De la psychologie à propos des cabanes

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Par Ed. Vittoz.

La section des Diablerets ayant organisé, l' été dernier, une course Autour de la Blümlisalp, 1e « rapporteur » fit suivre son récit des réflexions que voici.

La Mutthornhütte est de 1895; dans la liste de nos 115 cabanes, que le C.C. publia lors du 75e anniversaire, elle occupe le 32e rang: c' est dire qu' elle fait presque figure d' ancêtre. Est-ce à ce fait qu' il faut attribuer l' opposition qu' en suscita le projet, soit à la section Oberland, d' où partit l' idée, soit à Soleure, quand la section Weissenstein assuma la construction de cette cabaneou bien une opposition analogue se manifesterait-elle également aujourd'hui, si l' occasion s' en présentaitle cas m' a paru intéressant à examiner.

Une note, très brève, dans l' Alpina 1895, se borne à dire que d' aucuns ne voyaient pas l' utilité de cette cabane; mais je me rappelle avoir lu jadis une brochure où l' une des dites sections, faisant l' historique de la construction, développait les arguments des adversaires: je les résume approximativement, à ma façon, sans garantie aucune de fidélité.

La seule raison d' être d' une cabane, disait-on, c' est de faciliter soit l' accès de sommets considérables, comme le Cervin ou le Weisshorn, soit l' ascension d' un certain nombre de cimes; c' est ce que réalisèrent les promoteurs des deux premiers refuges, du Grünhorn, au pied du Tödi, et du Trift, aux abords d' un vaste massif. Or, du Mutthorn, on ne peut guère gravir que le Tschingelhorn et le Lauterbrunner Breithorn.

A qui servirait donc l' abri projeté? Presque uniquement à des promeneurs, qui seraient enchantés de couper le trajet d' une vallée à une autre ( trajets tous fort longs, il est vrai ). Il ne sera donc pas utilisé par de véritables alpinistes, qui savent ce que c' est qu' une cabane, mais par des gens qui la transformeront bien vite en auberge. A moins que, ces flâneurs n' y trouvant pas leur compte, elle soit dédaignée et des uns et des autres, et se révèle donc inutile.

Or qu' est advenu? Depuis 45 ans qu' elle existe, la Mutthornhütte a toujours été très fréquentée, par les uns et par les autres; j' y fus quatre fois et n' ai jamais constaté que la clientèle y soit plus désagréable que dans d' autres cabanes; au reste, n' y monte pas qui vent, car la « balade » suppose des aptitudes et des goûts qui ne sont pas le fait de tous les « promeneurs ». Enfin, s' il arrive peut-être que certains de nos refuges prennent un peu trop l' aspect d' hôtellerie, ce n' est certes pas le cas ici. Sans que le Club Alpin y ait rien perdu de son prestige, sans qu' il se soit érigé en concurrent des aubergistes, cet abri a donc rendu service à de nombreux milliers d' hôtes, reconnaissants autant qu' en.

Pour moi, je connais maintenant les huit voies d' accès au Mutthorn, dont quatre du Lötschental; elles sont toutes intéressantes, et les vallées qui y conduisent rivalisent de charmes et de beauté„ Le souvenir le plus splendide que j' en aie garde est une flânerie matinale sur le Petersgrat, jusqu' au Birghorn, très tôt dans la saison, sur une couche de neige épaisse, qu' une bise amicale avait durcie: sans corde, les mains dans les poches, nous avons joui là d' un lever de soleil véritablement incomparable. Spectacle grandiose, dont bien d' autres se sont délectés, mais qui n' avait été accordé à personne peut-être avant la construction de la cabane, au temps on l'on n' atteignait ce belvédère qu' après une montée de 4 à 6 heures!

L' événement a donc donné tort aux opposants; ils s' étaient alarmés en vain: la Mutthornhütte avait sa raison d' être.

Mais je reviens à ma question du début: si quelque occasion plus ou moins analogue se présentait, ne se trouverait-il point, de nouveau, de nombreux prophètes de malheur?

C' est en y pensant, au Mutthorn même, que me sont revenus en mémoire deux faits de même nature, contés dans un gros livre, très instructif, Lausanne, les parrains de ses rues, qui a paru sans nom d' auteur en 1910:

« Le 26 septembre 1836, les paisibles Lausannois sourirent ou grommelèrent, à lire un avis de Concours pour l' entreprise „ d' un grand pont à deux étages d' arches, sur le Flon et ses abords, entre le chemin de derrière les Terreaux et la rue du Grand-Chêne. " ...La lutte avait été vive dans les conseils et dans la ville. Mais, malgré l' opposition, les travaux commencèrent; alors, nombre de Lausannois, en voyant s' entasser au fond du ravin, une si considérable quantité de beaux moellons si bien taillés, crièrent à la folie, au gaspillage de la fortune publique. Un journaliste rappelait récemment le serment de quatre vieux amis, qui jurèrent solennellement de ne jamais traverser ce diable de pont, et qui tinrent parole. L' œuvre s' acheva, malgré les malédictions des gens timorés. Nous avons entendu mêmes protestations et mêmes jérémiades à la naissance de nos tramways. Aujourd'hui, les prophètes de malheur se sont tus, quittes à recommencer devant le prochain envol d' une idée nouvelle. » Les détracteurs du Pont Pichard ont-ils réellement tenu parole? Il n' importe ici? Les détracteurs du Mutthorn ont-ils eu la sagesse de reconnaître leur erreur? espérons-le, et pour eux-mêmes, et pour l' honneur de l' humaine nature. Si j' apprenais qu' ils y sont montés tous pour y faire leur mea-culpa, je dirais: Respect 1... Le cas de la Fründenhütte est différent.

Quand on annonça la construction d' une cabane au-dessus du lac d' Öschinen, dans une région ignorée de presque tous les Romands, sous un nom que personne n' avait jamais entendu, les commentaires défavorables allèrent leur train autour des tables de notre local, ...et ailleurs aussi sans doute: quelle drôle d' idée de camper un refuge en nid d' aigle là-haut! à quoi est-ce que ça rime? A qui rendra-t-il service? si ce n' est pas malheureux de gaspiller ainsi l' argent: il n' y montera pas cent personnes par été...

Or nous y fûmes 68 un samedi soir!

D' aucuns avaient émis propos analogues au sujet de Moiry: un refuge qui ne pouvait servir que pour le Cornier! Ils ignoraient donc les charmantes Aiguilles de la Lex; ils ignoraient plus encore le magnifique « terrain » à varappe que représente la chaîne de Bricolla à la Couronne de Bréonne. Nous avons entendu les mêmes plaintes — et je fus, hélas! de ceux qui les proférèrent — au sujet de Tracuit: ne nous doutant pas que cet abri allait permettre à des centaines d' alpinistes modestes d' admirer de splendides couchers et levers de soleil à 3200 m ., et de s' accorder l' ascension d' un 4000 m ., le Bieshorn.

On fit des gorges chaudes quand les frères Masson érigèrent un refuge à Pierre Dard, abrégeant considérablement l' abord de plusieurs voies d' accès intéressantes aux Diablerets.

De même pour la Fründenhütte: elle a facilité l' ascension du Doldenhorn et la traversée du Blümlisalphorn; elle a incite de nombreuses caravanes à monter à l' Oschinenhorn; on a appris qu' il existe un Fründenhorn et un Fründenjoch, on va à l' un, on passe l' autre. C' est donc toute une région, intéressante et magnifique, mise à la portée des amateurs; et ils sont nombreux, ce nouveau refuge est très fréquenté.

Non seulement toutes ces constructions ont abondamment prouvé leur raison d' être; mais elles ont contribué à « décongestionner » d' autres cabanes, où l'on était trop souvent comme sardines en boîte. Un cas particulièrement intéressant à cet égard est celui de Pianura, au pied du Tödi: j' entends encore un collègue s' indigner de cette dépense ( il s' agissait d' ailleurs d' un don ), puisque ce refuge serait bien inutile, à deux heures de celui des Clarides d' un côté, de Hüfi de l' autre; or nous fûmes enchantés d' en profiter il y a deux ans; et bien d' autres que nous se sont félicités de pouvoir en user.

Plaintes vaines; arguments en l' air.

Si l'on voulait tirer de ces faits une conclusion générale, on se dirait, sagement: en tout domaine, avant de juger, renseignons-nous; plutôt que d' ergoter, faisons confiance à ceux qui connaissent.

Nous en tenant à une conclusion de circonstance, disons: quand une section se propose d' édifier un nouvel abri, fût-ce en un site où il nous paraît inutile, admettons, a priori, qu' elle a de bons motifs; puisque des comités successifs ont estimé que les subsides centraux se justifiaient à Moiry, à Die Alpen — 1942 — Les Alpes.11 Tracuit, à Fründen, et que l' événement leur a donne raison, ne l' oublions point à l' avenir.

Je n' avais jamais entendu le nom de Leutschach, avant qu' on annonçât l' intention d' y ériger la charmante cabane que tant de visiteurs ont admirée à la Landi à Zurich; personne ne le connaissait en Suisse romande, et bien peu sans doute chez nos Confédérés. Gageons que cette construction va « créer » des ascensions nouvelles — comme à Tracuit, comme à Moiryadmettons d' avance que les Uranais ont eu une bonne idée; et, plutôt que d' ergoter,... allons y voir I

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