Deux variantes à l'Argentine

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Par G. Conne

II. Bord ouest du Grand Miroir1 Avec 1 ilhslration ( 169Lausanne ) Quin;:e jours plus tard, soit le dimanche 5 août, mis en goût par notre course précédente, nous décidons de retourner dans cette belle région.

Un autre itinéraire nous intéresse. En effet, après avoir lu dans le guide Georges dì Rham la description de la montée au Cheval Blanc par l' extrême bord ouesi du Grand Miroir et qui dit: « Le passage le plus scabreux, soit la traversée depuis le bord du Grand Miroir à l' entrée des tunnels, pourrait probablement être évité en restant tout près du bord du Grand Miroir et en ralliant directement la sortie supérieure du tunnel », nous allons essayer cettevariante.

Partis de mon chalet à 5 heures par le chemin décrit dans le récit précédent, nous gagnons rapidement le pied du Grand Miroir. Après nous être encordés, îous montons directement du sommet des gazons au pied de la fissure Mo' eillon. Je suis de nouveau en tête pour ce début de course. C' est avec satislaction que je grimpe et réussis quelques passages qui m' auraient sûrement arrêté il y a quinze jours. La confiance est revenue et j' en jouis pleinemeni. Nous voici bientôt tout au bout de la vire inférieure; celle-ci est interrompue par une profonde cassure. Nous consultons le guide qui indique une fissure-cheminée que nous trouvons. En passant entre le mur et un bloc ccincé, j' opère la descente et me trouve bientôt sur une nouvelle vire plus étroite. Paulet me rejoint rapidement, et nous continuons toujours vers l' oues; jusqu' au moment où nous voyons une cheminée sur notre gauche.

Dès maintenant, cela va devenir sérieux. Paulet passe en tête. Nous escaladons cette cheminée, puis par une courte traversée sur la gauche et une fissure légèrement surplombante, nous touchons le bord du Grand Miroir. Mon ami nonte encore quelques mètres et plante un piton. Je le rejoins pour assurer, et il entreprend la traversée d' une dalle raide aux prises rares, afin de rejoindre une série de fissures sur la droite, à l' extrême bord du Miroir, qui nous permettront de progresser dans la direction du Cheval Blanc.

Cette traversée s' avère délicate. Paulet plante deux pitons d' assurage et se trouve bientôt de l' autre côté. A mon tour de rejoindre en reprenant les pitons m passage. Malheureusement, malgré mes efforts, l' un d' eux ne veut pas venir; vu ma position inconfortable, nous le laissons. Il pourra ainsi servir à des successeurs éventuels.

Il fait nettement plus froid qu' il y a 15 jours. Aussi sommes-nous contents de pouvoir poursuivre plus aisément notre ascension en utilisant des fissures rappelant celles du Grand Miroir. Toutefois nous avons bientôt fini de « manger notre pain blanc »; en effet, les fissures cessent brusquement, mais à not' e droite une vire qui nous paraît confortable invite au cheminement. Nous la suivons; elle devient de plus en plus étroite; ce balcon aérien 1 Pour le tracé de cette course voir la lre partie dans le numéro de mars, p. 116, photo n° 31.

DEUX VARIANTES À L' ARGENTINE nous amène à une grosse plaque posée en travers du chemin Nous passons par-dessus prudemment, et après une courte descente nous nous trouvons dans une grande niche. A gauche, sur nos têtes, un énorme surplomb, à droite un mur vertical et rébarbatif. C' est ici que les premiers ascensionnistes ont traversé, puis sont descendus pour rejoindre le tunnel. Nous allons donc chercher un autre passage afin de rejoindre le bord du Grand Miroir. Par l' escalade de quelques gradins, vers l' ouest, nous débouchons au pied d' une fissure qui nous permettra peut-être de surmonter le surplomb.

Paulet décide d' essayer par là; après s' être assuré à un piton, il part et disparaît bientôt derrière un angle du rocher. De longues minutes s' écoulent, mais je reste vigilant, car, d' après le mouvement de la corde et le cliquetis des pitons, mon ami doit avoir affaire à forte partie. Tout à coup, un bruit de chute de pierres me parvient et un gros bloc carré passe une dizaine de mètres devant moi; je me crispe sur la corde, mais heureusement ce n' est rien de grave; mes appels sont restés sourds, mais la corde recommence à filer entre mes mains. Nous sommes encordés bout à 40 mètres; il ne me reste bientôt plus de filin et je me demande ce que je vais faire, lorsqu' un appel lointain me parvient; je le traduis par un ordre d' avancer.

Après avoir récupéré le piton, je pars et me trouve bientôt au pied d' une fissure surplombante déversant sur le vide. Je commence à comprendre!... et me demande comment Paulet a fait pour grimper par là; j' essaye à mon tour, mais dois redescendre; j' appelle mon camarade, mais il ne m' entend pas. Sans plus attendre, je me lance de nouveau et, plus heureux, réussis à gagner un peu de hauteur, mais les prises sont rares, petites et pas très solides; d' autre part, le rocher repousse vers le vide et j' ai beaucoup de peine à conserver mon équilibre. Enfin, après quelques contorsions indescriptibles, j' arrive sur un petit replat où la corde passe dans un piton que mon ami a heureusement jugé bon de mettre là. Ayant repris mon souffle, je me dispose à attaquer un mur surplombant, par une fissure sur la droite, très étroite et surplombante; elle représente pour moi le maximum comme difficulté, car avec quelques centimètres de surplomb en plus, elle serait impossible sans moyens artificiels; j' émerge bientôt sur la dalle et rejoins mon ami qui se trouve 15 mètres plus haut, à l' entrée d' une petite vire où il a placé un piton d' assurage. Nous profitons de cet endroit, relativement commode, pour manger et échanger nos impressions; nous avons réussi à rejoindre le bord du Grand Miroir, mais il s' en est fallu de peu que la dernière fissure soit le tombeau de notre entreprise. Nous décidons de monter directement au Cheval Blanc par la cheminée Müller. Ayant suivi notre vire une dizaine de mètres sur la droite, nous nous rétablissons à gauche dans une fissure lisse ( piton ), puis droit en haut jusqu' à une coulisse commode, aboutissant à un bloc d' assurage; de là, par un dièdre raide et aux prises arrondies, nous arrivons au pied de la cheminée où nous trouvons un piton; mon leader s' y engage; le rocher est assez lisse et recouvert d' une fine poudre et de « cailles » de chocards qui rendent la progression difficile jusqu' à une niche humide; après quelques tentatives tragi-comiques et infructueuses pour passer par un trou ouvert dans le toit de la niche, il réussit, par une manœuvre compliquée de corde, à franchir ce passage par l' extérieur et à se rétablir sur un bon reilat; ayant atteint à mon tour la niche, je passe les sacs par le trou. A l' aide d

Notre course a réussi et nous goûtons quelques instants de repos bien mérités; nous avons mis sept heures des derniers gazons au sommet.

Cette course nous a paru plus difficile que la précédente, et il est à conseiller de ne prendre qu' un sac; en effet, cette charge, si minime soit-elle, devient un gros handicap pour le chef de cordée au passage des fissures surplombantes.

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