novembre 1961, p.390.

17° La tentative japonaise du printemps 1961 au Gangchhen Ledrub ( 7245 m ) dans le Langtrang Himal se termina tragiquement. Le chef Y. Morimoto, K. Oshima et le Sirdar Gyaltsen Norbu furent emportés et tués par une avalanche le 11 mai vers 6200 m. L' expédition, patronnée par l' Univer d' Osaka, fut abandonnée. Gyaltsen Norbu était le célèbre Sherpa qui avait accompagné les Francais au Makalu en 1955 et les Japonais au Manaslu en 1956 et en 1960 à l' Api ( voir plus bas ), le seul Sherpa qui ait gravi deux huit mille.

Reference: American Alpine Club News n° 66, septembre 1961; n° 67, novembre 1961.

Bassin de la Buri Gandaki 18° Le plus haut point du Ganesh Himal, que le mieux serait d' appeler simplement Ganesh Peak ( 7406 m ) fut atteint pour la première fois en 1955 ( voir Les Alpes, 1956, p. 102-114 ). L' Anglais P.J. Wallace fit la seconde ascension le 31 mai 1960 avec Gyaltsen Norbu et Pa Norbu. Wallace n' atteignit pas le sommet principal mais le sommet est, un peu inferieur.

Reference: Himalayan Journal XXII, p. 113-117.

19° Entre les rivières Buri Gandaki et Marsyandi le point culminant du Gurkha Himal, le Manaslu ( 8125 m ), fut conquis par les Japonais en 1956. Sur quoi le pilier SE du massif, le puissant Himal Chuli ( 7864 m ), devint l' objectif n° 1 des grimpeurs japonais. Après une reconnaissance en automne 1958 ils firent une première tentative le printemps suivant. Ils étaient huit, avec J. Muraki pour chef, huit Sherpas avec Gyaltsen Norbu pour sirdar, un officier de liaison népalais et 132 coolies. La marche d' approche prit 14 jours de Kathmandu par la vallée de la Buri Gandaki jusqu' au village de Namru à l' ENE de l' Himal Chuli. Camp de base dans le vallon de Shurang à 4200 m. Pendant l' établissement des camps d' altitude le Sherpa Nima Tensing tomba soudain gravement malade; malgré les soins du médecin et l' inhalation d' oxygène il mourut et fut enseveli selon le rite bouddhique près du camp 2 à 5800 m.

Du camp 3 ( 6500 m ) il fallut descendre une paroi de glace de 300 m en direction du glacier de Chuling Khola qui coule de l' Himal Chuli vers Test. Le camp 4 ne se trouve donc que vers 6100 m. Le 5 est au pied de la pyramide sommitale proprement dite, à 6800 m. Le 20 mai fut occupe le camp 6 ( 7100 m ) d' où Sh.Ishizaka et Y. Matsuda firent le lendemain la tentative finale; mais ils n' atteignirent que 7400 m environ. Comme les provisions et le combustible tiraient à leur fin il fallut abandonner pour cette fois.

Reference: Sangaku ( The Journal of the Japanese Alpine Club ), vol.54, 1959, p.2-4. American Alpine Journal 1960, p. 70-71.

20° L' année suivante déjà réussit le grand coup, sous la direction de Jiro Yamada: le 24 mai 1960 la cordée H. Tanabe-M. Harada réussissait le sommet et le 25 mai H. Miyashita et K. Nakazawa faisaient la seconde ascension.

Reference: Correspondance personnelle.

21° Sur la liste des Japonais se trouve maintenant le Peak 29 ( 25 705 pieds = 7835 m ), un sommet assez dégage quoique encore anonyme entre le Manaslu et l' Himal Chuli. Une première tentative conduite par G. Shinoda au printemps 1961 n' eut pas de résultat, mais elle sera sürement utile comme reconnaissance. De nouvelles entreprises suivront.

ReTerences: Alpine Journal n°303, 1961, p. 390. Correspondance privee.

Massif de l' Annapurna 22° Pour la seconde sommité du massif, YAnnapurna II ( 7937 m ), courtisée depuis longtemps, la décision fut emportée en 1960 par une grosse entreprise qui portait le nom pompeux d'« Expédition himalayenne des forces anglo-indo-nepalaises », et que dirigeait le colonel J.O. M. Roberts, attaché militaire britannique à Kathmandu et Tun des himalayistes les plus chevronnés. La troupe se composait de six Anglais, deux Indiens et deux Népalais, tous officiers, et de neuf des meilleurs Sherpas avec Dawa Tensing pour sirdar.

Manangbhot ( 3500 m ), dans la vallée supérieure de la Marsyandi, fut atteint avec 156 porteurs après 16 jours de marche depuis Kathmandu. L' itinéraire de l' Annapurna IV ( 7524 m ) a déjà été décrit plus d' une fois. Les camps d' altitude furent établis: le 1 à 5350 m, le 2 vers 5800 m au-dessus de la verrue de glace, le 3 vers 6400 m derrière l' épaule neigeuse du « dorne » et le 4 vers 6900 m. Le mauvais temps chassa tout le monde jusqu' au camp de base. Le camp 5 ne put etre occupe qu' à la mi-mai, à 7250 m sur l' épaule de l' Annapurna IV d' où la longue arete s' inflechit à Test vers l' Annapurna II. La on perd un peu de hauteur: l' emplacement du camp 6, au pied de la pyramide sommitale de l' Annapurna II n' a que 7200 m environ. Un depöt de matériel et de bouteilles d' oxygène y fut fait le 16 mai. Le temps était si douteux que le groupe de pointe préféra retourner au camp 5. Mais aux premières heures du 17 le ciel s' éclaircit et il fut décidé de tenter l' assaut final depuis le camp 5 malgré la grande distance horizontale.

La cordée du sommet se composait du capitaine R.H. Grant, du lieutenant C.J.S. Bonington et du caporal sherpa Ang Nyima. Les deux Sherpas Urkien et Mingma Tsering les suivaient avec de l' équipement pour le camp 6. Le groupe de trois passa à midi l' emplacement de ce camp et changea ses cylindres à oxygène. L' appareil de Grant était défectueux, et Bonington menait. L' escalade de la pyramide sommitale ne se montra pas facile, mais le coup réussit: un des plus hauts sommets encore vierges de l' Himalaya fut conquis. A la tombée de la nuit Bonington, Grant et Ang Nyima arrivaient encore à rentrer sans encombre au camp 6.

Le matin suivant, du camp 5, Urkien et Mingma firent, sans ordres et seulement pour leur plaisir, la troisième ascension de l' Annapurna IV ( 7524 m ) où ils laissèrent en signe de victoire un mouchoir sale sur un bäton. A. Crawshaw, S. Ward et Prabakhar Shamsher Rana le découvrirent le 19 mai quand ils y montèrent à leur tour. Le chemin de l' Annapurna IV est donc maintenant battu...

References: Alpine Journal n°301, novembre 1960, p. 143-150. Himalayan Journal XXII, p.22-30.

23° L' Annapurna III ( 7577 m ) fut conquis à son tour l' année suivante par une expedition indienne que conduisait M. S. Kohli. Deux Indiens et un Sherpa foulèrent le sommet le 6 mai 1961.

Reierences: American Alpine Club News n° 66, septembre 1961. Alpine Journal n° 303, novembre 1961, p. 390.

Region du Dhaulagiri 24° Le seul huit mille encore à gravir et politiquement accessible, le Dhaulagiri I ( officiellement 8167 m, 8222 m d' après les nouveaux calculs ), se trouvait « réserve » déjà une année ä l' avance.

En 1959 c' était le tour des Autrichiens. Nous supposons connu le cours de cette expédition menée par l' ingénieur Fritz Moravec. Brièvement donc:

L' eperon NE fut essayé pour la première fois au lieu de la voie de la « Poire » qui avait toujours été suivie jusqu' alors. Le camp 2 s' éleva au col NE à 5700 m, le 3 à 6150 m sur la section inférieure et pas très raide de l' éperon, le 4 au « mur de glace » à 6500 m. C' est alors que Heinrich Roiss tomba dans une crevasse couverte près du camp 2, sans que personne l' ait vu. Il se coinca si fort à une profondeur de 23 m qu' on ne réussit pas tout de suite à le retirer. Il mourut pendant les travaux de secours et fut enseveli sur le chemin du « Col des Francais ». La lutte autour de la montagne fut reprise, mais l' élan n' y était plus.

Pour équiper le mur de glace il fallut 20 cordes de nylon fixées au moyen de pitons à glace et de pitons à neige en duralumin. Mais le mauvais temps imposa la retraite jusqu' au col NE. Le 22 mai seulement le camp 5 fut monte à 7000 m sous une paroi de rochers haute de 100 m qu' il fallut prendre par la droite et équiper de ferraille. Un camp 6 put alors etre place juste à 7400 m comme camp d' assaut d' où Karl Prein et Pasang Dawa Lama firent une tentative le 25 mai. Ils montèrent sans appareils à oxygène jusque vers 7800 m où un vent d' ouragan les repoussa. Un cöte de leur tente avait été déchire, mais ils attendirent encore deux nuits dans cette ruine, essayèrent encore deux fois en vain de monter par un temps qui empirait, et redescendirent le 27 mai au col NE. C' était la fin. La debäcle du temps et un metre et demi de neige fraîche transformèrent en un problème meme le retour par le glacier de Mayangdi. Trois Sherpas tombèrent dans des crevasses enneigées, mais heureusement sans suites graves.

References: Österreichische Alpenzeitung, septembre/octobre 1959, p. 151-154. Berge der Welt 1960/61, p. 123 à 127. Fr. Moravec: Dhaulagiri - Berg ohne Gnade, Wien 1960.

25° En 1960 une expedition en majorité suisse se mit en train pour le Dhaulagiri. Son chef était Max Eiselin, de Kriens-Lucerne. L' équipe comprenait six autres Suisses: Ernst Forrer, Jean-Jacques Roussi, Albin Schelbert, Michel Vaucher, Hugo Weber et le Suisse d' Amérique Norman G. Dyhrenfurth comme cinéaste; un Allemand: Peter Diener; un Autrichien: Kurt Diemberger; deux Polonais: Adam Skoczylas et Dr Georg Hajdukiewicz comme médecin. Le transport jusqu' au col NE devait etre assure par un Pilatus-Porter PC-6 baptise « Yeti » dont le pilote était Ernst Saxer et le mécanicien et copilote Emil Wick, tous deux Suisses.

Le « camp d' acclimatation » fut place au col de Dambush ou Dapa-Col, vers 5100 m, soit environ 1000 m plus haut qu' il aurait été desirable du point de vue physiologique. Il en résulta divers cas assez graves de mal de montagne. Le 3 avril le « Yeti » se posait pour la première fois sur le plateau neigeux du col NE, à 5700 m; la « base supérieure » s' y dressa désormais, et des transports successifs de materiel y furent effectués par avion. Mais le 13 avril l' avion dut faire à Pokhara un atterrissage de fortune à la suite de l' explosion d' un cylindre, et il resta hors d' usage jusqu' au 4 mai. Entre temps il fallut bien se tirer d' affaire et organiser une navette « comme dans le vieux temps »; transport par le glacier de Mayangdi, pour lequel un nouveau camp de base ( 4700 m ) et un camp de glacier 1 ( 5100 m ) durent etre établis. La « base supérieure » du col NE devint ainsi le camp 2 ( 5700 m ). Tout à fait isolé pendant des semaines, le groupe de pointe compose de Forrer, Diemberger, Schelbert et leurs Sherpas construisit entre temps l' échelle de camps sur l' éperon NE: camp 3 à 6600 m au pied du mur de glace, 4 à 7050 m sous la paroi rocheuse de 100 m, et 5 vers 7400 m. Ils firent une première tentative le 4 mai depuis là, mais durent faire demi-tour à midi, vers 7800 m, parce que le temps se gätait. Il se révéla aussi que le camp d' assaut devait etre pousse encore 400 m plus haut.

Le « Yeti » fut remis en service le 5 mai, mais il eut un nouvel accident. Au Dapa-Col ( 5100 m ), la machine venait de décoller quand le manche à balais fila en avant et Saxer se retrouva avec le fourreau de caoutchouc vide dans la main. Craquements et éclats, et la machine s' arreta dans un nuage de neige poudreuse. Les occupants n' avaient rien de grave, mais l' avion fortement endommagé n' était plus reparable. Saxer et Wick durent rentrer à Pokhara ä pied.

Le 12 mai, à une trentaine de metres sous la jonction de l' éperon NE avec l' arete SE fut place à 7800 m le camp 6: une tente à deux places pour six hommes! Après une mauvaise nuit ils partirent à 8 heures: Forrer-Nyima Dorji, Diemberger-Nawang Dorji, Schelbert et Diener, tous sans appareils à oxygène. Ils étaient au sommet du Dhaulagiri à midi, heureux d' avoir réussi malgré tout. Le temps était malheureusement nuageux1. Vers 17 heures ils se retrouvèrent au camp 6, et tous revinrent le lendemain au col NE.

Une seconde équipe voulut répéter l' ascension du sommet Elle occupa le camp d' assaut, mais n' eut pas de chance avec le temps et après avoir rongé son frein pendant trois jours, dut redescendre au camp 5 ( 7400 m ). La, le 23 mai, le temps tourne brusquement au beau, presque sans vent. La dernière chance.Vaucher et Weber tentent le sommet directement du camp 5, et réussissent! A 18 h. 15, ils sont au sommet du Dhaulagiri dans le soleil couchant, et à 20 heures, alors qu' il fait déjà nuit, ils rampent épuisés mais heureux dans la tente du camp 6.

Le déroulement de cette grande entreprise a démontré combien il est périlleux de se fier à un seul avion monomoteur pour l' ascension d' un huit mille Ce fut encore une chance que, malgré deux pannes graves, le « Yeti » ait apporté une grande partie du matériel au col NE. Il y eut pourtant une sérieuse crise de transport. Il y avait trop peu de porteurs, et surtout beaucoup trop peu de Sherpas, en sorte que la moitié des sahibs furent contraints d' accomplir le portage. Leur service de navette, ingrat mais amèrement nécessaire, fut aussi important pour le succès final que les exploits spectaculaires du groupe de pointe. Une autre composante essentielle de la victoire fut les travaux d' approche des expéditions précédentes au Dhaulagiri, en particulier des Autrichiens en 1959.

References: Eiselin Max: Erfolg am Dhaulagiri, Zürich 1960. Résumé dans Les Alpes 1961, p. 42-49, et Berge der Welt 1960/61, p. 128-138. Diemberger Kurt: Dhaulagiri, Alpenvereinszeitschrift 1960, p.99-116. Österreichische Alpenzeitung nos 1316/17, p.64-75. Himalayan Journal XXI, p.38-50, avec le Journal de Diemberger. Alpine Journal n° 303, p. 396-399 ( recension precise ).

26° ( Addendum. ) Une expédition japonaise de huit hommes sous la direction de J. Kawakita travailla en été 1958 dans la région au nord et au nord-ouest du Dhaulagiri Himal, avec des buts essentiellement scientifiques. Quatre sommets mineurs, dont le plus haut culmine à environ 6000 m, furent escalades dans le Mukut Himal. Le versant NE du Kanjiroba Himal - qu' il faudrait plutöt écrire Khan Jerowa - est très difficile à parcourir du fait de grandes gorges.

Reference: Sangaku ( Journal of the Japanese Alpine Club ), vol. 54, 1959, p.4-5, avec 3 esquisses topographiques.

27° Une expédition américaine suivit en automne 1959 sous la conduite de John S. Humphreys. Le Thongu Peak ( 6190 m ), dans le Mukut Himal, fut gravi, et dans le Kanjiroba Himal plusieurs petits sommets entre 5400 m et 5800 m. Deux d' entre eux servirent de stations de mensurations pour le théodolite Kern ( DKM-1,10 sec ). Un réseau de triangulation relia les sommets principaux entre la Kali Gandaki et le Kanjiroba Himal, et plusieurs petites bases furent mesurées. Pour 1 La photo 37 du livre d' Eiselin Erfolg am Dhaulagiri ne fut pas prise du sommet du Dhaulagiri, mais du camp 6 ( 7800 m ). Die Alpen 1961, photo 33.Berge der Welt 1960/61, photo 39.

fixer les altitudes le réseau fut relie aux Dhaulagiri I et II. Un travail glaciologique et géologique fut accompli, et des fossiles furent collectionnes en diverses localités nouvelles. Reference: American Alpine Journal 1960, p. 154-156.

28° Un groupe japonais dirige par K. Kato fit de meme, en automne 1959, un voyage d' explo au Dhaulagiri II ( 7750 m ) et au Churen Himal ( 7364 m ), sans ascensions importantes. Reference: American Alpine Journal 1960, p.67-68.

29° En 1961 J.B. Tyson conduisit avec succès une petite expedition au Kanjiroba Himal où trois sommets furent gravis, dont Tun dépasse 6400 m. On espère enfin obtenir bientöt une carte de cette region qui soit à peu près utilisable!

Reference: Brève note dans VAlpine Journal n° 303, p.390.

Massif de l' Api 30° Le sommet de l' Api fut-il déjà atteint lors de la petite expedition italienne de 1954 qui se termina tragiquement? C' est très peu probable. La première ascension réelle de ce pilier NW du Nepal ne fut probablement réussie qu' en 1960 par une expedition japonaise dirigée par Y. Tsuda. La cordée K.Hirabayashi-Gyaltsen Norbu sirdar atteignit le sommet ( 7132 m ) le 10 mai 1960; Y. Tsuda et M. Terasaka répétèrent l' ascension le lendemain.

References: Annonces d' agences. Correspondance privée avec Y. Tsuda.

Garhwal 31° C' est la première ascension du Nanda Kot ( 6861 m ) en 1936 qui ouvrit aux Japonais la longue liste de leurs succès himalayens. Une expedition indienne que dirigeait un officier de marine très remuant, S. Kohli, réussit la seconde ascension de cette belle montagne le 25 mai 1959.

Reference: American Alpine Journal 1960, p. 160.

32° Le Black Peak du Bandarpunch ( 6387 m ), longtemps courtisé, fut conquis le 7 juin 1955 par M. Gibson avec deux Sherpas. L' ascension fut répétée en juin 1959 par une expedition indienne conduite par le capitaine Jagjit Singh.

Reference: AAJ 1960, p. 158-159.

33° Le sommet du dangereux Chaukhamba ( 7138 m ) fut foule le 13 juin 1952 par les Francais L. George et V. Russenberger. Des grimpeurs indiens en firent la seconde ascension en octobre 1959 sous la conduite du commandant aviateur S. N. Goyal. La participation des Indiens au tourisme himalayen devient de plus en plus active.

Reference: The Himalayan Club Newsletter 17, octobre I960:

34° L' ascension de la Nanda Ghunti ( 6309 m ) fut répétée en 1960 par un groupe de six de Calcutta.

Rdference: Himalayan Journal XXII, p. 175.

35° La « Première expedition yougoslave à l' Himalaya » a annonce la conquete de deux sommets vierges: le Trisul II ( 6690 m ) et le Trisul III ( 6008 m ) en juin 1960. Il ne s' agit là que de deux sommets de second ordre sur l' arete sud du facile Trisul ( 7120 m ). Celui-ci, premier sept mille, a été déjà gravi en 1907 par T. G. Longstaff avec A. et H. Brocherel, et visite plusieurs fois depuis lors.

Reference: Himalayan Journal XXII, p.70-74.

36° Une expédition indienne conduite par Gurdial Singh dut en 1961 renoncer à la Nanda Devi à cause du mauvais temps et des conditions de neige. Par contre, la première ascension du Devistan I ( 6678 m ) fut réussie le 16 juin, et la seconde du Maiktoli ( 6802 m ) le 21 juin 1961.

Reference: Alpine Journal n°303, p. 390.

37° La première ascension la plus importante de l' année 1961 au Garhwal est celle de la belle Nilkanta ( 6596 m ), déjà essayée en vain bien des fois. Ce succès très remarquable revient à une expédition indienne dirigée par le capitaine N. Kumar. L' équipe du sommet composée de P. Sharma, age de vingt ans, et des deux Sherpas Phurbu Lobsang et Lhakpa Giyalbu Lama, atteignit la pointe le 13 juin.

References: American Alpine Club News, septembre 1961. Alpine Journal n° 303, p. 390.

Himalaya du Panjab 38° Des membres de la « Derbyshire Expedition » de Pettigrew rendirent visite au Deo Tibba ( 6001 m ), déjà gravi fréquemment, mais ils durent renoncer à Ylndrasan ( 6221 m ) qui est beaucoup plus difficile.

Reference: Alpine Journal n° 303, p. 390.

39° En juillet 1961 une équipe de sept Anglais fit la seconde ascension du « White Sail Peak » ( 6446 m ).

Reference: Österreichische Alpenzeitung, novembre/décembre 1961, p. 167.

Massif du Nanga Parbat 40° L'« Institut allemand pour explorations à l' étranger » du Dr Karl Herrligkoffer organisa en 1961 une nouvelle entreprise au Nanga Parbat avec escalade de cette montagne puissante par le versant Diamir. L' équipe comprenait M. Anderl, T. Kinshofer, J. Lehne, S. Löw et H. Rost. Le camp de base fut dresse à 4080 m sur la moraine latérale droite du glacier de Diamir; le camp 1 à 4800 m au pied de la paroi proprement dite sous la nervure médiane, donc entre l' itinéraire de Mummery en 1895 à droite et celui d' Aufschnaiter en 1939 à gauche. Les Allemands grimpèrent un couloir de 50 à 55° et frayèrent leur chemin sur un ressaut rocheux très difficile, avec des passages de cinquième degré, où il fallut placer environ 1400 m de cordes fixes et de cäbles d' acier. Le camp 2 fut loge sur une petite plate-forme à 6000 m, puis le camp 3 vers 6600 m après un dur travail de glace. Le 20 juin Kinshofer, Lehne et Löw atteignirent une place de bivouac vers 7150 m, sous l' antécime 7910 m, assez près de la combe qui mène à la brèche de Bazhin ( 7812 m ). De là l' ascension devait se terminer par l' itinéraire que Buhl suivit en 1953. Mais le 21 juin la neige se mit à tomber et forca le groupe de pointe à la retraite. Une nouvelle expédition par le Diamir se prepare pour 1962; on espère réussir par ce chemin direct qui est certes considéré comme très difficile, mais comme relativement peu exposé aux dangers objectifs.

References: La Montagne, octobre 1961, p. 128. Der Bergsteiger, avril 1962, p. 457^161.

Karakorum 41° Au début de l' été 1959 une expédition suisse dirigée par le malchanceux de l' Himalaya, Raymond Lambert de Genève, fut battue au Distaghil Sar ( 7885 m ), le plus haut sommet du Hispar Mustagh. L' arete SE qui fut choisie est terriblement longue, et le temps était mauvais.

42° Lors de 1'« Expédition allemande de 1959 au Karakorum » que dirigeait le Dr Hans-Jochen Schneider, l' accent portait sur le domaine de la géologie et du magnétisme terrestre. Le but principal des alpinistes était le Minapin ou Diran ( 7266 m ) à Test du Rakaposhi. Mais deux tentatives échouèrent à cause du très mauvais temps. L' ingénieur Rudolf Bardodej, accompagné d' un porteur d' altitude, dut abandonner à environ 200 m du sommet.

References: Alpenvereinszeitschrift vol.85, 1960, p. 117-129. Berge der Welt 1960/61, p.86-105.

43° Une forte équipe se dirigeait au meme moment vers le Batura Mustagh. C' étaient quatre Anglais: le chef Dr Keith Wartburton, Richard Knight, Harry Stephenson et le glaciologue John Edwards; deux Allemands: Martin Gunnel et Albert Hirschbichler; et un Népalais: Jamil Sherjan. Du glacier de Batura, avec de grosses charges, ils forcèrent un chemin à travers les séracs dangereux d' un glacier lateral sud qui fondait rapidement, et le camp 3 fut dresse vers 5500 m. Deux groupes furent alors formes: pendant qu' Edwards et Sherjan se consacraient à des etudes glaciologiques, le groupe principal voulait encore monter trois camps supérieurs et gravir le Batura Peak proprement dit ( 7785 m ). Ils espéraient etre de retour au camp de base ( 3350 m ) après environ deux semaines et demie. Le 29 juin un chasseur pakistanais observa à la jumelle deux hommes sur l' épaule du sommet oriental, soit vers 7250 m; ils montaient lentement et semblaient lourdement charges. Comme le beau temps tint encore quelque trois jours, le sommet fut probablement atteint et la catastrophe ne s' abattit qu' au retour. Une tempete de neige formidable sévit du 2 au 5 juillet; après une courte amelioration, de nouvelles precipitations survinrent et le temps ne se leva que le 26 juillet.

Edwards avait guette le moindre signe de vie avec un souci croissant. Il ne pouvait pas escalader seul la barre glaciaire difficile. Il appela au secours le mir ( prince ) de Hunza à Baltit et l' expédition allemande au Minapin. De là Klamert, Neureuther et Stocker se häterent vers le Batura, mais les séracs étaient devenus si mauvais que meme ces alpinistes expérimentés ne purent pas les franchir. Mais ils obtinrent au moins une bonne vue du bassin neigeux supérieur: pas une tente, pas une trace, rien... Des avalanches énormes étaient tombées partout après les grosses chutes de neige. L' une d' elles avait du ensevelir les cinq grimpeurs, peut-etre depuis des semaines C' est le plus grave accident de montagne survenu au Karakorum.

References: Alpine Journal n° 300, 1960, p. 48-52. Mitteilungen des ÖA V, novembre 1959, p. 96-97. Berge der Welt 1960/61, p. 106-122.

44° Une expedition italienne forte de 13 participants, sous la conduite de Guido Monzino, s' en prit au Kanjut Sar qui, avec ses 7760 m, est une des grandes montagnes du Hispar Mustagh. Ils atteignirent la selle de l' arete SSE du Kanjut Sar depuis le glacier de Khani-Basa. Un camp 6, le camp d' assaut, fut monte le 18 juillet 1959, et deux des meilleurs guides italiens attaquèrent de là le lendemain. De violents maux d' estomac et le risque de gelures forcèrent Jean Bich à faire demi-tour, mais Camillo Pellissier de Valtournanche réussit le sommet en solitaire - un exploit remarquable.

References: Rivista Mensile, mars/avril 1960. Der Bergsteiger, janvier 1961, p.216-221. P. Meciani: Kanjut Sar 1:50000.

45° L'« Expédition 1959 de l' association montagnarde de l' armée » que dirigeait H.R.A. Streather et qui comprenait 15 membres travailla dans la region des glaciers de Kero-Lungma et Chogo-Lungma. Plusieurs cinq mille furent gravis sur le faite bordant au sud le glacier de Hispar. On se tourna pour finir vers un massif de quatre sommets, le Malubiting. Le sommet principal, celui de l' ouest, doit avoir 7453 m, d' après les nouveaux calculs de l' ingénieur Wilhelm Kick; 7291 m sont attribués au sommet central. Le sommet nord ( 6843 m ) et le sommet est ( 6970 m environ ) ne sont que des avants-sommets A J. Imrie et J. Akhter escaladèrent le 2 aoüt 1959 ce sommet est qui semble rester juste au-dessous de la ligne de 7000 m. References: Alpine Journal n° 300, 1960, p. 37-47; n° 304, 1962.

46° Le Distaghil Sar ( 7885 m ), autour duquel on se battait ferme depuis des années, fut conquis en 1960 par une petite expédition autrichienne menée par Wolfgang Stefan. Les autres membres étaient Diether Marchart qui n' avait que vingt ans, Götz Mayr, Herbert Raditschnig et Günther Stärker. Du glacier de Kunyang ils se tinrent dans le versant sud de la montagne un peu plus à gauche que l' expédition britannique de 1957 pour éviter les plus mauvais couloirs d' avalanches. Le camp 1 fut établi vers 5740 m sur une étroite terrasse du glacier suspendu, le 2 vers 6500 m en sécurité sur un éperon neigeux, le 3 le 8 juin vers 7010 m au col ouest sur le faite entre le glacier de Hispar et la vallée de Shimshal. Stärker et Marchart accomplirent l' ascension finale par l' arete sud-ouest: ils atteignirent le sommet le 9 juin par un froid furieux, à 18 heures seulement. A 20 h. 30 ils rentraient morts de fatigue au camp 3 avec des gelures. Il fallut encore que le temps changeät brusquement, en sorte qu' ils atteignirent seulement le camp 2 le lendemain. Toute la descente jusqu' au camp de base dut etre disputée au vent et à la neige dans les pires conditions. Les six jours du retour à Gilgit, avec de mauvaises gelures aux doigts et aux orteils, durent aussi etre durs. On réussit heureusement à traiter les gelures sans amputations.

References: Der Bergsteiger, décembre 1960, p. 130-136. Österreichische Alpenzeitung, mars juin 1961, p. 43-63.Alpenvereinszeitschrift, vol. 86, 1961, p. 135-145.

47° Le Masherbrum ( 7821 m ) chaudement dispute depuis longtemps, fut aussi conquis au début de l' été 1960, et cela par une expédition americano-pakistanaise organisée par Nicholas B. Clinch et dont George I. Bell assumait la direction technique. La cordée G.I. Bell- William Unsoeld réussit le 8 juin 1960 la première ascension de la montagne redoutée. Deux jours plus tard B. Clinch et le capitaine Jawed Akhter touchèrent de nouveau le sommet en employant des appareils à oxygène. L' itinéraire depuis la vallée de Hushi était celui de toutes les expéditions au Masherbrum depuis 1938, mais il fut possible cette fois d' escalader tout le grand couloir qui monte entre les deux pointes ( NE 7821 m, SW 7806 m ).

Reference: Himalayan Journal XXII, p. 51-69.

48° Une expédition americano-allemande dirigée par le major D. Hackett tenta en 1960 la seconde ascension du K2 ou Chogori ( 8611 m ) que les Italiens avaient conquis en 1954. Mais un très mauvais temps ne permit cette fois d' atteindre que 7260 m. Les Allemands Ludwig Greissl, Günther Jahr et Herbert Wünsche tinrent dix jours et dix nuits dans la tempete sur l' arete des Abruzzes... en vain!

Reference: Alpenvereinszeitschrift vol. 86, 1961, p. 127-134.

49° L'«Expedition au Saltoro » de mai à aoüt 1960 avait le géologue et topographe australien J. Stephenson pour chef, l' Anglais J. Miller pour organisateur et cartographe, l' Américain P. Hurley comme ethnologue, le grimpeur anglais D. Haffner et comme d' habitude un officier de liaison pakistanais. Leur but était de reconnaître le K12 ( 7468 m ), en particulier la région entre le glacier de Bilafond et le bas du glacier de Siachen, et aussi le glacier de Chumik et Gyong. Toute cette région à l' E et au NE de Goma est représentée très rudimentairement sur les cartes actuelles. Au départ de Grachmo Lungba Stephenson suivit l' arete ouest du K12Peak 8 ) jusqu' à 7000 m exactement; l' ascension de ce sept mille imposant est évidemment possible par là sans autres difficultes.

Reference: Alpine Journal n° 302, p. 147-150.

50° A la fin de Fete 1960 une petite expédition montée par F« Institut allemand de recherche à Fetranger » ( Munich ) et de composition germano-pakistanaise se dirigea vers la région du Kondus qui est peu connue. Philip Rosenthal fut empeche par la maladie de prendre part aux ascensions proprement dites. L' Allemand Michael Anderl, chef d' expédition, et le Tyrolien Ernst Senn gravirent un sommet sans nom de 7150 m environ entre le sommet NE du Mount Ghent ( 7342 m ) et le Sia La ( 5700 m ) qui relie les glaciers de Kondus et de Siachen. Cet anonyme recut le nom provisoire de « Mount Depak ». De plus le sommet de 6900 m environ que les Workman avaient baptisé Silver Throne fut escalade pour la première fois. Quoiqu' il ne s' agisse là que de deux sommets secondaires, cette reconnaissance et son butin photographique ont valu la peine.

References: Communications de Ph.Rosenthal et E. Senn; Photos du « Deutsches Institut für Ausland-forschung ».

51° Conduite par le vieil himalayiste Wilfrid Noyce, 1'« Expédition anglo-américaine de 1960 au Karakorum » partit de Gilgit par Nagar pour le glacier de Gharesa ou de Trivor et occupa avec son camp 3 la selle 6700 à Fest du Momhil Sar ( 7342 m ). L' arete qui mène au Trivor ( 7720 m ), difficile et fortement cornichée, demanda beaucoup de travail et conta deux camps: le 4 à 6550 m et le 5 à 6765 m. Le camp d' assaut fut établi vers 7070 m. De là le 17 aoüt 1960 Noyce et Jack Sadler enlevèrent ce puissant sept mille en huit heures et demie.

A remarquer qu' un des participants, Don Whillans, fut atteint de polio et dut etre évacué. Le cas était heureusement bénin, mais comme cette maladie fatale a frappé plusieurs expéditions ces dernières années, il faut évidemment conseiller à tous les futurs himalayistes de prendre à temps le vaccin oral contre la polio.

Reference: Alpine Journal n° 302, mai 1961, p. 9-14.

52° L' expédition autrichienne de 1961 au Karakorum se composait d!'Erich Waschak comme chef et de Karl Ambichl, Wolfgang Axt, Raimund Hainzel et Ignaz Obermüller. Le gouvernement du Pakistan retira la permission qu' il avait d' abord accordée pour le Saltoro Kangri ( 7742 m ). Par contre, il offrit le K6 ( 7280 m ), le Sherpi Kangri ( 7303 m ) et le « Mount Ghent » ( 7400 m),mais seulement à partir du glacier de Kondus. A la cinquième tentative, le 4 juin 1961, Wolfgang Axt réussit en solitaire la première ascension du « Mount Ghent ». Un bei exploit!

Reference: Österreichische Alpenzeitung, juillet/aoüt 1961, p. 121-122.

53° Dirigée par M. Smyth, une expédition de l' aviation britannique fit en 1961 une reconnaissance du K6 par le versant de Hushi, et gravit un sommet d' environ 6500 m et deux petits six mille.

Reference: American Alpine Club News, septembre 1961.

54° En 1961 K. Knauth explora avec une petite expédition américaine le massif du Paiju ( 6600 et 6755 m ) près de la langue du glacier de Baltoro. Reference: American Alpine Club News, septembre 1961.

Nous débordons du cadre de l' Himalaya et du Karakorum-Himalaya proprement dits pour mentionner encore brievement:

Hindukush 55° Le Saraghrar ( 7349 m ) fut en 1959 le but d' une expédition italienne dont Fosco Maraini était le chef expérimenté. L' expédition réussit: le 24 aoüt F. Alletto, G. Castelli, P. Consiglio et B. Pinelli atteignaient le sommet par l' arete NW.

Reference: Alpine Journal n° 301, novembre 1960, p. 161-157.

56° L'«Expédition 1959 de Nuremberg à l' Hindukush » conquit le sommet difficile du Mörsamir ( 6059 m ).

Reference: Alpenvereinszeitschrift 1960, p. 130-136.

57° L'«Expédition berlinoise de 1960 à l' Hindukush » a fait la première ascension de Koh-i-Bandakar ( 6660 m ).

References: Der Bergsteiger, aoüt 1961, p.646-651. Alpenvereinszeitschrift 1961, p. 146-153 ( avec esquisse ).

58° Il semble que le Noshaq ait avec ses 7492 m le deuxième rang parmi les plus hautes montagnes de l' Hindukush. Son ascension fut réussie le 17 aoüt 1960 par une expédition japonaise que menait Y. Sakato. T. Sakai et G. Iwatsubo formaient la cordée du sommet. Dix jours plus tard 1'« Expédition polonaise de 1960 à l' Hindukush » conduite par B. Chwascinski en fit la seconde ascension.

Reference: Himalayan Journal XXII, p.153-157. Alpine Journal n° 303, novembre 1961, p. 235-249.

Pamir 59° En 1959 eut lieu une ascension en masse du facile Mustagh Ata ( 7546 m ). 33 participants -25 hommes et 8 femmes - tous chinois, atteignirent le sommet. Reference: Les Alpes, bulletin mensuel janvier 1960, p. 6.

60° En juin 1961 fut aussi répétée l' ascension du Kongur-tjube-tagh ( 7595 m ), et cela par une expédition féminine chinoise. De fait deux Tibétaines seulement touchèrent le sommet. Reference: Communication de l' agence « Chine Nouvelle ».

Chaine du Kun-Lun Le massif de l' Atnne se trouve en Chine occidentale, par 34° 30' de latitude nord et 99° 30' de longitude est environ. On a prétendu à bien des reprises que c' était un « neuf mille », plus haut que le Mont Everest ( 8848 m ). Or sous la direction de Pai Chin-Hsiao une expédition de l' Institut géologique de Pékin y travailla au début de l' ete 1960. De plus le 2 juin 1960 le chef et sept autres Chinois en ont gravi le plus haut sommet et ont établi que cette montagne chinoise enveloppée de légende a 7160 m d' altitude, soit 1888 m de moins que l' Everest. Ainsi disparaît une autre fable.

Reference: Alpine Journal n° 303, novembre 1961, p. 274-283.

Pour terminer, un point de statistique: Si nous ne comptons ni les repetitions ni les sept mille quelque peu douteux, d' après mes tableaux et jusqu' au 31 décembre 1961 ont été gravis 13 sommets de huit mille et 63 sommets de sept mille metres.

( Traduit de Vallemandpar Pierre Vittoz )

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