Dans la plus haute fromagerie du monde (Langtrang, Himalaya népalais)

Hinweis: Dieser Artikel ist nur in einer Sprache verfügbar. In der Vergangenheit wurden die Jahresbücher nicht übersetzt.

LANGTRANG, HIMALAYA NÉPALAIS PAR TONI HAGEN, LENZERHEIDE-KATHMANDU

LANGTRANG, HIMALAYA NÉPALAIS PAR TONI HAGEN, LENZERHEIDE-KATHMANDU Avec 9 illustrations ( 86-94 ) Par une lumineuse journée d' octobre, je me trouvais au Gangja La, col glaciaire qui relie Kathmandu à la vallée de Langtrang ( fi. 86 ). Au nord, on aperçoit des dizaines de splendides sommets vierges de six et sept mille mètres, dominés par le Shisha Pangma, 8013 m ( fig. 86 ). Tout en bas, parmi les vastes pâturages, on voit le couvent bouddhiste de Gyaltshan Gonpa et tout auprès, solidement bâtie en pierre, la maison de la fromagerie de Langtrang ( fig. 87 ). Mais une dénivellation de 2000 m me sépare encore du fond de la vallée. Les dix porteurs népalais, déjà en train de descendre, sont aux prises avec le premier muret de rocher au-dessus du glacier. D' un dernier coup d' œil vers le sud je prends congé de la plaine népalaise. Dernières manifestations de la mousson, des cumulus lourds d' orages s' amoncellent dans le ciel et montent de la plaine sous l' effet de l' in encore très forte. Une atmosphère toute différente règne dans la vallée de Langtrang, où l'on passe au climat aride du plateau tibétain. Même pendant la saison des pluies, les précipitations y tombent le plus souvent sous forme d' une fine bruine.

La saison des précipitations étant limitée à juin-septembre, c' est en octobre qu' on trouve ici le « printemps à la montagne ». Après des mois de temps maussade, le soleil perce enfin, faisant sortir du sol encore humide des tapis entiers d' edelweiss, de gentianes et d' orcbis.

Bien des choses ont changé ici depuis 1952, lorsque je m' arrêtai pour la première fois dans le Langtrang. A côté du joli bâtiment de la fromagerie, quelques paysans et le fromager népalais Sahila - tous de vieilles connaissances - me font des signes amicaux. On n' a plus l' impression, comme il y a quelques années, d' arriver dans une région sauvage. « Dubak Sahb » ( le fromager suisse Josef Dubach ) est allé à la chasse, m' annonce. Chasseur passionné, il prépare sans doute un régal de gibier délicat à mon intention. Jusqu' à aujourd'hui, il a déjà abattu un tableau respectable: 2 ours, 3 sangliers, une douzaine de chamois et d' innombrables perdrix. En détruisant les sangliers qui ravageaient les champs de pommes de terre, il a rendu un fameux service à la population. Dépourvus d' armes à feu, les indigènes ne pouvaient pas en venir à bout; ils donnèrent libre cours à leur haine et injuriant les sangliers tués et en leur crachant dessus!

La première expédition au Langtrang en 1952 était consacrée à la prospection géologique et à l' exploration. Avant moi, l' Anglais Tilman, explorateur himalayen bien connu, avait déjà visité cette région, à la recherche du Shisha Pangma, 8013 m, dernier huit mille inconnu à cette époque. Tilman constata que l' origine de la vallée de Langtrang se trouve beaucoup plus au nord que ne l' indique la carte topographique du « Survey of India ». Mais il ne trouva pas le Shisha Pangma. Par la suite, j' eus la chance d' atteindre, venant du sud-ouest, le pied de cet imposant massif montagneux et de dresser la première esquisse topographique de cette région 1. Quelques années auparavant, Peter Aufschnaiter en avait exploré et cartographie le versant tibétain. En 1954, il vint aussi à Langtrang pour mettre au point la carte et préciser la toponymie. Sa carte ( fig. 1 ) donne les résultats de tous les voyages d' exploration. En 1954, Raymond Lambert visita le Langtrang en alpiniste. Après une vaine tentative au Gangchhen Ledrub ( 23 771 pieds, 7245 m ), dont le sommet prin- 1 Toni Hagen, NZZ N° 583 du 14 mars 1953. Toni Hagen, « Les Alpes », fascicules 5, 6, 7, 11 1956.

cipal présente de grandes difficultés, il réussit l' ascension du « Dôme Blanc » ( 22 410 pieds, 6830 m ).

Mais toutes ces explorations et ascensions sont bien peu de chose comparées à ce que représente le nom de Langtrang pour le développement du Népal. Rentré à Kathmandu après ma première expédition en 1952, j' y trouvai Werner Schulthess, spécialiste suisse des questions laitières, envoyé par l' Organisation pour l' agriculture de l' ONU, afin de rechercher les moyens d' améliorer l' éco laitière du Népal. Je lui parlai des vastes et succulents pâturages de la vallée de Langtrang, des grands troupeaux de yaks et de « tsauris » que j' y avais rencontrés. En outre, la vallée de Langtrang se trouve à huit jours de marche « seulement » de la capitale, ce qui, dans les conditions népalaises, représente une situation extrêmement favorable. Hors de la capitale, les routes sont complètement inexistantes au Népal, et les chemins mêmes sont trop mauvais et dangereux pour l' emploi de bêtes de somme Les distances de quelque importance sont donc mesurées exclusivement en « journées de marche ».

L' été suivant, Werner Schulthess partit pour Langtrang. Il eut vite fait de se convaincre que la vallée de Langtrang convenait à un premier essai de fabrication de fromage. Mais dès le début il dut faire face aux difficultés et aux obstacles habituels au Népal. Ce ne fut déjà pas chose facile que d' obtenir le lait de yak. Dans ses tentatives, Schulthess se heurta immédiatement au problème central du développement de l' agriculture de tant de pays d' Asie - l' endettement des petits paysans.

L' histoire de ces dettes commence souvent avec le mariage. Au Népal, comme dans d' autres pays, une noce est une question de prestige. Par conséquent, on y met le prix. Mais l' argent liquide est un article extrêmement rare chez les paysans népalais. Réduit à ses propres moyens d' existence, le petit paysan népalais a, en général, assez à manger. Il confectionne aussi lui-même la plus grande partie de ses vêtements, surtout dans les hautes régions. L' exportation des produits agricoles lui procure un modique revenu supplémentaire. Mais les quantités que peut exporter le paysans népalais sont limitées, étant donné les longues journées de marche ( souvent jusqu' à trois semaines dans un sens seulement ) jusqu' aux marchés à la frontière de l' Inde ou du Tibet, et la nécessité de transporter aussi son propre ravitaillement pour la durée du voyage. La plus grande partie du produit de la vente est échangée contre du sel, que les paysans rapportent chez eux par un chemin du retour tout aussi long. Il n' y a pas de commerce organisé au Népal, sauf dans la capitale, justement à cause des trop mauvais chemins. Chaque ménage doit s' approvisionner lui-même en sel. Il s' en suit que, d' après mes propres relevés statistiques, les 25% au moins de la population totale, comptant 8,4 millions d' habitants, sont chaque année en route pendant 1 à 2 mois pour apporter leurs produits sur le marché et obtenir en compensation du sel. Le revenu moyen d' un paysan népalais est de 30-50 francs par année.

Il est clair qu' un revenu si modeste ne permet pas de financer une noce à laquelle on convie la moitié du village. Le fiancé doit donc faire un emprunt d' un montant dépassant à peine 150 francs suisses, chez l' un des usuriers répandus dans tout le pays. Pour cet emprunt il doit payer au prêteur un intérêt allant jusqu' à 35% et accepter en outre la clause de ne vendre ses produits agricoles qu' à son créancier et à un prix que ce dernier impose à son gré aux pauvres paysans. La conséquence en est qu' un paysan endetté n' a pas la moindre chance de redevenir une fois libre, il reste toute sa vie un débiteur asservi de l' usurier. A plusieurs reprises j' ai pu constater moi-même combien est dure la poigne de fer de ces usuriers. Rentrant de longues expéditions, et avide de manger de nouveau des fruits, je rencontrais parfois dans la plaine des files interminables de paysans népalais, lourdement chargés d' oranges délicieuses. Mais je ne pus à aucun prix les convaincre de me vendre quelque chose. « Contractor » ( usurier ), m' expliquaient, en haussant les épaules.

Bien entendu, les usuriers furent partout les ennemis déclarés de Werner Schulthess. Son seul moyen de mettre les paysans de son côté était de leur offrir pour le lait un prix bien meilleur. Mais tout en payant un prix élevé, Werner Schulthess ne savait pas du tout encore s' il réussirait à faire un fromage de qualité avec le lait de yak. C' était bel et bien la première expérience de ce genre.

Le lait de yak est particulièrement riche en matières grasses; il en contient en moyenne 6-8%, dépassant largement le standard suisse qui est de 5%. Par contre, la production par tête de bétail est très faible: 2 litres au maximum. Sans doute, le rendement pourrait-il être fortement amélioré par une sélection bien dirigée et un meilleur affouragement.

Les difficultés étaient de tous ordres: sabotage des usuriers, obstruction du gouverneur local, agissant de connivence avec un usurier ( obstruction qui alla une fois jusqu' à l' arrestation d' un collaborateur de Schulthess ), lait soufflé et, ce qui n' était pas négligeable, conditions climatiques très dures par suite de la grande altitude. Mais, pour finir, tout cela fut surmonté. Le cas du gouverneur corrompu amena l' auteur de ces lignes, soutenu par des amis influents, jusque devant le roi. Werner Schulthess put prouver qu' on pouvait fabriquer un fromage de première qualité avec du lait de yak. Il sortit victorieux de la lutte contre la pollution du lait en introduisant des prix progressifs ( fig. 89 ). Par l' exemple personnel, par sa capacité de mettre la main à tout ce qui réclamait son aide, il gagna la confiance de la population. Il arriva, par exemple, que les porteurs népalais refusèrent de transporter de Tsergo jusqu' à la fromagerie, située à 4800 m, une lourde poutre faîtière. Werner Schulthess traita les Népalais de poules mouillées et chargea sans hésiter la poutre sur ses épaules, ce qui lui valut une réputation légendaire.

Après deux « saisons fromagères », Werner Schulthess se consacra à d' autres tâches au Népal. Envoyé par la FAO également, le couple suisse Ernst et Hanny Siegenthaler avec leur petit Pierre, âge de deux ans, vint poursuivre son travail de pionnier dans la haute vallée solitaire, consolidant ce qui avait été fait jusqu' à maintenant et acquérant de nouvelles expériences précieuses pour le développement de l' action. Deux ans plus tard, les premières difficultés étaient si bien surmontées que la présence d' un spécialiste à formation universitaire ne semblait plus nécessaire. L' Œuvre Suisse pour l' aide aux régions extra-européennes envoya à son propre compte le fromager Josef Dubach, qui continue le travail dans le même esprit de pionnier.

Et nous voilà assis avec Josef Dubach autour d' un feu allumé devant la fromagerie. Le soleil couchant colore les sommets environnants en rouge foncé. Des pâturages nous parviennent les sonnailles des troupeaux de yaks. Le fond de la vallée se noie peu à peu dans un bleu d' acier, profond et limpide comme du cristal. On se croirait transporté dans une vallée des Alpes. Seules les banderoles de prières, flottant joyeusement près du Gonpa ( couvent ) tout proche, et les lamas vêtus de rouge assis près de notre feu nous donnent une sensation de dépaysement. Cependant, l' impression étrange vient des vêtements seulement, et peut-être aussi des murmures des bouddhistes égrenant leurs chapelets. Les hommes eux-mêmes, au type tibétain si souriant, nous semblent tout à fait familiers. Je demande à Josef Dubach s' il n' a jamais le mal du pays: Voilà cinq mois déjà qu' il vit dans la solitude de cette haute région. « Du tout », répond-il franchement, « juste un peu d' hui », car c' est justement le jour de la foire à Reiden, son village natal. Il est souvent difficile d' amener les autres experts de l' Aide technique à quitter la vie confortable de Kathmandu; quant à Dubach, on ne peut presque pas le décider à descendre de sa vallée de Langtrang. De la maison voisine nous parviennent les gémissements de l' aide fromager népalais Tsakali, gravement malade, et nous remettant vite dans la réalité. Dubach, devenu sérieux, dit que tous les médicaments sont épuisés, car il doit « faire le médecin » pour toute la vallée. Cela ne m' étonne pas du tout. Huit ans d' expérience m' ont appris que tout blanc est considéré au Népal comme un « docteur Sahb » et qu' on lui demande toujours de l' aide. Je sais aussi par expérience que les rapports sur les peuples primitifs « sains » sont à reléguer au royaume des contes de fées. 20% environ de la population est toujours atteint d' une maladie ou d' une autre. On rencontre au Népal presque toutes les maladies contagieuses: variole, tuberculose, typhus, choléra, lèpre, malaria, dysenterie, syphilis, jaunisse infectieuse, etc.

Je puise dans ma propre réserve de médicaments pour aider dans la mesure du possible, mais je dois moi-même être un peu économe, me trouvant au début d' une expédition de six mois dans l' Himalaya ( fig. 92 ). Je réussis cependant à sauver Tsakali grâce à une bonne dose de terramycine. Considérant le jeune fromager Dubach qui, pour aider la population pauvre de la vallée de Langtrang, achète de sa propre poche des médicaments à Kathmandu, je pense avec amertume aux nombreuses expéditions alpines submergées de médicaments gratuits dont des caisses entières sont abandonnées sur les glaciers pour économiser le transport jusqu' à Kathmandu.

Les yeux brillants, Dubach me raconte les succès de son travail. En 1956, on a fabriqué au total 1250 kg de fromage de très bonne qualité ( une sorte de gruyère ainsi que du tilsit à la crème ). En 1957, la production atteignait 1400 kg de fromage, plus 500 kg de beurre complètement déshydraté. Pourtant, l' année 1957 ne fut pas particulièrement propice, la présure envoyée de Suisse n' ayant pas toujours agi comme on l' attendait. Dubach estime à 2500 kg la production d' une saison normale ( juin à octobre ).

En 1957, le prix de revient par kilogramme de fromage s' élevait à 2 fr. 50 suisses en chiffres ronds. Ce prix comprend les salaires de 10 porteurs et hommes de liaison et d' un fromager népalais, l' achat de sel, le transport jusqu' à Kathmandu, représentant huit jours de marche, le lait payé à 40 centimes. Le prix de vente à Kathmandu atteint 5-7 francs par kg de beurre ou de fromage. L' exportation en Inde permet d' obtenir des sommes encore bien supérieures, car depuis les restrictions sur l' importation imposées par l' Inde à l' Europe et la Nouvelle-Zélande, le Népal a pratiquement le monopole du fromage en Inde.

Grâce au bon prix de 40 centimes le litre ( contre 18 centimes payés par les usuriers ), la situation des paysans des montagnes s' est brusquement améliorée. Quelques-uns ont même pu payer leurs dettes et sont devenus ainsi des hommes vraiment libres.

Pourtant, la « concurrence » est toujours active à Langtrang. Elle est représentée par un groupe de paysans trop engagés envers les lamas locaux et les usuriers. Ces derniers se livrent à un commerce florissant avec les couvents tibétains. Dans des bidons sales on produit une sorte de yoghourt, dont on tire du beurre rance. On y ajoute intentionnellement toutes sortes de saletés et de l' eau, pour augmenter le poids. Exporté au Tibet, ce beurre alimente dans les couvents et les temples les innombrables lampes de sacrifice.

Rien n' a plus de succès que le succès lui-même: alors que Werner Schulthess devait encore investir son propre argent pour la première fromagerie, le succès a maintenant entr'ouvert des possibilités au développement de la production laitière du Népal. Il s' est développé une collaboration très efficace entre les organisations internationales ( ONU et Plan Colombo ), le Népal et la Suisse. La FAO ( Organisation agricole de l' ONU ) confère toujours à Werner Schulthess le rôle de « spiri-tus rector », la Nouvelle-Zélande, par l' intermédiaire du Plan Colombo, fournit de l' argent pour l' acquisition d' équipement et de machines, le gouvernement du Népal paie la d' œuvre locale pour les constructions, et l' Œuvre d' entr suisse pour les régions extra-européennes envoie des spécialistes des questions laitières et des artisans. Cette collaboration fructueuse a permis de construire à Kathmandu une grande centrale laitière avec installations frigorifiques et deux autres centres de ramassage laitier ainsi que des fromageries dans la campagne. Grâce aux expé- riences faites à Langtrang, la fromagerie récemment installée à Thodung a eu dès le début un grand succès.

La collaboration de la Suisse à « l' Aide technique aux pays sous-développés » est modeste, il est vrai, mais constitue tout de même une contribution effective à la lutte contre la misère et l' escla, menée à l' échelle du monde entier par les organisations spéciales de l' ONU et par de nombreux Etats, en particulier par les Etats-Unis.

La reconnaissance de la population de Langtrang se manifeste toujours à la fin de saison, où a lieu une sorte de « fête des moissons ». Je m' étais arrangé de façon à pouvoir assister cette année à la fête ( fig. 91 ). Après deux heures de marche par des prairies à la floraison luxuriante, nous atteignîmes, Josef Dubach et moi, le village de Langtrang, 3600 m. Il est situé directement sous les glaciers suspendus de la paroi nord du Gangchhen Ledrub, dont la hauteur dépasse 7000 m. Avec ses chalets et ses toits de bardeaux lestés de pierres, il faisait penser aux villages de l' Oberland bernois. La population est purement tibétaine et vit de l' agriculture et du transport du beurre au Tibet. Le commerce du sel entre le Népal et le Tibet, qu' on rencontre d' ordinaire dans les hautes vallées, manque totalement ici, le Langtrang étant une vallée sans issue vers le nord, située à l' écart d' une route principale. La liaison avec le sud se fait aussi par le haut col de Gangja La et du Gosainkund, ouverts en été seulement. Le chemin d' en bas passe par la vallée de Trisuli où règne la fièvre; il est fatigant et pénible.

Josef Dubach semble avoir du succès auprès des belles du village. De toutes les maisons elles l' appellent et lui font des signes malicieux. Il est vrai qu' avec ses cheveux blonds et sa barbe rousse, longue et rare, il attire l' attention.

Tout d' abord nous rendons visite au Rinchen Lama dans sa maison cossue, protégée par un surplomb de rocher et dominant le village.

La femme du Rinchen Lama m' examine tout d' abord, puis ses yeux se posent avec complaisance sur Josef Dubach. Après nous avoir comparés du regard, elle finit par déclarer que Dubach est plus beau que moi. Sa barbe rousse lui plaît mieux que mes poils mal rases, elle me trouve, en outre, trop grasJ' étais revenu au Népal depuis dix jours, après un séjour de six mois en Suisse. ) Entre temps, la population de Langtrang s' est rassemblée sur la prairie. Chaque ménage apporte sa provision de « chang ». Après quelques actes rituels, par lesquels le lama consacre aux dieux les premières gouttes, on se livre à force libations. Tout le monde s' y met: hommes, femmes et même les nourrissons qui lèchent avidement les gobelets. Les groupes de danse se forment en hésitant, et, lentement, les danses tibétaines commencent, accompagnées de chants. A mesure que progresse la consommation du chang, les mouvements deviennent toujours plus dégagés, et finalement frénétiques. Souvent ces fêtes durent des nuits entières. Mais nous prenons congé lorsque la fête bat son plein: Dubach doit encore organiser le transport du fromage pour Kathmandu ( fig. 94 ), quant à moi, j' ai en perspective une expédition de six mois dans l' Himalaya, qui sera la conclusion de mon travail de prospection sur le terrain. Dubach jette son fusil sur l' épaule et, lançant un yodel bien tibétain, il remonte allègrement la vallée, suivi des regards reconnaissants de la population de Langtrang.Traduit par Nina Pfister-Alschwang )

Feedback