Dent Blanche (Impressions d'une ascension)

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( Impressions d' une ascension, 8 août 1921. )

Par B. Piccioni.

Partout, jusqu' à l' infini, un chaos de monts, point de bornes, étendues illimitées...

Des gouffres horribles; des pentes qui fuient et semblent entraînées dans une chute immense jusque sur la terre où s' étalent des glaciers.

Ici, trois arêtes fantastiques, d' un bond suprême dans l' espace, se joignent et forment la cime qui surplombe l' abîme.

La cime de la Dent Blanche!

Le ciel était merveilleusement pur.

Nous étions au sommet, suspendus sur la corniche énorme qui s' avance dans le vide. Le piolet planté dans la neige froide, les mains crispées au manche, nous regardions.

Spectacle inouï de splendeur...

Nous étions deux, tout seuls, isolés au milieu de ce vaste et solennel temple, l' Alpe. Penchés sur la neige immaculée, nous admirions.

Le vent gémissait dans les couloirs, il s' élançait avec fureur contre les murailles titanesques de la montagne, arrivait en hurlant contre nous, nous empoignait et nous secouait dans nos marches de neige. Puis, soudain, du fond des précipices, le brouillard monta en colossales volutes, rampant contre les parois plaquées de glace, léchant les arêtes déchiquetées; il arriva chassé par la bourrasque. Il fut au bord même du sommet, s' arrêta devant nous, puis, projeté par une rafale terrible, il nous engouffra. Tout autour de nous, il n' y eut plus que la blancheur givrée de la brume. La vision sublime et le vide oppressant disparurent effacés par ces ondes tourbillonnantes. Pourtant, la sensation des abîmes proches restait toujours en nous.

Alors, nous redescendîmes la longue arête, nous enfonçant dans le brouillard.

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