Col de Collon

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Par B. Piccioni.

Nuit de lune.

Seuls, nous montons le sentier de Bertol. Quelques derniers mélèzes, troncs sombres, noueux, cassés, étalant des ombres mouvantes, rendent la nuit plus mystérieuse.

Dans la solitude inquiétante nous marchons.

De temps à autre, le choc du piolet sur la roche. Bruit qui semble grand.

L' aube! Lumière bleue de la lune qui s' affaiblit vaincue par le jour naissant qui allume des clartés d' or rouge.

Derrière nous, l' énorme moraine du glacier d' Arolla, lointaine... un être fabuleux qui rampe?

On quitte le sentier, on oblique à droite et l'on rejoint ainsi le glacier au-dessus de la courbe qu' il coule autour de la base du Mont Collon. Par prudence, nous nous encordons et nous allons sur la glace, là-haut, entre les monts.

Sur les murs de la puissante forteresse du Mont Collon, des lueurs vives d' éclatantes victoires.

Sur les pentes douces du Pigne d' Arolla, des teintes heureuses de fleurs, glaïeuls, œillets.

Le soleil qui jaillit!

Feux, vie, couleurs, caresses tendres et chaudes.

Le glacier qui étincelle.

Joie.

Passages sur des ponts de neige d' où pendent des lianes de stalactites. Corde tendue. Crissement des clous, du piolet. Sauts par-dessus des crevasses, éclairs de reflets admirables. Marche lente, méthodique qui nous conduit par le défilé que creuse le torrent figé. La pente s' adoucit, un plateau blanc bordé de sommets blancs. Isolé, un tout petit crucifix de fer, fiché entre les blocs de pierre d' un îlot rocheux, veille...

Le col Collon.

Devant nous l' Italie, la combe d' Oren, un vallon sauvage, désert.

Endroit étrange où plane le mystère des choses passées, des époques anciennes où le col était déjà connu, puis des contrebandiers, des tempêtes, du soleil, mais les parois qui nous enserrent ne répondent pas à notre interrogation.

Enigmes?

Nous restons ici de longues heures.

Penser, dans cet endroit ignoré, qu' il existe des villes, du bruit, des vices...

Le ciel bleu, si bleu.

Tranquillité accablée.

De longues heures qui ne furent qu' un instant.

On remet la corde, le sac, et l'on reprend le piolet sur la dalle encore tiède.

Le soir.

Le temps passe toujours.

Arolla, juillet 1921.

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